02 mars 2009
Le 05 Mars... Seul avec l’humanité !
Quand l’avoir l’emporte tellement sur l’être, qu’il semble être devenu la seule condition du bien-être, quand la vitesse de l’information est plus importante que son analyse, quand l’image l’emporte sur le verbe, quand enfin le progrès devient pour lui-même la justification de son bien-fondé… alors il devient difficile de vivre sa foi, de façonner son esprit, de déterminer ses repères, de marquer ses limites. Difficile d’être un homme, difficile d’être libre. J’entends libre de cette vraie liberté au souffle de laquelle l’esprit chemine et fait ses choix à proximité de son cœur, de ses méditations, de son intelligence, de ses espérances.
Seul…
L’Islam est une école. Elle a un objectif et un programme, un cadre et une dynamique, des exigences autant qu’une évaluation nécessairement formative. Son premier principe se fonde sur l’impérative liberté de celui qui s’y forme dés lors que celui-ci se sait et se reconnaît comme un être de conscience et de responsabilité. L’Islam dit une réalité et s’appuie sur un sentiment : tout commence par la solitude devant Dieu. Le premier espace de formation, d’édification, de résistance, de réforme et de liberté est le cœur si naturellement attiré vers le transcendant, si promptement déchiré par l’artifice ou noyé par le superficiel. Il n’y a pas de foi sans liberté, pas de liberté sans pleine possession de son être, cœur et esprit.
Or, notre monde et ses pouvoirs, la technologie et son efficacité, les modes et la vitesse nous amputent et nous perdent. Un être humain qui vit à la surface de ses désirs et dont les besoins ont pour la plupart été fabriqués n’est plus un être humain… ce peut même devenir une bête entretenant l’illusion de son humanité. Un monstre virtuel dont les excès ne tiennent parfois qu’à ce fil de la rationalité qui fait office de laisse. Si la rationalité est humaine, le monstre est dompté, mais si par malheur la rationalité n’est plus qu’économique ou financière, alors la bête se déchaîne et promet le pire, de carnages et de génocides. Nous l’avons trop constaté.
Décolonisation.
Notre religion nous apprend que la première résistance à ces dérives est à l’intérieur. Avec Dieu, dans l’approfondissement de la foi, l’être humain doit s’initier à la maîtrise, à la compréhension, à la pondération, à la nuance. Dans la prière ou la méditation, il doit prendre le temps de se connaître et de se reconnaître, de résister à ses propres violences, à ses colères, à sa volonté de pouvoir.
Ainsi son cœur doit devenir une classe dans laquelle il apprend à son esprit, à étudier, à approfondir, à s’éloigner des préjugés, à éviter les caricatures. La lumière du cœur est une des conditions pour s’orienter dans les profondeurs de l’esprit. Elle donne la force de répondre au premier devoir de résistance qui nous habite : contre les fausses idoles, contre la séduction dictature de nos seuls désirs, protéger la lumière de son cœur, construire l’autonomie de son esprit, revendiquer le droit de choisir en conscience son chemin et le sens de sa vie. Devant Dieu, seul, conscient et responsable.
La première résistance est aujourd'hui, très clairement, une entreprise de décolonisation. Il s’agit pour chaque être humain de retrouver le chemin de son être le plus profond, de redevenir un être libre.
La vie quotidienne, avec les modes de pensées et de consommation, la gestion du travail et celle du temps libre, la culture cinématographique et musicale, est propre à façonner, presque inconsciemment, une seconde nature qui s’apparente à une prison. Il faut s’en échapper. La spiritualité, profonde et exigeante, est la clé. Il existe un autre espace à «décoloniser».
Après notre cœur, notre intelligence. Jamais autant qu’aujourd'hui, l’information ne s’est trouvée concentrée en aussi peu de mains. Quelques entreprises et agences gèrent l’outil «média» comme une industrie, «une affaire qui marche». Tout se passe, en toute banalité, comme si le ton de l’élaboration intellectuelle, du débat de société ou des défis politiques était désormais donné par les médias et, parmi eux, par le support essentiel de l’image. La télévision n’est plus qu’un simple outil, elle est devenue un paramètre, une échelle, presque une valeur au chevet de laquelle les autres valeurs et les références se mesurent. Résister à cette tourmente de l’image et de la vitesse est aujourd'hui impératif : les citoyens doivent réapprendre à penser, à analyser, à débattre.
La Shura, la concertation, à laquelle invite l'Islam aux croyants, exige d’eux qu’ils forment leur intelligence et élaborent leur réflexion, en profondeur, avec précision et nuance. Il ne suffit pas de se dire croyant pour être protégé des caricatures et des simplifications : la communauté musulmane n’est d’ailleurs pas en reste quant aux analyses caricaturales ou aux jugements à l’emporte-pièce.
L’Islam exige de nous de libérer nos esprits et de vivifier nos intelligences : résistance intellectuelle active qui devrait être la conséquence naturelle d’une foi ancrée et d’une spiritualité épanouie.
Si ceux qui ont jugé le plus justement les erreurs et les insuffisances propres à la mentalité de notre époque s’en sont tenus généralement à une attitude toute négative ou n’en sont sortis que pour proposer des remèdes à peu prés insignifiants et bien incapables d’enrayer le désordre croissant dans tous les domaines, c’est parce que la connaissance des véritables principes leur faisait défaut, tout autant qu’à ceux qui s’obstinaient au contraire à admirer le prétendu «progrès» et à s’illusionner sur son aboutissement final.
Économie,politique et société.
Les ordres ont été inversés et l’on fait chaque jour l’expérience du primat de l’économie dans la gestion des affaires internationales comme des questions de sociétés. L’éthique et la morale ne sont pas, on le sait, les maîtres mots de ce type de gestion, et ce qui compte désormais, c’est le rendement, l’efficacité, le degré de subordination aux logiques du nouvel ordre économique… les dysfonctionnements politiques ou les mauvaises gestions sociales sont relativisés en fonction des profits financiers qu’ils permettent : une dictature qui «rapporte», en matière économique ou sur le plan géostratégique, n’est pas tout à fait une dictature et le critère d’une bonne politique se mesure essentiellement à sa capacité à protéger les intérêts de ceux qui l’appliquent.
Les aliénations, au sens propre et premier, se multiplient et s’additionnent : l’économie qui devait être un instrument au service d’une politique est devenue une finalité en soi : la société des citoyens qui devait être la finalité et donc, au premier chef, bénéficier de la gestion politique est insensiblement devenue un moyen, un simple instrument.
Au cœur du nouvel ordre économique, l’être humain, ancien sujet de son histoire, a la curieuse sensation d’être devenu un objet, un moyen, un jouet.
Pour les musulmanes et les musulmans, il s’agit de remettre les choses à leur place, dans le bon ordre. Que l’homme, devant le Créateur et avec ses semblables, redevienne une fin et non plus un moyen. Il s’agit de réinvestir, avec le cœur et avec l’intelligence, toutes les sphères dans lesquelles ce changement peut s’opérer. Sur le plan social, le devoir de résistance commence avec l’énoncé du clair refus que des sociétés industrialisées enfantent des milliers de chômeurs et tant d’autres millions de laissés pour compte.
La question ne relève pas des seuls moyens financiers mais bien de la sournoise préservation de l’intérêt de quelques uns et de l’absence de volonté politique. C’est à dire qu’il faut s’engager dans des projets locaux, des projets de proximité, par lesquels on doit lutter contre le chômage, l’exclusion, la marginalité et l’ensemble des fractures sociales.
Ce refus ne peut s’exprimer, comme c’est encore souvent le cas pour les musulmans, par la seule mise en place de projets fondés sur le bénévolat ou de la solidarité. La justice est un droit, non un cadeau, ni une charité. A terme, la résistance passe nécessairement par l’engagement citoyen et politique.
Refuser les passe-droits, exiger que des volontés politiques soient explicitées, demander des comptes, questionner les choix de politique sociale, sont autant d’attitudes qui doivent permettre aux citoyens de confession musulmane de participer avec les autres à réformer leurs sociétés. A tous les niveaux, des initiatives sont attendues qui permettent des gestions économiques alternatives et, surtout, un retour de la politique à sa véritable vocation fondée sur le débat et la participation citoyenne. Pour les musulmans comme pour tous les êtres humains, pas de résistance sans participation.
Reprendre possession de son cœur, construire son intelligence et s’engager à promouvoir des projets alternatifs de proximité sont autant de manifestations de ce devoir de résistance qui est le nôtre. Nous n’oublierons pas non plus que la justice exige de nous que, du cœur de l’Océan Indien, nous devenions autant de voix qui ne craignent pas de dénoncer les dictatures, les tortures, les hypocrisies et les dérives inhumaines, qu’elles soient ou non perpétrées au nom de l’islam.
Quand le silence complice étouffe, notre dignité est la dénonciation… L’emprisonnement de tant d’innocents de par le monde pourrait bien finir par nous rendre coupables de si mal gérer nos libertés. Aucun intérêt économique ne peut justifier notre silence.
A moins que ce ne soit la crainte ? La peur ? La paresse ? Le confort et la luxure ? Que dirons-nous le jour où il n’y aura d’ombre que Son ombre ? Que nous craignons pour nos vies ? Pour notre « réputation » ? Que nous ne pouvions pas ? Que nous étions seuls ?…. Seuls…?
Alors qu’à chacune de ses pages, la Révélation nous rappelle que Dieu aime les pieux qui prient comme les justes qui résistent. Au demeurant, nous ne sommes pas seuls et tant d’autres consciences sont amies de ce même combat, de cette même résistance.
Dieu exige de nous la fidélité et notre foi nous commande la dignité. Le devoir de résistance est l’exacte réalisation de cette fidélité digne, consciente que l’on n’est jamais aussi prés de Dieu que lorsqu’on lutte contre l’inhumanité des hommes.
Avec cœur, au nom du droit.
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01 février 2009
Discours du représentant palestinien à l'ONU
Avant de débuter mon intervention j'aimerais vous dire quelques chose à propos de Moïse. Lorsqu'il frappa le rocher et fit jaillir les eaux, il pensa, quelle magnifique opportunité de prendre un bain.
Il ôta ses vêtements, les posa sur le rocher et entra dans l'eau. Lorsqu'il sortit et désira se rhabiller, ses vêtements avaient disparu. Un Israélien les lui avait volés.
Le représentant israélien se leva en colère et vociféra: "De quoi parlez-vous ? Les Israéliens n'étaient même pas là à l'époque !".
Le représentant palestinien sourit et ajouta: et maintenant que les choses sont clairement établies, je vais commencer mon intervention".
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08 décembre 2008
Le président de l’Assemblée générale de l’ONU appelle au boycott du régime d’apartheid israélien
Le président de l’Assemblée, Miguel d’Escoto Brockmann (Nicaragua), a fait de ce débat une question de principes. Ouvrant la séance, il a déclaré :
« Je presse la communauté internationale d’élever sa voix contre la punition collective de la population de Gaza, une politique que nous ne pouvons pas tolérer. Nous exigeons la fin des violations massives des Droits de l’homme et appelons Israël, la Puissance occupante, à laisser entrer sans délai les ressources humanitaires et autres dans la Bande de Gaza. J’ai parlé ce matin de l’apartheid et de comment le comportement de la police israélienne dans les Territoires palestiniens occupés semble si proche de celui de l’apartheid, à une époque révolue, un continent plus loin. Je crois qu’il est très important que nous, aux nations Unies, employons ce terme.
Nous ne devons pas être effrayés d’appeler les choses par leur nom. Ce sont les Nations Unies après tout qui ont élaboré la Convention internationale contre le crime d’apartheid, explicitant au monde entier que de telles pratiques de discrimination institutionnelle doivent être bannies lorsqu’elles sont pratiquées. Nous avons entendu aujourd’hui un représentant de la société civile sud-africaine. Nous savons que partout dans le monde des organisations de la société civile travaillent à défendre les Droits des Palestiniens, et tentent de protéger la population palestinienne que nous, Nations Unies, avons échoué à protéger. Il y a plus de 20 ans, nous, les Nations Unies, avons pris le relai de la société civile lorsque nous sommes convenus que des sanctions étaient nécessaires pour exercer une pression non-violente sur l’Afrique du Sud.
Aujourd’hui peut être, nous les Nations Unies, devons envisager de suivre l’exemple d’une nouvelle génération dans la société civile, qui appelle à une campagne non violente similaire de boycott, de désinvestissement et de sanctions pour faire pression sur Israël. J’ai assisté à un grand nombre de réunions sur les Droits du Peuple palestinien. Je suis stupéfait que l’on continue d’insister sur la patience alors que nos frères et nos sœurs palestiniens sont crucifiés. La patience est une vertu à laquelle je crois. Mais il n’y a aucune vertu à être patient avec la souffrance des autres. Nous devons agir avec tout notre cœur pour mettre fin aux souffrances du Peuple palestinien (…)
Je tiens également à rappeler à mes frères et sœurs israéliens que même s’ils ont le bouclier protecteur des États-Unis au Conseil de sécurité, aucun acte d’intimidation ne changera la résolution 181, adoptée il y a 61 ans, appelant à la création de deux États. Honteusement, il n’y a pas d’État palestinien que nous puissions célébrer aujourd’hui et cette perspective est plus lointaine que jamais. Quelque soient les explications, ce fait central tourne l’ONU en dérision et nuit gravement à son image et à son prestige. Comment pouvons-nous continuer ainsi ? ».
Rappelons que l’ambassadeur Miguel d’Escoto Brockmann est un prêtre catholique, théologien de la libération et membre du Comité politique du Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Personnalité morale reconnue, il a été élu par acclamation, le 4 juin 2008, président de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies.
L’Anti-Defamation League (ADL) a été la première organisation sioniste à réagir. Elle a demandé au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, de mettre fin à ce « cirque » ainsi qu’à « la prétendue journée de solidarité avec le peuple palestinien ». Enfin, elle a dénoncé le caractère selon elle « antisémite » des propos du président Miguel d’Escoto Brockmann qu’elle pense inspirés par un anti-judaïsme catholique séculaire.
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04 novembre 2008
Droits Humains Niés pour les Palestiniens
Plus de 800 morts à Gaza dont une centaine d’enfants, des exécutions ciblées, et sommaires, un blocus qui affame une population entière…après que les autorités israéliennes aient « promis » de lever le siège, de permettre l’assistance humanitaire et de mettre un terme à la politique de peuplement. Qu’y a-t-il ne nouveau au fond ? Rien, toujours les mêmes mensonges, toujours la même hypocrisie, toujours la même stratégie : gagner du temps, tromper les instances internationales et l’opinion publique, opprimer un peuple pour le forcer à l’étouffement, à l’abandon et enfin à la reddition.
La stratégie israélienne a partiellement réussi sur un point ce faisant. Transformer la question palestinienne en question « humanitaire ». Il faudrait donc « assister » le peuple affamé (dont la situation n’aurait pour cause que ses « dirigeants extrémistes et terroristes »), lui offrir le pain, le maintenir en état de survie. Les inondations d’hier confortent cette idée qu’il s’agirait, pour les Palestiniens, de se voir offrir une « compassion internationale » pour un peuple faisant face à « une catastrophe humanitaire » multiforme.
Quel mensonge. Quelle hypocrisie... qui permet, au demeurant, de faire croire que sur le plan politique, on aurait affaire à deux adversaires également responsables, également coupables. Le souci « humanitaire » légitime permet ainsi une neutralité politique illégitime, et surtout lâche de la part de la communauté internationale. Car enfin l’oppression continue, la mort des innocents, le déni de droits, les exécutions, les humiliations…l’occupation au jour le jour de la Cisjordanie et le siège féroce et inhumain de Gaza.
Et pourtant, la stratégie globale est vouée à l’échec. Le peuple palestinien ne plie pas, ne disparaît pas et les consciences qui s’éveillent se répandent à travers le monde. 73%¨des Européens soutenaient Israël au début des années soixante-dix… 67% soutiennent désormais les Palestiniens. Une inversion. On ne peut pas mentir indéfiniment. L’Histoire parle et parlera. Sur le terrain, la politique israélienne est en train de mettre un terme, dans les faits, à une possible solution de deux Etats. Bientôt, il faudra regarder la réalité en face, celle qu’un grand nombre parmi nous a défendue depuis tant d’années : un Etat, un Etat de droit, avec une citoyenneté égalitaire pour tous, juifs, chrétiens, musulmans ou autres et la vraie transparence démographique et démocratique…
Pour l’heure, les voix dans l’Histoire doivent rappeler le sens de l’Histoire et de la dignité des femmes, des hommes et des enfants. La défense des droits de la Palestine et des Palestiniens est un impératif moral, un ordre de la conscience, une condition de la dignité. Notre engagement et notre soutien, dans nos cœurs et nos esprits, ne doivent pas se traduire comme des actes de charité mais des revendications de justice. Il n’est pas question de s’agenouiller pour réconforter le mendiant, ses besoins et ses larmes mais de se lever pour confronter politiquement l’oppresseur, ses mensonges et ses armes.
