28 octobre 2008
Entretien avec un dissident français contraint à l'exil
Thierry Meyssan : En décembre 2002, le secrétaire US à la Défense Donald Rumsfeld a signé la directive 3600.1 visant à discréditer ou à éliminer des personnalités françaises qui s’opposaient à la Guerre globale au terrorisme. Cette liste comprenait en premier chef Jacques Chirac, puis de grands industriels, j’y figurais en plus à cause de mon travail sur le 11-Septembre.
On était trois mois avant l’invasion de l’Irak. C’était l’époque de l’hystérie anti-française à Washington. Les services secrets français ont été informés que des assassinats avaient été sous-traités par le Pentagone au Mossad et m’ont mis en garde. Mes amis et moi, nous avons cherché à prendre contact avec les autres cibles. Un des administrateurs du Réseau Voltaire, était un ancien ami de l’une de ces personnalités. Nous avons pris rendez-vous avec elle, début mars, mais elle est décédée quelques jours avant le rendez-vous, dans des circonstances qui ont été qualifiées de très suspectes par les enquêteurs.
L’État a alors réagi. Le président Chirac a joint par téléphone le Premier ministre israélien et l’a prévenu que toute action entreprise non seulement sur le territoire français, mais n’importe où dans l’Union européenne, serait considérée comme un acte hostile envers la France. À chacun de mes déplacements hors de l’Union européenne, les services français joignaient leur homologues locaux pour leur demander de veiller à ma protection.
Je savais qui est Nicolas Sarkozy et je me doutais bien que les choses changeraient avec son élection. Lorsque je suis rentré de voyage pour voter, le 6 mai 2007, j’ai été arrêté devant les autres passagers à la sortie de l’avion à Orly. Après m’avoir fait poireauter avec des clandestins et des trafiquants de toutes sortes, un officier de la DST m’a laissé sortir en me disant : « Bienvenue au pays M. Meyssan, un pays qui va bientôt changer, beaucoup changer ». Le soir Sarkozy était élu. Quelques jours plus tard, il était à l’Élysée et commençait la purge.
Pendant l’été, Nicolas Sarkozy s’est rendu en famille aux États-Unis. Il était accompagné de nombreux collaborateurs qui suivaient son avion de ligne dans un avion officiel. Ils ont eu des entretiens avec l’Administration Bush sur toute une série de sujets, graves ou futiles. J’ai été informé que les États-Uniens avaient demandé que des mesures soient prises pour me neutraliser en application des Décrets présidentiels US 13438 et 13441.
J’ai cru au début que ces décrets étaient fondés sur le Patriot Act et je ne voyais pas comment ils pouvaient trouver une application en droit français. Je me disais que les atlantistes finiraient bien par inventer un biais juridique et que je devais songer à prendre le large, mais je croyais avoir beaucoup de temps devant moi. Il s’est avéré que ces décrets se fondaient sur le Trading with the Enemy Act de 1917 et ses développements ultérieurs. En d’autres termes, j’étais désormais considéré comme une menace pour la sécurité des États-Unis. Le Pentagone, qui fait jouer la clause 5 du Traité OTAN depuis les attentats de 2001, a demandé l’assistance automatique de ses alliés. Bref, tous les services secrets des États membres de l’Alliance atlantique pouvaient être sollicités pour me neutraliser. J’ai été informé que quelque chose se tramait contre moi. J’ai fait mes valises et j’ai quitté la France deux jours plus tard.
Au demeurant, le danger ne se limite pas aux pays de l’OTAN. Une opération a été organisée contre moi en décembre 2007 à Caracas, qui a été déjouée par la police vénézuélienne. En août 2008, j’ai dû annuler ma participation à une conférence internationale en Autriche après avoir été avisé par un État ami qu’une opération avait été préparée contre moi.
En outre, des pressions sont exercées contre mes compagnons de lutte au Proche-Orient, en Amérique latine et dans d’autres États européens. Je ne peux vous en faire la liste sans compliquer les problèmes. Jürgen Cain Kulbel a été brièvement incarcéré en Allemagne et pourrait l’être à nouveau. Techniquement, le seul fait retenu contre lui par le tribunal est le lien qu’il avait installé sur son site web pointant sur celui du Réseau Voltaire.
Avez-vous des preuves que vous êtes réellement en danger — comme vous le dites — en France et dans les pays de l’OTAN ?
Thierry Meyssan : Non, les listes US sont secrètes, sauf en ce qui concerne les avoirs financiers bloqués aux USA, mais je n’en ai pas. Mais j’ai des témoins de plusieurs contacts.
La France est une démocratie et est considérée comme la patrie des droits de l’homme. Ce n’est pas le Chili sous la dictature de Pinochet. Que vous ayez dû la quitter n’est-il pas tout simplement incompréhensible, en particulier pour les citoyens français ?
