21 mars 2009

Collectif des Organisations Syndicales, Politiques et des Associations Réunionnaises

COMPTE-RENDU DE L’INTERVENTION A L’IDEOM 17 MARS 2009
- Groupe de travail COSPAR Contre les Abus Bancaires
- IEDOM 11H30 à 14H15 le 17 MARS

Etaient présents pour le COSPAR : D. MARDAYE - M MOUTOUCOMORAPOULE - H GRONDIN -R LAMBERT - B MALET - J BOYER - P FARY - P JUNOT ainsi que deux artisans représentatifs desentreprises en difficultés bancaires.
Pour les institutionnels : Les directeurs des banques suivante : BR - CAISSE EPARGNE - LA POSTE -CREDIT AGRICOLE – BFC – BNPPARIBAS ainsi que le directeur de l’Iedom et un représentant del’état.

Après les présentations D. Mardaye présente la situation sur les plans micro économique,macroéconomique, la législation en vigueur en matière de protection des usagers bancaires, les recours contre les ententes illicites…..

Dans un deuxième temps une liste de revendication concernant la révision de la tarification et la mise en place d’un observatoire de surveillance et de contrôle. Après cet exposé qui sera annexé en pièce jointe, les artisans prennent tour à tour la parole pour exposé des cas concrets d’abus bancaires ou encore de dérives dans la gestion des comptes des petites entreprises et expose les difficultés quotidiennes qu’elles rencontrent.

Les banquiers présents écoutent avec attention et prennent des notes sur les cas en question.
Un membre du COSPAR interroge les banquiers sur la confiance qu’ils peuvent encore inspirer à leurs clients, compte tenu de leur part de responsabilité dans la crise financière. Et qu’apparemment ils n’ont pas pris toute la mesure de leur responsabilité. Cette inconscience fait craindre le pire quand on lit la presse. Par exemple : Les réponses ne peuvent donc venir que des directions parisiennes. Or le comportement des directions parisiennes n’est guère rassurant. Les directeurs des banques locales n’étant que les courroies de transmissions des doctrinaires du libéralisme financier installés dans les bureaux parisiens. Il nous semble difficile de croire que ces banquiers endoctrinés puissent faire autrement que suivre la feuille de route tracée par leur direction parisienne.

Quelques exemples issus de l’actualité nous éclairent sur leur attitude face à cette crise. Concernant le non versement des dividendes, malgré les exigences du chef de l’état qu’aucun dividende ne soit versé par les sociétés placées sous perfusion d’argent public, c’est peine perdue. La Société Générale distribuera plus du tiers de ses profits soit 720 millions d’euros. De l’avis même de son directeur général Fréderic OUDEA ce seul fait dégradera le ratio de solvabilité de la banque, ce qui devrait conduire la Société Générale à demander encore davantage d’argent à l’Etat. BNPPARIBAS qui a divisé ses bénéfices par 2,5 distribuera cette année un dividende réduit de 35% alors que sa profitabilité a elle été
divisée par 3.

De son coté M. René RICOL médiateur du crédit ne comprend pas le blocage des banquiers, et il raconte devant les sénateurs médusés ses négociations avec « des gens qui vivent sur une autre planète » des tractations jour et nuits pour tenter d’obtenir les 5 millions d’euros qui suffiraient à sauver des milliers d’emplois, « ils cherchent encore souvent à réaliser d’importants profits » se désole t-il.
Sur un tel chantier, l’Etat a le devoir de reprendre la main s’il ne veut pas voir dilapider indéfiniment l’argent des contribuables pour financer les dividendes des actionnaires.

Toujours concernant la législation existante, se pose la question de savoir pourquoi l’Etat reste aussi inerte devant autant d’abus.

Deux cas concrets sont là aussi cités :
Le premier faisant état d’un courrier du 11 août 1996 dénonçant la tentative de cartellisation du système financier local d’une grande banque locale suite à la baisse des taux intérêts immobilier dans les années 1993- 1994 et aussi la condamnation en 1999 en métropole des 3 grandes banques françaises ( société générale, crédit Lyonnais et BNP PARIBAS) à plus de un milliard de francs pour entente illicite .

Alors que les taux baissaient en 1993-1994, le Crédit agricole, les Caisses d'épargne, BNP Paribas, la Société générale et plusieurs autres établissements «s'interdisaient de faire des propositions aux clients des autres banques souhaitant renégocier leurs emprunts immobiliers». Tous avaient été condamnés à une amende particulièrement salée : 174,5 millions d'euros au total. À elle seule, la Caisse nationale du Crédit agricole avait dû verser 69 millions d'euros.

Enfin une affaire plus récente où selon le FIGARO du 26 MARS 2008 La Direction de la concurrence enquête sur un accord entre banques visant à dissuader les particuliers de renégocier leurs prêts Il est aussi rappelé que dans ce contexte l’état fait un don de 40 milliards aux banques. Prétendre qu’il s’agit là d’un prêt est une escroquerie intellectuelle. En effet ces 40 milliards ne seront pas remboursés
par les banquiers mais capital et intérêts seront remboursés par les clients et les salariés. L’état récupérera son capital et ses intérêts et la banque récupérera au passage sa commission et sa part pour les actionnaires et les bonus généreux accordés aux mêmes dirigeants qui ont été à l’origine du séisme financier actuel.

Selon les directeurs de banque présents : « pas une seule banque à la Réunion ne pratique la restriction de crédit. Sauf que la situation économique ne permette plus de financer certains projets des entreprises »

Selon le directeur de la Caisse d’Epargne, l’ensemble des banques ne pratiquent pas les mêmes politiques commerciales et il affirme que sa banque CE pratique les mêmes tarifs que la Métropole.

Concernant le fait où selon la presse le directeur adjoint de la Caisse d’Epargne intentera prochainement un procès au COSPAR suite à l’action de communication récente, cette intention est formellement démentie par le directeur de la CE présent.

Avant de conclure il est convenu de se revoir vendredi 20 mars à 8h30.
Cette réunion aura pour objet d’analyser les propositions des banquiers suite à l’ensemble des demandes
du COSPAR.

Entre temps il nous sera remis par mail un projet de protocole d’accord global visant à répercuter de façon spécifique les mesures du gouvernement et un certain nombre d’orientation en fonction de la banque.

En guise de conclusion la citation ci-dessous est lue.

CITATION Thomas Jefferson (Président des Etats-Unis de 1801 à 1809) l'un des fondateurs du parti démocrate, dans une lettre adressée à son secrétaire au Trésor Albert Gallatin, écrivit : "Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les
institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis". (letter to the Secretary of the Treasury Albert Gallatin 1802).

Réunion du GT sur les minima sociaux 18 mars à 9h
Résumé succinct

A l’issue de la réunion de ce groupe de travail, les délégués du COSPAR ont souhaité qu’un compte rendu soit remis au Préfet et à l’ensemble des membres présents.

Le Groupe chargé de travailler sur les minima sociaux était composé pour le COSPAR de: JP TECHER, JH RATENON, Brigitte MALET, Max BANON, Marlène JEANNE, Marie Nadia TANCOURT…+++, Fabrice Tandrayen, Catherine HOARAU, Patrick FARY, Erick FONTAINE, Henri GRONDIN, Paul
JUNOT, Marcel MOUTOUCOMORAPOULLE

Pour les institutionnels d'une représentante du Conseil Général, du directeur de la DRASS, du directeurde la CAF, du directeur de la CGSS.

D’entrée, le représentant de l’Etat remet à chaque participant un dossier « revu et corrigé » du précédent et donne lecture des nouvelles dispositions prises soit :
- 1,54 € remis par la CAF aux collectivités en déduction des prix de repas aux familles : Il est demandé que cette participation soit bien inscrite sur la plateforme en spécifiant que le bénéfice revient directement aux familles. Dont acte !
- Un tableau définissant l’organigramme des institutions avec le montant de leur participation dans chacun des items composant les minima sociaux,
- Un membre du COSPAR rappelle qu’il avait été demandé au représentant de l’Etat de fournir un
relevé de décisions répondant à la demande formulée sur la plateforme de revendications point
par point,
- Il est rappelé qu’aucune réponse réaliste n’est apportée pour une grande partie de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, aucune réponse concrète pour les retraités sur la possibilité de voir ramener le versement de leur revenu à la fin du mois afin d’éviter des frais
bancaires, aucun mot pour le public des 18-25 ans, rien sur l’indemnité veuvage ni sur la CMU,
- M. JP TECHER précise que nous sommes devant une urgence sociale et rappelle l’objet principal de notre revendication en faveur d’un public bénéficiant des minima sociaux: la question essentielle étant toujours la même à savoir : 200 € pour tous, il pose également le cas des ASS qui n’apparaissent nulle part,
- M. BANON renvoie alors la question des responsabilités de l’Etat dans la précarité d’une partie de la population et se porte Il est hors de question de liguer une partie de la population contre l’autre : les salariés contre les défavorisés
- M. RATENON demande alors pourquoi l’Etat remet une prime de vie chère à une certaine partie de la population devant l’évidence de la cherté de la vie à La Réunion ? pourquoi d’aucuns enseraient-ils privés ?
- Y a-t-il des réponses concrètes oui ou non ? y a t-il eu concertation avec le Préfet ?
Après-midi : opérations communication dans les rues de Saint-Denis

Une forte « délégation du COSPAR » composée de représentants des associations, des partis politiques, des syndicats, des étudiants, a sillonné les rues du centre de Saint-Denis avec deux camions sono (CFDT et CGTR) et des porte-voix à partir de 14 h. Première « cible » : le SCORE de la rue Jean Chatel qui a rapidement baissé son rideau. Ensuite ORANGE, quelques banques sur le parcours, la Poste. Des discussions ont pu s’engager avec les usagers, les passants et nous avons distribué 500 tracts pour la manif de demain. Opération réussie, population « compréhensive » voire « solidaire ».

Réunion du COSPAR à 16h30
Compte-rendu de la réunion à la Préfecture sur la sécurisation de la Manif du 19.
Rappel de la nécessité de mettre en place un service d’ordre bien organisé à la fois en tête, sur les côtés et à la fin du défilé.
Rappel également de l’importance de respecter les consignes de parcours et d’ordre de défilé avec la banderole COSPAR en tête suivie des responsables du COSPAR.

Modalités de prises de parole à la Préfecture :
- 1 jeune
- 1 représentant associatif (normalement Jean Alain Cadet)
- 1 représentant syndical (Ivan Hoareau, CGTR)
Dispersion après la dernière prise de parole.
Saint-Pierre
Parcours (voir compte-rendu du 17 mars)
Prises de parole :
Au rassemblement de départ, à la Mairie : 1 étudiant
A l’arrivée au Boulodrome : 1 syndicaliste (Yannis PAYET, CFDT)
Pic nique – Animations jusqu’à 16h.
Rappels :
Vendredi à 8h30 : réunion du GT « Abus bancaires » à l’IEDOM
Vendredi à 14h : réunion du GT « Fonction Publique d’Etat » à la Préfecture
Concernant ce dernier GT : les personnes qui se sont inscrites ont rendez-vous à la CFDT
jeudi 19 mars à 16h pour préparer la réunion de vendredi à la Préfecture
- FSU : Marie-Hélène DOR
- CGTR : Patrick CORRE et Pierrick OLIVIER
- CFTC : Yannis LEBON
- UNSA (à désigner)
- SOLIDAIRES (Pascal Valiamin)
- CFDT (Barthélémy HOARAU) et peut-être un autre camarade.
NB : Merci de faire passer l’information aux camarades qui n’étaient pas cette réunion du
COSPAR.
PROCHAINE RÉUNION DU COSPAR À LA CFDT VENDREDI 20 MARS À 16h30

01 février 2009

Lettre ouverte au Président Sarkosy

Monsieur le président de la République,

Nous nous adressons directement à vous en tant que chef d’un État qui a pour doctrine officielle le respect des droits de l’homme, où que ce soit, et pour coutume de prendre au sérieux le droit international. Vous n’êtes pas, quoi qu’on puisse penser de vos prises de position, resté personnellement inactif devant la tragédie qui se déroule en ce moment sur les rives de la Méditerranée.

Vous êtes le seul en France qui puisse donner une suite effective à notre requête : l’envoi sans tarder au large des côtes de Gaza du navire-hôpital de la Marine nationale. Le droit d’initiative humanitaire reconnu par les Conventions de Genève, et déjà maintes fois mis en pratique par notre pays, vous y autorise. La situation sur le terrain l’exige.