Tariq RAMADAN - Professeur de philosophie et d'islamologie aux universités d'Oxford et de Rotterdam. Attaché à l'université de Doshisha (Kyoto), il est également président du groupe de réflexion et d'action "European Muslim Network" à Bruxelles. Engagé depuis 20 ans dans le renouveau de la pensée musulmane et dans une réflexion sur la place de l'islam en Occident, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Les musulmans dans la laïcité" ou "Mohammad, vie du Prophète". Il est interdit de séjour en Arabie Séoudite par ses prises de position contre la Pétro-monarchie.
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28 octobre 2008
Les relations israélo-américaines : des vérités choquantes
S’exprimant lors de la conférence organisée à Londres par le Center for the Study of Terrorism [CFSOT] afin d’explorer de manière exhaustive les effets de la « guerre mondiale au terrorisme » menée sous la houlette des Etats-Unis, l’orateur a ajouté que le régime sioniste, avec la couverture approbatrice de Washington, « ignore tout simplement les résolutions de l’Onu condamnant ses violations des droits fondamentaux des Palestiniens ».
M. Hart, qui est un expert britannique de grand renom dans les affaires moyen-orientales, et un ancien dirigeant d’une chaîne de télévision, puisqu’il a occupé la fonction de contrôleur de la chaîne BBC One, a exprimé sa préoccupation au sujet du préjugé pro-israélien dont font preuves les médias occidentaux dès lors qu’il est question du Moyen-Orient.
« Le monde est en train de s’effondrer. Il n’y a qu’une seule et unique façon de s’opposer au deux-poids deux-mesures des médias occidentaux : il faut tenir les gens au courant de ce qu’il se passe réellement », a-t-il dit.
Il a observé qu’au cours des six décennies consécutives à la création de l’entité sioniste [eng. the State of Israel, ndt], les Etats-Unis ont opposé leur véto à la plupart des résolutions anti-israéliennes adoptées par le Conseil de Sécurité, en dépit des violations grossières et le plus souvent barbares des droits des Palestiniens par l’Etat juif. L’injustice infligée aux Palestiniens n’a aucun précédent dans l’Histoire.
Parlant du conflit palestino-israélien, il l’a décrit comme étant analogue au conflit interminable entre les Britanniques et les Irlandais, le gouvernement britannique ayant déplacé des Ecossais en Irlande du Nord afin de l’occuper peu-à-peu. « Une situation similaire prévaut en Palestine, où les juifs sont en train d’occuper des terres musulmanes », a-t-il expliqué, faisant retomber sans autre forme de procès le blâme sur les épaules de la politique étrangère du Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair et sur son étroite alliance avec le président états-unien George Deubeuliou Bush, qui n’ont fait que répandre le terrorisme et l’extrémisme dans le monde entier.
Exhortant les musulmans à s’élever contre l’islamophobie « qui est en train de se répandre sur l’ensemble de notre planète », M. Hart a fait part de sa préoccupation devant la situation de l’Iran, qui est en train de devenir la victime d’une collusion entre décideurs politiques de Washington, de Londres et de Tel Aviv. « L’Iran est en permanence visé par la propagande guerrière des médias américains », a-t-il dit.
Dans son dernier ouvrage : Le sionisme : Le véritable ennemi des juifs [Zionism : The Real Enemy of the Jews], M. Hart développe la façon dont une telle collusion est en train de préparer une confrontation globale entre civilisations et comment cela pourrait être évité. Il croit fermement en l’idée que ce dont la sauvegarde de la paix a besoin, par-dessus tout autre chose, c’est un minimum de vérité « au sujet de beaucoup de choses, mais en particulier, au sujet de la différence entre la mythologie sioniste et l’histoire réelle, et aussi la différence entre le judaïsme et le sionisme, qui fait qu’il est parfaitement possible d’être passionnément antisioniste sans être en aucune façon ni le moins du monde antisémite ».
Ceux qui désirent percer à jour la vérité sous-jacente à la politique moyen-orientale et comprendre de quelle manière les Etats-Unis sont peu-à-peu tombés en disgrâce aux yeux des masses arabes devraient étudier très sérieusement les propos de M. Hart. Bien entendu, ce qu’il nous dit ne surprend absolument pas l’immense majorité d’entre nous, qui vivons dans cette région du monde. Penseur à l’indépendance d’esprit farouche, M. Hart a eu de nombreuses conversations privées avec les acteurs clés d’un côté et de l’autre du conflit arabo-israélien, parmi lesquels Golda Meir, Shimon Peres et Yasser Arafat. Durant la présidence Carter, Alan Hart créa des canaux diplomatiques officieux afin de rendre possible un dialogue exploratoire entre Arafat et Peres, la diplomatie américaine ayant les plus grandes difficultés à faire progresser le processus de paix au moyen de la diplomatie institutionnelle, en raison de l’influence indue du lobby sioniste tant sur la vie politique américaine que sur les hommes politiques américains eux-mêmes.
A la question de savoir si le lobby sioniste ne risquait pas de chercher à le discréditer comme il l’avait fait en ce qui concerne nombre d’universitaires et de chercheurs avant lui, M. Hart a répondu : « J’ai trois enfants, et quand le monde finira par s’effondrer tout-à-fait, je veux être en mesure de les regarder dans les yeux et de leur dire : « Ne me jetez pas la pierre : j’ai essayé de faire ce que je pouvais… »
« L’enfer », dit-il, « c’est lorsque vous comprenez que votre vie touche à son terme et que vous n’avez pas mobilisé tous vos talents et toutes vos ressources autant que vous auriez pu le faire afin de changer quelque chose - c’est-à-dire que l’enfer, c’est le moment où vous prenez conscience, après mûre réflexion, que vous avez bousillé votre vie. Le Paradis, en revanche, c’est la prise en considération de l’approche de votre mort sans crainte, parce que vous savez qu’au contraire, vous avez fait de votre mieux pour changer, aussi peu que ce soit, le monde. »
C’est là une déclaration sans équivoque. Une déclaration que les deux hommes politiques actuellement en compétition pour accéder à la présidence des Etats-Unis devraient étudier avec la plus grande des attentions.
Tariq Al-Maeena - traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
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12 octobre 2008
Un cheval de Troie… israélien
Ces deux firmes sont israéliennes et elles ont leur siège social en Israël – cela est dû au fait qu’elles ont percé, jusqu’à parvenir à l’excellence, dans le marché des technologies de l’information que ce pays s’efforce de dominer – et aussi au fait qu’elles sont fortement financées par le gouvernement israélien, en relation avec l’armée et les services de renseignement israéliens (les deux firmes ont une longue histoire de conseils d’administration dominés par des militaires et des officiers du renseignement israéliens encore en fonction, ou déjà à la retraite).
Verint est considérée comme le leader mondial en matière d’« interceptions électroniques », et elle est, par conséquent, une candidate idéale du secteur privé pour l’externalisation [du Tsahal boulot] des écoutes téléphoniques par divers gouvernements. Amdocs, quant à elle, est le plus important prestataire de facturation des télécommunications au monde (avec un chiffre d’affaire de quelque 2,8 milliards de dollars au titre de 2007, des bureaux dans le monde entier et des clients incluant les 25 premières compagnies de téléphonie des Etats-Unis, qui, mises ensemble, traitent plus de 90% du trafic téléphonique entre les résidents aux Etats-Unis). Les opérations de cette compagnie, suggèrent des sources spécialisées, ont été infiltrées par des espions « free lance » (indépendants, à leur compte, ndt), qui exploitent les filtres encryptés propres aux technologies mises au point par Verint et Amdocs, et qui récoltent des données sur certains Américains (jugés intéressants), afin de les transmettre aux services du renseignement israéliens, ainsi qu’à d’autres clients intéressés (en particulier, le crime organisé).
« La réalité de la vulnérabilité de notre épine dorsale de télécommunications est indéniable », dit un officier supérieur du renseignement américain qui a évalué les craintes à ce sujet parmi les agents fédéraux. « Comment cela a pu advenir, sans que rien n’ait été fait, qui a fait quoi – telles sont les questions qui tuent ». Si les allégations sont avérées, les communications électroniques rassemblées par le NSA et d’autres agences de renseignement américaines risqueraient de tomber entre les mains de gouvernements étrangers. Après avoir passé en revue les preuves matérielles disponibles, Robert David Steele, un ancien chargé de mission de la CIA, qui est aujourd’hui un des principaux fournisseurs internationaux de « renseignements publics dans l’intérêt général » me dit que « la pénétration par Israël de la totalité du système des télécommunications américaines signifie que les écoutes sans garanties effectuées par le NSA aux Etats-Unis sont tout simplement, en réalité, des écoutes illégales effectuées (aux Etats-Unis) par Israël ».
Dès 1999, la National Security Agency avait publié une mise en garde sur le fait que des écoutes de conversations téléphoniques diligentées par le gouvernement américain finissaient entre les mains de certains gouvernements étrangers – en particulier israélien. En 2002, le vice-procureur général (Attorney General) américain, Robert F. Diegelman, publia un mémo confidentiel (uniquement à être lu, et en aucun cas photocopié) sur ce problème, à l’intention des officiers des technologies de l’information stratégiques [chief information technology (IT)] près le ministère de la Justice. Les officiers IT supervisent tous les équipements, dont les plus basiques sont les types de téléphones cellulaires utilisés par les agents des télécoms jusqu’aux appareils d’enregistrement des écoutes téléphoniques qu’ils utilisent sur le terrain ; leur mission expresse est d’assurer la sécurité des communications. Le memo de Diegelman était un rappel, sur un ton de réprimande, d’une nouvelle politique en matière d’IT instituée une année auparavant, en juillet 2001, par un ordre interne au ministère de la Justice intitulé « 2640.2D Information Technology Security ». L’Ordre 2640.2D stipulait que des « ressortissants étrangers ne sauraient être autorisés à accéder, ou à assister, à la mise au point, au fonctionnement, au management ou à la maintenance des systèmes de technologies de l’information (IT) spécifiques au ministère (de la Justice) ». Cela ne semblerait pas particulièrement de nature à faire froncer les sourcils, dans le contexte de la réorganisation totale du renseignement et de la sécurité, à la suite des attentats du 11 septembre 2001… Mais cet ordre 2640.2D a été publié bien deux mois AVANT les fameux attentats ! Quel groupe, ou quels groupes de ressortissants étrangers avaient donc un accès privilégié aux systèmes de technologies de l’information du ministère de la Justice américain ? Des Israéliens, disent de hauts responsables spécialisés dans la mise en application des lois [am. : law enforcement]. Un ancien procureur spécialisé dans les crimes informatiques au ministère de la Justice me confie, au détour d’une conversation : « J’ai entendu dire que les Israéliens sont en mesure d’écouter nos conversations téléphoniques… »
L’officier du contre-terrorisme et du contre-espionnage (à la retraite) Philip Girardi que cela correspond au cours de l’histoire des intrusions israéliennes aux Etats-Unis. Il relève qu’Israël occupe avec une régularité lassante une place prééminente dans le rapport annuel du FBI (intitulé « Foreign Economic Collection and Industrial Espionage » - Recueil de renseignements et espionnage industriel commis par des pays étrangers) : Israël arrive immédiatement en deuxième position, après la Chine, en matière de vol de secrets économiques américains. Le rapport 2005 du FBI indique, par exemple : « Israël a un programme actif de recueil d’information classée aux Etats-Unis. Ces activités d’espionnage visent en priorité à obtenir de l’information sur des systèmes militaires et des applications informatiques avancées, susceptibles d’être utilisées dans les industries militaires israéliennes, extrêmement développées. » Une méthode favorite des Israéliens, met en garde le rapport du FBI, consiste en des intrusions (de hackers) dans certains ordinateurs.
Dans le cadre général de l’affaire du gouvernement américain espionnant les citoyens américains, cela nous ramène à la législation adoptée en 1994, appelée Communications Assistance for Law Enforcement Act (ou CALEA)(Assistance des services de communications en vue de l’Acte de mise en application de la loi), qui a introduit un virage à 180° dans les méthodes de surveillance électronique (des citoyens, ndt). Les jours où les écoutes téléphoniques étaient effectuées à partir de bricolages in situ avec des pinces crocodiles en cuivre sont définitivement derrière nous. Le Calea a mis en place de nouveaux pouvoirs de surveillance généralisés, adaptés à l’ère du digital, une surveillance effectuée en reliant des ordinateurs éloignés des sites aux routeurs et aux hubs des firmes de télécom – il s’agit d’un réseau fixe d’espionnage, relié en temps réel et en permanence aux téléphones et aux modems des citoyens américains. Le décret Calea a fait des installations d’espionnage un accessoire indissociable de notre vie hautement ‘téléphonique’. De hauts responsables du FBI ont poussé à l’adoption de cette législation, affirmant qu’elle améliorerait la sécurité, mais de nombreux agents du terrain ont élevé la voix afin de protester contre Calea, au motif qu’il a eu le résultat exactement opposé… Les techniques de sape de données employées par la NSA [National Security Agency] au cours de ses exploits de mise sous écoute téléphonique ne pouvaient de toutes les manières pas réussir sans la technologie imposée par le Calea. On pourrait avancer l’idée que Calea est le cœur, caché, du scandale des écoutes téléphoniques diligentées par la NSA.
La Verint Connection
D’après un ex-officier de la CIA, du nom de Giraldi, et d’autres sources sur les services de renseignement américains, c’et du software produit et entretenu par la Verint Incorporation qui gère la plupart des écoutes téléphoniques diligentées par les services américain de répression des fraudes. Giraldi déclare : « Les appels téléphoniques sont interceptés, enregistrés et transmis à des enquêteurs de la CIA par Verint, qui affirme qu’il doit surveiller en permanence ses équipements afin d’assurer la permanence du fonctionnement du système ». Giraldi relève également que Verint est remboursé à hauteur des 50 % de ses dépenses de recherche et développement par le ministère israélien de l’Industrie et du Commerce. D’après Giraldi, l’importance de l’utilisation des technologies Verint est considéré « classifié défense », mais certaines sources ont lâché le morceau, et elles ont fait part à Giraldi de leurs inquiétudes au sujet de la sécurité des systèmes d’enregistrement des écoutes téléphoniques produits par la firme Verint. Le principal souci, dit Giraldi, c’est le risque qu’un « troyen » n’ait été implanté dans le software…
Un ‘troyen’, implanté dans un hardware ou un software de sécurité de l’information, c’est une porte de derrière, à laquelle peuvent avoir accès, à distance, des parties qui, normalement, ne devraient en aucun cas avoir accès à un quelconque système sécurisé. Des allégations d’espionnage massif au moyen de troyens ont secoué le milieu israélien des affaires, ces dernières années. Un article d’Associated Press, en 2005, indiquait que des « entreprises israéliennes high tech produisant des ‘blue chips’ (il s’agit des tranches de silicium servant à confectionner les circuits électroniques, ndt)… sont soupçonnées d’utiliser du software de surveillance illicite afin de voler de l’information à leurs sociétés rivales, et ennemies. » Plus de quarante entreprises ont fait l’objet d’enquêtes, à ce sujet. « C’est la plus grosse affaire de criminalité électronique de toute l’histoire d’Israël », m’a dit Boaz Guttmann, un enquêteur vétéran en matière de crimes cybernétiques de la police nationale israélienne. « L’espionnage au moyen de chevaux de Troie fait partie de la vie ordinaire des firmes israéliennes. C’est une culture de l’espionnage… »
C’est bien entendu de cette ‘culture’ que dépendent les Etats-Unis en ce qui concerne le plus gros de leurs softwares sécurisés pour l’encodage des données et la sécurité des transmissions téléphoniques. « Il y a eu un tas de débats sur la question de savoir à quel point nous devrions faire confiance aux appareils de sécurité produits par les firmes israéliennes de téléphonie », explique Philip Zimmerman, un des pionniers légendaires de la technologie du cryptage (Zimmerman a inventé l’authentification cryptographique personnalisée connu sous le nom de Pretty Good Privacy [privauté vraiment excellente, ndt], ou PGP, qui est aujourd’hui un des standards fondamentaux de l’encryptage des communications.) « De manière générale, je ne ferais pas confiance, personnellement, à du matos fabriqué à l’étranger, dès lors qu’il s’agit de sécurité des données », explique Zimmerman. « Un type de NSA InfoSec – la division de la sécurité informatique de la National Security Agency américaine – « m’a dit un jour : « La crypto fabriquée à l’étranger : voilà notre cauchemar ! ». Mais, soyons juste : notre industrie électronique nationale devenant de plus en plus faible, l’importation de matos étranger est inévitable. » Zimmerman poursuit : « Visez un peu où se trouve l’expertise : au sein de l’International Association for Cryptological Research [Association internationale de la recherche en cryptologie], qui tient un congrès annuellement, il y a un pourcentage d’Israéliens bien supérieur à ceux de toutes les autres nationalités. La firme à capital majoritaire et à direction israéliens Verint est, aujourd’hui, le fournisseur de tous les systèmes d’interception de télécommunications déployés dans plus de cinquante pays ! »
Carl Cameron, correspondant politique en chef de la Fox News, est un des rares journalistes à mettre son nez dans le désarroi qui va s’approfondissant des agents fédéraux, au sujet de la possibilité que des chevaux de Troie aient été inclus de manière subreptice [am. ‘embedded’] dans la technologie Verint. Au cours d’une vaste investigation (diffusée en quatre épisodes au mois de décembre 2001) sur l’espionnage lié à Israël, Cameron a fait un certain nombre de découvertes époustouflantes sur le compte de la firme Verint, connue alors sous la raison sociale de Comverse Infosys. Certaines sources ont indiqué à Cameron que « bien que diverses enquêtes sur la firme Comverse Infosys aient été diligentées par le FBI, durant plusieurs années, ces enquêtes ont été stoppées, avant même que les appareils de cette firme en service eussent été soumis à des tests exhaustifs, afin d’en rechercher les « fuites » éventuelles. Cameron a également relevé un document interne du FCC, daté 1999, indiquant que « plusieurs agences gouvernementales [américaines] avaient exprimé leur profonde préoccupation au sujet du fait que de trop nombreux personnels non habilités, et n’appartenant pas à la police judiciaire, pussent accéder au système d’enregistrement des écoutes téléphoniques. » Pour l’essentiel, ces accès indus étaient facilités par le système de « maintenance sans fil » [am. ‘remote maintenance’].