Thierry Meyssan : Ces situations ne sont pas comparables. Au Chili, les États-Unis avaient installé une dictature militaire. En France, ils disposent juste d’agents au sommet de l’État et à la tête des différents services de sécurité. Mes concitoyens devraient être plus attentifs à la répression actuelle qui frappe à la fois des hommes politiques de premier plan, de hauts fonctionnaires et des journalistes. L’équipe de Nicolas Sarkozy s’appuie sur quelques magistrats dévoyés pour paralyser ses adversaires politiques et abuse de son pouvoir et de son influence pour virer les journalistes qui refusent de se courber.
Regardez d’abord la prise de contrôle des médias. Sarkozy a placé les siens à la tête des médias privés et purge les médias publics. Il y a un an, les syndicats de journalistes ont appelé l’opinion publique au secours. Ils affirmaient qu’il devenait impossible d’enquêter sur Nicolas Sarkozy et de relater les critiques populaires dont il fait l’objet. Ils s’inquiétaient de perdre la liberté de s’exprimer en étant pris en tenaille entre d’une part des juges qui violaient le secret des sources, et d’autre part, des patrons de presse directement liés à l’Élysée. Personne ne les a cru et maintenant, c’est trop tard. Tout est verrouillé.
Des exemples ? L’équipe du président s’est installée à TF1 et une de ses anciennes maîtresses y présente le JT. Les médias étrangers se sont gaussés de cette affaire, mais les médias français qui l’ont évoquée ont été condamnés pour « atteinte à la vie privée ». C’est un invraisemblable détournement de la loi de 1881 sur la presse. Désormais, la corruption et le népotisme, lorsqu’ils concernent l’équipe Sarkozy, sont des sujets tabous. Les aborder, vous conduit directement en correctionnelle.
Sarkozy a corrompu publiquement une dizaine d’éditorialistes en leur offrant des prébendes. Certains ont été engagés dans des cabinets ministériels, voire à l’Élysée, d’autres ont été nommés dans des commissions bidon, où, réduits à l’état de courtisans, ils bénéficient des fastes de la République. Louis XIV tenait la noblesse en l’occupant à Versailles, Sarkozy distrait les éditorialistes qui devraient analyser sa politique en les occupant à des mondanités et en leur faisant rédiger des rapports qu’il ne lit pas.
Pendant ce temps, les époux Kouchner-Ockrent licencient à RFI et France24 tous ceux qui résistent à l’influence US. Après Richard Labévière, un rédacteur en chef réputé qui avait le défaut de donner la parole aux anti-atlantistes, le dernier en date est Grégoire Deniau pour avoir organisé un débat sur le 11-Septembre en invitant en première partie Issa El-Ayoubi, vice-président du Réseau Voltaire, et en seconde partie Atmoh, porte-parole de ReOpen911.
Le problème, ce ne sont pas les journalistes. Il y en a de remarquables en France. Ce sont les médias. Ils sont déjà sous contrôle et la fonction de contre-pouvoir n’est plus assurée.
Par ailleurs, lorsque le grand public entend parler d’une affaire pénale qui touche une personnalité, il n’y voit qu’un cas particulier. Mais si l’on met en perspective tous ces cas particuliers, on voit bien qu’ils traduisent une stratégie.
Sur plainte personnelle de Nicolas Sarkozy, des juges d’instruction ont interdit de voyager à l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, et l’ont astreint à payer une caution démesurée et humiliante. Bien que ne disposant d’aucun élément concret à charge, le procureur vient de le renvoyer en correctionnelle. L’affaire Clearstream offre certes à Sarkozy un moyen d’éliminer un rival politique, mais il ne l’a pas pour autant organisée. C’est une machination montée de toutes pièces par son beau-père, l’ambassadeur Frank Wisner, via une de ses officines londoniennes, Hakluyt & Co. Le but est d’envoyer Villepin en prison pour que nul n’ignore qu’on ne défie pas impunément le secrétaire d’État des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU.
Des magistrats ont perquisitionné le domicile de l’ancien directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour lui extorquer les secrets des chiraquiens. Et ces jours-ci, des documents saisis sont miraculeusement arrivés dans des rédactions parisiennes. Des hebdomadaires proches du pouvoir en ont publié des extraits. Il semble que l’on cherche à faire passer des documents de travail, énonçant des hypothèses, pour des rapports finaux, présentant des conclusions. Et que l’on cherche à faire croire que les RG persécutaient les seuls socialistes. C’est de la manipulation pure et simple. Chaque fois que l’on est dans l’opposition, on doit se protéger de cette police politique, et chaque fois que l’on est au pouvoir, on fait des pieds et des mains pour se procurer des copies de ses notes. Le pouvoir exerce une pression incroyable sur ce fonctionnaire pour le faire craquer. C’est bien hypocrite. Car dans le même temps, au lieu de dissoudre enfin les RG, on les a réorganisés et on a augmenté leurs moyens en les fondant dans une administration plus opaque encore.
