02 mars 2009

Le 05 Mars... Seul avec l’humanité !

La force des logiques qui nous étouffent est à son paroxysme lorsqu’elles parviennent à nous habiter. Incroyable et insidieuse efficacité d’une entreprise qui aliène notre volonté et nous trompe sur notre personne, alors même que nous pensons être responsables de nos pensées autant que de nos actes. Le constat est clair : nous courons aujourd'hui le risque de ne plus nous appartenir.

Quand l’avoir l’emporte tellement sur l’être, qu’il semble être devenu la seule condition du bien-être, quand la vitesse de l’information est plus importante que son analyse, quand l’image l’emporte sur le verbe, quand enfin le progrès devient pour lui-même la justification de son bien-fondé… alors il devient difficile de vivre sa foi, de façonner son esprit, de déterminer ses repères, de marquer ses limites. Difficile d’être un homme, difficile d’être libre. J’entends libre de cette vraie liberté au souffle de laquelle l’esprit chemine et fait ses choix à proximité de son cœur, de ses méditations, de son intelligence, de ses espérances.

Seul…

L’Islam est une école. Elle a un objectif et un programme, un cadre et une dynamique, des exigences autant qu’une évaluation nécessairement formative. Son premier principe se fonde sur l’impérative liberté de celui qui s’y forme dés lors que celui-ci se sait et se reconnaît comme un être de conscience et de responsabilité. L’Islam dit une réalité et s’appuie sur un sentiment : tout commence par la solitude devant Dieu. Le premier espace de formation, d’édification, de résistance, de réforme et de liberté est le cœur si naturellement attiré vers le transcendant, si promptement déchiré par l’artifice ou noyé par le superficiel. Il n’y a pas de foi sans liberté, pas de liberté sans pleine possession de son être, cœur et esprit.

Or, notre monde et ses pouvoirs, la technologie et son efficacité, les modes et la vitesse nous amputent et nous perdent. Un être humain qui vit à la surface de ses désirs et dont les besoins ont pour la plupart été fabriqués n’est plus un être humain… ce peut même devenir une bête entretenant l’illusion de son humanité. Un monstre virtuel dont les excès ne tiennent parfois qu’à ce fil de la rationalité qui fait office de laisse. Si la rationalité est humaine, le monstre est dompté, mais si par malheur la rationalité n’est plus qu’économique ou financière, alors la bête se déchaîne et promet le pire, de carnages et de génocides. Nous l’avons trop constaté.

Décolonisation.

Notre religion nous apprend que la première résistance à ces dérives est à l’intérieur. Avec Dieu, dans l’approfondissement de la foi, l’être humain doit s’initier à la maîtrise, à la compréhension, à la pondération, à la nuance. Dans la prière ou la méditation, il doit prendre le temps de se connaître et de se reconnaître, de résister à ses propres violences, à ses colères, à sa volonté de pouvoir.

Ainsi son cœur doit devenir une classe dans laquelle il apprend à son esprit, à étudier, à approfondir, à s’éloigner des préjugés, à éviter les caricatures. La lumière du cœur est une des conditions pour s’orienter dans les profondeurs de l’esprit. Elle donne la force de répondre au premier devoir de résistance qui nous habite : contre les fausses idoles, contre la séduction dictature de nos seuls désirs, protéger la lumière de son cœur, construire l’autonomie de son esprit, revendiquer le droit de choisir en conscience son chemin et le sens de sa vie. Devant Dieu, seul, conscient et responsable.

La première résistance est aujourd'hui, très clairement, une entreprise de décolonisation. Il s’agit pour chaque être humain de retrouver le chemin de son être le plus profond, de redevenir un être libre.

La vie quotidienne, avec les modes de pensées et de consommation, la gestion du travail et celle du temps libre, la culture cinématographique et musicale, est propre à façonner, presque inconsciemment, une seconde nature qui s’apparente à une prison. Il faut s’en échapper. La spiritualité, profonde et exigeante, est la clé. Il existe un autre espace à «décoloniser».

Après notre cœur, notre intelligence. Jamais autant qu’aujourd'hui, l’information ne s’est trouvée concentrée en aussi peu de mains. Quelques entreprises et agences gèrent l’outil «média» comme une industrie, «une affaire qui marche». Tout se passe, en toute banalité, comme si le ton de l’élaboration intellectuelle, du débat de société ou des défis politiques était désormais donné par les médias et, parmi eux, par le support essentiel de l’image. La télévision n’est plus qu’un simple outil, elle est devenue un paramètre, une échelle, presque une valeur au chevet de laquelle les autres valeurs et les références se mesurent. Résister à cette tourmente de l’image et de la vitesse est aujourd'hui impératif : les citoyens doivent réapprendre à penser, à analyser, à débattre.