Immédiatement après la diffusion du reportage de Cameron, la société israélienne Comverse Infosys changeait de nom, devenant Verint, au motif que la compagnie était en train d’accéder à « sa maturité ». (La firme n’a publié aucune réponse aux allégations de Cameron, et elle ne l’a pas non plus menacé de poursuites judiciaires). Pendant ce temps, des officiers de sécurité au DEA, un service rattaché au Département de la Justice, commençaient à examiner les relations de cette agence avec Comverse/Verint. En 1997, le DEA transforma son infrastructure d’écoutes téléphoniques grâce à la fourniture, pour 25 millions de dollars, par Comverse/Verint, d’une technologie appelée « T2S2 » - cet acronyme signifie « translation and transcription support services », c’est-à-dire, en français : « services d’aide à la traduction et à la transcription » - Comverse/Verint devant, d’après le contrat, fournir le hardware [= les machines] et le software
[= les programmes informatiques], plus « des services de soutien, de formation, des mises à jour, des versions supérieures et des options durant toute la durée de validité du contrat », d’après la notice « contrats et acquisitions » affichée sur le site ouèbe du DEA. C’était sans aucun précédent. Avant 1997, le personnel du DEA avait toujours utilisé des équipements mis au point et entretenus strictement en interne.
Mais désormais le reportage de Cameron avait soulevé d’horribles questions de vulnérabilité en matière de T2S2. Le directeur des programmes de sécurité du DEA, Heidi Raffanello, fut suffisamment ébranlé pour publier un communiqué interne à ce sujet, en date du 18 décembre 2008, soit quatre jours après le début de la programmation de la série documentaire de Cameron. Faisant référence au reportage de la chaîne Fox News, elle manifestait son inquiétude liée au fait que « la maintenance en ligne assurée par Comverse n’était pas traitée dans le procès-verbal relatif aux contrats et acquisitions de C&A ». Elle faisait également allusion à des inquiétudes au sujet de l’ordre 2640.2D du Département de la Justice, et elle relevait que l’ « Administrateur », c’est-à-dire le chef du DEA, à l’époque, Asa Hutchinson – avait été mis au courant. Et puis, il y avait cette phrase stupéfiante : « La question demeure peu claire de savoir si le personnel de Comverse est habilité en matière de sécurité, et si tel est effectivement le cas, de qui s’agit-il, et quelles sont les garanties dont on dispose à ce sujet ?... Résultat des courses : on aurait dû découvrir le truc… » Pour dire les choses crûment : le mémo Raffanello est un aperçu effrayant d’une bureaucratie surprise avec ses pantalons baissés…
La police judiciaire ne fut pas la seule à suspecter l’équipement T2S2 acquis chez Comverse/Verint. En novembre 2002, des sources du milieu du contre-espionnage bataves commencèrent à diffuser ce qu’elles affirmaient être « la preuve irréfutable du fait que les services secrets israéliens disposaient d’un accès incontrôlé aux données ultraconfidentielles d’écoutes téléphoniques diligentées et collectées par la police et par les services secrets danois », d’après la radio hollandaise Evangelische Omroep (EO). En janvier 2003, une revue hollandaise de technologie et d’informatique réputée, intitulée « c’t », publia le scoop de la radio EO, qu’elle intitula « La chambre des écoutes téléphoniques hollandaise n’est pas cachère ». L’article commençait ainsi : « Tout l’équipement d’écoutes téléphoniques des services de renseignement hollandais et la moitié de l’équipement d’écoutes téléphoniques de la police nationale… ne sont pas sûrs, et sont en train de refiler des infos à Israël. » Paul Wouters, l’auteur de l’article en question, examine ensuite le matériel d’écoutes T2S2 « livré au gouvernement, ces toutes dernières années, par la compagnie israélienne Verint », et il cite plusieurs experts ès cryptographie, à propos de la viabilité d’un contrôle à distance de la « boîte noire » qui renferme les données encryptées. Wouters utilise d’ailleurs cette expression de « cryptographie de la boîte noire. »
… un aspect très important d’une cryptographie ‘costaud’, c’est une bonne source de randomisation. A défaut d’un générateur de randomisation approprié, ou pire, avec un générateur de randomisation intentionnellement saboté, le décodage et l’interprétation du texte encrypté (ciphertext) qui en résulte deviennent d’une facilité triviale. S’il y a ne serait-ce qu’une seule puce inconnue qui soit impliquée dans la génération de la randomisation, tout devient possible… Si vous pouvez faire confiance au hardware et si vous avez accès au code-source, alors il devient en théorie possible de vérifier le système. Cela, toutefois, ne peut tout simplement pas être fait si l’on ne connaît pas le code-source.
Reste que, comme Wouters a pris soin de l’ajouter, « quand l’équipement a été acheté aux Israéliens, il avait été convenu que personne, mis à part le personnel de chez Verint, sauf une, ne serait autorisée à toucher aux systèmes… Le code source n’aurait jamais dû être accessible, pour personne. »
Le pionnier de la crypto, Philip Zimmerman, met en garde sur le fait qu’ « il est impossible de faire confiance à la crypto, dès lors que le code source n’est pas publié. Un code ‘open source’, cela signifie deux choses : s’il y a des « portes de derrière » délibérément ménagées dans le crypto, un examen par des pairs les révèleront. S’il y a des bugs par inadvertance dans le crypto, ces bugs, eux aussi, seront découverts. Que les faiblesses soient délibérées ou accidentelles, elles seront découvertes. Si la faiblesse est délibérée, ils ne voudront pas publier le code source. Certains des meilleurs produits que nous connaissions ont été soumis à un examen en open source : Linux et Apache, notamment. Les produits crypto les plus respectés ont été testés en open source. Vous avez vu cette petite icône en forme de bloc-notes, dans le coin de votre écran, quand vous visitez un browser ? Il veut dire que vous passez par un protocole, appelé Secure Socket Layer. Firefox, qui a été testé en open source et qui est un standard Internet, vous savez, ce browser très populaire et hautement sécurisé ? Il est entièrement open source. »
La Calea Connection
Aucun des problèmes de la police judiciaire américaine avec Amdocs et Verint n’aurait pu se produire sans les changements apportés par le Communication Assistance for Law Enforcement Act [dont l’acronyme est CALEA] de 1994 [décret relatif à l’assistance en matière de communications à l’usage de la police judiciaire], lequel, comme cela a été relevé, visait à installer des logiciels d’espionnage dans les réseaux de télécommunications. Le Calea, pour citer la littérature, requiert que les transports terrestres, les services de téléphonie mobile et d’autres entités de télécommunications permettent au gouvernement d’intercepter « toutes les communications filaires et orales acheminées par le routeur, en même temps qu’il les transmet ». La technologie T2S2 remplit parfaitement ce contrat : branché sur le réseau, le T2S2 dérive la ligne sans interrompre le moins du monde le flux de données (une bifurcation T2S2 est considérée virtuellement indétectable). Une moitié de la ligne ainsi dédoublée est enregistrée et stockée dans un centre d’écoutes éloigné ; l’autre moitié continue son petit bonhomme de chemin, depuis votre bouche ou votre clavier jusqu’à ceux de votre copain. (Qu’est-ce donc que ce « T2S2 » ? Pour simplifier : un ordinateur, S2, collecte les données et il les encrypte ; quant à l’ordinateur T2, il les reçoit, et il les décrypte.)
Calea fut salué comme un triomphe de la légalité, comme l’œuvre de décennies de lobbying du FBI. Son directeur, Louis Freeh, alla jusqu’à le qualifier de « plus haute priorité législative » du « bureau ». De fait, Calea était l’expansion la plus étendue des pouvoirs de surveillance électronique du gouvernement depuis le Crime Control and Safe Streets Act de 1968 [Décret sur le contrôle des armes et la sécurité urbaine], qui imposait des conditions définies avec un soin extrême aux écoutes téléphoniques. Aujourd’hui, le gouvernement pourrait user de pouvoirs coercitifs pour ordonner aux opérateurs téléphoniques d’ « inventer des solutions » aux « problèmes générés par les technologies émergentes » auxquels la police judiciaire pourrait être confrontée (en imposant notamment une pénalité de 10 000 dollars par jour aux opérateurs récalcitrants). La main du gouvernement serait en permanence insérée dans le réseau de l’infrastructure des télécommunications du pays. Le professeur de droit Lillian BeVier, de l’Université de la Virginie, écrit des analyses très développées sur les problèmes inhérents à ce décret Calea.
« Le scénario idyllique imaginé par les législateurs ne sauraient survivre à un instant de réflexion », observe Mme BeVier. « Bien qu’il soit présenté de manière conventionnelle comme rien d’autre que « le dernier chapitre dans l’histoire longue de trente ans de la législation fédérale des écoutes téléphoniques », Calea n’est pas simplement la banale installation d’une évolution statutaire motivée technologiquement. Non, en termes de nature et d’ampleur des intérêts que ce décret a tendance à « servir » et de l’industrie qu’il vise à réguler, en termes de degré avec lequel il a tendance à imposer des solutions du secteur privé à des problèmes du secteur public, et en termes de l’emprise qu’il donne au gouvernement, qui lui permet de contrôler le tracé des réseaux de télécommunications, cet Acte représente un glissement paradigmatique. De plus, si on l’examine de près et de manière objectivement désintéressée, le décret Calea apparaît comporter des sacrifices potentiellement abusifs des principes de la vie privée, ainsi que des conceptions viciées et incomplètes des fins et des moyens de la police judiciaire, ainsi qu’une appréciation imparfaite des intéressements incompatibles des acteurs dans le jeu qui serait inévitablement joué dès lors qu’on le mettrait en œuvre ».
La réelle innovation – et le danger – de Calea réside dans le fait que les réseaux de télécommunications, de nos jours, sont configurés de telle manière qu’ils sont vulnérables à l’espionnage ou au flicage. « Nous avons délibérément affaibli les réseaux téléphoniques et internet, les rendant bien moins sûrs, bien plus vulnérables à la fois à la surveillance légale et aux intrusions (hacking) illégales », dit le procureur spécialisé dans les crimes cybernétiques du DOJ [Department of Justice] Mark Rasch.
« Tout le monde est plus ou moins sûr, dans ses communications, depuis l’adoption du décret Calea. Alors, comment allez-vous faire pour avoir des communications sécurisées ? Vous devrez sécuriser les communications elles-mêmes, puisque vous ne pouvez pas sécuriser le réseau. Pour ce faire, vous avez besoin de la technologie d’encodage (encryptage). Ce que Calea force désormais les boîtes et les individus à faire, c’est d’aller chez des tierces-parties pour acheter de la technologie d’encryptage. Quel est le principal pays outre-océan auquel les Etats-Unis achètent de l’encryptage high-tech ? J’aurais tendance à vous aider en vous disant que c’est une petite démocratie du Moyen-Orient. Ce que nous avons fabriqué, c’est le pire de tous les mondes possibles. Nous nous sommes arrangés pour que la plupart de nos communications soient soumises à des immixtions (hacking) et à des interceptions de sales types. En même temps, les méchants – le crime organisé, les opérations terroristes – peuvent très facilement encrypter leurs communications »… Il est notable que les premiers systèmes de télécom conformes au décret Calea à avoir été installés aux Etats-Unis aient été offerts, au titre d’échantillons, par la firme (israélienne) Verint Incorporation…
L’Amdocs Connection
Dès que vous composez un numéro de téléphone aux Etats-Unis, il y a de fortes chances qu’Amdocs Limited ait un enregistrement de ce numéro, qui comporte l’identité de qui vous avez appelé, et combien de temps vous avez parlé. Cela est connu sous le nom de « donnée d’appel transactionnel ». Les plus grands clients d’Amdocs, aux Etats-Unis, sont AT&T et Verizon, qui ont collaboré dans une large mesure avec les programmes d’écoutes téléphoniques sans garantie de l’administration Bush. Les données d’appels transactionnels ont été identifiées comme étant un élément clé de la pêche aux données pratiquée par la NSA [National Security Agency], à la recherche de « séquences suspectes» dans les communications.
Durant la décennie écoulée, Amdocs a été visée par plusieurs enquêtes pour savoir si des individus, appartenant à cette compagnie, avaient ou non partagé des données sensibles du gouvernement américain avec des éléments du crime organisé et/ou avec les services de renseignement israéliens. A partir de 1997, le FBI a mené une enquête de grande envergure sur l’espionnage allégué qu’aurait pratiqué un employé israélien d’Amdocs, qui travaillait sur un programme de facturation téléphonique acheté par la CIA. D’après Paul Rodriguez et J. Michael Waller, du magazine Insight, qui a révélé cette histoire en mai 2000, l’Israélien visé par l’enquête avait également facilité la mise sur écoute de lignes téléphoniques à la Maison-Blanche, sous Clinton (vous vous rappelez, ce témoignage de Monica Lewinsky, devant Ken Starr : le président, affirmait-elle, l’avait avertie qu’une « ambassade étrangère » écoutait leurs conversations téléphoniques torrides, bien que Clinton ait démenti avoir dit cela, par la suite, sous serment). Plus de deux douzaines de responsables du renseignement, du contre-renseignement, de la police judiciaire et d’autres instances ont déclaré à la revue Insight qu’une « opération audacieuse », effectuée par le renseignement israélien, avait « permis d’intercepter des conversations téléphoniques ainsi que des communications plus modernes (électroniques), sur certaines des lignes les plus sensibles du gouvernement américain, et ce, de manière assidue. »
Le principal journaliste d’investigation de la revue Insight, Paul Rodriguez, m’a dit, dans un mél, que l’histoire de mise en examen d’un espion, en mai 2000, « était (et reste, à ce jour) une des plus étranges sur lesquelles j’ai eu à travailler, étant donné l’état d’alarme, de préoccupation et de sidération » parmi les agents fédéraux. D’après le reportage d’Insight, les enquêteurs du FBI étaient particulièrement ulcérés de découvrir que le sous-traitant israélien visé (par l’enquête) avait, en quelque sorte, mis la main sur les numéros de téléphones du FBI les plus sensibles, y compris les lignes « noires » du célèbre Bureau, utilisées à des fins d’écoutes téléphoniques. « Certains des numéros énumérés », ajoutait l’article d’Insight, « correspondaient à des lignes que le contre-espionnage du FBI utilisait afin de remonter la piste de l’opération de l’espion israélien suspecté. Dans cette affaire, c’est le gibier qui suivait le chasseur à la trace ! » Rodriguez a confirmé la panique que cela avait provoqué dans les milieux américains du renseignement. « C’est un énorme cauchemar, du point de vue de la sécurité », lui a dit un haut responsable américain. « Les implications sont très graves », a dit un autre haut responsable. « Tout ce que je puis vous dire, c’est que nous pensons savoir, désormais, comment cela a été fait », a déclaré un troisième responsable à Rodriguez. « C’est déjà en soi extrêmement grave, mais c’est ce que nous ne savons toujours pas qui a des conséquences terriblement profondes. » Aucune charge, toutefois, n’a été rendue publique, dans cette affaire. (Ce qui s’est produit, en coulisses, dépend de la personne à qui vous parlez, dans les services de la police judiciaire : le service de contre-espionnage du FBI ayant cherché à obtenir une garantie de la part du sous-traitant israélien, le Département de la Justice, étrangement, refusa de coopérer et, en fin de compte, aucune garantie ne fut émise. Les enquêteurs du FBI, découvrant cela, étaient sciés.)
Le reporter du Sunday Times (de Londres) Uzi Mahnaimi cite des sources, à Tel Aviv, disant que durant cette période, des méls du président Clinton avaient également été interceptés par les services israéliens du renseignement. Un article de Mahnaimi publié en mai 2000 révèle que l’opération avait comporté un « hacking à l’intérieur des systèmes informatiques de la Maison-Blanche, durant une période d’intense spéculation autour de la direction qu’allait prendre le processus de paix [au Moyen-Orient] ». Les services israéliens auraient infiltré une entreprise appelée Telrad, soumissionnée par Nortel pour développer un système de communications pour la Maison-Blanche. D’après le Sunday Times, « les managers de cette compagnie n’étaient pas au courant du fait que des puces virtuellement indétectables, installées durant la fabrication des appareils, permettaient à des agents extérieurs de s’immiscer dans le flux des données provenant de la Maison Blanche ».