Étant donné le niveau de mortalité par violence directe aujourd’hui atteint sur ce territoire archi-comble (et qui n’a d’autre équivalent, d’après les premiers chiffres, que celui atteint à Grosny lors des bombardements russes de 1999) ; étant donné la quantité de blessés civils qui meurent sur place faute de soins ; étant donné l’importance des séquelles et des pathologies de toute espèce qui se feront jour après toute éventuelle cessation du conflit, ce bâtiment, qui s’est déjà déplacé sur les côtes libanaises dans des circonstances moins dramatiques, aura une rude et lourde tâche.

Indépendamment du nombre de vies qu’il pourra sauver, un tel geste témoignerait de plus, avec éclat, face à des opinions publiques ici et là qui en doutent de plus en plus, qu’un pays occidental n’a pas nécessairement deux poids deux mesures quand il invoque le droit international et humanitaire ; que la France sait rester fidèle à ses meilleures traditions ; et que l’Union pour la Méditerranée dont vous avez pris l’heureuse initiative, loin d’être un vain mot, peut se traduire en temps de crise par des mesures concrètes de solidarité humaine.

Les médecins, diplomates, juristes, journalistes ou simples témoins des conditions de survie régnant à Gaza, qui signent cet appel, veulent croire que vous aurez à cœur de lui donner suite en toute urgence.

Veuillez agréer, Monsieur, le président de la République, l’expression de nos sentiments très attentifs.

Raymond Aubrac,
Carole Bouquet,
Rony Braumann,
Monique Chemillier-Gendreaux,
Régis Debray,
Stéphane Hessel,
Mireille Mendès-France,
Gilles Perrault

22 janvier 2009

Collectif Réunion-Palestine

Deux manifestations organisées par le Collectif Réunion-Palestine :

Vendredi 23 à 18h à Terre sainte (St Pierre) place de la liberté

Samedi 31 à 9h centre ville St Denis au départ du petit bazar


Pierre Stambul, membre du bureau national de l’Union juive française pour la paix (UJFP)

«Juger Livni, Barak et Olmert pour crimes de guerre»

Sans distinction religieuse, raciale ou autres, des dizaines de millions de personnes expriment de par le monde leur profonde indignation quant aux crimes de guerre et contre l'humanité commis depuis près de deux semaines par l'armée israélienne contre la population de Ghaza. Pierre Stambul, membre du bureau national de l'Union juive française pour la paix (UJFP) est l'une des nombreuses personnes éprises de paix et de justice. Il s'exprime en exclusivité dans les colonnes du Jour d'Algérie.

Entretien réalisé par Mounir Abi

Le Jour d’Algérie : Le chanteur Enrico Macias a participé en France à une marche soutenant l’armée israélienne dans l’agression contre Ghaza. Votre commentaire ?

Pierre Stambul : Il y a eu une époque en France où de très nombreux militants, intellectuels ou artistes d’origine juive appartenaient au camp progressiste. On les a retrouvés en nombre dans la lutte contre le colonialisme, dans les luttes de mai 68 et des années qui ont suivi. La forme de névrose collective qui a atteint massivement la société israélienne a touché de nombreux juifs français qui ont fait une forme pervertie de retour identitaire et sont devenus des défenseurs inconditionnels d’Israël. Finkielkraut, Henri-Lévy, Adler sont des exemples. Enrico Macias a toujours été sioniste mais il était discret. Il ne l’est plus. Au-delà du sionisme, ces personnages sont devenus des défenseurs de l’impérialisme américain et du choc des civilisations. Pour eux Israël incarne les «bonnes» valeurs occidentales face à des «sauvages». Ils ne le disent pas toujours mais ils le pensent très fort. Quand on voit Arno Klarsfeld prendre la double nationalité et s’engager dans l’armée israélienne, on a un autre exemple de cette dérive. A l’UJFP, nous montrons qu’il existe des Juifs qui restent fidèles à un autre passé et à une autre mémoire.

L’Union juive française pour la paix (UJFP) a participé à une importante manifestation, il y a quelques jours en France, pour dénoncer les raids israéliens effectués sur la bande de Ghaza. Quelles sont vos impressions en tant que participant à cette importante manifestation ?

La barbarie que de nombreux citoyens vivant en France ont découvert avec l’attaque israélienne contre Ghaza et les très nombreuses victimes civiles ont provoqué une émotion très vive. Jusqu’à aujourd’hui, les différentes associations (dont l’UJFP) défendant les droits du peuple palestinien, avaient de la peine à se mobiliser. Les manifestations auxquelles nous participions, les tournées de Palestiniens vivant sous occupation ou des anticolonialistes israéliens ne rencontraient que des convaincus. Le premier jour de l’attaque israélienne, l’UJFP a appelé à une première manifestation sur le Vieux-Port de Marseille. On attendait 200 personnes, il y en a eu 2 000. L’élément nouveau c’est que pour la première fois la population marseillaise d’origine maghrébine est descendue massivement dans la rue pour exprimer sa colère et son indignation. Le samedi, jour de l’attaque terrestre, nous étions 10 000 à Marseille, 15 000 à Lyon, 50 000 à Paris. Partout des manifestations avec des immigrés et des Français d’origines très diverses. Pour nous qui associons la lutte pour la Palestine à la lutte contre les discriminations et au «vivre ensemble», c’était un grand bonheur. Dans toutes ces manifestations, nous avons pris la parole en tant qu’association juive et nous avons été chaudement applaudis. A Paris, il y a une banderole commune entre l’UJFP et l’ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France).

Cette marche a drainé combien de personnes ?

Cela dépend des villes. A Paris sûrement 50 000. Il y a eu des manifestations dans plus de 30 villes.

Comment les juifs de France vivent-ils le drame qui se déroule à Ghaza ?

Il y a en France entre 500 000 et 700 000 Juifs, venus principalement d’Afrique du Nord et d’Europe orientale. La communauté organisée (CRIF, consistoire …) est ultra sioniste et soutient inconditionnellement la politique israélienne, quelle qu’elle soit. Pour elle, nous sommes (à l’UJFP) des traîtres ayant «la haine de soi». Mais cette communauté organisée ne représente qu’une partie minoritaire des Juifs français. Il y a en France chez les Juifs une mémoire ancienne de la lutte pour l’émancipation, de la Résistance au nazisme et pour certains, de l’opposition aux guerres coloniales de la France. Il y a donc de nombreux citoyens d’origine juive qui ne se reconnaissent pas dans les positions guerrières et chauvines de ceux qui prétendent les représenter. Mais seules deux associations juives ont dénoncé le crime qui se déroule : l’UJFP et l’UJRE (Union juive pour la résistance et l’entraide). Nous disons aux Juifs de France que la politique israélienne n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens. Elle est aussi suicidaire pour les Israéliens et même pour les Juifs.

La majorité des juifs de France soutient-elle cette guerre ?

Les sionistes ont essayé d’organiser des manifestations de soutien comme ils ont l’habitude de le faire. Il existe en France des tas d’associations (le KKL, l’Association pour le «bien-être du soldat israélien» (!!!)…) qui collectent régulièrement de l’argent. Cette fois-ci, les manifestations sionistes n’ont pas rencontré un grand succès. Néanmoins, ce qui est en œuvre en Israël (une propagande insufflant la peur, faisant croire aux Israéliens que ce sont eux les victimes, que les Palestiniens sont comme les nazis et veulent les anéantir, ça s’appelle le complexe de Massada) existe aussi en France. Les membres de la communauté organisée, avec en tête le président du CRIF (Pasquier) et le grand rabbin (Bernheim), soutiennent inconditionnellement le carnage actuel.

Des femmes et enfants sont les principales victimes des raids israéliens sur la bande de Ghaza. Quels sont vos sentiments en regardant les images montrant des corps déchiquetés par les bombes ?

En tant que citoyen, une honte et une colère terribles. En tant que Juif, je ressens que le crime se fait en mon nom. J’ai grandi avec l’image du ghetto de Varsovie où l’on voit un enfant terrorisé devant un soldat nazi. Aujourd’hui, le ghetto c’est Ghaza.
On ne déporte pas les gens mais on en massacre beaucoup. Et ceux qui commettent l’irréparable osent se revendiquer de ma mémoire du génocide.
Des dizaines de milliers de personnes, de confession musulmane, juive et autres ont marché, côte à côte, pour dénoncer cette agression sur la population de Ghaza. Un exemple d’humanisme qui donne espoir quant à la possibilité
d’instaurer la paix entre tous les peuples du monde. Qu’en pensez-vous ?
La paix en Palestine ne pourra se faire que par l’égalité des droits et la justice et sur la base du droit international que les gouvernements israéliens ont toujours violé. Le «vivre ensemble», la lutte commune contre les discriminations, la connaissance et le respect réciproque sont fondamentaux. Dans toutes les villes où l’UJFP existe, elle rencontre régulièrement sous des formes diverses ceux avec qui nous vivons : musulmans, Arabes, berbères … A Marseille par exemple, nous rencontrons régulièrement les adhérents d’un centre social des quartiers nord. Un jour on discute de la Palestine, du racisme, des mots «Juif» ou «Arabe», on assiste ensemble à la lecture de poèmes de Darwish … Les dernières manifestations devront avoir une suite et amplifier ces liens et ces rencontres.


Envisagez-vous d’autres manifestations pour dénoncer cette agression qui, jusqu’à présent, a fait près de 600 morts et plus de 3 000 blessés parmi la population de Ghaza ?

Il existe des collectifs d’associations dans toutes les villes. On y trouve les associations arabes ou musulmanes, le mouvement associatif de gauche, quelques partis politiques ou syndicats. L’UJFP y tient toute sa place. A Marseille, il y a une veille tous les jours avec distribution de tracts et, selon les cas, une ou deux manifestations par semaine. Nous essayons de nous structurer pour arriver à prévenir ou mobiliser un maximum de personnes. Les médias commencent à rendre compte de l’ampleur des manifestations et de la colère qui s’y manifeste. Chaque jour on découvre des manifestations dans de nouvelles villes.

Avez-vous interpellé le Premier ministère israélien pour arrêter le massacre ?

Nous ne nous adressons pas à des gens coupables de crime de guerre et de crimes contre l’humanité. Le crime continue parce que l’Etat d’Israël n’a jamais été puni. L’UJFP est (avec les ONG palestiniennes et les anticolonialistes israéliens) pour le BDS (boycott, désinvestissement, sanction), c’est-à-dire l’isolement politique, économique, moral, sportif, culturel … d’Israël tant que durera l’occupation. Nous demandons aussi la mise en jugement de Livni, Barak, Olmert et des chefs militaires. Ce sont nos seuls rapports avec les dirigeants israéliens.

Quelles sont les relations que vous entretenez avec les musulmans de France ?

Partout où il y en a, elles sont bonnes. Avec, je l’ai dit, des relations privilégiées avec l’ATMF. Il y a même eu une mission commune en Palestine. Dans les manifestations, les musulmans qui découvrent qu’il y a des Juifs opposés à la barbarie manifestent une grande joie et le désir que l’on se connaisse mieux. A l’UJFP, nous sommes laïques. Nous avons des bonnes relations avec toutes celles ou ceux qui soutiennent la Palestine, croyants ou pas.

Avant-hier, une école relevant de l’ONU a été bombardée à Ghaza, par l’armée israélienne. Des dizaines de morts parmi les familles qui s’y abritaient. Comment qualifiez-vous cela ?

Là, on est au-delà du crime de guerre. La justice internationale a poursuivi ou poursuit des dirigeants qui ont commis des crimes en Bosnie ou au Darfour. Pourquoi ne poursuit-elle pas les dirigeants israéliens ?

Quels sont, selon vous, les buts réels recherchés par l’Etat israélien dans l’agression contre la bande de Ghaza ?

En 1988, la direction palestinienne a fait (à Alger) une concession incroyable : limiter le futur Etat palestinien à 22% de la Palestine historique. L’idée était «la paix contre les territoires». Pourquoi cela n’a pas marché ? Parce que les Israéliens n’en veulent pas. Depuis 1967, la colonisation est devenue le centre de la politique israélienne. Ils veulent tout. La moitié de la population israélienne est acquise à l’idée du «transfert», la déportation des Palestiniens au-delà du Jourdain. Quand les Palestiniens (ceux de Ramallah) acceptent de négocier sous direction américaine, ils n’obtiennent rien : la colonisation, l’annexion, les humiliations continuent. Quand ils résistent comme à Ghaza, l’Etat israélien monte une propagande incroyable décrivant le Hamas et la population de Ghaza comme des terroristes, et on les massacre. En fait, les dirigeants sionistes ne veulent pas d’une paix qui ne pourrait que remettre en cause leur projet. Ils ont besoin d’une guerre éternelle.