Jusqu’au capitaine Paul Barril qu’ils ont mis en prison pour lui arracher les secrets de Mitterrand. Ils l’ont accusé d’être un tueur à gage et l’ont si maltraité qu’il a dû être hospitalisé, avant d’être relâché sous caution. À ce propos, permettez moi une digression sur le génocide rwandais. Barril s’est défendu des attaques portées contre lui à ce sujet en mettant en cause le président Kagamé. Celui-ci a alors commandité un rapport sur l’implication française dans ce drame historique. À le lire, on comprend que les officiers supérieurs français, François Mitterrand et tout son cabinet, et le gouvernement de cohabitation dans son ensemble seraient tous responsables du génocide… sauf, bien sûr le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement de l’époque, Saint Nicolas Sarkozy. C’est stupide. Il y a à l’évidence des responsabilités françaises, mais certainement pas de culpabilité collective. Et au demeurant, il est impossible de comprendre et de juger ce crime, qui fit plus de 800 000 morts, sans le replacer dans son contexte et juger aussi les guerres des Grands Lacs qui firent au total plus de 6 millions de morts et dont les responsables ne sont pas à chercher à Paris, mais à Washington et Tel-Aviv.
Maintenant, les atlantistes montent une affaire contre Jacques Chirac qu’ils accusent d’avoir organisé, il y a dix ans, l’assassinat d’un journaliste qui aurait mis son nez dans ses comptes bancaires à l’étranger. Le pouvoir déploie des moyens extravagants pour construire cette nouvelle machination. Ainsi, un juge d’instruction a procédé à une perquisition au cabinet de l’avocat de Chirac dans des conditions plus que douteuses. Mais à Washington, on n’a pas pardonné à Chirac de s’être opposé à l’invasion de l’Irak et on inventera n’importe quoi pour le faire tomber.
Je ne dis pas que tous ces gens sont des anges, mais ce dont on les accuse est grotesque et ressort exclusivement de la persécution politique. Je ne dis pas non plus que la Justice est pourrie, mais que ces affaires ont été confiées à des juges et à des procureurs qui sont aux ordres.
Quand à ceux que les atlantistes ne peuvent impliquer dans de pseudo-affaires pénales, ils les espionnent. En juin-juillet-août 2007, le bureau du Réseau Voltaire à Paris a été placé sous surveillance. Toute personne entrante ou sortante a été photographiée, des filatures nécessitant un important personnel ont été conduites pour identifier les uns et les autres. Ce traitement est général. Même le domicile de Ségolène Royal a été « visité » plusieurs fois par les services secrets, c’est-à-dire illégalement perquisitionné.
Depuis le 1er juillet 2008, la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur met en place dans l’urgence le fichier EDVIGE, en violation des Traités internationaux, notamment du Pacte de l’ONU sur les droits civils et politiques. Elle fiche les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, l’appartenance syndicale, l’état de santé et les pratiques sexuelles de tous les Français. La DCRI n’en reste pas là, elle utilise les dernières techniques US d’étude des « réseaux sociaux » pour cartographier vos relations amicales, professionnelles et politiques. On ne vise plus simplement des individus, mais les milieux dans lesquels ils évoluent, les groupes auxquels ils participent. Un recours a été engagé en Conseil d’État par le SM, la LDH, le SAF, des associations gays et des syndicats, qui débouchera peut-être sur l’annulation du décret en décembre. Nicolas Sarkozy a endormi l’opinion publique en déclarant lui-même qu’il fallait revoir le décret, mais il ne l’a pas abrogé.
En attendant, pendant ces six mois, on collecte et informatise des données. Une affaire survenue dans le Rhône a révélé que, malgré les déclarations lénifiantes du président, la police du Rhône fichait la religion des fonctionnaires territoriaux. C’est une maladresse qui révèle l’ampleur du travail de renseignement en cours. Il est improbable que ces données soient jamais détruites, même si le juge administratif le requiert. Elles seront simplement intégrées au fichier CRISTINA et classées Secret-Défense. En définitive, on aura utilisé les moyens des ex-Renseignements généraux pour constituer un fichier au profit de l’ex-DST, qui est sensée ne s’occuper que de contre-espionnage. Puis, dans le cadre de la prétendue coopération anti-terroriste, ces données politiques seront transmises aux services états-uniens, car CRISTINA est conçu pour être compatible avec les fichiers US.
Cela vous étonne ? Mais déjà bien des données individuelles sont transmises aux USA en violation des lois françaises et des conventions européennes. C’est vrai pour tout ce qui concerne vos virements bancaires internationaux ou vos déplacements aériens.