En 1997, des détectives de la police de Los Angeles, travaillant en tandem avec les services secrets FBI et DEA, furent confrontés à un effondrement comparable et inexplicable de la sécurité de leurs communications. La police de Los Angeles était en train de mener une enquête sur le crime organisé israélien : trafiquants de drogues et escrocs aux cartes de crédit, basés en Israël et à Los Angeles, avec des tentacules à New York, à Miami, à Las Vegas et en Egypte. Le nom de ce groupe mafieux et ceux de ses membres restent non-communicables et classifiés dans des documents d’ « évaluation de la menace » que ce reporter a obtenu de la police de Los Angeles, mais ces documents déclinent, avec quelque détail, l’ampleur et le caractère varié des opérations de ce groupe : 1,4 millions de dollars volés à Fidelity Investments, à Boston, au moyen d’une fraude informatique sophistiquée, extorsions de fonds et kidnapping d’Israéliens à Los Angeles et à New York, deal de cocaïne en coordination avec les crimes organisés italien, russe, arménien et mexicain, blanchiment d’argent et assassinats.
Le groupe avait, par ailleurs, accès à des technologies et à des données extrêmement sophistiquées en matière de technologie de la contre-surveillance, ce qui était un véritable désastre, pour le LAPD [Los Angeles Police Departement]. D’après des documents internes dudit LAPD, le groupe du crime organisé israélien avait obtenu numéros de téléphone fixe, de téléphone cellulaire et de pagers totalement secrets de non moins de cinq-cents enquêteurs de la brigade des stup’ de Los Angeles, ainsi que les informations fournies par des indics à des dizaines d’agents fédéraux – informations au noir, numéros de téléphone inconnus y compris des enquêteurs les plus proches. Les Israéliens avaient même installé des écoutes sur les lignes des enquêteurs du LAPD, espionnant leurs conversations par téléphones cellulaires et par téléphones fixes avec d’autres agents – essentiellement du FBI et du DEA – dont les noms et les numéros de téléphones furent également recherchés, et trouvés.
Le LAPD était horrifié, et tandis que l’on commençait à parler de plus en plus de ce qui était apparemment un effondrement total de la sécurité, le choc se propagea à des agents du DEA, du FBI et même de la CIA, qui, ensemble, décidèrent de lancer une investigation. Il s’avéra que la source de l’essentiel de cet espionnage clandestin pouvait être attribué à une compagnie, appelée J&J Beepers, qui obtenait ses [nouveaux] numéros de téléphone d’un service de facturation qui s’avéra être une filiale d’Amdocs…
Une source très au fait des enquêtes menées à l’encontre d’Amdocs m’a fait part de plusieurs théories, en ce qui concerne les allégations d’espionnage formulées contre cette firme. « Déjà, au début des années 1970, quand il devint évident qu’AT&T allait être dissoute et qu’il allait y avoir une révolution informationnelle et technologique imminente, Israël comprit qu’il disposait d’une population hautement éduquée et hautement cosmopolite, et il fait un certain nombre de découvertes économiques et diplomatiques calculées », dit cette source. « L’une d’entre elles, c’était que les télécommunications étaient à leur portée : elles ne requièrent pas de ressources naturelles, mais seulement de l’intelligence, de la formation et du cash. Les Israéliens furent donc, très vite, impliqués dans les télécommunications. Per capita, Israël est probablement le pays le plus avancé et puissant au monde, en matière de télécom. L’éclatement d’AT&T se produisit en 1984 ; la technologie Internet explose, et Israël voit toutes ces compagnies acheter de manière agressive des contrats, sous la forme de filiales telles Amdocs. Amdocs a commencé comme une minuscule PME et aujourd’hui, c’est la plus importante firme de facturation des télécommunications au monde. Ils commencent à mettre sur pied leur réseau massif de télécommunications. Comme pratiquement tout, en Israël, il s’agit d’une entreprise sponsorisée par le gouvernement.
« Ainsi, il a été dit qu’Amdocs utilisait ses listes de facturations comme un exercice de collecte de renseignement, parce que son conseil d’administration, au fil des années, avait été lourdement peuplé par des membres actifs et à la retraite du gouvernement israélien et de l’armée israélienne. Ils utilisaient ces fonctions comme une opportunité de collecter de l’information sur les conversations téléphoniques du monde entier. Tant qu’à faire, en matière de phénomène de collecte du renseignement, un analyste diplômé du MIT aurait préféré disposer d’une liste de cinquante pages de noms de qui a appelé qui, plutôt que cinquante heures de conversations téléphoniques effectives. Pensez à toutes ces conversations téléphoniques échangées avec des amis, avec des maris, avec des épouses… Cette information brute ne saurait servir à grand-chose. Mais s’il y a un pattern de trente conversations téléphoniques passées durant une journée, cela peut signifier énormément de choses. C’est un algorithme infiniment plus simple. »
Une autre source – un ancien agent de la CIA – me dit que les agents du renseignement américain qui ont diffusé les soupçons pesant sur Verint et Amdocs ont été attaqués de toutes parts. « Une fois qu’il a été connu qu’un individu est en train d’investiguer là-dessus [l’affaire Verint/Amdocs], il ou elle est typiquement identifiée peu ou prou à un(e) fouteur/se de merde, à un enquêteur, et il (elle) est roué(e) de coups sans pitié », dit l’ancien agent de la CIA. « De manière typique, ce qui arrive, c’est que l’individu se trouve dans un scenario où sa retraite est menacée – voire pire. Le fait que, simplement parce que vous avez jeté un coup d’œil à cette question, tout soudain vous devenez un arabisant ou un antisémite – c’est de la pure connerie, parce que je vais vous dire, de première main, que ces gens, dont l’héritage est enraciné dans ce pays, ont travaillé très dur, à ce sujet. C’est un genre de vocation qui ne s’achète pas. » L’ancien agent de la CIA ajoute : « Il n’y a pas de politique définie, à ce jour, quant à la manière de traiter ce genre de choses [les questions de sécurité aux Etats-Unis impliquant Israël], mis à part celle consistant à les endiguer, à les maintenir à distance, à les contrôler. Mais ça ne marche plus ! Pas après les attentats du 11 septembre 2001 : impossible ! Le bûcher funéraire qui a continué à brûler durant des mois au fond du tas de décombres [du Ground Zero] ont appris à des millions de personnes qu’elles n’avaient plus à être « politiquement correctes ».
Les immixtions en matière de communications [du type Amdocs/Verint] ne datent pas d’hier ; elles ont commencé il y a bien des années. Et c’est là une cause d’embarras majeure pour des organisations qui aimeraient bien pouvoir dire qu’elles dominent la situation et qu’elles ne sont ni cooptées, ni compromises. Dès que vous commencez à bosser sur cette question, vous découvrez très vite que beaucoup de gens ont soit détourné pudiquement le regard, soit ont été cooptés en chemin. Certains, quand ils se rendent compte de ce qu’il s’est produit, prennent conscience à leur grande honte qu’ils se sont fait avoir. Beaucoup parmi eux étant des bureaucrates, ils ne veulent pas qu’on les fasse paraître aussi stupides qu’ils le sont dans la réalité. Alors, ils font comme si de rien n’était. Parfois, c’est aussi simple que cela… »
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05 octobre 2008
Le 11 septembre et « l’Inquisition américaine »

Afin de justifier un agenda militaire, on utilise la chasse aux « terroristes islamiques » et une guerre préventive mondiale pour « protéger la patrie ».
On décrit la « guerre mondiale au terrorisme » (GMAT) comme un « choc des civilisations », une guerre entre des valeurs et des religions concurrentielles, alors qu’il s’agit en réalité d’une véritable guerre de conquête guidée par des objectifs stratégiques et économiques.
La GMAT est le pilier idéologique de l’Empire américain. Il définit la doctrine militaire américaine, incluant l’usage préventif d’armes nucléaires contre les « États qui financent » le terrorisme.
La doctrine de « guerre défensive » préventive et la « guerre au terrorisme » contre al-Qaïda représentent des éléments de base de la Stratégie de sécurité nationale américaine telle que formulée au début de l’année 2002. Le but est de dépeindre « l’action militaire préventive », c’est-à-dire la guerre, comme un acte « de légitime défense » contre deux catégories d’ennemis, les « États voyous » et les « terroristes islamiques », qui possèderaient, dit-on, des armes de destruction massive.
La logique « de l’ennemi extérieur » et du scélérat, prétendument responsable de la mort de civils américains, a priorité sur le bon sens. Dans la conscience des Américains, les attaques du 11 septembre 2001 justifient des actes de guerre et de conquête :
« Les pertes de vie du 11 septembre 2001 l’ont démontré, le but précis des terroristes est de faire un grand nombre de victimes civiles, et ces pertes pourraient augmenter de façon exponentielle si les terroristes faisaient l’acquisition d’armes de destruction massive ». (Stratégie de sécurité nationale, Maison-Blanche, Washington, 2002)
L’Inquisition des États-Unis
La légitimité de l’inquisition n’est pas remise en question. La « guerre mondiale au terrorisme » justifie un budget de défense gigantesque au détriment de la santé, de l’éducation et pratiquement de toute autre catégorie de dépenses publiques d'ordre civil.
La « guerre mondiale au terrorisme » exige la « poursuite » des terroristes à l’aide d’armes sophistiquées. Elle entretient un semblant de croisade religieuse préventive contre le mal servant à occulter les objectifs réels d’intervention militaire.
Les mensonges sous-jacents au 11 septembre sont connus et documentés. L’adhésion du peuple américain à cette croisade contre le mal ne se base sur aucune compréhension ou analyse rationnelles des faits.
L’Inquisition des États-Unis sert à étendre la sphère d’influence du pays ainsi qu’à justifier l’intervention militaire dans le cadre d’une campagne internationale contre le « terrorisme islamique ». Son objectif ultime, qui n’est jamais mentionné dans les reportages de la presse, est la conquête territoriale et le contrôle de ressources stratégiques.
Le dogme de la GMAT est énoncé et formulé par les think tanks (laboratoires d'idées) néoconservateurs de Washington, et mis en œuvre par l’establishment de l’armée et du renseignement. Il s’incarne dans les discours présidentiels et les conférences de presse :
« On nous a prévenu qu’il y a des gens malfaisant dans ce monde. On nous a très clairement prévenus. […] Et nous serons vigilants. Votre gouvernement est vigilant. Les gouverneurs et les maires sont conscients que des gens malfaisants rôdent dehors. Comme je le mentionnais hier, des gens ont déclaré la guerre à l’Amérique et ils ont fait une terrible erreur. […] Mon administration a un travail à faire et elle le fera. Nous allons débarrasser le monde des scélérats. » (George W. Bush, CNN, 16 septembre 2001, souligné par l’auteur)
La compréhension d’événements politiques et sociaux fondamentaux est remplacée par un monde de pure fantaisie où rôdent « des gens malfaisants ». L’objectif de la « guerre au terrorisme » lancée en septembre 2001 est de galvaniser l’appui du public pour une campagne mondiale contre l’hérésie. Le fait de détenir une « cause juste » pour mener une guerre est un élément central aux yeux de l’opinion publique : une guerre est juste si elle est menée pour des raisons morales, religieuses ou éthiques.
La diabolisation des musulmans et la bataille pour le pétrole
La guerre menée par les États-Unis dans la région élargie du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale consiste à prendre le contrôle d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel. Les géants du pétrole anglo-américains cherchent également à prendre le contrôle des voies d’oléoducs et de gazoducs à l’extérieur de la région. (Voir les cartes ci-dessous.)
Les pays musulmans possèdent 66 pourcent des réserves mondiales de pétrole. (Michel Chossudovsky, La « diabolisation » des musulmans et la bataille pour le pétrole, Centre de recherche sur la mondialisation, 4 janvier 2007). En revanche, les États-Unis d’Amérique détiennent à peine deux pourcent de ces réserves. L’Irak a cinq fois plus de pétrole que les États-Unis.
La diabolisation s’applique à un ennemi qui possède plus de 60 pourcent des réserves pétrolières mondiales. « Axe du mal », « États voyous », « États en déliquescence », « terrorisme islamique » : la diabolisation et la diffamation sont les piliers idéologiques de l’Inquisition américaine. Elles tiennent lieu de casus belli afin de mener une bataille pour le pétrole.
Cette bataille pour le pétrole nécessite la diabolisation de ceux qui le possèdent. L’ennemi est défini comme étant diabolique dans le but de justifier une intervention militaire incluant l'assassinat en masse de civils. (Ibid.)
Origines historiques de l’Inquisition
L’objectif est d’entretenir l’illusion que « l’Amérique est attaquée » par al-Qaïda. Sous l’Inquisition américaine, Washington a un mandat divin autoproclamé d’extirper le fondamentalisme islamique et de « propager la démocratie » à travers le monde.
« Pourchasser Ben Laden » fait partie du consensus. La peur et l’insécurité prévalent sur le sens commun. Malgré les preuves, dans l’esprit des Américains la Maison-Blanche, le Département d’État, le système bipartite ne peuvent pas être tenus responsables des actes criminels (11 septembre) qui se sont soldés par la mort de civils américains.
Nous faisons face à l’approbation absolue et aveugle des structures du pouvoir et de l’autorité politique.
À cet égard, l’Inquisition américaine en tant que construction idéologique est, sous plusieurs aspects, comparable à l’ordre social inquisitorial prédominant en France et en Espagne au Moyen-Âge. L’inquisition ayant débuté en France au 12e siècle a servi à justifier conquêtes et interventions militaires.
Elle a d’abord pris la forme d’une offensive dans le sud de la France contre les Cathares et les Vaudois, qui défiaient les enseignements de l’Église catholique romaine. Le mouvement cathare était une secte religieuse protégée par l’ordre féodal de la région contre le dominion de l’Église catholique et de la monarchie française de Paris. « Les cathares croyaient qu’ils étaient les vrais chrétiens et que l’Église catholique étaient une fausse église, fondée par le démon ».
Au début du 13e siècle, « le pape Innocent III a lancé une croisade contre les cathares » sur ordre de la famille royale française. En fait, la croisade était une guerre de conquête déguisée en campagne contre l’hérésie.
L’Inquisition dirigée contre l’hérésie avait pour but de consolider le contrôle territorial de la monarchie. Elle fournissait un prétexte pour intervenir militairement dans le sud et le sud-ouest de la France en utilisant l’autorité de l’Église catholique comme façade.
L’Inquisition est devenue une composante du consensus politique, a été mise à exécution par les inquisiteurs de l’Église, imposée par l’ordre féodal dirigeant et appuyée militairement. Elle avait pour but de maintenir et renforcer l’ordre politique et social, d’étendre les pouvoirs de l’État central et de subjuguer les pouvoirs régionaux en France en exploitant l’offensive contre l’hérésie comme « justification pour faire la guerre ». Ça vous dit quelque chose?
L’ordre inquisitorial actuel
Quiconque doute de la légitimité de l’Inquisition américaine (11 septembre et « guerre mondiale au terrorisme ») est un hérétique adepte des théories de conspiration ou un complice des terroristes.
L’Inquisition américaine participe d’un consensus bipartisan : les Républicains et les Démocrates appuient l’Inquisition américaine.
La « poursuite d’Oussama ben Laden » fait partie des deux plateformes électorales. Il s’agit en fait de la pièce maîtresse de la campagne:
« J’ai [Barack Obama] plaidé en faveur de l’augmentation des ressources et des troupes afin de terminer le combat contre les terroristes qui nous ont réellement attaqués le 11 septembre, et j’ai précisé que nous devons débusquer Oussama ben Laden et ses acolytes s’ils sont dans notre champ de vision. » (Barack Obama, discours d’investiture, convention nationale démocrate, Denver, août 2008)
« Nous avons porté un sérieux coup à al-Qaïda ces dernières années. Mais ils ne sont pas vaincus et ils nous attaqueront encore, s’ils le peuvent. » (John McCain, Discours d’investiture, convention nationale républicaine, St-Paul, septembre 2008)
Il y a un « ennemi extérieur ». La patrie est attaquée. Les terroristes islamiques « menacent notre mode de vie ». « Nous devons nous défendre » de manière préventive contre Oussama et ses lieutenants.
Le Commandement Nord US (Northcom), dont le quartier général est situé sur la base de l’armée de l’air de Petersen au Colorado, a été créé au début de l’année 2002 afin de protéger les États-Unis contre une attaque terroriste. Northcom a été présenté à l’opinion publique comme étant une réaction aux attaques du 11 septembre. Toutefois, les réels objectifs stratégiques de Northcom ne sont pas mentionnés, soit l’utilisation d’armes de défense aérienne sophistiquées, y compris des ogives nucléaires.
Consensus politique
Les porte-parole de l’ordre inquisitorial américain sont les entreprises médiatiques occidentales.