Comment la population vit-elle cette guerre en Israël ?

Le bourrage de crâne a hélas marché. Le délire guerrier et la négation complète de l’humanité de «l’autre» fonctionnent. Les sondages donnent un pourcentage impressionnant d’Israéliens approuvant cette boucherie. Tous les partis politiques sionistes (y compris le courant «La Paix Maintenant») ont été informés à l’avance de l’invasion et ils l’ont approuvée. En même temps, la minorité opposée à la guerre se développe et se radicalise. Ceux qu’on appelle improprement les «Arabes israéliens» sont descendus par dizaines de milliers dans la rue. A Tel-Aviv, il y a eu 10 000 manifestants. Les anticolonialistes ne sont pas très nombreux, mais ils regroupent des personnalités fantastiques (Warschawski, Nurit Peled …) ou des mouvements étonnants comme les Anarchistes contre le Mur. Je les compare volontiers aux «porteurs de valise» français pendant la guerre d’Algérie. Pour l’instant, les résistants à la guerre sont très minoritaires mais les choses peuvent changer très vite.

Quelles sont les chances pour l’arrêt de cette guerre et l’instauration de la paix ?
Il n’y aura pas de paix avec le sionisme. De même que la paix en Afrique du Sud a été rendue possible par une rupture avec l’Apartheid, il faudra une rupture ou un dépassement du sionisme, un passage au «postsionisme». La paix, c’est le respect du droit international, c’est l’égalité des droits, c’est la citoyenneté. Qu’il y ait un Etat ou deux Etats, il faudra en finir avec le militarisme, les humiliations, les discriminations. Nous remettons en cause la notion d’Etat juif. Dans l’immédiat, le retrait de tous les territoires occupés, le démantèlement de toutes les colonies et le droit au retour des réfugiés sont exigés par le droit international.

Un mot sur le blocus imposé depuis une année environ à la population de Ghaza et les conséquences sur les conditions de vie.
Tzipi Livni est allée chercher chez Sarkozy et chez Moubarak l’autorisation d’attaquer Ghaza. Mais avant l’attaque, avec la complicité totale de la communauté internationale, il y a eu le blocus : 1 500 000 personnes largement privées de nourriture, d’électricité, de carburant, de médicaments, de matériel scolaire.

Un territoire bouclé où le port et l’aéroport ont été détruits avant d’exister, où on circule au compte-gouttes, où il est interdit de pêcher. 5 bateaux de militants internationaux ont difficilement pu briser ce blocus inhumain. Depuis des années Ghaza est un laboratoire où on teste l’enfermement. Le cessez-le-feu devra obligatoirement être accompagné de la fin du blocus.

M. A.http://www.lejourdalgerie.com/Editions/080109/Rubriques/evenement.htm#3


15 janvier 2009

Invitation à une réunion d'organisation pour la Palestine

Réunion d’organisation le samedi 17 janvier 2009 au local Art Sénik, Route Nationale Saint-Leu à 14 h

Mouvement Global de Résistance Non Violente à la politique extrémiste et violente de l’État d’Israël

La situation actuelle à Gaza met en évidence, une fois encore, l’impasse et l’horreur auxquelles font face les Palestiniens. On ne peut pas se satisfaire de renvoyer les deux parties dos à dos ou espérer qu’une solution émerge de négociations directes sans implication et intervention extérieures fortes et déterminées. Prendre une position de fausse neutralité ou de spectateur impuissant, c’est au fond accepter de laisser faire et s’en tenir à constater, après chaque crise, chaque massacre, que la situation se détériore, que les négociations de paix n’ont mené à rien et que le sort des Palestiniens empire chaque jour.

Le nombre d’organisations de soutien au peuple palestinien à travers le monde – et en particulier en Occident – est impressionnant. On a néanmoins l’impression que l’on peine à se mettre d’accord sur une vision ou une stratégie communes. Dans les débats, on mêle souvent l’analyse des causes du conflit avec l’exposé des principes de la résistance ou encore avec les moyens à convoquer ou enfin les solutions à proposer : difficile dans ces conditions de déterminer un socle commun, et clair, pour fonder un discours, orienter une action multidimensionnelle et constituer un front uni et solide.

Il faut commencer par formuler un certain nombre de principes avec lesquels nous sommes très largement en accord :

1. Le conflit israélo-palestinien est d’abord un conflit politique (même s’il a des dimensions religieuses qui impliquent de respecter l’égale liberté de culte pour tous - juifs, chrétiens, musulmans – et la liberté de conscience pour tous, croyants ou non).
2. Il y a un oppresseur (Israël) et un opprimé (le peuple palestinien).
3. La résistance palestinienne est légitime de fait.
4. Les Palestiniens ont droit à un État et à la liberté.
5. L’égale dignité des Palestiniens exige une égalité de droits et de traitement quel que soit le choix de la solution envisagée.
6. Les Palestiniens chassés de leurs terres ont un droit naturel au retour.
7. Notre engagement se fonde sur un refus inconditionnel et égal de tous les racismes sous quelque forme que ce soit (racisme anti-juif, anti-arabe, antichrétien ou antimusulman, etc.)

À partir de ces sept principes fondamentaux, il est possible de constituer des collectifs locaux, régionaux et nationaux qui déterminent les objectifs prioritaires du mouvement de résistance local/global. Les exemples des « collectifs » ou des « coordinations » en Angleterre, en France et dans certaines régions (aux États-Unis ou en Europe) doivent être multipliés à l’échelle de tous les pays et à travers tous les continents tant il est vrai que le conflit local israélo-palestinien a des conséquences globales sur les réalités politiques et économiques du monde. Ces collectifs régionaux, nationaux et internationaux devraient avoir pour objectifs principaux :

1. Diffuser une information permanente sur la situation au Moyen-Orient (website, newsletters, conférences, vidéos, livres, etc.) : développer et maintenir une conscience citoyenne des enjeux du conflit au-delà des situations de crises et des couvertures médiatiques.
2. Déterminer les moyens de résistance non violente à travers le monde (boycotts possibles et coordination des actions concrètes : manifestations, interventions auprès des politiques, etc.) que certaines organisations développent déjà mais sans assez de synergies si ce n’est en temps de crises.
3. Accompagner et mobiliser le mouvement de solidarité financière pour des projets de développement et de reconstruction (infrastructures, écoles, etc.).

Les derniers événements à Gaza et l’attitude des gouvernements d’Orient comme d’Occident nous convainquent que la passivité et l’hypocrisie largement répandue ne permettra pas de trouver de solution à ce conflit. Tout se passe comme si l’État d’Israël, avec le soutien des États-Unis et de quelques gouvernements européens, ont imposé un état de terreur intellectuelle où personne n’ose parler, dire la vérité, dénoncer l’inacceptable. Pourtant les populations du monde sont de moins en moins dupes et il est possible de sensibiliser et de mobiliser de plus en plus de citoyens refusant de subir un lavage de cerveau médiatique ou de se voir réduits à l’état de spectateurs impuissants. Il importe aujourd’hui de clarifier nos principes, de déterminer les moyens de la résistance et de coordonner nos actions. Certaines expériences nationales récentes prouvent que ce processus peut se généraliser. Nous appelons les organisations qui ont des années d’expérience, les nouvelles structures et les individus à considérer comme un impératif la création de ce mouvement global à travers des collectifs et des coordinations régionales et nationales portant des objectifs et un discours clairs et proposant des actions communes plus larges et plus efficaces. Il importe de refuser autant les morcellements que les récupérations politiciennes : un socle de principes communs clarifie cet engagement commun et les actions doivent traduire l’esprit déterminé de cette résistance globale.

Parce que nous ne pouvons pas rester spectateurs des dénis de droits, des humiliations et des atrocités en Palestine, nous lançons le Mouvement Global de Résistance Non Violente. Nous désirons inviter et engager dans le Mouvement des personnalités publiques (intellectuels, artistes, etc.), des activistes et des citoyens ordinaires à travers le monde de même que des organisations soucieuses de protéger le droit et la dignité des individus et des peuples qui refusent de rester passifs face au silence complice des États d’Orient et d’Occident alors que des civils palestiniens sont quotidiennement tués, emprisonnés ou humiliés dans les nouveaux bantoustans que sont devenus les Territoires occupés par la politique israélienne de colonisation et d’apartheid.

La mobilisation populaire n’a de chance de succès que si elle est internationale et globale.


GSM : 06 92 40 11 78
Tél./Fax : 02 62 25 35 32
Email : collectif_reunion.palestine@yahoo.

14 décembre 2008

"Le mouvement pour la paix continuera, quel que soit le président en place"

Aujourd’hui, c’est le 67e anniversaire du « jour qui vivra à jamais dans l’infamie ». Il est plus que probable que, si vous viviez déjà il y a 67 ans, vous étiez alors une personne très jeune encore. Je connais quelques personnes qui se rappellent toujours l’attaque par les Japonais de la base navale américaine de Pearl Harbor, à Hawaii, mais je me souviens aussi des histoires que mes parents me racontaient à propos de ce fameux jour.

Ma maman était assise à la table de la cuisine et elle mangeait des biscuits lorsqu’elle apprit la nouvelle à la radio. Elle avait dix ans. Mon papa vivait dans l’Oklahoma, mais ma maman vivait à Hawthorne, en Californie, de sorte que sa famille était terrifiée à l’idée que la Californie allait bientôt être frappée. Je puis imaginer que, dans les années à venir, mes enfants raconteront à leurs enfants ce qu’ils faisaient lorsqu’ils avaient appris, le 11 septembre 2001, que les Tours jumelles et le Pentagone avaient été les cibles d’attentats.

Une guerre terrible faisait déjà rage, le 7 décembre 1941, mais ce fut le jour symbolique de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. L’événement amena le Congrès à déclarer officiellement la guerre au Japon, quatre jours après l’attaque. Même si les États-Unis ont été impliqués dans de nombreuses guerres, actions de police et autres conflits larvés depuis, ce fut la dernière fois qu’ils déclaraient la guerre constitutionnellement. Ce n’est pas cela qui rendra la violence légitime, mais ils avaient agi conformément au « manuel ». Des millions de personnes ont perdu la vie, au cours de la Seconde Guerre mondiale et les États-Unis ont lâché des armes de destruction massive sur des civils innocents.

À l’issue de cette guerre, les États-Unis et l’URSS ont émergé en tant que « superpuissances ». Il s’est avéré que les pouvoirs « suprêmes » des États-Unis consistent en une intimidation par la violence et un militarisme grossier. L’empire soviétique s’est déjà écroulé sous le poids de sa machine militaire et on dirait que les Etats-Unis ne vont pas tarder à le suivre, surtout sous le président élu Obama qui, de façon insensée, veut s’enfoncer davantage encore dans l’erreur de l’Afghanistan. Quelqu’un lui dira-t-il, bon sang, que l’Afghanistan a été le cimetière de plusieurs empires ? Ou, plutôt, non, qu’on ne le lui dise pas : il est grand temps que l’empire américain s’écroule, lui aussi !

Si les États-Unis avaient un mouvement national pour la paix, Obama ne serait pas notre président élu, à l’heure qu’il est. Dennis Kucinich (démocrate de l’Ohio) aurait été désigné candidat pour les démocrates et Ron Paul (républicain du Texas) pour le GOP (1), et Cynthia McKinney (écolo) et Ralph Nader (indépendant) auraient pu participer aux débats. Ce que nous avons, ici, aux États-Unis, c’est un mouvement contre la guerre qui se montre sélectif dans son opposition à la guerre. Il semble que pour bon nombre d’organisations nationales, les guerres des démocrates soient correctes, alors que les guerres des républicains ne le sont pas. C’est pourquoi nous avons besoin d’un mouvement qui soit intègre et doté d’une réelle vision, qui ne penche pas pour les démocrates, mais qui soit là pour claironner le fait que TOUTE violence est mauvaise et que résoudre les problèmes par la violence ou par la menace de violence est un crime contre l’humanité, toujours susceptible d’être poursuivi en justice, et qu’importe que ce soit George Bush ou Barack Obama qui profère ces menaces ou promet une escalade de la violence. Le recours à la violence est intrinsèquement mauvais de la part d’un individu et il l’est des millions de fois plus encore lorsqu’il émane d’un État.