La Shura, la concertation, à laquelle invite l'Islam aux croyants, exige d’eux qu’ils forment leur intelligence et élaborent leur réflexion, en profondeur, avec précision et nuance. Il ne suffit pas de se dire croyant pour être protégé des caricatures et des simplifications : la communauté musulmane n’est d’ailleurs pas en reste quant aux analyses caricaturales ou aux jugements à l’emporte-pièce.
L’Islam exige de nous de libérer nos esprits et de vivifier nos intelligences : résistance intellectuelle active qui devrait être la conséquence naturelle d’une foi ancrée et d’une spiritualité épanouie.

Si ceux qui ont jugé le plus justement les erreurs et les insuffisances propres à la mentalité de notre époque s’en sont tenus généralement à une attitude toute négative ou n’en sont sortis que pour proposer des remèdes à peu prés insignifiants et bien incapables d’enrayer le désordre croissant dans tous les domaines, c’est parce que la connaissance des véritables principes leur faisait défaut, tout autant qu’à ceux qui s’obstinaient au contraire à admirer le prétendu «progrès» et à s’illusionner sur son aboutissement final.

Économie,politique et société.

Les ordres ont été inversés et l’on fait chaque jour l’expérience du primat de l’économie dans la gestion des affaires internationales comme des questions de sociétés. L’éthique et la morale ne sont pas, on le sait, les maîtres mots de ce type de gestion, et ce qui compte désormais, c’est le rendement, l’efficacité, le degré de subordination aux logiques du nouvel ordre économique… les dysfonctionnements politiques ou les mauvaises gestions sociales sont relativisés en fonction des profits financiers qu’ils permettent : une dictature qui «rapporte», en matière économique ou sur le plan géostratégique, n’est pas tout à fait une dictature et le critère d’une bonne politique se mesure essentiellement à sa capacité à protéger les intérêts de ceux qui l’appliquent.

Les aliénations, au sens propre et premier, se multiplient et s’additionnent : l’économie qui devait être un instrument au service d’une politique est devenue une finalité en soi : la société des citoyens qui devait être la finalité et donc, au premier chef, bénéficier de la gestion politique est insensiblement devenue un moyen, un simple instrument.

Au cœur du nouvel ordre économique, l’être humain, ancien sujet de son histoire, a la curieuse sensation d’être devenu un objet, un moyen, un jouet.

Pour les musulmanes et les musulmans, il s’agit de remettre les choses à leur place, dans le bon ordre. Que l’homme, devant le Créateur et avec ses semblables, redevienne une fin et non plus un moyen. Il s’agit de réinvestir, avec le cœur et avec l’intelligence, toutes les sphères dans lesquelles ce changement peut s’opérer. Sur le plan social, le devoir de résistance commence avec l’énoncé du clair refus que des sociétés industrialisées enfantent des milliers de chômeurs et tant d’autres millions de laissés pour compte.

La question ne relève pas des seuls moyens financiers mais bien de la sournoise préservation de l’intérêt de quelques uns et de l’absence de volonté politique. C’est à dire qu’il faut s’engager dans des projets locaux, des projets de proximité, par lesquels on doit lutter contre le chômage, l’exclusion, la marginalité et l’ensemble des fractures sociales.

Ce refus ne peut s’exprimer, comme c’est encore souvent le cas pour les musulmans, par la seule mise en place de projets fondés sur le bénévolat ou de la solidarité. La justice est un droit, non un cadeau, ni une charité. A terme, la résistance passe nécessairement par l’engagement citoyen et politique.

Refuser les passe-droits, exiger que des volontés politiques soient explicitées, demander des comptes, questionner les choix de politique sociale, sont autant d’attitudes qui doivent permettre aux citoyens de confession musulmane de participer avec les autres à réformer leurs sociétés. A tous les niveaux, des initiatives sont attendues qui permettent des gestions économiques alternatives et, surtout, un retour de la politique à sa véritable vocation fondée sur le débat et la participation citoyenne. Pour les musulmans comme pour tous les êtres humains, pas de résistance sans participation.

Reprendre possession de son cœur, construire son intelligence et s’engager à promouvoir des projets alternatifs de proximité sont autant de manifestations de ce devoir de résistance qui est le nôtre. Nous n’oublierons pas non plus que la justice exige de nous que, du cœur de l’Océan Indien, nous devenions autant de voix qui ne craignent pas de dénoncer les dictatures, les tortures, les hypocrisies et les dérives inhumaines, qu’elles soient ou non perpétrées au nom de l’islam.

Quand le silence complice étouffe, notre dignité est la dénonciation… L’emprisonnement de tant d’innocents de par le monde pourrait bien finir par nous rendre coupables de si mal gérer nos libertés. Aucun intérêt économique ne peut justifier notre silence.

A moins que ce ne soit la crainte ? La peur ? La paresse ? Le confort et la luxure ? Que dirons-nous le jour où il n’y aura d’ombre que Son ombre ? Que nous craignons pour nos vies ? Pour notre « réputation » ? Que nous ne pouvions pas ? Que nous étions seuls ?…. Seuls…?