Ceux qui questionnent la validité de ne serait-ce qu’une de ces affirmations ou qui ont des doutes sur les auteurs du 11 septembre sont considérés comme des complices de ceux qui menacent la patrie américaine.
En 1232, le pape Grégoire IX a institué un système de tribunaux religieux spéciaux nommé Inquisition. Les moines dominicains étaient tenus de trouver et questionner les hérétiques :
« On ne peut anéantir l’hérésie sans anéantir les hérétiques […], leurs défenseurs et leurs sympathisants, et cela se fait de deux façons : […] en les convertissant à la véritable foi catholique ou […] en les brûlant. » (Henry Charles Lea, Histoire de l’Inquisition au Moyen-Âge, p. 535, 1887)
Ceux qui refusaient d’abjurer, c’est-à-dire de renoncer à leur hérésie, étaient brûlés vifs.
L’actuel Patriot Act, les tribunaux militaires, le camp de concentration de Guantanamo, les centres de détention de la CIA, Abou Ghraib, etc., font tous partie d’un système inquisitorial élaboré. Les présumés terroristes sont détenus incommunicado. Ils sont torturés, jugés et condamnés par des tribunaux militaires. On ne leur donne pas le droit d’abjurer.
Le but n’est pas de « rendre le monde plus sécuritaire » en mettant les terroristes derrière les barreaux.
De plus, les procès spectacles des présumés terroristes exercent une fonction sociale importante : ils forment une partie intégrante de la campagne de désinformation du Pentagone. Concrètement, ils donnent un vrai visage à l’ennemi, puisque, dans la conscience des Américains, ils entretiennent l’illusion voulant que les « terroristes islamiques » représentent une menace réelle.
Les arrestations, les procès et les condamnations des « terroristes islamiques » préservent la légitimité de l’État de sécurité national des États-Unis, de son appareil inquisitorial légal servant au maintien de l’ordre.
Le but ultime est d'instiller dans l’esprit de millions d’Américains le fait que l’ennemi est réel et que le gouvernement américain protégera la vie de ses citoyens.
Fabriquer la dissidence
Washington ne réduit pas ses critiques anti-guerre au silence. Au contraire, l’ordre social inquisitorial permet certaines formes de dissidence. Dans une « démocratie », il est politiquement correct de condamner la politique étrangère américaine en termes vigoureux.
Ce qui n’est pas permis, c’est de remettre en question l’Inquisition.
Les opposants au gouvernement des États-Unis ne sont pas taxés d’hérétiques. De nombreux « progressistes », libéraux et activistes anti-guerre, guidés par d’éminents intellectuels, croient fermement que des musulmans étaient derrière l’attaque du 11 septembre. « Nous sommes contre la guerre, mais nous appuyons la guerre au terrorisme. »
Le Nouvel ordre mondial fabrique un consensus politique et médiatique (c’est-à-dire la GMAT), mais parallèlement, il crée et façonne sa propre opposition. Il établit les limites de la dissidence. Il « fabrique la dissidence ».
Les candidats à la présidence dans la course bipartisane ont l’appui de puissants intérêts corporatifs, comprenant les pétrolières, Wall Street et les entreprises sous-traitantes du Pentagone.
Par l’intermédiaire de différentes fondations (dont Ford, Rockefeller, Gates et al), ces mêmes intérêts corporatifs appuient et financent simultanément un grand nombre d’organismes progressistes ou libéraux et de médias alternatifs.
Le 11 septembre est la pierre angulaire de l’Inquisition américaine.
Les mouvements anti-guerre dominants adhèrent aux mensonges derrière le 11 septembre.
On condamne la politique étrangère des États-Unis, mais on appuie la « guerre mondiale au terrorisme ». Qu’il soit volontaire ou non, l’appui à la GMAT de ceux qui affirment être opposés à l’administration américaine procure une légitimité à l’ordre inquisitorial à la base de l’actuelle politique étrangère du pays.
En revanche, ceux qui ont de sérieux doutes concernant le récit officiel du 11 septembre, incluant le Mouvement pour la vérité sur le 11 septembre, sont taxés d’hérétiques et de mécréants.
La théorie de la « guerre juste »
La théorie de la « guerre juste » (justum bellum) est une vieille tradition. On l’a utilisée à travers l’histoire afin de maintenir l’ordre public et mener des guerres.
Pour ce qui est de l’Afghanistan, le 11 septembre a joué un rôle dans la justification de l’invasion. La guerre contre l’Afghanistan était considérée comme une « guerre juste », menée pour des raisons humanitaires.
Le 12 septembre 2001, pour la première fois dans l’histoire, l’OTAN a invoqué « l’article 5 du Traité de Washington, la clause de défense collective » en déclarant que les attaques contre le World Trade Center (WTC) et le Pentagone « étaient des attaques contre tous les membres de l’OTAN. ».
Sans la moindre preuve et sans la moindre enquête, l’Afghanistan a été étiqueté comme étant « l’État commanditaire » des attaques du 11 septembre. On a décrit l’invasion de l’Afghanistan au début d’octobre 2001 comme une opération antiterroriste dirigée contre les auteurs du 11 septembre et les États les ayant financés.
Des syndicats, des ONG et de nombreux intellectuels « progressistes » ont cautionné l’invasion menée par l’OTAN et les États-Unis. Les événements du 11 septembre ont joué un rôle clé dans l’adhésion de différents secteurs de la société étasunienne, y compris les opposants et les critiques de la politique étrangère de l’administration Bush.
Aussi, la guerre contre l’Afghanistan a été préparée avant le 11 septembre. À l’époque, les préparatifs de la guerre étaient déjà à un stade avancé, et on a donné le feu vert aux États-Unis et à l’OTAN dans les 24 heures suivant les attaques.
Les reportages de la presse ont toutefois omis de révéler un fait établi et reconnu par les analystes militaires : un grand théâtre de guerre ne peut, en aucune circonstance, être planifié et mis en œuvre en l’espace de quatre à cinq semaines.
Le 11 septembre a été utilisé comme justification pour mener une « guerre humanitaire ». Or, il s’agit d’un fait connu des analystes militaires, la guerre contre l’Afghanistan avait été planifiée bien avant les événements tragiques du 11 septembre 2001.
L’Inquisition espagnole
Aux 14e et 15e siècles, l’Inquisition s’est répandue à d’autres coins de l’Europe. En Italie, l’Inquisition s’en est prise aux mouvements nationalistes dans des régions telles la Lombardie au nord, à Venise ou en Sicile. On l’utilisait dans le but de réprimer ces mouvements politiques. Dans le nord de la France et les territoires germaniques, l’Inquisition est intervenue politiquement et militairement en prétextant s’en prendre à de petites sectes mystiques. Les pouvoirs régionaux, y compris les principautés locales, ont refusé de coopérer à cette inquisition. Dans le monde d’aujourd’hui, cette forme d’interventionnisme s’effectue en envoyant des forces spéciales américaines pour « aider les gouvernements » à combattre le terrorisme.
Conquise par les Musulmans et reconquise en partie par les chrétiens au 13e siècle, l’Espagne était « hétérogène sur le plan religieux, et une certaine tolérance s’était établie si bien que les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs puissent vivre en paix ». Vers la fin du 15e siècle, alors qu’avait lieu une consolidation politique et territoriale, « la tolérance espagnole s’est brusquement transformée. L’Espagne a vu naître une forme d’inquisition encore plus impitoyable et dérangeante que n’importe où ailleurs en Europe ». (Bill of Rights in Action)
L’Inquisition espagnole se distinguait, elle aussi, par un procédé consistant à fabriquer un consensus et à pourchasser les hérétiques et les non-croyants. Or, on s’en servait pour appuyer un processus de consolidation territoriale dans la péninsule ibérique, dont le but était de renforcer la monarchie absolue, ainsi que les pouvoirs de l’aristocratie foncière contre les classes marchandes juive et musulmane.
C’est sous les ordres de la reine Isabelle, la Reina Catolica, que l’Inquisition espagnole a été instituée. En 1483, les Reyes Catolicos, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, ont établi un Conseil pour diriger l’Inquisition. Tomas de Torquemada, un conseiller d’Isabelle, est devenu le premier Grand Inquisiteur, lui qui avait autrefois prêché contre les juifs et les musulmans convertis (conversos). Cette inquisition visait la répression des classes marchandes émergentes. « Un pays, un dirigeant, une foi », tel était désormais la devise du Grand Inquisiteur.
Le pape a maintenu l’Inquisition et son agenda caché : l’ordre féodal et les guerres coloniales menées par l’Espagne. L’Inquisition espagnole a duré 300 ans.
Aujourd’hui aux États-Unis, le Grand Inquisiteur est le secrétaire du Département de la Sécurité intérieure.
Le système légal
L’Inquisition du Moyen-Âge colportait des accusations sur les bases suivantes :
« Si deux témoins, sous serment, accusaient quelqu’un d’hérésie, l’accusé était cité à comparaître. Les opinions, les préjugés, les rumeurs et les commérages étaient tous admis comme preuves. On ne mentionnait à l’accusé ni le nom de ses accusateurs, ni même les accusations précises.
Les inquisiteurs interrogeaient l’accusé en secret. Quiconque refusait d’avouer quoi que ce soit était immédiatement présumé coupable. Ces inquisiteurs étaient uniquement formés sur le plan religieux et tentaient de piéger l’accusé avec des questions d’ordre religieux. Par exemple, un inquisiteur demandait « Croyez-vous ce que croît la Sainte Église? », et le suspect craintif répondait « Je suis un chrétien pieux. »
L’Inquisiteur hurlait « Ah bon! Nous savons déjà que vous croyez aux hérésies! Vous dites que vos croyances sont celles de la véritable chrétienté et que l’Église est une imposture! » (Bill of Rights in Action)
Le recours aux avocats n’était pas permis, car on considérait que défendre un hérétique était de l’hérésie.
« Ils torturaient ceux qui refusaient d’abjurer. Pendant la torture, les inquisiteurs religieux étaient présents en tant que témoins afin de noter les confessions ou le nom d’autres hérétiques. Aussi, le gouvernement exécutait la sentence finale, soit l’emprisonnement ou la peine de mort.
Ceux qui abjuraient immédiatement pouvaient recevoir une sentence plus légère: réciter des prières, jeûner, être fouettés en public ou faire un pèlerinage. Certains étaient obligés de porter une croix de feutre jaune cousue sur tous leurs vêtements. Cette croix les étiquetait comme étant d’anciens hérétiques et beaucoup de gens, par crainte, les évitaient.
Nombreux sont ceux qui ont été condamnés à la prison à vie parce qu’ils refusaient d’abjurer sur-le-champ. S’ils refusaient totalement d’abjurer, l’Inquisition les confiait aux autorités gouvernementales afin qu’ils soient brûlés vifs. Certains inquisiteurs étaient si consciencieux qu’ils pourchassaient les morts : si une personne décédée était accusée d’hérésie, on pouvait la déterrer et brûler ses ossements.
La plupart des personnes accusées d’hérésie ne pouvaient aller en appel. Pour quelques riches ou puissants, il était possible de supplier le pape de modifier la sentence, mais en général, la sentence était définitive. Les familles de ceux qu’on envoyait en prison ou sur le bûcher perdaient leurs biens. » (Bill of Rights in Action, voir aussi Histoire de l’Inquisition au Moyen-Âge)
Le système légal actuel aux États-Unis comporte toutes les caractéristiques essentielles d’un ordre inquisitorial. La torture est permise « dans certaines circonstances », selon un « avis juridique » du Département de la Justice datant d’août 2002 :
« Si un employé gouvernemental devait torturer un suspect en détention, ‘’ il le ferait afin de prévenir de futures attaques du réseau terroriste al-Qaïda contre les États-Unis’’. Voilà ce qu’indiquait le mémo du bureau de conseil juridique du Département de la Justice en réponse à la demande d'orientation juridique émanant de la CIA. On pouvait également y lire que les arguments axés sur « la nécessité et la légitime défense pouvaient fournir des justifications éliminant tout risque de poursuites judiciaires » par la suite. (Voir le Washington Post, 7 juin 2004)
« Même si une méthode d’interrogatoire était susceptible de transgresser, de manière discutable, les limites inscrites dans la Section 2340, et que l’application du règlement n’était pas considérée comme une violation inconstitutionnelle de l’autorité du président en tant que Commandant en chef, nous croyons que dans les circonstances actuelles [la guerre au terrorisme], la possibilité d’utiliser certains moyens de défense justifiés pourrait potentiellement éliminer les risques de poursuites judiciaires. » (Mémorandum intégral du Département de la Justice du 2 août 2002)
La torture
« L’Inquisition espagnole était particulièrement terrifiante en raison de ses caractéristiques inhérentes. Les accusés ne savaient jamais qui les accusait. Une fois arrêtés, les biens des hérétiques accusés étaient saisis. »
« Ces biens étaient d’abord administrés par la Couronne, ensuite par le Grand Inquisiteur […]
Même si l’accusé était dorénavant un chrétien dévot, il était jugé aussi sévèrement que possible en raison de ses racines. Il n’avait également pas le droit de faire appel à un avocat ou à un défenseur, et on ne lui révélait pas les noms des témoins. » (Jason L. Slade, L’Inquisition espagnole, 6 août 1996)
La torture était à l’ordre du jour, les accusés n’avaient pas droit à un avocat.
Les méthodes de torture appliquées par les présents inquisiteurs d'aujourd'hui de la CIA sont étrangement similaires aux techniques utilisées par les inquisiteurs du Moyen-Âge, incluant le supplice de l’eau ou aselli, communément appelé « supplice de la baignoire » (waterboarding) dans le jargon de la CIA :
« L’Église s’occupait des tribunaux puisqu’ils étaient institués pour des raisons spirituelles. Toutefois, comme les punitions étaient en général très physiques, l’État s’en chargeait. On employait de nombreux types de torture physique pour la confession des accusés. Les deux plus populaires ou impopulaires étaient le strappado ou poulie et l’aselli ou supplice de l’eau.» (Jason L. Slade, L’Inquisition espagnole, 6 août 1996)
À cet égard, Alfred McCoy signale que la CIA :
« a souvent ajouté à son inaccessible répertoire des méthodes physiques évoquant les tortures ayant été la marque de fabrique de l’Inquisition – la poulie, le supplice de l’eau, le chevalet et les « masques de moquerie ». Par exemple, en 2002 au siège de la CIA près de Kaboul, les interrogateurs américains forçaient les prisonniers « à se tenir debout les pieds enchaînés et les mains enchaînées au plafond », un effet similaire à la poulie. Au lieu d’utiliser le chevalet de fer pour écarteler le corps de la victime, les interrogateurs de la CIA leur demandaient de se placer dans des « positions inconfortables » semblables à celles provoquées par le chevalet, sans toutefois utiliser de mécanisme, et ce toujours dans le but de provoquer les effets psychologiques de l’automutilation. (Alfred McCoy, The Hidden History of CIA Torture: America’s Road to Abu Ghraib, Global Research, décembre 2004)
Au 16e siècle, l’Inquisition était acceptée en Espagne. Il existait un consensus. On a fait croire à la population que c’était une bonne chose et que la torture « servait à purifier la société ».
« Un évêque sortait et hurlait le nom des condamnés. Ensuite on amenait les prisonniers portant des robes noires ornées de démons et de flammes et les fonctionnaires les attachaient au bûcher.
Un prêtre les défiait : ‘’Renoncez-vous à votre hérésie contre la Sainte Église?’’ Quiconque se repentait était étranglé à mort avant qu’on allume les feux. Cependant, la plupart d’entre eux demeuraient silencieux et provoquants. On allumait les feux et la place retentissait des cris des hérétiques et des acclamations de la foule. » (Cité dans Bill of Rights in Action, op cit)
Quiconque osait remettre en cause la validité de cette « guerre au terrorisme » était étiqueté comme terroriste et soumis aux lois antiterroristes, qui, à l’époque en Espagne, signifiaient la peine de mort.
Dans l’ambiance inquisitoriale actuelle, la plupart de gens sont sceptiques face au récit officiel du 11 septembre, mais personne n’ose remettre en question la validité de la « guerre au terrorisme ».
« Ces gens sont malfaisants et nous devons les pourchasser, les débusquer. » Le discours est pratiquement le même que celui du Moyen-Âge.
L’objectif ultime est de mater les citoyens, de dépolitiser complètement la vie sociale aux États-Unis, d'empêcher les gens de réfléchir, de conceptualiser, d’analyser les faits et de défier la légitimité de l’ordre social inquisitorial régnant aux États-Unis.
Le mensonge éhonté devient la vérité. La réalité est inversée.
La guerre devient la paix, une « entreprise humanitaire » qui en vaut la peine.
La dissidence pacifique devient de l’hérésie.
Le but est de créer un climat de peur et d’insécurité afin de maintenir le Nouvel Ordre mondial.
Monthy Python le formulait ainsi :
« PERSONNE ne s’attend à l’Inquisition espagnole!