Au début de l’année, lors du cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak, j’ai lancé un appel en faveur d’une mobilisation de masse à Washington DC, mais les dirigeants de quelques organisations nationales n’ont pas voulu « mettre les démocrates dans l’embarras ». Que va-t-il se passer, maintenant que nous allons avoir un démocrate comme président en 2009, pour le sixième anniversaire de l’invasion ? Obama est un président qui, manifestement, n’est pas un « président de la paix » (est-ce que cela existe, seulement ?), ni même « hostile à la guerre ». Il n’a jamais promis un retrait immédiat et complet de l’Irak, mais il a promis, par contre, une escalade de la violence en Afghanistan. Telles étaient effectivement ses promesses de campagne, mes bonnes gens ! Obama a trahi la base qui l’a fait élire en exploitant cette mauvaise perception de son image pour gagner et désigner ensuite pour son cabinet des personnes qui font se pâmer de joie les faucons néo-conservateurs.

Ce minuscule Mouvement pour la paix qui est le nôtre aux États-Unis a toujours dit que les invasions et occupations américaines de l’Irak ET de l’Afghanistan étaient illégales et immorales et que nos troupes devaient être rapatriées tout de suite, que l’Empire américain devait être ramené à une taille qui permettrait de le noyer dans une simple baignoire. Le mouvement « contre la guerre » a toujours pris grand soin de faire une distinction entre l’Irak (injuste) et l’Afghanistan (justifié), distinction qui, pour moi, a toujours été un échec et un mauvais raisonnement qui, tôt ou tard, finirait par nuire à l’intégrité du mouvement même.

Vous connaissez le Mouvement américain pour la paix. Vous l’avez vu à l’œuvre. Pour rallier les manifestations, ses membres prennent leurs motos ou les transports publics, ou conduisent d’anciens véhicules qui tiennent ensemble grâce aux autocollants qu’ils ont sur les pare-chocs. Ce sont ceux qui se tiennent à la sortie des prisons avec des bougies pour protester contre l’assassinat, décrété par l’État, ne serait-ce que d’un simple individu. Ce sont ceux qui s’agenouillent en face de la Maison-Blanche dans des grenouillères orange afin de protester contre la torture. Ce sont ceux qui se rassemblent par milliers chaque année pour exiger la fermeture définitive de l’École des Amériques (WINSEC). Le Mouvement pour la paix sait que la violence se perpétue d’elle-même et qu’elle engendre plus de violence encore. Le Mouvement pour la paix s’attelle à la tâche ardue consistant à affronter l’Empire et il le fait de façon pacifique, mais à juste titre véhémente.

Le mouvement hostile aux guerres républicaines est celui qui organise des marches les week-ends où rien ne risque de venir déranger le statu quo. Ces gens se tapent gentiment sur l’épaule puis retournent à leurs meetings nationaux pour planifier la façon de faire élire davantage de démocrates.

Travailler pour la paix n’a strictement rien de lucratif, mais les visages ridés des gens dont je sais qu’ils œuvrent pour la paix depuis des décennies rayonnent de la satisfaction du travail accompli et ce sont des visages qui peuvent se regarder sans honte dans un miroir.

Le mouvement hostile aux guerres républicaines va se mettre à l’arrêt, durant le mandat d’Obama, afin de « lui donner une chance ». Le Mouvement pour la paix, lui, travaille toujours et continuera toujours à travailler, quel que soit le président en place.

La paix, ce n’est pas pour les lâches. La paix requiert beaucoup de travail, de ressources et d’énergie. La plupart des gens n’ont pas la volonté ni la résistance requises par la paix.

Le Mouvement pour la paix exigera de Bush et exigera d’Obama un retrait complet et immédiat, de l’Irak et de l’Afghanistan, des forces américaines et des contractuels indépendants et il exigera également que soit mis un terme à la guerre américaine contre le terrorisme.

Nous exigeons que soit mis un terme à toutes les tortures dans les prisons, à Guantanamo (Cuba) et partout dans le monde, et que soient relâchées les personnes détenues dans ces prisons ou, alors, qu’elles soient jugées avec la pleine protection d’une législation ordinaire (qui, naguère encore, existait aux États-Unis) et qu’on abolisse le Military Commission's Act (Loi d’instauration d’une commission militaire).

Nous exigeons que les États-Unis procèdent à une approche plus équilibrée de l’occupation et de l’oppression par Israël du peuple palestinien et qu’ils s’emploient en compagnie de la communauté internationale à alléger la crise humanitaire qui sévit actuellement à Gaza.

Nous exigeons l’abolition de l’USA PATRIOT ACT (Obama a voté pour son renouvellement).

Nous exigeons l’abolition du FISA Modernization Act (Obama a voté pour la suppression de nos droits d’application du 4e amendement).

Nous exigeons la fermeture des 800 et quelques bases américaines dans le monde et nous exigeons le retour de leurs troupes dans les bases militaires situées en territoire américain et nous exigeons la réduction en taille, via des départs volontaires, de notre « armée active », laquelle est de toute manière anticonstitutionnelle.

Nous exigeons la réduction de l’armée américaine à des proportions telles qu’on ne pourra plus l’utiliser que dans des buts défensifs, lors de désastres nationaux ou en cas d’urgence internationale et nous ne voulons pas qu’on la renforce à l’aide de 100.000 nouvelles recrues (une autre promesse de campagne d’Obama).

Nous exigeons que le budget du Pentagone soit considérablement réduit et que l’argent épargné de la sorte soit utilisé pour l’éducation, l’emploi et les soins de santé aux États-Unis. Si tout le monde (et pas seulement les nantis) avait facilement accès à ces droits humains fondamentaux, pourquoi deviendraient-ils dans ce cas partie intégrante de l’Empire militaire américain ?

Nous exigeons que le Posse Comitatus Act soit intégralement restauré de sorte que les troupes et armes américaines ne puissent plus être utilisées contre nous, les citoyens.

Non seulement nous exigeons toutes ces choses, mais, si vous ouvrez bien les yeux, vous nous verrez œuvrer pour ces exigences dans les rues. Travailler pour la paix fait que nous nous opposons à un système politique bipartite et corrompu qui travaille toujours pour la guerre.

Je ne puis imaginer de meilleur endroit où se trouver ni de meilleure chose à faire.

L’administration Obama va séparer définitivement « le bon grain de l’ivraie » et nous verrons qui sont ceux qui veulent réellement une véritable paix et ceux qui accepteront la violence démocratique.

Cindy Sheehan

Création de la Coordination contre le Racisme et l'Islamophobie : CRI

Depuis la première affaire dite du foulard islamique en 1989 , la situation en France n’a fait que s’aggraver pour les millions de citoyens français de confession musulmane.

La lepénisation de la classe politique, et la contamination des institutions et des médias ont entraîné un véritable déchaînement contre cette catégorie de la population , et il ne se passe plus un Mois sans que l’on nous sorte une affaire de foulard, de virginité , de mariage forcé, d’imam expulsé , de cantine scolaire, de fichage de musulmans, de lieu de prière, etc… dont la finalité ne vise qu’à essentialiser et diaboliser les musulmans et à en faire le nouvel ennemi.

Nous assistons à une forme de chasse aux sorcières qui n’est pas sans rappeler des zones sombres de notre histoire, une sorte de mélange de Vichyisme et de Mac carthisme. Des musulmans sont obligés de cacher leur confession et prétendent qu’ils sont végétariens pour ne pas dire qu’ils mangent halal, d’autres quittent la France pour aller sous des cieux plus cléments, par centaines d’autres changent leurs prénoms pour avoir ou garder leur emploi, par milliers des jeunes filles se voient exclure du monde du travail et tentent de se replier sur des emplois communautaires, et tout ceci met en danger l’unité nationale , la cohésion sociale et le vivre ensemble.

Devant cette situation nous avons décidé d’agir, d’abord pour protéger l’état de droit et dénoncer ces pratiques dignes d’un autre temps, et puis de mener un combat sur le champ social , juridique et surtout politique afin de mettre un terme à cette islamophobie dont le Président de la République nous dit : « l’islamophobie doit être combattue comme le racisme et l’antisémitisme ». Mais nous constatons que la volonté politique et les moyens existent seulement pour d’autres causes, et que les musulmans de ce pays sont encore une fois de plus les laissés pour compte de la République, devant la complicité ou l’indifférence quasi générale.

C’est pourquoi nous sommes contraints de prendre l’initiative et de créer la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI) qui devrait permettre de mettre en évidence l’ampleur du phénomène d’exclusion des musulmans. La Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie CRI n’est pas une énième organisation venue enrichir le paysage de la diversité associative et culturelle, ou qui a l’ambition de représenter telle ou telle catégorie de la population ou bien de parler en son nom auprès de telle institution ou lieu de pouvoir. Elle se veut un outil accessible à toutes les victimes du racisme et plus spécifiquement de l’islamophobie (véritable parent pauvre des politiques de lutte contre les discriminations et les exclusions) , afin de combattre juridiquement, socialement, culturellement et surtout politiquement ce qui relève aujourd’hui d’un phénomène systémique qui exclut les musulmans et musulmanes des écoles, du travail et parfois des espaces publics etc….

L'un des objectifs de cette coordination consiste à tenter d'amener la classe politique à prendre ses responsabilités en renforcant sérieusement les dispositifs répressifs dans ce domaine , et en légiférant comme elle l’a fait pour le racisme, l’anti sémitisme et le négationnisme et s’apprêterait à le faire pour l’homophobie.

Nous invitons l'ensemble des citoyens et plus particulièrement les victimes ou témoins directs de tout acte , propos, image ou écrit islamophobe à nous saisir en nous donnant le maximum d'éléments à travers le site www.crifrance.com , mais aussi en nous transmettant leurs analyses, critiques ou écrits autour du thème de l'islamophobie.

Abdelaziz Chaambi
www.crifrance.com


11 novembre 2008

Cette crise est bel et bien planifiée !

Ce qui ressort du comportement du marché financier européen ces deux dernières semaines, ce sont les anecdotes dramatiques de la crise financière et la panique qui servent délibérément à certaines factions influentes, dans et en dehors de l'Union européenne, à façonner la face future de la banque mondiale suite à la débâcle du subprime (prêt à haut risque) et des titres adossés à des créances (ABS) aux États-Unis.

Le développement le plus intéressant des derniers jours est la position allemande unifiée et forte de la chancelière, du Ministre des Finances, de la Bundesbank et du gouvernement de coalition. Tous sont opposés à un super-fond de renflouage bancaire du style étasunien dans l’Union européenne. Pendant ce temps-là, le Ministre étasunien des Finances, Henry Paulson, continue son copinage envers le capitalisme (Crony Capitalism) au détriment de la nation et au profit de ses copains du monde financier. C'est un cocktail inutilement explosif.

La chute de 7 à 10 pour cent de la bourse par jour fait les gros titres dramatiques de l'actualité et sert à susciter un grand sentiment de malaise proche de la panique chez le citoyen ordinaire. Les événements des deux dernières semaines dans les banques de l'UE, depuis le sauvetages de la situation dramatique des banques Hypo Real Estate, Dexia et Fortis, et l'annonce d’Alistair Darling, le Chancelier de l'Échiquier au Royaume-Uni, d'un changement radical dans la politique du traitement des banques en difficulté au Royaume-Uni, ont commencé à révéler les grandes lignes des diverses réponses européennes, à ce qui est en réalité une crise fabriquée aux États-Unis (« Made in USA »).

De sérieuses raisons font penser que Henry Paulson, l’ancien directeur général de Goldman Sachs, n'est pas stupide en tant que ministre des Finances. Il y a aussi des raisons réelles de croire qu'il agit en fait en fonction d'une stratégie à long terme bien pensée. La façon dont se déroulent à présent les événements dans l'UE tend à le confirmer. Comme me l’a dit un haut responsable banquier européen lors d’une discussion privée, « Une guerre est en cours entre les États-Unis et l'Union européenne pour définir la face future de la banque européenne. »

Du point de vue de ce banquier, la tentative en cours du Premier ministre italien Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy en France, de créer un « fond » commun en Union européenne, avec peut-être plus de 300 milliards de dollars pour sauver les banques en difficulté, serait de facto jouer directement dans la stratégie à long terme de Paulson et de l’establishment étasunien, en affaiblissant en réalité les banques et en remboursant les titres véreux d’origine étasunienne détenus par les banques de l'UE.

