31 mars 2007

L’espace en passe de devenir une poubelle

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On savait déjà l’eau, la terre et l’air en majeure partie pollués, mais la main de l’homme est également lourde dans l’espace. Un demi-siècle d’exploration spatiale a généré une pollution inévitable et plusieurs scientifiques américains tirent dorénavant la sonnette d’alarme avec des dizaines de millions de déchets spatiaux autour de la planète.

Sans compter les vieux satellites devenus obsolètes, les outils laissés sur place par les astronautes, etc., chaque lancement de fusée laisse en orbite ses différents étages qui, en se séparant, libèrent à leur tour de petits fragments… Ainsi, selon les évaluations, des millions d’objets tournent autour de la Terre sans aucun contrôle, dont plus de 10 000 dépassants les 10 centimètres (on en prévoit 5 fois d’ici un siècle).

En 50 ans, le nombre d’objets dans l’espace a d’ores et déjà dépassé la masse critique où la 'réaction en chaîne' semble inévitable. Chaque collision entre débris crée en effet d’autres débris, et ainsi de suite. De plus, ces déchets sont une menace permanente pour les satellites en activité et les stations spatiales valant plusieurs milliards de dollars. Même s’ils semblent négligeables par leur taille, leur vitesse moyenne de 7 km par seconde rend tout impact catastrophique et aucun blindage actuel ne résiste aux objets ayant une taille supérieure à 1 ou 2 cm.

Par leur déplacement en orbite basse, le frottement des objets dans l’atmosphère entraîne une usure naturelle sur une durée de 1 à deux siècles, mais sur les orbites plus élevées le temps se compte en millénaires voire beaucoup plus… L’idéal serait donc de récupérer ces déchets spatiaux, mais à l’heure actuelle aucune solution technique viable ne se dégage pour les collecter, ce qui n’empêche pas des sociétés de proposer l’envoi d’urnes funéraires dans l’espace. Le paradis ressemblerait-il à une vaste poubelle ?

25 septembre 2006

Amarrages cosmiques : Vladimir Syromiatnikov

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Le mardi 19 septembre 2006, mon ami Vladimir Syromiatnikov s’est détaché de la vie de manière définitive, emporté en quelques mois par une maladie fatale. Vladimir était le spécialiste mondial des amarrages entre les engins spatiaux.

Né en 1933 à Arkangelsk dans le nord de la Russie, Vladimir était venu avec ses parents s’installer à la fin de deuxième guerre mondiale dans une petite ville de la grande banlieue nord de Moscou, une ville où fleurissaient des entreprises toutes plus secrètes les unes que les autres, cachées derrière des grands murs. En 1956, alors que Vladimir venait de recevoir son diplôme d’ingénieur, un voisin et ami qui faisait partie des hommes discrets qui travaillaient derrière ces murs anonymes, vint le voir pour le féliciter et lui proposer de travailler avec eux, et c’est ainsi qu’à 23 ans, Vladimir Syromiatnikov se retrouva dans un bureau, face au Concepteur en Chef Sergueï Korolev, le père de la cosmonautique soviétique, pour se voir proposer de rejoindre la petite équipe qui travaillait à la construction du premier satellite artificiel de la Terre. Un an plus tard, le 4 octobre 1957, Spoutnik-1 était lancé, avec à son bord, un système de régulation thermique, en fait un petit ventilateur électrique, conçu et réalisé par le jeune Vladimir. Tout était simple dans le premier spoutnik, mais d’un point de vue système, il y avait déjà tous les éléments essentiels de cette toute nouvelle technologie, la cosmonautique, dont Vladimir Syromiatnikov allait devenir l’un des plus brillants cerveaux.

Spécialiste de l’électromécanique, Vladimir Syromiatnikov a été au cœur de tous les grands projets spatiaux et des grandes « premières » des années 60. Pendant toutes les années de guerre froide, au-delà du secret, Russes et Américains s’observaient dans une compétition farouche, jusqu’à ce qu’une courte détente se produise dans les années 70. C’est alors qu’un événement a contribué à donner un tournant exceptionnel à la carrière de Vladimir Syromiatnikov : il faisait partie d’une petite délégation soviétique qui à l’occasion d’une conférence scientifique, avait été autorisée à se rendre à Londres pour y observer le déroulement de la mission Apollo des premiers pas de l’Homme sur la Lune. C’est là que Vladimir prit contact avec des collègues américains et que débuta ce qui allait devenir le « Projet Test Soyuz Apollo ou ASTP » de rencontre en orbite entre une capsule américaine et un vaisseau soviétique.

Jusqu’à l’opération ASTP, les amarrages entre engins spatiaux se faisaient en emboîtant une partie conique « mâle », montée sur l’un des vaisseaux, dans une partie « femelle » de l’autre vaisseau. Les connotations psychologiques et sexuelles rendaient impossible que dans une rencontre entre Américains et Soviétiques les uns aient un rôle « mâle » et les autres une attitude « femelle » ou vice-versa. Pour résoudre, ou plutôt éviter le problème, Vladimir a inventé le système « APAS » de module d’amarrage androgyne, parfaitement élégant et symétrique, avec des pétales qui s’entrelacent au moment de l’approche entre les deux vaisseaux jusqu’au verrouillage des deux anneaux de contact. Pour cette brillante invention, qui allait devenir un standard, Vladimir Syromiatnikov a reçu en 1975 le Prix Lénine, la plus haute distinction qui pouvait honorer un ingénieur en Union Soviétique.