Notre meilleure arme c’est la surprise… la surprise et la peur… la peur et la surprise…
Nos deux armes sont la peur et la surprise… et une efficacité impitoyable…
Nos *trois* armes sont la peur, la surprise, et une efficacité impitoyable… et un dévouement quasi fanatique au pape…
Nos *quatre*… non… «*parmi* nos armes… Dans notre arsenal… se trouvent des éléments tels la peur, la surprise…
Je reviendrai. »
(Monthy Python, The Sapnish Inquisition)
Comment renverser la vapeur?
Saper l’Inquisition;
Révéler les mensonges derrière le 11 septembre;
Briser le consensus;
Révéler les crimes commis par ceux qui occupent de hautes fonctions;
Désarçonner les inquisiteurs :
« Des millions de gens ont été trompés à propos des causes et conséquences du 11 septembre.
À travers le pays, l’image d’un « ennemi extérieur » est propagée dans la conscience des américains. Al-Qaïda menace l’Amérique et le monde. On décrit l’abrogation de la démocratie sous la législation Patriot comme un moyen d’assurer la « sécurité intérieure » et le respect des libertés civiles.
Lorsque les gens aux États-Unis et à travers le monde découvriront qu’al Qaïda n’est pas un ennemi extérieur, mais une création de la politique étrangère américaine et de la CIA, la légitimité de l’agenda guerrier bipartisan s’écroulera comme un château de cartes… »
Michel Chossudovsky, America’s War on Terrorism , 2005, en français Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre
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20 septembre 2008
Pourquoi l'armée française doit se retirer d'Afghanistan

Le Parlement et le Sénat français doivent débattre, le lundi 22 septembre, de la situation en Afghanistan. Ils auront à se prononcer par un vote nominatif sur l’engagement de la France dans une guerre qui risque d’être longue et coûteuse. Il aurait été important que les chambres puissent examiner les arguments avancés et en mesurer la pertinence. Mais le temps de parole a été limité et le débat sera clos en une demi-journée. Est-ce ainsi que l’on débat de l’engagement de la France dans une guerre qui fera encore de nombreuses victimes, d’abord en Afghanistan mais aussi dans les rangs de l’armée ?
Lors de son allocution devant les ambassadeurs français, à la fin août (et après la mort de dix soldats), le président Nicolas Sarkozy avait expliqué les raisons de la présence française. Il reprenait les arguments déjà développés lors de l’annonce de sa décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan (sommet de l’OTAN, Bucarest, avril 2008).
Nous pouvons les résumer ainsi :
La France participe à une action collective approuvée par l’ONU ; elle doit être aux côtés de ses alliés de l’OTAN ;
nous devons aider le peuple afghan dont le sort s’est amélioré à éviter le retour d’un régime barbare ;
nous luttons là-bas contre le terrorisme international, pour protéger les Français de la menace directe du terrorisme.
Examinons un à un chacun de ces arguments :
La présence militaire étrangère en Afghanistan a deux composantes : la force internationale d’assistance à la sécurité, ou International Security and Assistance Force (ISAF), opère en Afghanistan sous l’égide de l’OTAN (environ 50 000 hommes de 37 pays) ; elle est mandatée par les Nations unies ; et des forces pour l’essentiel américaines (18 000 sur un total de 36 000 soldats américains) déployées dans le cadre de l’opération Liberté immuable, dont l’état-major est sur la base de Bagram, et qui en réfèrent directement au Central Command américain. Au total, les Etats-Unis fournissent environ 75% des troupes étrangères présentes dans ce pays.
De quel poids, dans ces conditions, pèse la présence française ? Quand le président Bush décide, en 2003, d’envahir l’Irak et de diminuer le nombre de soldats américains en Afghanistan, qui consulte-t-il ? Quand il donne le feu vert aux forces terrestres américaines pour mener des incursions au Pakistan, en informe-t-il la France ? Quand les bombardiers de l’opération Liberté immuable ou de l’ISAF mènent des raids qui font des dizaines de morts civils, consultent-ils la France ? Qui peut croire un instant que la stratégie de Washington dépend, même dans une mesure limitée, des avis de la France ?
L’armée française doit se retirer parce que la France ne peut peser sur le cours des événements. Et que le mandat de l’ONU pour l’ISAF n’a, en réalité, aucune signification concrète, les Etats-Unis décidant seuls...
La situation du peuple afghan, depuis des décennies, est terrible. Il a vécu, depuis la fin des années 1970, la guerre soviétique, les affrontements entre les différentes fractions de moudjahidin après la chute du régime communiste, la prise de pouvoir des talibans en 1996 ; et enfin la guerre menée par les Etats-Unis après le 11-Septembe, guerre qui se poursuit et s’intensifie.
La fin du régime des talibans a été incontestablement positive, même si la population les avait bien accueillis à leur arrivée au pouvoir : ils avaient mis un terme à l’anarchie et à l’insécurité provoquée par les combats entre les différentes organisations de moudjahidin.
Nicolas Sarkozy explique : « Mesurons les progrès accomplis : des institutions démocratiques avec de nouvelles élections en 2009/2010 ; la scolarisation de près de 6 millions d’enfants contre 800 000 en 2001 ; un système de santé qui a permis de réduire la mortalité infantile d’un quart : ce sont 40 000 enfants sauvés chaque année ; dans tous les domaines, un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes ; des infrastructures restaurées ; 4 000 kilomètres de routes construites… Qui croira que tout ceci aurait été possible sans notre présence militaire ? »
Ces chiffres sont tirés d’un rapport publié à l’occasion de la conférence internationale de soutien à l’Afghanistan (Paris, 12 juin), Report on the Implementation of the Afghanistan Compact by the joint coordination and monitoring board (JCMB) co-chairs.
Ils appellent une remarque générale sur leur fiabilité. A-t-on vraiment les données sur ce qui se passe dans un pays qui, pour l’essentiel, échappe à l’autorité centrale ? Qui peut croire un instant que le pourcentage de femmes recevant des soins prénataux est de 73% ? Si la mortalité infantile a diminué d’une manière qui a permis de sauver 40 000 vies humaines par an, comment expliquer que les chiffres de l’OMS disent que le taux de mortalité des enfants avant cinq ans est resté stationnaire entre 2000 et 2005 ?
Parlons du droit des femmes. « Un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes » ? Si on compare quelle situation à quelle situation ? Quelle époque ? Dans quels lieux ? Rappelons que l’époque où les femmes ont disposé du plus de droits, à Kaboul au moins, a été la période communiste. L’Occident n’a-t-il pourtant pas préféré aider les moudjahidins ? De son côté, George Marchais, secrétaire général du PC, justifiait l’intervention soviétique en Afghanistan au nom de la lutte contre « le droit de cuissage ».
Il est incontestable que, du point de vue juridique, la situation des femmes afghanes est meilleure aujourd’hui que sous les talibans. Au moins, elles ne sont pas exclues des écoles. Mais ce gouvernement soutenu par l’OTAN garde en prison des femmes « coupables » d’avoir été violées.
Un rapport de la commission afghane indépendante des droits de la personne rapporte que le nombre de femmes qui tentent de mettre fin à leurs jours en s’immolant est en augmentation rapide (« Afghanistan : Self-immolation on the rise among women ») : au moins 184 cas en 2007 contre 106 en 2006, et le nombre devrait augmenter encore en 2008.
Un autre rapport du ministère des affaires féminines, « Women in Afghanistan : Deprived of basic necessities », explique que le niveau de la violence contre les femmes en Afghanistan est le plus élevé du monde. Et que 57% des filles sont mariées avant l’âge légal.
On pourrait multiplier les exemples... Tirons-en trois leçons :
1) Dans un pays en guerre, les femmes sont une cible particulièrement vulnérable. Jamais la guerre n’a apporté des droits supplémentaires aux femmes ;
2) Malgré les lois adoptées sous pression internationale, le gouvernement réel est aux mains de chefs de guerre qui ont peu de respect pour les droits des femmes, parfois aussi peu que les talibans ;
3) Faire évoluer une société ne dépend pas seulement des lois. La société afghane est particulièrement conservatrice. Faire avancer les droits des femmes ne peut se faire de l’étranger.
Cela est également vrai dans d’autres domaines. Ainsi de l’éducation. Il y a eu de vrais progrès depuis 2001, mais ceux-ci sont remis en cause par la guerre. Ainsi, dans la province d’Helmand, le nombre d’écoliers est passé de 111 000 en février 2007 à 54 000 en mai 2008 (« School Attendance Plummets in Helmand », Institute for war and peace reporting).
Mais, dira-t-on, cette guerre est provoquée par les talibans. C’est une vision réductrice du conflit. Le gouvernement mis en place par l’intervention américaine s’est révélé incapable de répondre aux besoins les plus urgents de la population. En dehors de Kaboul, le pouvoir est resté aux chefs de guerre qui, grâce à l’argent de la drogue et de l’aide internationale, ont installé des fiefs où ils font régner leur loi. Malgré les milliards de dollars déversés sur le pays, la situation concrète des gens s’est peu améliorée. D’autre part, ce gouvernement profondément corrompu a aussi été incapable d’intégrer véritablement la communauté pashtoune qui représente la majorité de la population.
Quand les talibans ont repris du poil de la bête, l’action de l’armée américaine a été perçue comme celle de forces étrangères. L’armée afghane, peu motivée, mal équipée, est restée en seconde ligne. Imagine-t-on un moment ce qu’est une descente de Marines dans un village du fin fond de l’Afghanistan ? Sans compter les bombardements indiscriminés, dans la plus belle tradition des guerres coloniales.
« La Haut-commissaire de l’ONU aux droits humains a, selon l’AFP (16 septembre), condamné les pertes humaines parmi les civils en Afghanistan, alors que le mois d’août a été le plus meurtrier depuis la chute des Talibans à la fin 2001. Trois cent trente civils ont été tués le mois dernier en Afghanistan, dont plus de 90 dans une attaque aérienne par la force internationale à Shindand (ouest), a déploré Mme Navi Pillay dans un communiqué. “C’est le plus grand nombre de civils tués en un seul mois depuis la fin des plus fortes hostilités et la chute des talibans à la fin de 2001”, a souligné la Haut commissaire. Au total, 1 445 civils ont été tués depuis le début de l’année, soit 39% de plus que durant les huit premiers mois de 2007, selon les statistiques de l’équipe chargée du suivi des droits de l’homme auprès de la mission de l’ONU en Afghanistan.
La responsabilité de plus de la moitié de ces morts — 800 tués, soit 55% — est attribuée aux talibans ou à d’autres forces rebelles, ce qui représente près du double des 462 victimes qui leur avaient été attribuées du 1er janvier au 31 août 2007. »
Mais les morts provoqués par des étrangers n’ont pas le même poids que des morts provoqués par des combattants locaux. La longue histoire de l’Afghanistan le prouve.
L’extension de la guerre et de la résistance à l’occupation étrangère ne peut que se poursuivre. Et il est douteux que le sort du peuple afghan s’améliore par une escalade de l’intervention occidentale.
Troisième argument, nos soldats se battent contre le terrorisme. Si nous ne triomphons pas en Afghanistan, le combat aura lieu en Europe.
Et si le contraire était vrai ? Si c’était l’intervention croissante des forces américaines et occidentales dans le monde musulman qui provoquait un rejet nationaliste ? C’est ce dont est convaincu Richard Barrett, chef du bureau des Nations unies de surveillance d’Al-Qaida, selon un article de l’hebdomadaire britannique The Observer (« UK campaign in Afghanistan ’aids al-Qaeda’ », Mark Townsed, 14 septembre).
« La présence des forces étrangères apporte de l’eau à leur moulin, et ils (Al-Qaida et Ben Laden) ont été très habiles à exploiter la peur des forces étrangères. On peut dire que la peur des forces étrangères donne de l’oxygène dans la région, et amène les chefs tribaux à mettre de côté leurs divisions pour s’unir contre les forces étrangères. » Selon ce journal, Barrett a affirmé que les troupes occidentales avaient aidé Al-Qaida à se renforcer le long de la frontière afghano-pakistanaise et que ces troupes offrent un objectif pour les groupes terroristes.
On peut ajouter que l’Afghanistan est devenu depuis plusieurs mois, notamment après l’affaiblissement d’Al-Qaida en Irak, le point de ralliement de tous les combattants qui rêvent d’en découdre avec les Occidentaux. Et donc à renforcer le poids de l’organisation au sein des groupes armés, dont la plupart des combattants sont mus par des sentiments nationalistes et non par l’idée d’un djihad mondial.
Il est évident que les bombardements – qui reposent souvent sur de mauvaises ou de fausses informations liées au caractère même de la guerre – et leur cortège de morts civils radicalisent aussi les oppositions.
Dans un entretien à l’Agence France Presse, le 5 septembre 2008, deux chercheurs français, Mariam Abou Zahab, (CERI-Sciences Po) et Bernard Dupaigne (professeur au musée de l’Homme), notaient les dangers de l’amalgame. « Qualifier de “terroristes” tous les combattants anti-occidentaux en Afghanistan est un amalgame erroné qui condamne à ne pas comprendre les menaces et les enjeux, préviennent ces experts français de la région. Selon eux, la plupart de ceux qui mènent des attaques contre les forces américaines, canadiennes ou européennes sont soit des nationalistes pashtouns, soit des extrémistes religieux, soit des guerriers tribaux — souvent un mélange des trois —, qui luttent contre ce qu’ils considèrent être des armées d’occupation. Et s’ils peuvent côtoyer par endroits et par moments, surtout dans l’Est du pays, des groupes proches ou affiliés à Al Qaïda, ils ne s’inscrivent pas dans la mouvance du “jihad global”, assurent-ils. »
Abou Zahab : « Vous avez, surtout dans le Sud, des combattants extrêmement jeunes qui sont avant tout nationalistes. Leur discours est basique mais efficace : des troupes non-musulmanes (ils disent “infidèles”) ont envahi mon pays. C’est mon devoir de les combattre. Point. »
Dupaigne : « Nombre de ceux qui tapent sur les armées occidentales sont les mêmes ou les fils de ceux qui tapaient sur les Russes, simplement parce qu’ils étaient là. Si les Russes n’avaient pas été là, ils seraient restés garder leurs chèvres. C’est pareil aujourd’hui. »
L’escalade des combats suscite aussi une radicalisation au Pakistan, comme le montre un sondage réalisé en juin 2008 par The New America Foundation, qui montre que 52% des Pakistanais considèrent que les Etats-Unis sont les principaux responsables de la violence dans leur pays (contre 15% qui considèrent que ce sont les groupes islamistes radicaux). 50% pense qu’il faut négocier avec Al-Qaida. Et les opinions favorables à l’égard d’Al-Qaida ont augmenté cette année, principalement parce que l’organisation est perçue comme s’opposant à la politique américaine.
Mais si les troupes françaises se retirent, que se passera-t-il ? Faut-il un retrait immédiat ? Quelle est la solution politique ? Je reviendrai sur ces questions dans un prochain envoi, mais je voudrais rappeler la déclaration de la membre de la chambre des représentants américaine Barbara Lee, qui fut la seule du Congrès à voter, le 14 septembre 2001, contre l’Authorization for the Use of Military Force Against Terrorists (AUMF). Elle s’explique en disant qu’elle vote non, « non parce qu’elle est contre une action militaire, mais parce que l’AUMF dans sa formulation donne des pouvoirs de guerre exagérés au président, alors même que les informations sur la situation ne sont pas claires. C’est un chèque en blanc permettant au président d’attaquer quiconque est impliqué dans les événements du 11-Septembre, où que ce soit, dans n’importe quel pays, sans considération des intérêts à long terme de notre nation dans les domaines de la politique étrangère, de l’économie ou des intérêts nationaux de sécurité, et ce sans limite de temps. (...) Le Congrès aurait dû attendre de connaître les faits et d’agir ensuite en plein connaissance de cause. » (Cité par Helena Cobban sur son blog Just World News, « September 11 and the war in Afghanistan », 10 septembre.)
Alain GRESH
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14 septembre 2008
Le pape ou le Coran!
André Comte-Sponville, philosophe, nous l'a redit à satiété : le capitalisme ne peut pas être moral, ni contre la morale. Il est tout simplement amoral. L'économie et la morale relevant, au sens pascalien, de deux ordres différents, tenter de conjuguer les deux ensemble relève du «barbarisme», rappelle l'auteur de l'excellent essai Le capitalisme est-il moral ? (éditions Albin Michel). Mais même pour ceux qui ne croient pas à l'ordre divin, quelle tentation, au moment où le pape est en visite en France, de chercher quelques repères sur l'économie dans les textes du Vatican.
Notre chroniqueur Robert Rochefort, qui cache derrière ses fonctions de directeur du Crédoc un attachement à la tradition des chrétiens sociaux, n'a pourtant rien trouvé de très récent en provenance de Rome (lire page 61). Rien en tout cas de très important depuis 1991, quand Jean-Paul II s'était essayé à l'économie dans son encyclique Centesimus annus, et qu'il y avait donné une justification du profit du bout de la crosse : la pierre angulaire du capitalisme y était reconnue tout au plus «comme un bon indicateur du fonctionnement de l'entreprise».