La France a déjà basculé dans une forme de régime autoritaire sous tutelle US. On dit qu’une grenouille plongée dans de l’eau tiède que l’on porte lentement à ébullition ne réagit pas au changement progressif de température, qu’elle s’engourdit et meurt. Les Français se comportent de la même manière. Ils tolèrent la destruction progressive de leurs libertés. Ils ont déjà largement dépassé le seuil du tolérable et ne réagissent pas, ne réagissent plus.
Sous l’égide des États-Unis, les dictatures d’Amérique latine avaient mis en place dans les années 70 un système de persécution des opposants politiques appelé Plan Condor. Vous avez écrit que ce système a été réactivé et étendu dans le monde à travers l’OTAN. La comparaison n’est-elle pas exagérée ?
Thierry Meyssan : Ce n’est pas une comparaison. C’est une constatation. Elle a été confirmée par de des rapports officiels au Parlement européen et au Conseil de l’Europe. Les États-Unis ont étendu à l’Europe occidentale les méthodes qu’ils avaient utilisé il y a quarante ans en Amérique latine. Une internationale de la répression est déjà à l’œuvre. Des centaines de personnes ont été enlevées sur le territoire de l’Union européenne, exfiltrées et torturées. Jacques Chirac a protégé notre pays de ces crimes ; il n’en est plus de même aujourd’hui. Le premier cas identifié est celui de Mohammad As-Siddik, disparu en plein Paris le 13 mars dernier alors que la France devait le présenter à une juridiction de l’ONU, mais il doit y en avoir déjà beaucoup d’autres.
Plus de 80 000 personnes ont transité au cours des sept dernières années dans les prisons secrètes de la CIA et de la Navy. 26 000 sont actuellement séquestrées.
Les exemples sont nombreux de personnes sur lesquelles planait la menace d’un assassinat et qui ont été retrouvées mortes d’une autre manière : suicide, crise cardiaque, accident... Voulez-vous vous suicider ? Avez-vous des problèmes de santé ? Prenez-vous des risques dans vos déplacements ?
Thierry Meyssan : Je ne suis pas dépressif et n’ai aucune inclination suicidaire. J’ai fait faire des examens de santé et n’ai aucune maladie susceptible de provoquer une mort subite. Je fais attention dans mes transports et ne me déplace jamais seul.
Lorsque les menaces ont commencé à se concrétiser, avez-vous été soutenu en France ? Des organisations politiques vous ont-elles aidé ? Les autres journalistes vous ont-ils défendu ?
Thierry Meyssan : Aucune organisation ne m’a aidé. La plupart de mes « confrères » journalistes ont fuit la difficulté. Reniant la tradition voltairienne de la presse, ils ont prétexté ne pas vouloir se prononcer sur les polémiques entretenues contre moi pour ne pas voir ce qui était en train de se passer. C’est l’excuse classique des lâches chaque fois que la liberté est en question. Certains cependant m’ont aidé et je ne vais pas les dénoncer. Pareil parmi les politiques et les militaires.
Non seulement, ceux qui auraient dû me défendre ne l’ont pas fait, mais des gens ordinaires qui n’ont rien à voir avec tout cela ont prêté leur concours à une surveillance illégale. La banque qu’utilisait le Réseau Voltaire (en l’occurrence l’agence Gare de l’Est du Crédit coopératif) nous a convoqué pour nous demander de révéler le nom de nos principaux donateurs, ce qu’évidemment nous avons refusé de faire. Nous avons alors clôturé notre compte et ouvert une autre structure hors de la zone OTAN. Mais cette procédure illégale a été étendue à mes proches et à mes compagnons de lutte. Lorsque l’un d’entre eux encaisse sur son compte un versement ou un virement de plus de 500 euros , il est joint par son banquier qui lui demande d’en justifier la provenance. Pour n’importe qui, c’est étouffant, pour un commerçant ou un travailleur indépendant, c’est du harcèlement.
Vous avez quitté la France alors qu’elle évolue - dites-vous - vers un régime répressif. Avez-vous abandonné votre pays ? Avez-vous abandonné le combat politique ?
Thierry Meyssan : Certainement pas. C’est l’inverse. J’ai quitté la France pour poursuivre mon combat. Les États-Unis ont tenté différentes approches contre moi : d’abord me discréditer, puis me ruiner, puis me corrompre, enfin m’éliminer. Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir. C’est parce que j’aime la France et l’idéal qu’elle porte que je suis parti.
Ma situation semble exceptionnelle. C’est faux. Je suis simplement le premier à qui cela arrive. Il y en aura d’autres.
Votre pays vous manque-t-il ? Voulez-vous y retourner ?
Thierry Meyssan : Des amis m’entourent ici, mais la France est ma patrie. J’y ai laissé les miens. Comment voulez-vous qu’elle ne me manque pas ?
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Et si on profitait de la crise pour s’arrêter et réfléchir ?