Utiliser la panique pour centraliser le pouvoir

Comme je le documente dans mon prochain livre, Power of Money: The Rise and Decline of the American Century, (Le pouvoir de l'argent : essor et déclin du siècle étasunien), dans toutes les grandes paniques financières aux États-Unis depuis au moins celle de 1835, les titans de Wall Street, surtout la Maison JP Morgan avant 1929, ont déclenché délibérément la panique bancaire en coulisses pour consolider leur emprise sur la banque des États-Unis. Les banques privées ont utilisé la panique pour contrôler la politique de Washington, notamment la définition exacte de la propriété privée de la nouvelle Réserve fédérale en 1913, et pour consolider leur contrôle sur l'industrie, comme US Steel, Caterpillar, Westinghouse et ainsi de suite. En bref, ils sont les vétérans de ce genre de guerre financière pour l’élargissement de leur pouvoir.

Ils doivent maintenant faire quelque chose de semblable à l'échelle mondiale afin de pouvoir continuer à dominer la finance mondiale, le cœur de la puissance du siècle étasunien.

Cette pratique, du recours à la panique pour concentrer leur pouvoir privé, a créé une concentration extrêmement puissante de pouvoir financier et économique entre quelques mains du secteur privé, ces mêmes mains qui, en 1921, créèrent l’influent groupe d’expert en politique étrangère étasunienne, le Council on Foreign Relations, pour guider la montée du Siècle Étasunien, tel que l’appelait le fondateur de l’époque, Henry Luce dans un essai capital en 1941.

Il devient de plus en plus évident que les gens comme Henry Paulson, qui, par la façon dont il fut l'un des promoteurs les plus énergiques de la révolution de l’ABS à Wall Street, avant de devenir ministre des Finances, sont animés par des mobiles qui dépassent de loin leurs instincts de cupidité. Dans ce contexte, la propre expérience de Paulson est intéressante. Dans le passé, à l’aube des années 70, Paulson entama sa carrière en travaillant pour un homme célèbre nommé John Ehrlichman, l’impitoyable conseiller en politique intérieure de Nixon qui, à l'époque du Watergate, avait créé les fameux Plombiers pour réduire au silence les adversaires du Président, et que Nixon a abandonné « à être forcé d’exister sans soutien » en prison pour lui.

Paulson semble avoir pris de la graine de son mentor de la Maison Blanche. Selon un article du New York Times, quand il était coprésident de Goldman Sachs, il a fait partir de force en 1998 son coprésident, Jon Corzine, dans ce qui équivalait à «un coup d’État».

Il devient évident que Paulson, et ses amis de Citigroup et JP Morgan Chase, ont une stratégie, de même que le parrain de la titrisation des hypothèques et de la déréglementation bancaire, l’ancien président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, comme je l'ai exposé en détail dans la partie IV de ma précédente série, Financial Tsunami.

Étant sûrs qu’à un moment la pyramide de billions de dollars de subprimes douteux et des autres titres adossés à des prêts hypothécaires à hauts risques allaient s’effondrer, ils étaient apparemment déterminés à propager le plus possible dans le monde entier les ainsi nommés « déchets toxiques » de l’ABS, pour attirer les grandes banques du monde, plus particulièrement celles de l'Union européenne, dans leur piège à miel.

Ils avaient de l'aide. Lors de son dernier témoignage sous serment, Eric Dinallo, le directeur du New York Insurance Department, a déclaré à l’audition de surveillance du renflouage d’AIG de Paulson, que la réduction du financement ces dernières années dirigées par le gouvernement de Bush-Cheney, avait réduit la fiabilité du département, qui devait contrôler ou veiller sur 80 billions de dollars de titres adossés à des créances (ABS), incluant le subprime empoisonné, les titres hypothécaires de catégorie Alt-A et bien d’autres. Le gouvernement Bush a réduit son personnel de plus de 100 personnes à une seule. Oui « UNE, » ce n'est pas une faute de frappe.

Est-ce que c’était juste une coupe de budget par ferveur idéologique, ou était-ce délibéré? Est-ce que le responsable garantissant qu’aucune personne efficace au gouvernement ne supervise l'explosion de la titrisation des actifs hypothécaires était l'ancien homme de Goldman Sachs, l'homme qui avait convaincu le Président d’embaucher Paulson, l’ancien directeur de l’Office of Management and Budget (OMB) de Bush, l’actuel chef d'état-major du Président : Joshua Bolten ?

Ce sont peut-être des questions que le Congrès ferait bien de poser à des gens comme Henry Paulson et Joshua Bolten, au lieu de questions de diversion du genre de la hauteur de la prime reçu par Richard Fuld a Lehman. N’y a-t-il pas, là sur le cadavre, les empreintes digitales de M. Bolten ? Et pourquoi n’y a-t-il aucune question sur le rôle de Paulson en tant que directeur général de Goldman Sachs, le promoteur de Wall Street le plus agressif en faveur des titres exotiques et des autres produits de titrisation adossés à des actifs ?

Il semblerait aujourd’hui que la stratégie de Paulson était d'utiliser une situation de crise, de crise préprogrammée, prévisible dès 2003, quand Joshua Bolten est devenu chef de l’OMB, au moment où tout ça a éclaté, pour affoler les gouvernements les plus conservateurs de l'Union européenne en les précipitant au secours des actifs toxiques des États-Unis.

Si cela devait arriver, ça détruirait ce qui reste de bon dans le système bancaire et les institutions financières de l'UE, rapprochant d’un pas de plus le monde vers un marché monétaire contrôlé par les copains de Paulson, des copains du style capitaliste étasunien. Le «copinage capitaliste» est certainement une explication appropriée ici. Robert Rubin, le prédécesseur de Paulson à la fois chez Goldman Sachs et aux Finances, aimait accuser les banquiers asiatiques de Thaïlande, d’Indonésie et des autres pays frappés en 1997 par les attaques spéculatives des fonds de couverture sponsorisés par les États-Unis, de «copinage capitaliste» donnant l'impression que la crise avait sa source en Asie et n’était pas la conséquence d'attaques délibérées des institutions financières parrainées par les États-Unis pour objectif d’éliminer entre autres le modèle du Tigre asiatique et transformer l'Asie en bailleur de fonds de la dette étasunienne.

Il est intéressant de noter que Rubin est à présent directeur de Citigroup, manifestement l'une des banques survivantes des «copains de Paulson», la banque qui a dû jusqu’ici passer par pertes et profits la plus grande somme en actifs titrisés empoisonnés.

Si l'allégation de panique planifiée est exacte, dans le style de la panique de 1907, et c'est un grand si, alors le plan a réussi . . . jusqu'à un certain point. Ce point est tombé pendant le week-end du 3 octobre, par hasard au moment des vacances de l'unification nationale de l’Allemagne.

L'Allemagne lâche le modèle étasunien

Dans la soirée du dimanche 5 octobre, lors de pourparlers à huis clos, Alex Weber, le patron réaliste de la Bundesbank, Jochen Sanio, le dirigeant de BaFin, et des représentants du gouvernement de coalition à Berlin de la chancelière Angela Merkel, ont lancé pour Hypo Real Estate (HRE) un plan de renflouage d'un valeur nominale de 50 milliards d’euros. Toutefois, derrière ce chiffre considérable dans les gros titres, comme le soulignait Weber dans une lettre rendue publique du 29 septembre au ministre des Finances Peer Steinbrück, non seulement les banques privées allemandes ont proposé 60 pour cent de ce chiffre, avec 40 pour cent pour l'État, mais en plus, compte tenu de l'attention avec laquelle le gouvernement, en coopération avec la Bundesbank et BaFin, ont structuré l’accord de crédit de secours, dans le pire des scénarios, la perte maximale possible pour l'État, serait limitée à 5,7 milliards, et non pas à 30 milliards d’euros comme beaucoup l’ont cru. C’est toujours de l'argent, mais pas le chèque en blanc de 700 milliards de dollars que le Congrès des États-Unis, contraint par les quelques jours de chute des cours boursiers, a décidé de donner à Paulson.

La rapidité d'action du ministre des Finances Steinbrück à virer la direction de HRE, en contraste frappant avec Wall Street où les mêmes délinquants fraudeurs restent dans leur bureau à récolter d'énormes primes, montre aussi l’approche différente. Mais cela ne tranche pas le nœud du problème. La situation de HRE provient, comme noté précédemment, des excès de sa banque filiale auxiliaire, en propriété exclusive, DEPFA en Irlande, un pays de l'UE connu pour sa réglementation libérale relâchée et son bas régime fiscal.

Changement dans la politique britannique

Au Royaume-Uni, après le stupide et coûteux renflouage de Northern Rock en début d'année, le gouvernement du Premier ministre Gordon Brown vient d'annoncer un changement politique radical allant dans le même sens que l'Allemagne. Les banques britanniques obtiendront exceptionnellement 50 milliards de livres (64 milliards d’euros) de renflouage du gouvernement et des prêts de secours de la Banque d'Angleterre.

Le trésor public a déclaré que le gouvernement allait acheter des actions privilégiées de la Royal Bank of Scotland Group Plc, de Barclays Plc et d’au moins six autres banques, et fournira environ 250 milliards de livres de garanties de prêts pour refinancer la dette. La Banque d'Angleterre mettra à disposition au moins 200 milliards de livres. Le plan ne précise pas combien obtiendra chaque banque.

Tout ça signifie que le gouvernement britannique nationalise, au moins partiellement, ses banques internationales les plus importantes, au lieu de racheter leurs prêts véreux dans le style d’un plan inapplicable à la Paulson. Dans ce genre d’approche, le coût pour le contribuable du Royaume-Uni sera bien moindre, car, une fois la crise calmée et les affaires revenues à la normale, le gouvernement pourra vendre des parts de l'État aux banques en bonne santé avec peut-être un bon bénéfice pour le trésor public. Le gouvernement Brown a sans doute réalisé que la couverture de garantie accordée à Northern Rock et Bradford & Bingley en début d’année n’a fait qu’ouvrir les vannes des dépenses gouvernementales sans arranger le problème.

La nouvelle politique étasunienne de nationalisations, par rachat des obligations sans valeur détenues par des banques sélectionnées que Paulson a choisi de sauver, plutôt que de recapitaliser les banques pour leur permettre de continuer à fonctionner, contraste énormément de l’approche idéologique du « marché libre » de Paulson.

Les lignes de la bataille se dessinent

Que se dégage-t-il des grandes lignes des deux approches opposées face au développement de la crise ? À présent, le plan Paulson fait manifestement partie d'un projet visant à créer trois géants financiers mondiaux colossaux : Citigroup, JP Morgan Chase et, bien entendu, la propriété de Paulson, Goldman Sachs, devenue maintenant assez opportunément une banque. Ayant utilisé avec réussite la peur et la panique pour arracher 700 milliards de dollars de renflouage au contribuable, désormais les trois grands essayeront leurs muscles hors du commun à ravager les banques européennes dans les années à venir.

Tant que les plus grandes agences financières de notation du monde, Moody's et Standard & Poors, sont épargnées par les scandales et les auditions au Congrès, le pouvoir financier réorganisé de Goldman Sachs, Citigroup et JP Morgan Chase pourrait potentiellement se regrouper et accélérer leur ordre du jour mondial dans les prochaines années, en marchant sur les cendres de la faillite de l'économie étasunienne, mise en banqueroute par leurs folies.

En s’accordant sur la stratégie de nationalisation des banques que les ministres des Finances de l'UE estiment « trop stratégiques par leur caractère systémique pour faire faillite » tout en garantissant les dépôts bancaires, les plus grands gouvernements de l'UE, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ont opté, contrairement aux États-Unis, pour ce qui ira dans le plus long terme, en permettant aux géants bancaires de résister aux attaques financières prévues de leurs homologues, Goldman ou Citigroup.

La liquidation spectaculaire des actions sur les bourses d'Europe et d'Asie est en réalité un problème secondaire de loin le moins critique. Selon des rapports du marché, ce bradage est alimenté surtout par les fonds de couverture (hedge funds) étasuniens qui tentent désespérément de remonter le niveau des espèces, car ils réalisent que l'économie étasunienne se dirige vers une dépression économique, celle à laquelle ils se sont exposés et pour lesquelles le plan Paulson ne règle rien.