En réalité, et Benoît XVI nous pardonnera, au moment où nous traversons une crise financière qui balaie tous les indices de croissance sur son passage, c'est plutôt le Coran qu'il faut relire que les textes pontificaux. Car si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n'en serions pas là. Il ne faut pourtant pas voir la finance islamique comme un exercice de troc moyenâgeux, car les pays du Golfe nous ont montré combien leur mentalité entrepreneuriale savait épouser le XXIe siècle. Simplement, leurs banquiers ne transigent pas sur un principe sacré : l'argent ne doit pas produire de l'argent. La traduction de cet engagement est simple : tout crédit doit avoir en face un actif bien identifié. Interdits, les produits toxiques; oubliés, les ABS et CDO que personne n'est capable de comprendre.
Autrement dit, l'argent ne peut être utilisé que pour financer l'économie réelle. Il n'y a donc pas de hasard : si les banques du Golfe sont sorties indemnes de la crise du subprime, c'est qu'elles n'y sont pas entrées. Le respect de ce principe du Coran est également fort utile dans la relation que chacun entretient avec l'argent, qu'il s'agisse des entreprises ou des particuliers : les personnes morales n'ont ainsi pas le droit de s'endetter au-delà de leur capitalisation boursière; quant aux personnes physiques, elles ne peuvent de facto souffrir de surendettement.
Voilà des règles qui ne peuvent pas nuire. Et même si elles reposent sur un texte qui date du VIIe siècle, Benoît XVI aura du mal à faire des sermons davantage puisés dans l'actualité.
Beaufils Vincent
"Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit. [...] L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain."
Napoléon Bonaparte (1769-1821), Empereur Français
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29 août 2008
Le président Sarkozy devant le parlement israélien

Le lundi 23 juin, le président Nicolas Sarkozy s’est adressé au parlement israélien. Ce texte entrera sans aucun doute dans les annales diplomatiques françaises, confirmant le tournant pris. Lors d’une rencontre avec le CRIF, le 21 novembre 2007, David Martinon, à l’époque porte-parole de l’Elysée, avait expliqué que les relations entre la France et Israël étaient revenues à ce qu’elles étaient avant la guerre de juin 1967, c’est-à-dire (c’est moi qui commente) quand la France soutenait l’expédition coloniale pour "récupérer" le canal de Suez et aidait Israël à se doter de l’arme atomique. Je reviendrai plus longuement sur ce virage français dans un article du Monde diplomatique de juillet. En attendant, je me livre à un petit commentaire de texte sur le discours.
Deux éléments principaux peuvent être dégagés :
– une reprise sans aucun esprit critique du récit israélien sur la création de l’Etat d’Israël vécu comme une épopée, dont les Palestiniens sont totalement exclus ;
– un appui au discours israélien sur le terrorisme et sur la sécurité, à l’idée qu’Israël est un Etat menacé ;
– un rappel des positions traditionnelles de la France sur la création d’un Etat palestinien, l’arrêt de la colonisation, etc., (mais sans aucune référence au droit international) et le refus de prendre toute mesure concrète pour forcer le gouvernement israélien a arrêter la colonisation et à appliquer les résolutions des Nations unies.
« Il y a entre Israël et la France une amitié profonde qui a résisté depuis soixante ans à toutes les turbulences de l’Histoire. Cette amitié, elle n’est pas seulement due à la vitalité de la communauté juive de France et à la vitalité de la communauté francophone d’Israël, qui forment comme un pont entre nos deux pays. Cette amitié est due aussi à quelque chose de plus profond. Cette amitié est due à la manière dont le judaïsme a influencé, a nourri, a enrichi la culture française, à l’inspiration que les Pères fondateurs d’Israël ont puisée dans les valeurs de l’universalisme français. Cette amitié est due aux liens étroits économiques, scientifiques, culturels, techniques, intellectuels, mais aussi tout simplement humains que nos deux peuples si bien ont naturellement su tisser ensemble. »
« Cette amitié, je suis venu la renouveler, la renouveler solennellement au nom du peuple français et je me réjouis de voir avec quelle chaleur, avec quel élan fraternel le peuple israélien y répond. »
« Je voudrais vous dire que c’est pour moi une très grande émotion que de prendre la parole aujourd’hui, ici, à Jérusalem, ville trois fois sainte, sainte pour les juifs, sainte pour les chrétiens, sainte pour les musulmans. Je mesure le très grand honneur que vous faites au président de la République française de pouvoir s’adresser à votre Assemblée qui est le symbole, et je l’ai vu il y a quelques instants, d’une des plus authentiques démocraties du monde. Je souhaite que, dans tous les parlements du monde, on puisse interrompre un orateur au nom de la liberté d’expression. C’est cela, la démocratie israélienne. »
« Mesdames et Messieurs les membres de la Knesset, à travers vous, je voudrais m’adresser à tous les Israéliens, les Israéliens dont les ancêtres pendant des siècles ont espéré qu’un jour il y aurait à nouveau une nation juive. Une nation juive qui serait comme toutes les autres nations, libre, libre enfin de choisir son destin, libre enfin de décider par elle-même. »
Première révision de l’histoire. M. Sarkozy semble ignorer que le sionisme politique est une création de la seconde moitié du XIXe siècle et que, avant, il n’existait aucune aspiration à un Etat juif. Les juifs religieux qui le désiraient venaient s’installer en Palestine, souvent pour y mourir et y être enterrés. Rappelons que, jusqu’à la première guerre mondiale, il n’y avait aucune restriction à l’installation juive en Palestine.
« Je veux m’adresser au peuple d’Israël qui a choisi la démocratie et la liberté, et qui ne doit la démocratie et la liberté, peuple si courageux d’Israël, qui ne doit la liberté et la démocratie à personne d’autre qu’à lui-même, à son courage, à son énergie, et à son intelligence. Si vous ne l’aviez pas voulu, personne ne l’aurait voulu à votre place. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de reconnaître cela. »
« Mais, à travers vous, je voudrais m’adresser, à tout le peuple juif, peuple juif si longtemps sans terre, sans institutions politiques, mais peuple juif partageant la même attitude morale, la même conception de la vie, la même tradition, la même foi, la même espérance, peuple juif que ni la violence, ni la haine n’ont pu faire renoncer aux valeurs universelles que les prophètes d’Israël ont enseignées à tous les hommes. »
Existe-t-il, de tout temps, un peuple juif ? Et qui peut affirmer que, même durant le XXe siècle, les juifs du Maghreb, ceux du Yémen et ceux d’Europe centrale ou de l’Est partageaient des "valeurs universelles" ? Et, il suffit de lire la Bible, avec ses appels à l’extermination de tel ou tel peuple, pour voir que les prophètes d’Israël étaient bien loin d’enseigner les valeurs universelles.
« Aucun exil, aucune épreuve n’avait pu arracher du cœur du peuple juif le souvenir de la Terre promise. Et après dix-neuf siècles, chacun au sein de ce peuple dispersé sur toute la terre se disait encore : "Je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi- même". »
Durant le XIXe siècle (et une bonne partie de la première moitié du XXe siècle), le sionisme est un mouvement extrêmement minoritaire. La grande majorité des juifs d’Europe centrale et de Russie qui émigrent choisissent une autre terre promise, les Etats-Unis. Et il est plus que douteux qu’ils aient eu le sentiment d’avoir "perdu" Israël... Dans la minorité politisée juive, les courants socialistes, communistes et le Bund, qui tous rejetaient le sionisme, étaient aussi très puissants.
« Au nom du peuple français, je veux dire mon amitié et mon respect à ce grand peuple d’Israël qui a accompli la promesse que tous les Juifs depuis la dispersion se transmettaient de génération en génération de revenir en "ce lieu où naquit le peuple juif, où se forma son caractère spirituel, religieux et national". »
« Il y a donc soixante ans, il y a donc soixante ans, cher Shimon, des femmes et des hommes dont le caractère s’était forgé au travers des pires épreuves de la vie, proclamèrent "la fondation de l’Etat juif dans le pays d’Israël". Herzl avait dit : "Si vous le voulez ce ne sera pas une légende." Ils le voulurent, et la résurrection d’Israël cessa d’être une légende pour devenir une réalité. »
Que cette fondation se soit faite au détriment des Palestiniens ne semble pas effleurer le président.
« Je veux dire mon admiration pour ces femmes, pour ces hommes d’exception qui voulaient un Etat où seraient assurées "une complète égalité des droits sociaux et politiques pour tous les citoyens, sans distinction de croyance, de race, ou de sexe", "la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture", "la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux saints et des sanctuaires de toutes les religions". »
Pour qui connaît la situation des citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël, victimes d’une multitude de discriminations, cette affirmation des grands principes est étrange.
« Oui, je veux dire mon respect pour l’idéal qui les animait. Le rêve qu’ils poursuivaient était grand, parce qu’il était nourri par des siècles d’attente et par l’horreur qu’on lisait encore dans le regard halluciné des rescapés des camps d’extermination. »
« Croyants ou non croyants, chacun d’entre eux, ce jour-là, ne put sans doute s’empêcher de se remémorer la parole biblique que tous les Juifs du monde n’avaient jamais cessé d’apprendre à leurs enfants : "Et l’Eternel dit à Moïse : Monte sur cette montagne et regarde le pays que je donne aux enfants d’Israël". »
Depuis quand le président d’une République laïque trouve une confirmation historique dans un texte religieux ? Et je rappelle que toutes les études historiques ont prouvé que cette histoire biblique n’avait rien à voir avec ce qui s’est réellement passé.
« Mais l’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement l’accomplissement d’une promesse qui a toujours été au cœur de l’identité juive. L’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement un retour aux sources. L’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement l’expression d’une nostalgie. L’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement la tentation de ressusciter un passé révolu. L’Etat d’Israël, c’est un Etat moderne, tourné vers l’avenir. C’est un Etat, permettez à un ami de le dire, à la fois national et tourné vers l’universel. »
Tourné vers l’universel, à condition de ne pas inclure les Palestiniens dans l’universel...
« Car c’est un Etat qui n’appartient pas seulement, l’Etat d’Israël, à ses citoyens, mais aussi à tous ceux qui dans le monde se reconnaissent comme les héritiers du judaïsme. Au milieu du malheur, ils n’ont jamais cessé d’espérer en un monde meilleur. Pour eux, il fut d’abord la preuve que cette espérance n’était pas vaine. »
« "Je ne revendique jamais mon origine juive que dans un cas, disait le grand historien français Marc Bloch : en face d’un antisémite." A ceux qui doutaient du patriotisme de Marc Bloch, ce grand savant, qui mourra assassiné par la Gestapo après avoir été torturé, Marc Bloch répondait simplement, comme auraient pu le faire tant d’autres : "Moi, Marc Bloch, mon arrière-grand-père fut soldat en 1793 ; mon père en 1870 servit dans un Strasbourg assiégé. Moi, Marc Bloch, j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques dont les israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs ; et la France, dont certains conspiraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être – qui sait ? – y réussiront, demeurera toujours pour Marc Bloch, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur." Ainsi parlait ce grand français, ce grand Juif, assassiné par la Gestapo, qui fait honneur à l’histoire de la République française. »
« Ils sont encore des millions, des millions de Juifs aujourd’hui dans le monde qui éprouvent, comme Marc Bloch, un attachement charnel à la patrie dont ils ont appris la langue, la culture, respiré l’air depuis l’enfance. Mais leur cœur ne peut pas rester insensible au destin d’Israël. »
« Parce que le destin de chaque Juif est lié au destin de tous les Juifs. Parce que le fait qu’il y ait un Etat juif dans le monde dont la réussite soit aussi éclatante est pour chacun d’eux une source de fierté et de dignité. Parce que chacun éprouve au fond de lui le sentiment que l’Etat d’Israël est le moyen par lequel le peuple juif peut de nouveau devenir acteur de sa propre histoire au lieu de la subir. »
« Parce qu’en Israël, le judaïsme ne se définit pas par rapport à l’antisémitisme. Parce que pour chacun, Israël est le foyer,où il sait qu’il pourrait se réfugier si par malheur un jour il n’avait plus nulle part où aller. »
« Parce que pour tous, Israël est le seul endroit au monde où il est sûr que l’on n’obligera jamais les Juifs à porter une étoile jaune, où l’on n’interdira pas aux Juifs de prendre l’autobus, de fréquenter les cinémas et les théâtres, d’occuper certains emplois, qu’on ne les obligera pas à habiter des quartiers pour les Juifs, à n’aller que dans des restaurants, des magasins, des écoles pour les Juifs. »
Quelles âneries ! Les juifs des Etats-Unis ou d’Europe sont-ils menacés aujourd’hui ? Un rabbin new-yorkais faisait remarquer dans les années 1980 que le lieu le moins sûr pour les juifs était Israël...
« L’Etat d’Israël est une réponse à l’interrogation angoissée que la petite Anne Frank a noté dans son journal : j’ai espéré que ce pays deviendrait ma patrie, à moi l’apatride ; je l’espère encore. C’est une réponse à la prière de Rutka, la petite juive polonaise : je voudrais attacher des ailes à mes épaules pour m’élever très haut (...), m’envoler vers un endroit où il n’y aurait pas de ghetto. »
« L’Etat d’Israël appartient aussi à tous les hommes. Parce que les valeurs qui le fondent sont des valeurs universelles. Ces valeurs sont des valeurs de justice et de droit. L’Etat d’Israël est une réponse à l’injustice que le peuple juif a subie si longtemps. Et cette injustice, je le dis ici de cette tribune, est un défi, un défi lancé à la conscience universelle. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde qui se soit construit sur autant de douleurs et sur autant d’espérance. »
Cet Etat, rappelons-le, a été créé sur l’expulsion voire le massacre de centaines de milliers de Palestiniens, une souffrance qui n’émeut pas le président français.
« Il n’y a aucun autre Etat dans le monde dont l’existence même fut dès le départ à ce point liée à l’affirmation d’un idéal de justice et d’une volonté de vivre en paix. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde que le vôtre qui, lors de sa naissance, suscita autant d’espoir de la part de tous ceux qui n’avaient jamais cessé d’opposer les forces de l’esprit à la barbarie. On ne peut pas penser à Israël sans penser à l’histoire du peuple juif. On ne peut pas penser à Israël sans se souvenir des pogroms, des wagons plombés, des chambres à gaz. On ne peut pas penser à Israël sans penser au capitaine Dreyfus devant ses juges, aux femmes qui mouraient du typhus dans les camps de la mort, à tous les enfants martyrs de Yad Vashem. »
L’idéal de justice n’a pas empêché l’oppression des Palestiniens, pas plus que la devise de la République française "liberté, égalité, fraternité" n’a empêché le système colonial de survivre pendant des décennies.
« Mais l’histoire du peuple juif n’est pas seulement celle de ses malheurs. Le peuple juif ne s’est pas contenté de subir. Le peuple juif a constamment opposé à tous ceux qui voulaient l’anéantir, la force de son caractère, la puissance de sa pensée, la profondeur de sa culture et la vitalité de sa foi. »
« Le peuple juif n’a pas laissé au monde que le souvenir de sa souffrance. Le peuple juif lui a donné aussi un trésor. Un trésor de savoir et un trésor d’humanité. Où en serait la sagesse du monde sans les prophètes d’Israël ? »
« Où en seraient la philosophie, la physique, la littérature, l’économie, sans les penseurs, les savants, les artistes, les entrepreneurs juifs du monde entier qui ont œuvré à toutes les époques au sein de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les civilisations ? Où en serait le monde sans Spinoza, sans Freud, sans Einstein ? »
« Israël est un pays où chacun vient greffer sur le tronc commun sa propre langue, sa propre culture, sa propre sensibilité, sa propre histoire, où chacun vient donner le meilleur de lui-même pour le bien de tous. En soixante ans, ce que vous avez accompli est prodigieux. C’est dans la diversité, la vitalité, l’ouverture de la pensée, la force de création propre au judaïsme, que se trouve le secret de votre réussite. »
Au même moment, M. Avraham Burg, l’ancien président du parlement israélien, expliquait dans un livre en quoi les idéaux du sionisme et ceux du judaïsme étaient contradictoires.
« Le judaïsme, c’est l’esprit prophétique qui ouvre l’avenir, qui appelle le progrès, qui réclame la justice. Le judaïsme, c’est une manière de penser forgée dans un rapport singulier aux textes bibliques, par des siècles de commentaires, d’interprétations, de dialogue ouvrant l’intelligence à tous les possibles, l’amenant à comprendre qu’il n’y a pas de vérités définitives ni de sens absolu. »
M. Sarkozy semble penser qu’il existe UN judaïsme homogène, ce qui relève du fantasme, tant les courants sont divers en son sein. Et il existe, faut-il le rappeler, un courant et des rabbins pour justifier la colonisation, l’expulsion des Palestiniens, les massacre et le génocide...
« Alors, au milieu des difficultés de tous ordres, les fondateurs de l’Etat d’Israël se sont battus avec toute la force de leur cœur et de leurs bras pour qu’il survive. Le peuple français s’est rangé, dès votre naissance, à vos côtés. Je suis venu vous dire que le peuple français sera toujours aux côtés de l’Etat d’Israël quand son existence sera menacée. Car on ne peut pas accepter la menace sur l’existence de l’Etat d’Israël. »
Mais l’existence de l’Etat d’Israël est-elle vraiment menacée ? Il y a là un renversement des rôles. Les Palestiniens n’ont pas d’Etat, vivent des agressions continuelles et la colonisation, et ce serait Israël qui serait menacé...