À tous les tartufes qui vont nous dire : « Vous n’avez pas honte d’appeler à une Journée sans achat alors que le monde est en crise ? », nous rappelons que le plus sûr moyen d’aggraver la crise est de continuer dans la fuite en avant du consumérisme sans être capables de s’arrêter pour réfléchir.
La société de consommation est aveugle, il n’y a pas de croissance et de développement économique infinis possibles sur une planète dont les ressources sont limitées.
Nous extrayons aujourd’hui deux fois trop de ressources fossiles, et nous émettons dans l’atmosphère plus de deux fois plus de gaz carbonique que la planète ne peut en absorber. La biodiversité s’effondre.
C’est aujourd’hui que l’extraction du pétrole entre en déclin. La société de consommation engendre un pillage et l’injustice : 20 % de la population de la planète, les pays riches, consomment plus de 80 % des ressources planétaires.
Notre niveau de consommation a un coût : l’esclavage économique de populations entières.
La société de consommation est mortifère, elle réduit l’humain à n’être qu’un agent économique : producteur-consommateur.
Elle nie nos dimensions politique, culturelle, philosophique, poétique ou spirituelle qui sont l’essence même de notre humanité.
Nous devons nous libérer de cet obscurantisme qui consiste à croire en la toute-puissance de la technoscience et à nous défausser sur elle de nos responsabilités.
Renouons avec notre capacité d’autolimitation et de création, individuellement, avec la simplicité volontaire, et collectivement, grâce à la décroissance.
Casseurs de pub
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Les relations israélo-américaines : des vérités choquantes
S’exprimant lors de la conférence organisée à Londres par le Center for the Study of Terrorism [CFSOT] afin d’explorer de manière exhaustive les effets de la « guerre mondiale au terrorisme » menée sous la houlette des Etats-Unis, l’orateur a ajouté que le régime sioniste, avec la couverture approbatrice de Washington, « ignore tout simplement les résolutions de l’Onu condamnant ses violations des droits fondamentaux des Palestiniens ».
M. Hart, qui est un expert britannique de grand renom dans les affaires moyen-orientales, et un ancien dirigeant d’une chaîne de télévision, puisqu’il a occupé la fonction de contrôleur de la chaîne BBC One, a exprimé sa préoccupation au sujet du préjugé pro-israélien dont font preuves les médias occidentaux dès lors qu’il est question du Moyen-Orient.
« Le monde est en train de s’effondrer. Il n’y a qu’une seule et unique façon de s’opposer au deux-poids deux-mesures des médias occidentaux : il faut tenir les gens au courant de ce qu’il se passe réellement », a-t-il dit.
Il a observé qu’au cours des six décennies consécutives à la création de l’entité sioniste [eng. the State of Israel, ndt], les Etats-Unis ont opposé leur véto à la plupart des résolutions anti-israéliennes adoptées par le Conseil de Sécurité, en dépit des violations grossières et le plus souvent barbares des droits des Palestiniens par l’Etat juif. L’injustice infligée aux Palestiniens n’a aucun précédent dans l’Histoire.
Parlant du conflit palestino-israélien, il l’a décrit comme étant analogue au conflit interminable entre les Britanniques et les Irlandais, le gouvernement britannique ayant déplacé des Ecossais en Irlande du Nord afin de l’occuper peu-à-peu. « Une situation similaire prévaut en Palestine, où les juifs sont en train d’occuper des terres musulmanes », a-t-il expliqué, faisant retomber sans autre forme de procès le blâme sur les épaules de la politique étrangère du Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair et sur son étroite alliance avec le président états-unien George Deubeuliou Bush, qui n’ont fait que répandre le terrorisme et l’extrémisme dans le monde entier.
Exhortant les musulmans à s’élever contre l’islamophobie « qui est en train de se répandre sur l’ensemble de notre planète », M. Hart a fait part de sa préoccupation devant la situation de l’Iran, qui est en train de devenir la victime d’une collusion entre décideurs politiques de Washington, de Londres et de Tel Aviv. « L’Iran est en permanence visé par la propagande guerrière des médias américains », a-t-il dit.
Dans son dernier ouvrage : Le sionisme : Le véritable ennemi des juifs [Zionism : The Real Enemy of the Jews], M. Hart développe la façon dont une telle collusion est en train de préparer une confrontation globale entre civilisations et comment cela pourrait être évité. Il croit fermement en l’idée que ce dont la sauvegarde de la paix a besoin, par-dessus tout autre chose, c’est un minimum de vérité « au sujet de beaucoup de choses, mais en particulier, au sujet de la différence entre la mythologie sioniste et l’histoire réelle, et aussi la différence entre le judaïsme et le sionisme, qui fait qu’il est parfaitement possible d’être passionnément antisioniste sans être en aucune façon ni le moins du monde antisémite ».