Un mécanisme restaurant la solvabilité du système bancaire et interbancaire est de loin le plus stratégique. La débâcle de l'ABS était « Made in New York » Néanmoins, ses effets doivent être isolés et les banques viables de l'UE défendues dans l'intérêt public, et non pas, comme aux États-Unis, dans le seul intérêt des banques des «copains de Paulson». Les instruments non réglementés à l’étranger, comme les hedge funds et les banques et assurances non réglementées, se sont tous engagés dans la construction de ce que j’ai appelé un tsunami de 80 billions de dollars en ABS. Certains des gouvernements les plus conservateurs de l’UE ne sont pas sur le point d'acheter le remède proposé par Washington.

Tout en s’emparant des gros titres, la baisse coordonnée des taux d'intérêt de la BCE et des autres banques centrales européennes ne fait pas grand chose en réalité pour traiter le vrai problème : la peur des banques à se prêter entre elles tant que leur solvabilité n’est pas assurée.

En amorçant un état partiel de nationalisation dans l'UE, et en rejetant le système de renflouage des Berlusconi-Sarkozy, les gouvernements de l'UE, cette fois menés de façon intéressante par l'Allemagne, mettent en place une base saine pour sortir de la crise.

Restez à l'écoute, c’est loin d'être terminé. Il s'agit d'une lutte pour la survie d’un Siècle étasunien en construction depuis 1939 sur les piliers jumeaux de la domination financière et militaire : l’éventail complet de la dominance étasunienne.

Les banques asiatiques, gravement endommagées par la crise d’Asie de 1997-98 pilotée par Wall Street, sont apparemment très peu exposées aux problèmes étasuniens. Les banques européennes sont exposées de différentes façons, mais aucune ne l’est aussi sérieusement que le système bancaire mondial étasunien.

Derrière la panique, la guerre financière pour le futur pouvoir bancaire mondial
par F. William Engdahl (économiste)

04 novembre 2008

La relation de l’autorité religieuse et de l’Etat - Le cas Musulman

Dans son article traitant de la même question dans l’univers de référence chrétien, Gustavo de Aristegui relève à juste titre qu’il est difficile de traiter de la question sans tenir compte, d’abord, de la dimension historique des relations de l’Eglise et de l’Etat en Occident et, ensuite de la diversité des modèles qui ont vu le jour au nom de la même référence chrétienne, voire même catholique (en Europe, comme aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud).

Ces mêmes précautions méthodologiques sont nécessaires quand on essaie de comprendre la nature des relations effectives, ou possibles, entre l’autorité religieuse musulmane (que l’on se gardera d’appeler « Eglise »[1]) et le pouvoir politique proprement dit. Une étude historique s’impose pour mieux comprendre les évolutions de la pensée musulmane en la matière et surtout la diversité des approches proposées par des savants musulmans (ulémas), des penseurs ou des acteurs de la vie politique. Une telle étude - forcément longue et exhaustive -n’est pourtant point adaptée au présent article dont l’objectif est essentiellement de poser un cadre possible de relation, pour aujourd’hui et pour l’avenir, entre l’autorité religieuse et l’Etat dans une démocratie régulant une société majoritairement musulmane.

Entrer dans ce débat nécessite que nous mettions en évidence deux phénomènes qui sont implicitement omniprésents dans le débat contemporain : le premier est de l’ordre du malentendu historique, le second relève de la réduction scientifique quant aux références islamiques elles-mêmes. Un individu vivant en Occident ne comprendra rien aux débats sur la sécularisation, la séparation du religieux et du politique, dans les pays musulmans s’il ne les replace pas dans le contexte historique des cent dernières années. Dans les sociétés majoritairement musulmanes, la sécularisation ou la laïcité sont arrivées d’abord avec les colonisations et se sont imposées avec les indépendances. La colonisation est perçue comme une période sombre, de déni de soi, d’aliénation, où les colonisateurs ont essayé d’imposer leur ordre et leur idéologie, où les résistants musulmans et les savants ont été emprisonnés ou tués et où l’islam - et en particulier l’autorité religieuse - était combattu ou instrumentalisé.

La laïcité qui a accompagné l’entreprise coloniale ne résonne pas du tout dans la psyché comme un processus de libération et de paix sociale : contrairement à ce qu’elle a permis en Europe ou en Amérique (la liberté religieuse et le pluralisme), la laïcité est associée à son exact opposé dans l’histoire des sociétés musulmanes contemporaines (l’oppression et l’aliénation). Ce phénomène sera encore amplifié après les indépendances : tous les régimes qui se diront sécularisés et laïques suivront l’exemple de Kamal Atatürk imposant la laïcité à coups de décrets, d’emprisonnement et d’exécution. Ceux qui prôneront la laïcité seront dans les faits des régimes dictatoriaux, de Nasser en Egypte au parti Baas avec Hafez al-Assad en Syrie ou Saddam Hussein en Irak. Rien donc ne permet d’associer la sécularisation et la laïcité à plus de liberté, au respect de la pluralité religieuse et à la démocratie : les histoires sont différentes, les représentations tout à fait opposées.

Le deuxième phénomène dont nous parlions tient à une interprétation des enseignements islamiques qui tend à simplifier et à réduire ces derniers et à affirmer que l’islam, par essence, n’établit aucune différence entre la sphère du religieux et celle du politique. Cette formulation s’est peu à peu imposée tant parmi les orientalistes que les musulmans eux-mêmes alors qu’elle est tout à fait discutable. Cette réduction scientifique est à la base de nombreuses incompréhensions qu’il faut absolument aborder. Il est impossible d’en étudier ici l’ensemble des causes et des conséquences, mais nous pouvons nous en tenir à rappeler que dès l’origine on a établi dans les sciences du droit et de la jurisprudence (fiqh) une distinction entre les méthodologies appliquées aux domaines du credo et de la pratique (pour lesquels les textes sont l’unique référence) et celles appliquées aux affaires sociales pour lesquelles les textes ne fixent que les orientations générales (le cadre éthique) mais au sein desquelles la rationalité individuelle et collective, la créativité intellectuelle et les contextes sociaux, politiques, culturels et économiques sont intégrés et partie prenante de l’élaboration juridique. Dans l’ordre du droit musulman, il existe dès l’origine une distinction entre l’ordre de la dogmatique qui s’impose et l’espace de la rationalité collective, qui débat, négocie et cherche le meilleur modèle d’organisation sociale et politique pour son temps.

L’histoire des sociétés musulmanes témoigne de cette réalité et de la multitude des approches. Si certains courants littéralistes[2] ont confondu, et confondent encore les deux sphères (du culte et du social quant aux méthodologies), la tradition classique des écoles de droit a établi et respecté cette distinction. A l’époque omeyyade comme abbasside, la plupart des ulémas participaient à des conseils qui n’étaient pas intégrés à l’exécutif, certains ont clairement joué un rôle de critiques et de contre-pouvoir et si la religion a pu être souvent instrumentalisée sur le plan politique, il existait un champ ouvert de réflexion juridique critique qui cherchait le renouvellement de la compréhension, de l’application des enseignements religieux et de la cohérence avec les valeurs.

L’époque moderne a bien sûr posé la question de la démocratie aux sociétés majoritairement musulmanes. Y avait-il oui ou non contradiction ? Etait-il possible d’établir une démocratie en terre musulmane ? Qu’en était-il de la relation du pouvoir politique et de l’autorité religieuse ? Certains courants musulmans - littéralistes ou d’opposition strictement politique - ont pu affirmer que le concept de « démocratie » était « occidental » et que les musulmans devaient rester fidèles aux « modèles islamiques » d’organisation politique. Aujourd’hui les membres (opposants mais non violents) de Hizb at-Tahrir (Parti de la Libération) ou les mouvances qui gravitent autour de la rhétorique extrémiste d’al-Qaïda et de son idéologue Ayman al-Zawahrî, promeuvent cette vision du pouvoir islamique global, du retour au Califat mondial, d’une fusion indistincte du pouvoir politique et religieux.

L’immense majorité des savants et des penseurs musulmans n’adhére pas à cette vision réductrice et place le débat non au niveau des modèles d’organisation politique mais sur le plan des principes qui les sous-tendent. Ainsi les enseignements de l’islam ne s’opposent pas - mais au contraire tendraient à promouvoir s’ils sont bien compris et contextualisés - la référence à l’Etat de droit, la citoyenneté égalitaire, le suffrage universel, la responsabilisation des élus (accountability) et la séparation des pouvoirs. Ces cinq principes fondamentaux sont ceux qui forment le socle de l’impératif démocratique et de fait les enseignements islamiques ne s’opposent en rien aux principes de la démocratie. Loin des dérives dictatoriales des pays arabo-musulmans, de nombreuses expériences (Sénégal, Turquie, Indonésie et dans une certaine mesure l’Iran[3], etc.) prouvent que l’expérience démocratique n’est pas par essence étrangère aux sociétés musulmanes.

Ce qui demeure impératif, au cœur de ce débat, c’est de réaffirmer le caractère inaliénable et indiscutable des cinq principes susmentionnés et que les sociétés musulmanes se doivent de respecter. Chacune de ces sociétés - à l’exemple des démocraties européennes ou américaines - devra trouver son modèle d’organisation politique issu de son histoire, de sa culture et de sa psychologie collective. Ainsi les principes seront communs, et dans le fond universels, mais les modèles seront divers, historiques et contextuels.

Ce qui doit également demeurer essentiel c’est la séparation claire de l’ordre de la dogmatique qui s’impose aux croyants au nom de leur foi choisie et personnelle et l’ordre des affaires sociales qui se négocient entre les citoyens dans l’espace de leurs responsabilités et de leurs droits civiques. A l’intérieur et dans le respect de l’ordre constitutionnel d’une société donnée, il est impératif que l’espace public de l’élaboration juridique débattue et négociée soit protégé de toute imposition religieuse de nature théocratique. La longue tradition du droit et des juristes musulmans n’a point connu ni promu cette réduction et l’époque moderne impose aux sociétés majoritairement musulmane de trouver des modèles qui reconnaissent la pluralité religieuse, respectent la liberté de conscience et de culte (ou de non culte) de chacun, protègent les droits des citoyens (musulmans ou non) et encouragent la participation politique critique, voire contestataire.

Rien de tout cela ne s’oppose aux principes de l’islam et il appartient à la pensée musulmane contemporaine d’affirmer clairement les principes qui sont les siens et de faire preuve d’une énergie et d’une créativité renouvelée pour élaborer des modèles sociaux et politiques fidèles aux principes mais adaptés aux défis de notre époque. Il ne s’agit pas d’importer des modèles d’Occident (ni, pour l’Occident, de vouloir les imposer à l’image de l’horreur et de la déroute de l’expérience irakienne) mais d’exiger de soi d’entrer dans un processus de démocratisation réel et neuf qui reconnaît les principes inaliénables, distingue les pouvoirs et respecte les citoyens. La pensée musulmane a beaucoup évolué ces dernières années au cœur de la crise profonde qui la traverse et il est possible de rester optimiste et d’espérer que le discours critique qui émerge ici et là, dans le monde musulman autant que parmi les musulmans occidentaux, puisse prendre de la densité et proposer des perspectives réellement démocratiques à la fois fidèles à l’éthique musulmane et en phase avec notre époque.

[1] Le clergé catholique, et l’ordre clérical proprement dit, n’a pas de pendant dans l’univers musulman,ni dans la tradition sunnite ni dans la tradition chiite.
[2] Les salafis littéralistes parfois - et faussement - appelés les « wahhabites »
[3] L’Iran post-révolution (1979) a établi les principes d’une démocratisation réelle qui a permis par exemple l’élection du courant réformiste en la personne de Khatami. Cette expérience a des limites évidentes avec le rôle dévolu à la « référence religieuse suprême » (l’ayatollah Khomeiny puis Khamenei) et il convient d’en établir une critique claire tout en relevant la réalité de l’alternance contrairement aux pays arabes avoisinants
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02 novembre 2008

Symboles dits "religieux"

La controverse qui a souvent lieu sur la visibilité des symboles religieux n’est pas unique en son genre. Après les diverses polémiques autour du «foulard islamique», on a vu les affaires de ce type se multiplier dans toutes les sociétés occidentales : des protestations contre des crucifix puis des minarets trop voyants, des plaintes contre les tenues vestimentaires dites religieuses et choquantes, enfin d’étranges décisions portant sur des sapins de Noël aux États-Unis et au Canada.

Les affaires se suivent et il faut chaque fois faire face à des réactions passionnées, irrationnelles, qui ou bien s’alimentent du discours victimaire de ceux qui voient de l’islamophobie partout, ou bien entretiennent la peur que l’homogénéité culturelle du pays est en danger d’être colonisée par une religion étrangère.