« Après ce que l’Europe a connu, après le massacre des Juifs, on ne peut pas accepter que quiconque dans le monde dise qu’il veut rayer de la carte l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, cette menace a pris la forme du terrorisme. Aucun peuple ne peut vivre sous la menace du terrorisme. Le terrorisme ne s’explique pas. Le terrorisme ne se justifie pas. Le terrorisme se combat ! La France est pleinement engagée dans la lutte contre le terrorisme et, Madame la Présidente, quand vous m’appelez à dire que le terrorisme pourrait frapper la France, il a frappé la France. Oui, la France est l’amie d’Israël et la France sera toujours aux côtés d’Israël lorsque sa sécurité et son existence seront menacées. J’ai toujours pensé cela, je l’ai toujours ressenti au plus profond de mon cœur et je ne transigerai jamais avec cela. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse à la destruction d’Israël trouveront toujours la France face à eux pour leur barrer la route. »
« Pour que les choses soient claires et qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je veux dire que le programme nucléaire militaire de l’Iran appelle une réaction d’une extrême fermeté de toute la communauté internationale. Israël doit savoir qu’Israël n’est pas seul ! La France est déterminée à poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions de plus en plus dures jusqu’à l’ouverture, si Téhéran faisait le choix de respecter ses obligations internationales. Mais je veux le dire avec force : un Iran doté de l’arme nucléaire est inacceptable pour mon pays ! »
Mesdames et Messieurs,
On aborde ici la partie qui devrait "équilibrer" le reste du discours. Il n’en est rien, tant M. Sarkozy reste sur des positions de principe sans se donner aucun moyen pour les mettre en œuvre. Tout le monde, y compris les Etats-Unis, sont maintenant en faveur d’un Etat palestinien, mais qui s’oppose concrètement à la colonisation ? Qui prend des sanctions contre les violations du droit international par Israël ? On peut noter que, à aucun moment, le président ne fait référence au droit international, aux résolutions des Nations unies.
« On doit la vérité à ses amis, sinon on n’est pas un ami. La vérité, c’est que la sécurité d’Israël, sur laquelle la France ne transigera jamais, ne sera véritablement assurée que lorsqu’à ses côtés on verra un Etat palestinien indépendant, moderne, démocratique et viable. Voyez-vous, Mesdames et Messieurs, je serais un piètre ami d’Israël si je pensais que dans cette démocratie israélienne on n’était pas capable de dire ce que l’on ressent profondément au fond de son cœur. »
« Et donc, la France amie d’Israël, intransigeant sur sa sécurité, la France se veut l’amie du peuple palestinien, aussi. La France veut dire au peuple palestinien la vérité. Et la vérité, c’est que nul ne peut espérer rétablir les droits du peuple palestinien en niant ceux du peuple israélien et en appelant à la destruction d’Israël. La vérité, c’est qu’il faut que ce conflit sans fin s’arrête. La vérité, c’est qu’il faut que cette violence cesse. La vérité, c’est qu’il faut que cette haine qui dresse les peuples les uns contre les autres s’éteigne. »
« Il le faut, parce que les seuls gagnants de la violence et de la haine sont le fanatisme, le fondamentalisme, le racisme et l’antisémitisme. Il faut que la paix arrive parce que vous avez trop souffert. Il faut que la paix arrive parce qu’il y a eu trop de morts et trop de douleurs. Parce que Juifs et Musulmans, Israéliens et Palestiniens, au fond, vous partagez la même souffrance et la même douleur pour vos enfants. »
« Nous savons tous qu’il ne peut y avoir d’issue que dans la compréhension et dans le respect de l’autre. Nous savons tous que l’avenir, votre avenir et celui de vos voisins, ne pourra se construire que sur le pardon et pas sur la vengeance. Nous savons tous que la reconnaissance mutuelle des droits de chacun est la condition de la paix. »
« Je suis le représentant d’un pays qui a dû pardonner à ses voisins. Je suis le représentant d’un pays qui a dû se réconcilier avec ses voisins. Chez moi, mon grand-père, qui m’a élevé, qui était juif, n’appelait jamais les Allemands des Allemands, et pourtant, quand le général de Gaulle et le chancelier Adenauer ont dit aux Français et aux Allemands : il faut se réconcilier, maintenant, tout de suite, les Français l’ont fait. »
« Alors, comme tous les peuples, le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité dans des frontières reconnues et garanties. Comme tous les peuples, le peuple palestinien a le droit d’avoir un Etat et d’y exercer sa souveraineté. Comme tous les peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien vivront en paix le jour où chacun aura le sentiment que justice lui est rendue et où leurs rapports seront fondés sur le droit et non plus sur la force. Alors, bien sûr, c’est plus facile à dire pour moi, qui n’ai pas peur quand je m’endors dans mon appartement le soir. Bien sûr, c’est plus facile à dire pour moi qui n’ai pas peur quand je me promène, mais en même temps, ces grands efforts que vous avez faits pour construire un Etat démocratique et puissant, faites-les, faites les mêmes pour construire la paix dont vos enfant seront les bénéficiaires. »
Qui se sent plus en sécurité aujourd’hui ? Un Israélien ou un Palestinien qui vit à Gaza ou dans un camp de Cisjordanie ? Il suffit de comparer les pertes humaines des deux côtés ; il suffit de compter le nombre de points de contrôle en Cisjordanie ; il suffit de mesurer l’état de misère où le blocus israélien tient la population de Gaza...
« Alors, c’est vrai, il ne peut y avoir de paix sous la menace du terrorisme. Il ne peut y avoir de reconnaissance mutuelle quand des roquettes tombent tous les jours sur des victimes innocentes. Mais il faut avoir le courage de le dire, je le dis, sans vouloir offenser personne, je le dis tout simplement : il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt total et immédiat de la colonisation. Une proposition existe, soutenue par de nombreux membres de votre Knesset, pour l’adoption d’une loi qui inciterait au départ les colons de Cisjordanie, moyennant compensation et relogement en Israël. Je vous dis une chose : créez les conditions du mouvement ! »
« Il ne peut y avoir de paix si les Palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme. C’est aux Palestiniens de le faire, chacun a sa part de travail à faire. Mais pas de paix non plus, permettez de le dire, si les Palestiniens sont empêchés de circuler ou de vivre sur leur territoire. »
Il ne peut y avoir de paix sans que soit résolu le problème des réfugiés palestiniens dans le respect de l’identité et de la vocation d’Israël.
Il ne peut y avoir de paix, même si je sais combien le sujet est douloureux, sans la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de deux Etats et la garantie de la liberté d’accès aux Lieux Saints pour toutes les religions.
« Il ne peut y avoir de paix sans une frontière négociée sur la base de la ligne de 1967 et des échanges de territoires qui permettront de construire deux Etats viables. »
Cette dernière phrase, M. Sarkozy n’a même pas eu le courage de la prononcer ! Elle figure pourtant dans le texte officiel...
« Mes chers amis, je veux vous dire une chose. Je n’ai à aucun titre à donner des leçons et je ne veux pas en donner. Quand cela ira mal pour l’Etat d’Israël, vous verrez qui seront vos amis et je ne suis pas du genre à trembler quand cela va mal, mais je veux vous dire, puisque vous m’avez fait l’honneur de me permettre de m’adresser devant vous, que je suis venu parler avec le cœur et non pas simplement avec la malice politicienne. Je suis venu parler non pas pour les quelques jours qui viennent, je suis venu parler pour l’avenir,et l’avenir est que vous êtes condamnés à vivre côte à cote. L’avenir, c’est qu’on ne change pas d’adresse comme cela. L’avenir, c’est qu’il faudra faire la paix un jour. Le plus tôt vous ferez la paix, le mieux cela sera pour vous et pour le monde. »
Donner des leçons ? Il ne s’agit pas de morale, mais de violation du droit international. Ce que l’on comprend, c’est que, en dehors de pieux conseils, M. Sarkozy laisse le gouvernement israélien poursuivre sa politique de colonisation et d’expansion.
« Alors, mes chers amis, beaucoup de ces efforts seront difficiles et douloureux, et je remercie d’ailleurs chacun des membres de la Knesset d’avoir eu le courage d’écouter ce que j’avais à dire, quand cela leur plaisait et quand cela leur plaisait moins. Ce sera difficile et douloureux mais bien moins douloureux que tout que le sang versé dans un affrontement sans fin. La paix est douloureuse mais parlons de la guerre. Combien vos familles en ont payé le tribut ? En me promenant tout à l’heure, je voyais la jeunesse de vos soldats, belle jeunesse, mais je me disais aussi : est-ce qu’un jour il ne leur serait pas plus utile d’entrer toute de suite dans la vie active qu’à devoir défendre l’identité et la survie de leur Etat ? Et cela, personne d’autre ne le donnera que si, vous les Israéliens et vous les Palestiniens, vous vous comprenez. »
« Depuis soixante ans, des hommes et des femmes de bonne volonté comme votre président ont essayé de trouver le chemin de la paix et certains, comme Itzhak Rabin, l’ont payé de leur vie. Mais chacune de leurs initiatives, chacun de leurs gestes a permis de progresser. La paix est faite avec l’Egypte, avec la Jordanie. Israël s’est retirée du Sinaï, du Liban et de Gaza. Il n’y a pas de geste inutile en faveur de la paix et peut-être sommes-nous plus près du but puisque, désormais, tout le monde se parle. »
« Et puisque la violence semble être suspendue, depuis quelques jours, à Gaza, je veux exprimer l’espoir de la libération du soldat Gilad Shalit, retenu en otage depuis près de deux ans, comme de tous les prisonniers. Annapolis a relancé une dynamique de paix, une année de négociations qui peuvent être décisives. Ne laissons pas échapper cet espoir de paix ! Je mesure toutes les difficultés qui doivent encore être surmontées. Mais je vous le dis : la paix est possible ! Elle est possible maintenant ! C’est ce que veulent, dans leur immense majorité, Israéliens et Palestiniens. Ne laissons pas vaciller, une fois de plus, la flamme de l’espoir ! »
Comme de tous les prisonniers ? Parle-t-il des 10 000 prisonniers politiques palestiniens ? On ne le saura pas.
« La France que tant de souvenirs lient à cette région du monde, la France qui aime et qui respecte tous les peuples du Moyen-Orient, la France veut apporter sa contribution à la paix. Elle est prête à organiser sur son sol tous les pourparlers qui pourraient y conduire, qu’il s’agisse de la négociation israélo-palestinienne, du dialogue syro-israélien ou des discussions qui devront reprendre, un jour prochain je l’espère, entre Israël et le Liban. »
« Sur ces trois volets du processus de paix, la France est prête à apporter sa garantie, prête à mobiliser sa diplomatie, ses ressources, ses soldats, comme elle le fait déjà, avec d’autres partenaires européens, au Sud-Liban. C’est dans cet esprit qu’elle exercera à partir du 1er juillet la présidence de l’Union européenne, qu’elle travaillera au rehaussement des relations entre l’Union et Israël et participera au Quartet. »
Lors du conseil Union européenne-Israël, les demandes israéliennes de rehaussement des relations entre les deux parties ont été repoussées. Pour ne pas nuire à la participation arabe au sommet de l’Union pour la Méditerranée du 13 juillet ? Ira-t-on après vers le rehaussement, et donnera-t-on une prime au gouvernement israélien pour la poursuite de sa politique de colonisation?
« Vous pouvez faire confiance à la France. Je sais bien qu’en Israël on écoute les conseils que de ceux dont on a vraiment l’amitié et la confiance. Et je sais bien que, par le passé, vous vous êtes parfois demandé si l’on pouvait faire confiance à la France. Je vous demande de nous faire confiance, parce que nous voulons vous aider. »
« Encore une fois, je ne suis pas venu ici pour donner des leçons. C’est aux dirigeants du peuple d’Israël et aux Palestiniens qu’il appartient de faire la paix. Mais vous, les partenaires de la paix, vous devez savoir que vous pouvez compter sur l’Europe pour vous aider à aller vers un accord final : sécurité pour les deux Etats, compensation et relogement des réfugiés, appuis à la construction d’un Etat de droit en Palestine, soutien économique et financier général à la paix. C’est dans cet esprit que la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire aboutir le projet d’Union pour la Méditerranée qu’elle a proposé à tous les peuples de l’Europe et de la Méditerranée. Et, à ma connaissance, Israël est un peuple méditerranéen. »
« C’est dans cet esprit, aussi, que la France fera tout ce qui est dans son pouvoir pour faire aboutir le projet d’Union pour la Méditerranée qu’elle a proposé à tous les peuples de l’Europe et de la Méditerranée. L’enjeu est capital puisqu’il s’agit d’offrir un destin partagé à tous ces peuples. Le 13 juillet prochain, le Sommet de Paris pour la Méditerranée donnera peut-être l’espoir que ce qui nous sépare finira par devenir un jour moins fort que ce qui nous rassemble. Il exprimera la volonté commune de tisser entre tous les peuples des liens de solidarité de plus en plus étroits, témoignant ainsi que le vieux rêve de l’unité du monde méditerranéen n’est pas mort mais qu’au contraire il est assez vivant pour pouvoir encore soulever le monde. Israël, comme l’Autorité palestinienne, comme le Liban, comme la Syrie y trouveront leur place aux côtés de l’Egypte, de la Jordanie et de tous les pays du Maghreb arabe. Alors, mes chers amis, peut-être pourrons-nous espérer qu’un jour les enfants de la Méditerranée cesseront de se haïr, car il n’y a que de la haine, il faut que cela cesse, et de vouloir dès la naissance venger les malheurs de leurs pères, on ne doit pas apprendre cela à ses enfants. »
« C’est dans cet esprit aussi que la France soutiendra tous les projets de développement économique régional chers au président Shimon Péres. Oui, nous avons besoin de la "Vallée de la Paix" ! Quel plus beau symbole de paix que ce partage de l’eau, source de toute vie, entre les trois peuples d’Israël, de Palestine et de Jordanie ? »
« Au Moyen-Orient se mélangent et s’affrontent depuis des millénaires des peuples qui ont donné à l’humanité tout entière ce qu’il y a de plus élevé dans la pensée, de plus beau dans la religion, de plus important dans le savoir. Mais, au Moyen-Orient, tous les peuples, tous, dans leurs prières, parlent d’amour, de justice et de paix. Au Moyen-Orient, tous les peuples aiment la vie. Tous sont les enfants d’Abraham. Tous ont la Bible en partage. Et avec cela, on va continuer à avoir une guerre millénaire ? »
« Ayant bu à la même source, car vous avez bu à la même source, ayant partagé si souvent la même histoire, les peuples du Moyen-Orient ont tout pour se comprendre et s’entendre. Et cette terre pour laquelle ils se battent avec tant de désespoir, cette terre qui les a vus naître, cette terre où reposent vos morts, cette terre dans laquelle s’inscrit le souvenir de vos souffrances et de vos joies, pardon de vous le dire, où vous vous ressemblez tant, cette terre dont on pressent, en regardant ce qui a été accompli ici, en Israël, ce qu’elle pourrait donner à force d’intelligence, de travail et de courage, cette terre, la vôtre, pourrait devenir un paradis pour tous et grâce à laquelle la misère pourrait être vaincue si elle n’était si souvent ruinée par la guerre, cette terre, la vôtre, qui pourrait être si féconde si tous la travaillaient ensemble au lieu de verser sur elle le sang des innocents, cette terre, elle est si belle qu’elle devrait unir les peuples au lieu de les opposer. »
« En allant au fond d’eux-mêmes, en s’interrogeant sur leur histoire, leurs croyances, leurs valeurs, en regardant ce monument qui va être construit à Jérusalem par deux artistes français, ce livre de la paix pour les peuples du Livre, dans la ville du Livre, un jour prochain, j’en suis sûr, les femmes et les hommes de cette terre magnifique trouveront davantage de raisons de se parler pour faire la paix que de se haïr pour continuer à s’affronter. »
« Juifs, chrétiens ou musulmans, ils se rappelleront la parole du Prophète Isaïe : "Je ferai de Jérusalem mon allégresse. Et de mon peuple ma joie. On n’y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris. Ils bâtiront des maisons et les habiteront. Ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne travailleront plus en vain et ils n’auront plus des enfants pour les voir périr." »
« Je veux vous le dire du fond du cœur et c’est un ami cher et indéfectible d’Israël qui vous le dit, quand on est fort, on doit tendre la main, quand on a fait le chemin que vous avez fait depuis soixante ans, triompher de toutes les guerres, alors, on doit être les triomphateurs de la paix, on doit la vouloir plus que tous les autres. On doit montrer le chemin, et qu’il me soit permis de vous dire, du fond du cœur, que la France ne vous abandonnera pas sur ce chemin, qu’elle sera votre amie, que la France vous admire, que la France vous respecte. »
« Vive la France, Vive Israël. Vive la paix pour Israël et pour la Palestine qui est une nécessité pour la paix du monde. Je vous remercie. »
Alain Gresh
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