Ceux qui désirent percer à jour la vérité sous-jacente à la politique moyen-orientale et comprendre de quelle manière les Etats-Unis sont peu-à-peu tombés en disgrâce aux yeux des masses arabes devraient étudier très sérieusement les propos de M. Hart. Bien entendu, ce qu’il nous dit ne surprend absolument pas l’immense majorité d’entre nous, qui vivons dans cette région du monde. Penseur à l’indépendance d’esprit farouche, M. Hart a eu de nombreuses conversations privées avec les acteurs clés d’un côté et de l’autre du conflit arabo-israélien, parmi lesquels Golda Meir, Shimon Peres et Yasser Arafat. Durant la présidence Carter, Alan Hart créa des canaux diplomatiques officieux afin de rendre possible un dialogue exploratoire entre Arafat et Peres, la diplomatie américaine ayant les plus grandes difficultés à faire progresser le processus de paix au moyen de la diplomatie institutionnelle, en raison de l’influence indue du lobby sioniste tant sur la vie politique américaine que sur les hommes politiques américains eux-mêmes.
A la question de savoir si le lobby sioniste ne risquait pas de chercher à le discréditer comme il l’avait fait en ce qui concerne nombre d’universitaires et de chercheurs avant lui, M. Hart a répondu : « J’ai trois enfants, et quand le monde finira par s’effondrer tout-à-fait, je veux être en mesure de les regarder dans les yeux et de leur dire : « Ne me jetez pas la pierre : j’ai essayé de faire ce que je pouvais… »
« L’enfer », dit-il, « c’est lorsque vous comprenez que votre vie touche à son terme et que vous n’avez pas mobilisé tous vos talents et toutes vos ressources autant que vous auriez pu le faire afin de changer quelque chose - c’est-à-dire que l’enfer, c’est le moment où vous prenez conscience, après mûre réflexion, que vous avez bousillé votre vie. Le Paradis, en revanche, c’est la prise en considération de l’approche de votre mort sans crainte, parce que vous savez qu’au contraire, vous avez fait de votre mieux pour changer, aussi peu que ce soit, le monde. »
C’est là une déclaration sans équivoque. Une déclaration que les deux hommes politiques actuellement en compétition pour accéder à la présidence des Etats-Unis devraient étudier avec la plus grande des attentions.
Tariq Al-Maeena - traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
06:29 Publié dans Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21 octobre 2008
Le top 20 des intellectuels à travers le monde
L’information a été relayée et promu sur différents sites Web officiels et de journaux. Au final, le nombre de votants a atteint plus de 500 000 personnes, dépassant de loin les attentes du magazine.
Les 10 premiers du top 20 sont de confession musulmane...
1) FETHULLAH GÜLEN
Savant musulman – Turquie
Un savant musulman avec un réseau mondial de millions d'adeptes, Gülen est à la fois vénéré et injurié dans son pays natal, la Turquie. Pour les adeptes de son mouvement, c’est un leader charismatique qui encourage à une vie guidée par les principes islamiques modérés. Pour ses détracteurs, il représente une menace pour la Turquie laïque. Il garde un profil relativement bas depuis son installation aux États-Unis en 1999, où il a fui la Turquie après avoir été accusé de porter atteinte à la laïcité.
2) MUHAMMAD YUNUS
Microfinancier, militant – Bengladesh
Il y plus de 30 ans, Yunus a prêté plusieurs dizaines de chefs d'entreprise pauvres dans son pays natal, le Bangladesh, une somme de 27$. Ce fut le début d'une vie consacrée à la lutte contre la pauvreté par le biais du microfinancement, des efforts qui lui ont valu un prix Nobel de la paix en 2006. Au fil des ans, sa « Grameen Bank », opérant aujourd'hui dans plus de 100 pays, a prêté près de 7 milliards de dollars US, en petites sommes, à plus de 7 millions d'emprunteurs – dont 97% des femmes. 98% de ces prêts ont été remboursés.
3) YUSUF AL-QARADAWI
Savant musulman – Egypte/Qatar
Hôte de l’émission populaire La Charia et la Vie sur Al-Jazeera, Al-Qaradawi donne des avis juridiques islamiques (fatwas) hebdomadaires, sur toutes questions allant de celle à savoir si l’islam interdit la consommation de l’alcool (oui), à la question de savoir si le combat contre les troupes US en Irak est une forme légitime de résistance (oui). Considéré comme le chef spirituel des Frères Musulmans, Al-Qaradawi a condamné les attentats du 11 septembre, mais ses déclarations depuis, à l'instar de sa justification des opérations martyres, assurent la division autour de sa réputation.