Nos sociétés sont prises d’un profond malaise : à l’heure où, en théorie, chacun célèbre la diversité et la tolérance, voilà qu’en pratique, nos collectivités se crispent, se recroquevillent, et on ne sait plus ce qu’on a le droit de dire ou de montrer et jusqu’où il est permis d’être différent tout en étant un citoyen. L’heure est assez grave, et il ne faut pas minimiser les dangers qui nous guettent.

La loi commune d’abord

Il est urgent de rappeler que ce qui doit nous permettre de vivre ensemble et de nous respecter est d’abord un cadre juridique — la loi commune — qui doit traiter tous les citoyens sur un pied d’égalité. À l’intérieur de ce cadre qui fonde l’État de droit et que les citoyens comme les résidants se doivent de reconnaître, les libertés fondamentales doivent être respectées : liberté de conscience, liberté d’expression, liberté de culte…

Or nous assistons depuis quelques années à une érosion générale de ces droits et à des remises en cause particulièrement dangereuses. Nous vivons une période de régression à plusieurs égards. Depuis cinq ans, la toile de fond des débats politiques a été celle de la menace terroriste, qui a naturellement impliqué celle de la sécurité. Au nom de cette dernière, et parce que la peur s’est installée, une majorité de citoyens a trouvé normal que leurs droits civils aient été réévalués, voire remis en cause.

C’est au cœur même de cette lourde atmosphère que s’est cristallisée la question de l’islam : de la peur du terrorisme, nous sommes passés à la peur de l’autre, du musulman, de sa visibilité, de sa différence et du danger qu’il représente pour l’identité nationale.

Au terrorisme et à la nouvelle visibilité, il faut ajouter la réalité de l’immigration et des nouvelles conversions qui ne cessera pas : le nombre d’hommes et de femmes musulmans va donc encore augmenter.

Gérer les peurs

Le débat sur le multiculturalisme et l’identité est traversé par ces questions, ces peurs et ces crispations. Ce n’est pas la législation qui fait problème (celle-ci nous mettrait plutôt d’accord), ce sont nos peurs et nos perceptions qui nous divisent, nous opposent et pousseraient certains à aller jusqu’à changer la loi. Nous assistons à un profond choc des perceptions, et si nous n’y prenons pas garde, nous y perdrons tous notre confiance (en nous et en autrui) et nos libertés (ce qui touchera d’abord les musulmans aura ensuite des effets sur tous les citoyens).

Comme nous ne savons pas comment gérer ces peurs, ces doutes et ces perceptions négatives, d’aucuns pensent que la seule solution consiste à faire disparaître tout symbole religieux ou culturel qui montrerait la différence. La neutralité de l’espace public équivaudrait à la disparition de tout signe distinctif : cela maintiendrait l’égalité et permettrait de ne point choquer.

D’autres, plus optimistes, proposent l’exact opposé : au nom du multiculturalisme, la neutralité de l’espace public consisterait à montrer tous les symboles de façon libre et indifférenciée. La vue de cette diversité devrait être de nature, selon eux, à faire disparaître les peurs. Cette ouverture d’esprit est séduisante mais la mondialisation nous rappelle tous les jours qu’il ne suffit pas d’observer les différences pour être capable de les appréhender de façon positive.

Ces deux positions sont extrêmes et irréalistes : on ne dépasse pas la peur de la diversité et des différences en les cachant ou en les surexposant. Trois conditions doivent à notre sens être réunies pour aborder sereinement ce débat.

Loi, éducation, civilité

D’abord, il faut rappeler le cadre de la loi et appliquer celle-ci de façon égalitaire pour tous les citoyens et à l’égard de chaque communauté religieuse ou culturelle.

Ensuite, plutôt que de faire disparaître les signes de l’espace public, il est urgent de les intégrer aux programmes d’enseignement officiel des écoles. Nos sociétés plurielles doivent donner à leurs citoyens les moyens de comprendre les religions, les symboles et les pratiques. Il faut instruire, exercer l’entendement et l’esprit critique des jeunes et de tous les citoyens pour leur permettre de dépasser les peurs : cela signifie de mieux connaître leurs propres références philosophiques, religieuses et culturelles et d’appréhender l’univers de l’autre comme une richesse et non comme une menace.

La troisième condition relève à la fois du bon sens et de la civilité : il faut nous réconcilier avec les débats de société, critiques, profonds, sans compromission mais qui ne confondent pas la critique avec la provocation stupide et blessante, parfois lâche et malveillante. Sous couvert de défendre la liberté de penser, certains intellectuels, journalistes ou politiciens sont simplement en train de normaliser les propos haineux et racistes qui minent nos démocraties et produisent exactement le contraire de ce qu’ils disent défendre.

Les symboles religieux doivent être visibles dans l’espace public, avec dignité, sans provocations inutiles. Ici des arbres de Noël, là des menora juives, plus loin des minarets... Ces symboles représentent la vie dans sa diversité et il convient de savoir respecter les sensibilités en prônant la discrétion autant que l’esthétique.

Pour atteindre cette expression assumée et raisonnable de la diversité dans nos sociétés, il faut expliquer, éduquer, se connaître et connaître autrui. Sans ces efforts, nous serons tous perdus. Avoir peur d’un arbre de Noël ou d’un foulard dit « islamique », ou avoir peur qu’on en ait peur revient au même : dans les deux cas, il s’agit d’un manque de confiance, en soi et en autrui, qui mine lentement nos sociétés.

Nos démocraties sont en danger car, en étant colonisés par la peur et aveuglés par la passion identitaire, nous nous illusionnons profondément sur notre liberté. Mais notre libération, il est vrai, dépend grandement de nous, tout simplement parce que le cadre n'est que l'expression de nos actes, encore faut-il qu'ils soient en harmonie avec nos discours !


28 octobre 2008

Entretien avec un dissident français contraint à l'exil

Vous avez quitté la France il y a un an, en septembre 2007. Vous n’êtes pas n’importe quel expatrié : vous êtes connu dans le monde entier comme l’initiateur du mouvement de contestation de la version gouvernementale des attentats du 11 septembre, le leader d’un mouvement anti-impérialiste, et dans certains pays vous êtes présenté comme le principal dissident occidental. Pourquoi avez-vous été contraint à l’exil ?

Thierry Meyssan : En décembre 2002, le secrétaire US à la Défense Donald Rumsfeld a signé la directive 3600.1 visant à discréditer ou à éliminer des personnalités françaises qui s’opposaient à la Guerre globale au terrorisme. Cette liste comprenait en premier chef Jacques Chirac, puis de grands industriels, j’y figurais en plus à cause de mon travail sur le 11-Septembre.

On était trois mois avant l’invasion de l’Irak. C’était l’époque de l’hystérie anti-française à Washington. Les services secrets français ont été informés que des assassinats avaient été sous-traités par le Pentagone au Mossad et m’ont mis en garde. Mes amis et moi, nous avons cherché à prendre contact avec les autres cibles. Un des administrateurs du Réseau Voltaire, était un ancien ami de l’une de ces personnalités. Nous avons pris rendez-vous avec elle, début mars, mais elle est décédée quelques jours avant le rendez-vous, dans des circonstances qui ont été qualifiées de très suspectes par les enquêteurs.

L’État a alors réagi. Le président Chirac a joint par téléphone le Premier ministre israélien et l’a prévenu que toute action entreprise non seulement sur le territoire français, mais n’importe où dans l’Union européenne, serait considérée comme un acte hostile envers la France. À chacun de mes déplacements hors de l’Union européenne, les services français joignaient leur homologues locaux pour leur demander de veiller à ma protection.

Je savais qui est Nicolas Sarkozy et je me doutais bien que les choses changeraient avec son élection. Lorsque je suis rentré de voyage pour voter, le 6 mai 2007, j’ai été arrêté devant les autres passagers à la sortie de l’avion à Orly. Après m’avoir fait poireauter avec des clandestins et des trafiquants de toutes sortes, un officier de la DST m’a laissé sortir en me disant : « Bienvenue au pays M. Meyssan, un pays qui va bientôt changer, beaucoup changer ». Le soir Sarkozy était élu. Quelques jours plus tard, il était à l’Élysée et commençait la purge.

Pendant l’été, Nicolas Sarkozy s’est rendu en famille aux États-Unis. Il était accompagné de nombreux collaborateurs qui suivaient son avion de ligne dans un avion officiel. Ils ont eu des entretiens avec l’Administration Bush sur toute une série de sujets, graves ou futiles. J’ai été informé que les États-Uniens avaient demandé que des mesures soient prises pour me neutraliser en application des Décrets présidentiels US 13438 et 13441.

J’ai cru au début que ces décrets étaient fondés sur le Patriot Act et je ne voyais pas comment ils pouvaient trouver une application en droit français. Je me disais que les atlantistes finiraient bien par inventer un biais juridique et que je devais songer à prendre le large, mais je croyais avoir beaucoup de temps devant moi. Il s’est avéré que ces décrets se fondaient sur le Trading with the Enemy Act de 1917 et ses développements ultérieurs. En d’autres termes, j’étais désormais considéré comme une menace pour la sécurité des États-Unis. Le Pentagone, qui fait jouer la clause 5 du Traité OTAN depuis les attentats de 2001, a demandé l’assistance automatique de ses alliés. Bref, tous les services secrets des États membres de l’Alliance atlantique pouvaient être sollicités pour me neutraliser. J’ai été informé que quelque chose se tramait contre moi. J’ai fait mes valises et j’ai quitté la France deux jours plus tard.

Au demeurant, le danger ne se limite pas aux pays de l’OTAN. Une opération a été organisée contre moi en décembre 2007 à Caracas, qui a été déjouée par la police vénézuélienne. En août 2008, j’ai dû annuler ma participation à une conférence internationale en Autriche après avoir été avisé par un État ami qu’une opération avait été préparée contre moi.

En outre, des pressions sont exercées contre mes compagnons de lutte au Proche-Orient, en Amérique latine et dans d’autres États européens. Je ne peux vous en faire la liste sans compliquer les problèmes. Jürgen Cain Kulbel a été brièvement incarcéré en Allemagne et pourrait l’être à nouveau. Techniquement, le seul fait retenu contre lui par le tribunal est le lien qu’il avait installé sur son site web pointant sur celui du Réseau Voltaire.

Avez-vous des preuves que vous êtes réellement en danger — comme vous le dites — en France et dans les pays de l’OTAN ?

Thierry Meyssan : Non, les listes US sont secrètes, sauf en ce qui concerne les avoirs financiers bloqués aux USA, mais je n’en ai pas. Mais j’ai des témoins de plusieurs contacts.

La France est une démocratie et est considérée comme la patrie des droits de l’homme. Ce n’est pas le Chili sous la dictature de Pinochet. Que vous ayez dû la quitter n’est-il pas tout simplement incompréhensible, en particulier pour les citoyens français ?

Thierry Meyssan : Ces situations ne sont pas comparables. Au Chili, les États-Unis avaient installé une dictature militaire. En France, ils disposent juste d’agents au sommet de l’État et à la tête des différents services de sécurité. Mes concitoyens devraient être plus attentifs à la répression actuelle qui frappe à la fois des hommes politiques de premier plan, de hauts fonctionnaires et des journalistes. L’équipe de Nicolas Sarkozy s’appuie sur quelques magistrats dévoyés pour paralyser ses adversaires politiques et abuse de son pouvoir et de son influence pour virer les journalistes qui refusent de se courber.

Regardez d’abord la prise de contrôle des médias. Sarkozy a placé les siens à la tête des médias privés et purge les médias publics. Il y a un an, les syndicats de journalistes ont appelé l’opinion publique au secours. Ils affirmaient qu’il devenait impossible d’enquêter sur Nicolas Sarkozy et de relater les critiques populaires dont il fait l’objet. Ils s’inquiétaient de perdre la liberté de s’exprimer en étant pris en tenaille entre d’une part des juges qui violaient le secret des sources, et d’autre part, des patrons de presse directement liés à l’Élysée. Personne ne les a cru et maintenant, c’est trop tard. Tout est verrouillé.

Des exemples ? L’équipe du président s’est installée à TF1 et une de ses anciennes maîtresses y présente le JT. Les médias étrangers se sont gaussés de cette affaire, mais les médias français qui l’ont évoquée ont été condamnés pour « atteinte à la vie privée ». C’est un invraisemblable détournement de la loi de 1881 sur la presse. Désormais, la corruption et le népotisme, lorsqu’ils concernent l’équipe Sarkozy, sont des sujets tabous. Les aborder, vous conduit directement en correctionnelle.