Alors qu’à chacune de ses pages, la Révélation nous rappelle que Dieu aime les pieux qui prient comme les justes qui résistent. Au demeurant, nous ne sommes pas seuls et tant d’autres consciences sont amies de ce même combat, de cette même résistance.

Dieu exige de nous la fidélité et notre foi nous commande la dignité. Le devoir de résistance est l’exacte réalisation de cette fidélité digne, consciente que l’on n’est jamais aussi prés de Dieu que lorsqu’on lutte contre l’inhumanité des hommes.

Avec cœur, au nom du droit.

Commentaires

Il y a beaucoup de choses et de niveaux qui se croisent dans ce texte intéressant dont on pourrait faire une analyse à l'éclairage de la pensée scientifique. L'illusion et en même temps la nécessité de l'impossible communication extérieure, et le retournement vers l'unification du contact intérieur indicible.

"La raison est la béquille de celui qui n'a pas la connaissance".

Ecrit par : Guy Pignolet | 03 mars 2009

Farouck, c'est limpide : il faudra des siècles de lumière pour que l'ensemble de nos élus et la sociète civile comprennent l'orientation de ton texte

Ecrit par : Cécile | 03 mars 2009

Lumineux... j'apprecie énormément ce texte ; merci

Elian

Ecrit par : elian | 03 mars 2009

C'est très bien écris Farouck....j'aime beaucoup.

Merci

Reza

Ecrit par : Reza | 03 mars 2009

J'apprecie ce texte, il répond tout à fait à mes attentes, félicitations à celui qui l'a écrit

Ecrit par : Fabienne | 03 mars 2009

"La raison est la béquille de celui qui n'a pas la connaissance". merci Guy, je dirais plutôt, a contrario des pensées venant d'Occident que le coeur a ses raisons que la raison reconnaîtra...

Farouck

Ecrit par : farouck | 03 mars 2009

Très cher Farouck, Nous ne nous sommes jamais rencontré bien que nous ayions des connaissances communes, le temps viendra.

Je ne répèterai pas les éloges, tout a été dit.

Je suis sans religion, mais ni athée, ni non croyant. Le Grand Oeuvre ne peut qu'être admiré et il est a souhaiter que les hommes de bonne volonté, de toutes confessions ou sans, libres de penser, puissent un jour se rassembler sans haine, sans désir de domination, sans vouloir imposer aux autres ce qui est dans son coeur et qui les rapprochent de ce Dieu que tu prie, qu'ils prient, que nous admiront tous chacun à notre façon.
Les étoiles, les galaxies, la physique, les mathématiques sont là pour nous unir sur un patrimoine commun.
Ouvrons les yeux, et notre coeur soyons libre de penser.

Hélas, beaucoup d'intérêts privés et particuliers, agitent des groupuscules qui pensent avoir les yeux ouvert, mais qui sont aveugles. Quelques fois l'oeuil averti de celui qui prend du recul et le temps d'analyser les causes et les effets peut se rendre compte que l'origine du mal n'est pas du fait de celui qui le perpétue.
Ainsi des extrémistes de tous poils essaient ils d'imposer l'égémonie de leur religion.

En France nous avons la chance d'avoir un Etat laïc qui garanti l'impartialité des droits et des devoirs du citoyen, sans distinction d'appartenance religieuse. Laïcité en péril, par des attaques répétées. Elle se fragilise. Les ames simples entendent des discours les perdant dans leur liberté de penser. Jeunes des banlieues agités par de faux musulmans ou des extremistes dangereux, tractations et louvoiments de l'Eglise de Rome pour revenir dans la conduite de l'Etat, (le tout au détriment du croyant pur et simple) etc.. et tant d'autres manoeuvres.

Le risque est de perdre notre liberté si chère de penser, le droit de croire ou pas et donc de s'élever vers la lumière de celui que l'on appel Dieu, Allah, ou autre.

Il faut être des résistants prudents, mais vigilants, il faut préserver la séparation du Coeur et de la raison d'Etat. Pour la paix et la liberté de tous.

Je te remercie, de me permettre de m'exprimer et je te remercie de tes paroles sages. Je suis convaincu du bien fondé de l'islam pour les croyants fidèles et raisonnés, comme pour toutes autres religions.

J'espère ardemment que tes mots et ton dicours éclairé pourront atteindre certains dont hélas les comentaires dans d'autres sites ou blogs se disant musulmans n'incitent pas à penser ainsi.

A bientôt d'avoir encore le plaisir de te lire et j'espère, prochainement, de se rencontrer.

Que la paix et la lumière du Grand Oeuvre puissent t'accompagner.

Ecrit par : Jihelge | 05 mars 2009

Merci Jihelge et que la Paix et la lumière t'accompagnent aussi

Ecrit par : farouck | 05 mars 2009

Ecrire un commentaire