Pendant toutes les années 80, Vladimir avait participé au développement des stations spatiales Saliout et Mir, et à chaque départ, à chaque retour de cosmonautes, il était là, dans les coulisses du TSOUP, pour y superviser les opérations d’amarrage et de désamarrage des Soyouz et des Progress. Au début des années 90, Vladimir Syromiatnikov aurait pu prendre une retraite bien méritée, mais il a préféré continuer à servir avec passion le développement de la cosmonautique, en particulier en perfectionnant son système d’amarrage hybride pour permettre les rencontres entre le Space Shuttle et la station Mir. Ce qui, vingt ans après le Prix Lénine, lui a valu en 1995 d’être nommé « Ingénieur de l’Année » par les organisations professionnelles américaines. Après les amarrages Shuttle-Mir, Vladimir a continué à faire des fréquents voyages en Californie pour le développement des systèmes pour la Station Spatiale Internationale ISS.

Vladimir Syromiatnikov est venu à plusieurs reprises à La Réunion, pour des cycles de conférences, puis pour accompagner le cosmonaute Pavel Vinogradov à l’occasion de sa visite après le lancement du satellite collégien Spoutnik 40 Ans, un projet qu’il avait parrainé très efficacement pendant tout son déroulement. Il est aussi venu tout simplement pour des visites privées pour se détendre dans la plus belle île du monde, ce qui ne l’empêchait pas de rencontrer le Comité de Pilotage l’Industrie de La Réunion pour proposer des valorisations « péi » de certaines technologies utilisées à bord de la station spatiale Mir.

Pendant toute sa carrière, la passion de Vladimir a été de relier des technologies, des cultures et des mondes différents, et il est devenu au fil des années le plus grand spécialiste mondial de l’amarrage spatial, entre les vaisseaux, mais aussi entre les hommes, les équipes, et les nations. Pour Vladimir Syromiatnikov, derrière les technologies de l’amarrage, il y avait toute une philosophie de la rencontre, et sa vie a été une longue fête à la gloire de l’Homo Sapiens.

Guy Pignolet de « Pluton » Sainte Rose

Centre Culturel Spatial de La Réunion
Ancien Président du Comité Education
de la Fédération Internationale d’Astronautique


Sites Internet recommandés :

www.science-sainte-rose.net

www.u3p.net

www.iafastro.com

www.heavens-above.com

07 septembre 2006

A Propos de Pluton

Alan Stern, le directeur de la mission spatiale New Horizons, continuera d'appeler Pluton une planète, en dépit de la décision récente de l'Union Astronomique Internationale. Peu importe, en réalité, que Pluton soit la neuvième et dernière planète d'un système rassurant et bien rangé, ou l'un des premiers d'une nouvelle famille un peu chaotique d'objets qui peuplent la banlieue de notre étoile, cela n'enlèvera rien à l'intérêt et au panache de la mission qui a pris le départ le 19 janvier dernier au dessus de La Réunion.

Ce jour-là, une station de poursuite semi-secrète, placée au sommet du Piton Cascades à Sainte-Rose, a écouté ce qui se passait à quelques milliers de kilomètres au dessus de notre île, pendant les secondes critiques de l'injection à la vitesse de 16 km/seconde de l'engin le plus rapide de la brève histoire de l'astronautique. Pourquoi secrète ? tout simplement parce que les stratèges du gouvernement le plus guerrier du monde avaient une peur bleue d'un échec au lancement qui aurait pu faire retomber aux pieds d'un clone de Ben Laden les quelques grammes de "plutonium" embarqués pour fournir les 180 Watt d'énergie dont la sonde aura besoin lorsqu'elle atteinda la dernière des planètes ou les premiers des nouveaux objets, c'est selon. Ce sont des jeux de mots, mais ainsi va le monde, infernal et sécuritaire.

"Le Monde", justement, publiait ce jeudi 7 septembre un texte magnifique de l'écrivain John Le Carré, où il explique comment pour chaque terroriste, ou résistant, c'est aussi des jeux de mots, qu'il tue en même temps que cent civils, histoire de faire bonne mesure, un petit gouvernement à l'esprit encore plus guerrier que le précédent est en train de fabriquer cinq nouveaux terroristes, ou résistants, c'est selon.

En attendant, les histoires de deux trains, deux mesures, il y en a beaucoup, peut-être trop, et j'écris ces lignes à bord d'un Eurostar en partance pour Londres après avoir croisé au passage des militaires en armes et montré des papiers que l'on dit d'identité, alors que comme Sirandane, je suis précisément encore à la recherche de mon identité, tandis que dix mètres plus loin, de l'autre côté de la vitre-muraille-pare-balles, les passagers d'un Thalys en partance pour l'Allemagne montent "normalement" dans leur TGV rouge et noir sans manifester le moindre signe de panique sécuritaire.

Vu de Pluton, tout cela c'est selon, visiblement le monde n'est plus celui d'Aristote ni même celui d'Ibn Khaldoun, le verre à moitié plein de vin est aussi le vin dans le verre à moitié vide, et comme j'ai coutume de le dire : "l'important, c'est Sainte-Rose !", l'important c'est de boire la vie.

Guy Pignolet.
Centre Culturel Spatial Regional de Sainte Rose - La Réunion.