Sarkozy a corrompu publiquement une dizaine d’éditorialistes en leur offrant des prébendes. Certains ont été engagés dans des cabinets ministériels, voire à l’Élysée, d’autres ont été nommés dans des commissions bidon, où, réduits à l’état de courtisans, ils bénéficient des fastes de la République. Louis XIV tenait la noblesse en l’occupant à Versailles, Sarkozy distrait les éditorialistes qui devraient analyser sa politique en les occupant à des mondanités et en leur faisant rédiger des rapports qu’il ne lit pas.

Pendant ce temps, les époux Kouchner-Ockrent licencient à RFI et France24 tous ceux qui résistent à l’influence US. Après Richard Labévière, un rédacteur en chef réputé qui avait le défaut de donner la parole aux anti-atlantistes, le dernier en date est Grégoire Deniau pour avoir organisé un débat sur le 11-Septembre en invitant en première partie Issa El-Ayoubi, vice-président du Réseau Voltaire, et en seconde partie Atmoh, porte-parole de ReOpen911.

Le problème, ce ne sont pas les journalistes. Il y en a de remarquables en France. Ce sont les médias. Ils sont déjà sous contrôle et la fonction de contre-pouvoir n’est plus assurée.

Par ailleurs, lorsque le grand public entend parler d’une affaire pénale qui touche une personnalité, il n’y voit qu’un cas particulier. Mais si l’on met en perspective tous ces cas particuliers, on voit bien qu’ils traduisent une stratégie.

Sur plainte personnelle de Nicolas Sarkozy, des juges d’instruction ont interdit de voyager à l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, et l’ont astreint à payer une caution démesurée et humiliante. Bien que ne disposant d’aucun élément concret à charge, le procureur vient de le renvoyer en correctionnelle. L’affaire Clearstream offre certes à Sarkozy un moyen d’éliminer un rival politique, mais il ne l’a pas pour autant organisée. C’est une machination montée de toutes pièces par son beau-père, l’ambassadeur Frank Wisner, via une de ses officines londoniennes, Hakluyt & Co. Le but est d’envoyer Villepin en prison pour que nul n’ignore qu’on ne défie pas impunément le secrétaire d’État des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU.

Des magistrats ont perquisitionné le domicile de l’ancien directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour lui extorquer les secrets des chiraquiens. Et ces jours-ci, des documents saisis sont miraculeusement arrivés dans des rédactions parisiennes. Des hebdomadaires proches du pouvoir en ont publié des extraits. Il semble que l’on cherche à faire passer des documents de travail, énonçant des hypothèses, pour des rapports finaux, présentant des conclusions. Et que l’on cherche à faire croire que les RG persécutaient les seuls socialistes. C’est de la manipulation pure et simple. Chaque fois que l’on est dans l’opposition, on doit se protéger de cette police politique, et chaque fois que l’on est au pouvoir, on fait des pieds et des mains pour se procurer des copies de ses notes. Le pouvoir exerce une pression incroyable sur ce fonctionnaire pour le faire craquer. C’est bien hypocrite. Car dans le même temps, au lieu de dissoudre enfin les RG, on les a réorganisés et on a augmenté leurs moyens en les fondant dans une administration plus opaque encore.

Jusqu’au capitaine Paul Barril qu’ils ont mis en prison pour lui arracher les secrets de Mitterrand. Ils l’ont accusé d’être un tueur à gage et l’ont si maltraité qu’il a dû être hospitalisé, avant d’être relâché sous caution. À ce propos, permettez moi une digression sur le génocide rwandais. Barril s’est défendu des attaques portées contre lui à ce sujet en mettant en cause le président Kagamé. Celui-ci a alors commandité un rapport sur l’implication française dans ce drame historique. À le lire, on comprend que les officiers supérieurs français, François Mitterrand et tout son cabinet, et le gouvernement de cohabitation dans son ensemble seraient tous responsables du génocide… sauf, bien sûr le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement de l’époque, Saint Nicolas Sarkozy. C’est stupide. Il y a à l’évidence des responsabilités françaises, mais certainement pas de culpabilité collective. Et au demeurant, il est impossible de comprendre et de juger ce crime, qui fit plus de 800 000 morts, sans le replacer dans son contexte et juger aussi les guerres des Grands Lacs qui firent au total plus de 6 millions de morts et dont les responsables ne sont pas à chercher à Paris, mais à Washington et Tel-Aviv.

Maintenant, les atlantistes montent une affaire contre Jacques Chirac qu’ils accusent d’avoir organisé, il y a dix ans, l’assassinat d’un journaliste qui aurait mis son nez dans ses comptes bancaires à l’étranger. Le pouvoir déploie des moyens extravagants pour construire cette nouvelle machination. Ainsi, un juge d’instruction a procédé à une perquisition au cabinet de l’avocat de Chirac dans des conditions plus que douteuses. Mais à Washington, on n’a pas pardonné à Chirac de s’être opposé à l’invasion de l’Irak et on inventera n’importe quoi pour le faire tomber.
Je ne dis pas que tous ces gens sont des anges, mais ce dont on les accuse est grotesque et ressort exclusivement de la persécution politique. Je ne dis pas non plus que la Justice est pourrie, mais que ces affaires ont été confiées à des juges et à des procureurs qui sont aux ordres.
Quand à ceux que les atlantistes ne peuvent impliquer dans de pseudo-affaires pénales, ils les espionnent. En juin-juillet-août 2007, le bureau du Réseau Voltaire à Paris a été placé sous surveillance. Toute personne entrante ou sortante a été photographiée, des filatures nécessitant un important personnel ont été conduites pour identifier les uns et les autres. Ce traitement est général. Même le domicile de Ségolène Royal a été « visité » plusieurs fois par les services secrets, c’est-à-dire illégalement perquisitionné.

Depuis le 1er juillet 2008, la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur met en place dans l’urgence le fichier EDVIGE, en violation des Traités internationaux, notamment du Pacte de l’ONU sur les droits civils et politiques. Elle fiche les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, l’appartenance syndicale, l’état de santé et les pratiques sexuelles de tous les Français. La DCRI n’en reste pas là, elle utilise les dernières techniques US d’étude des « réseaux sociaux » pour cartographier vos relations amicales, professionnelles et politiques. On ne vise plus simplement des individus, mais les milieux dans lesquels ils évoluent, les groupes auxquels ils participent. Un recours a été engagé en Conseil d’État par le SM, la LDH, le SAF, des associations gays et des syndicats, qui débouchera peut-être sur l’annulation du décret en décembre. Nicolas Sarkozy a endormi l’opinion publique en déclarant lui-même qu’il fallait revoir le décret, mais il ne l’a pas abrogé.

En attendant, pendant ces six mois, on collecte et informatise des données. Une affaire survenue dans le Rhône a révélé que, malgré les déclarations lénifiantes du président, la police du Rhône fichait la religion des fonctionnaires territoriaux. C’est une maladresse qui révèle l’ampleur du travail de renseignement en cours. Il est improbable que ces données soient jamais détruites, même si le juge administratif le requiert. Elles seront simplement intégrées au fichier CRISTINA et classées Secret-Défense. En définitive, on aura utilisé les moyens des ex-Renseignements généraux pour constituer un fichier au profit de l’ex-DST, qui est sensée ne s’occuper que de contre-espionnage. Puis, dans le cadre de la prétendue coopération anti-terroriste, ces données politiques seront transmises aux services états-uniens, car CRISTINA est conçu pour être compatible avec les fichiers US.

Cela vous étonne ? Mais déjà bien des données individuelles sont transmises aux USA en violation des lois françaises et des conventions européennes. C’est vrai pour tout ce qui concerne vos virements bancaires internationaux ou vos déplacements aériens.
La France a déjà basculé dans une forme de régime autoritaire sous tutelle US. On dit qu’une grenouille plongée dans de l’eau tiède que l’on porte lentement à ébullition ne réagit pas au changement progressif de température, qu’elle s’engourdit et meurt. Les Français se comportent de la même manière. Ils tolèrent la destruction progressive de leurs libertés. Ils ont déjà largement dépassé le seuil du tolérable et ne réagissent pas, ne réagissent plus.

Sous l’égide des États-Unis, les dictatures d’Amérique latine avaient mis en place dans les années 70 un système de persécution des opposants politiques appelé Plan Condor. Vous avez écrit que ce système a été réactivé et étendu dans le monde à travers l’OTAN. La comparaison n’est-elle pas exagérée ?

Thierry Meyssan : Ce n’est pas une comparaison. C’est une constatation. Elle a été confirmée par de des rapports officiels au Parlement européen et au Conseil de l’Europe. Les États-Unis ont étendu à l’Europe occidentale les méthodes qu’ils avaient utilisé il y a quarante ans en Amérique latine. Une internationale de la répression est déjà à l’œuvre. Des centaines de personnes ont été enlevées sur le territoire de l’Union européenne, exfiltrées et torturées. Jacques Chirac a protégé notre pays de ces crimes ; il n’en est plus de même aujourd’hui. Le premier cas identifié est celui de Mohammad As-Siddik, disparu en plein Paris le 13 mars dernier alors que la France devait le présenter à une juridiction de l’ONU, mais il doit y en avoir déjà beaucoup d’autres.

Plus de 80 000 personnes ont transité au cours des sept dernières années dans les prisons secrètes de la CIA et de la Navy. 26 000 sont actuellement séquestrées.

Les exemples sont nombreux de personnes sur lesquelles planait la menace d’un assassinat et qui ont été retrouvées mortes d’une autre manière : suicide, crise cardiaque, accident... Voulez-vous vous suicider ? Avez-vous des problèmes de santé ? Prenez-vous des risques dans vos déplacements ?

Thierry Meyssan : Je ne suis pas dépressif et n’ai aucune inclination suicidaire. J’ai fait faire des examens de santé et n’ai aucune maladie susceptible de provoquer une mort subite. Je fais attention dans mes transports et ne me déplace jamais seul.

Lorsque les menaces ont commencé à se concrétiser, avez-vous été soutenu en France ? Des organisations politiques vous ont-elles aidé ? Les autres journalistes vous ont-ils défendu ?

Thierry Meyssan : Aucune organisation ne m’a aidé. La plupart de mes « confrères » journalistes ont fuit la difficulté. Reniant la tradition voltairienne de la presse, ils ont prétexté ne pas vouloir se prononcer sur les polémiques entretenues contre moi pour ne pas voir ce qui était en train de se passer. C’est l’excuse classique des lâches chaque fois que la liberté est en question. Certains cependant m’ont aidé et je ne vais pas les dénoncer. Pareil parmi les politiques et les militaires.

Non seulement, ceux qui auraient dû me défendre ne l’ont pas fait, mais des gens ordinaires qui n’ont rien à voir avec tout cela ont prêté leur concours à une surveillance illégale. La banque qu’utilisait le Réseau Voltaire (en l’occurrence l’agence Gare de l’Est du Crédit coopératif) nous a convoqué pour nous demander de révéler le nom de nos principaux donateurs, ce qu’évidemment nous avons refusé de faire. Nous avons alors clôturé notre compte et ouvert une autre structure hors de la zone OTAN. Mais cette procédure illégale a été étendue à mes proches et à mes compagnons de lutte. Lorsque l’un d’entre eux encaisse sur son compte un versement ou un virement de plus de 500 euros , il est joint par son banquier qui lui demande d’en justifier la provenance. Pour n’importe qui, c’est étouffant, pour un commerçant ou un travailleur indépendant, c’est du harcèlement.

Vous avez quitté la France alors qu’elle évolue - dites-vous - vers un régime répressif. Avez-vous abandonné votre pays ? Avez-vous abandonné le combat politique ?

Thierry Meyssan : Certainement pas. C’est l’inverse. J’ai quitté la France pour poursuivre mon combat. Les États-Unis ont tenté différentes approches contre moi : d’abord me discréditer, puis me ruiner, puis me corrompre, enfin m’éliminer. Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir. C’est parce que j’aime la France et l’idéal qu’elle porte que je suis parti.
Ma situation semble exceptionnelle. C’est faux. Je suis simplement le premier à qui cela arrive. Il y en aura d’autres.

Votre pays vous manque-t-il ? Voulez-vous y retourner ?

Thierry Meyssan : Des amis m’entourent ici, mais la France est ma patrie. J’y ai laissé les miens. Comment voulez-vous qu’elle ne me manque pas ?

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