4) ORHAN PAMUK
Romancier – Turquie
Expert politique d’une part, et célébrité littéraire d’une autre, Pamuk est le premier chroniqueur de la danse difficile de la Turquie entre l'Orient et l'Occident. Ses œuvres habilement conçues mettent à nu les relations épineuses de son pays d'origine avec la religion, la démocratie et la modernité, en lui faisant gagner un prix Nobel de littérature en 2006. Il y a trois ans, Pamuk a été traduit en justice pour « insulte à l'identité turque » après avoir mentionné le génocide arménien et le sort des Kurdes de Turquie dans une interview. L'accusation a été abandonnée plus tard. Aujourd'hui, Pamuk enseigne la littérature à l'Université de Columbia.
5) AITZAZ AHSAN
Avocat, politicien – Pakistan
Bâtonnier des avocats de la cour suprême du Pakistan, Ahsan a été un adversaire affirmé du règne du président Pervez Musharraf. Lorsque Musharraf a écarté le chef de la cour suprême en Mars 2007, c’était Ahsan qui a dirigé le mouvement judiciaire pour réintégrer le juge en chef, et qui a rallié des milliers d'avocats qui sont descendus dans la rue en signe de protestation. Il a été arrêté à plusieurs reprises au cours de la période d'état d'urgence l'année dernière. Aujourd'hui, il est un membre chevronné du PPP (Pakistan Peoples Party), anciennement dirigé par Benazir Bhutto, et l'un des hommes politiques les plus reconnus du pays.
6) AMR KHALED
Télévangéliste musulman – Egypte
Précédent comptable devenu évangéliste vedette, Khaled prêche une interprétation simple et moderne de l’islam à des millions de fidèles téléspectateurs à travers le monde. Avec un discours charismatique et un style décontracté, Khaled mélange des messages d’intégration culturelle et de dur travail avec des leçons sur la manière d’avoir une vie islamique de sens. Bien que Khaled ait commencé en Egypte, il s’est récemment installé en Grande Bretagne pour conseiller les jeunes musulmans européens de la deuxième génération.
7) ABDOLKARIM SOROUSH
Enseignant – Iran
Soroush, un ancien professeur d'université à Téhéran et spécialiste de la chimie, de la poésie soufie, et de l'histoire, est largement considéré comme l'un des premiers philosophes islamiques du monde. Ayant contrarié les mollahs à cause de son travail avec des militants démocratiques de l’Iran, il est récemment parti vers l'Europe et les États-Unis, où ses essais et ses conférences sur la philosophie religieuse et les droits de l'Homme sont suivis de près par le mouvement réformiste iranien.
8) TARIQ RAMADAN
Enseignant – Suisse
Professeur de philosophie et d'islamologie aux universités d'Oxford et de Rotterdam. Attaché à l'université de Doshisha (Kyoto), il est également président du groupe de réflexion et d'action "European Muslim Network" à Bruxelles. Engagé depuis 20 ans dans le renouveau de la pensée musulmane et dans une réflexion sur la place de l'islam en Occident, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Les musulmans dans la laïcité" ou "Mohammad, vie du Prophète". Il est interdit de séjour en Arabie Séoudite par ses prises de position contre la Pétro-monarchie.
9) MAHMOOD MAMDANI
Anthropologue culturel – Ouganda
Né en Ouganda de parents originaires de l'Asie du Sud, Mamdani a été expulsé du pays par Idi Amin en 1972, et finalement installé aux États-Unis. Son travail explore le rôle de la citoyenneté, l'identité, et la création de récits historiques en Afrique postcoloniale. Plus récemment, il a concentré son attention sur l'islam politique et la politique étrangère US américaine, en faisant valoir que le terrorisme islamiste moderne est un sous-produit de la privatisation de la violence dans les dernières années de la guerre froide. Il enseigne à l'Université de Columbia.
10) SHIRIN EBADI
Avocate, militante des droits de l’Homme – Iran
La première femme juge en Iran à l’époque du Shah, Ebadi a fondé une pratique pionnière du droit après avoir été écartée par les dirigeants religieux de l’Iran. Ayant initialement soutenu la révolution islamique, elle a gagné sa première expérience en défendant les dissidents politiques et en militant pour les droits des femmes et des enfants. Une nationaliste farouche qui ne voit aucune incompatibilité entre l'islam et la démocratie, Ebadi a été la première iranienne à gagner le prix Nobel de la paix en 2003.
11) NOAM CHOMSKY
Linguiste, militant – Etats-Unis
Chomsky est peut-être mieux connu pour ses critiques acerbes de la politique étrangère US américaine remontant à la guerre du Vietnam. Un militant franc, un débatteur vif, et une icône de la gauche internationale, Chomsky répugne rarement à attaquer la puissance US américaine, et à vénérer ceux qu'il considère comme les opprimés du monde. Les échecs des médias US américains et l'avidité des grandes entreprises sont aussi des cibles constantes de ses critiques. Au-delà de ses provocations politiques, les contributions de Chomsky à la linguistique moderne sont immenses, en particulier sa théorie de la grammaire générative. L'auteur le mieux vendu de plus de 30 livres , Chomsky a enseigné au Massachusetts Institute of Technology pour plus d'un demi-siècle.
12) AL GORE
Militant du changement climatique, politicien – Etats-Unis
Depuis la déception d’avoir perdu les élections présidentielles aux Etats-Unis en 2000, Gore a réussi de faire sa renaissance politique et sa raison d’être dans les années qui ont suivi. Pour son deuxième acte, Gore a trouvé sa véritable voix dans la sensibilisation du public aux effets du réchauffement de la planète. Ses efforts lui ont valu une impressionnante liste de titres – gagnant d’Oscar et lauréat prix Nobel de la paix entre autres – et une reconnaissance comme peut-être le plus influent combattant pour l’environnement aujourd'hui.
13) BERNARD LEWIS
Historien – Grande Bretagne/Etats-Unis
Professeur émérite à l'Université de Princeton et auteur de plusieurs dizaines de livres, Lewis est l'un des principaux historiens du Moyen-Orient. Il est aussi l'un des conseillers les plus recherchés sur la politique en cette région et sur la société islamique. Les œuvres de Lewis ont récemment mis l'accent sur la source d'antagonisme entre l'islam et l'Occident, un conflit qu'il attribue à l’échec de l'islam de s'adapter à la modernité.
14) UMBERTO ECO
Romancier, sémiologue - Italie
Réputé pour ses romans richement écrits, qui mélangent des événements historiques obscurs avec des symboles et des intrigues complexes, Eco est clairement l’un des plus savants écrivains de fiction. Son travail quotidien en tant que professeur de sémiotique à l'Université de Bologne, lui fournit une riche matière à ses livres meilleur-ventes, qui ont été décrits comme encyclopédiques dans leur ampleur historique.
15) AYAAN HIRSI ALI
Militante, politicienne – Somalie/Pays bas
Critique féroce du traitement des femmes en islam, Hirsi Ali, native de Somalie, est connue pour sa défense retentissante de l'Occident, de la raison et de la liberté. Sa rébellion publique contre son éducation islamique lui a coûté cher : des menaces de mort et une protection rapprochée. Elle a d'abord reçu la notoriété pour avoir écrit Soumission, un film qui condamne l'assujettissement des femmes musulmanes. (Le réalisateur du film, Theo van Gogh, a été assassiné par un fanatique musulman à Amsterdam en 2004.) Après avoir été élu au Parlement néerlandais en 2003, Hirsi Ali a démissionné de son poste trois ans plus tard sur un scandale d’informations mensongères fournies pour sa demande de naturalisation.
16) AMARTYA SEN
Economiste de développement – Inde
En tant que jeune garçon, Sen fut témoin des effets dévastateurs de la famine en Bengale en 2003, qui a tué près de 3 millions de personnes. Des décennies plus tard, ses recherches sur les fondements politiques et économiques qui sous-tendent les famines, ont fait de lui le premier économiste du bien-être du 20e siècle. En plus de sa célèbre affirmation que les famines ne se produisent pas dans les démocraties, Sen a été l’un des premiers économistes à examiner empiriquement les disparités entre les sexes en Asie. Il a reçu le prix Nobel d'économie en 1998.
17) FAREED ZAKARIA
Journaliste, auteur – Etats-Unis
Rédacteur en chef de Newsweek International, Zakaria est l'un des commentateurs les plus influents et respectés sur les affaires internationales. Son article « Pourquoi nous haïssent-ils ? » en page de couverture de Newsweek dans les semaines après les attentats du 11 Septembre, a renversé les explications classiques du moment pour une discussion nuancée de la situation économique, politique et sociale des forces déchirant les sociétés islamiques.
18) GARRY KASPAROV
Militant démocrate, grand-maître en échecs – Russie
L'un des plus grands joueurs d'échecs de tous les temps, Kasparov est aujourd'hui une figure de l'opposition en Russie, critique à l'égard du mandat de Vladimir Putin et de l'élection de son successeur, Dimitri Medvedev. Agissant contre ce qu'il appelle un « état policier », Kasparov dirige la coalition anti-Kremlin L'Autre Russie, qui organise fréquemment des manifestations en faveur de la démocratie. Il a récemment lancé un « parlement alternatif » dans le but d'unir les forces d'opposition du pays.
19) RICHARD DAWKINS
Biologiste, auteur – Grande Bretagne
L’un des biologistes de l'évolution les plus importants du monde, Dawkins a établi une réputation internationale avec son travail en 1976, The Selfish Gene, qui soutient que les gènes font de la concurrence pour se propager. Il possède une fameuse capacité de synthétiser et de communiquer des idées complexes sur le plan scientifique au grand public. Il est peut-être mieux connu aujourd'hui pour sa critique du créationnisme et de la religion. Un athée avoué, son dernier meilleur-vente, The God Delusion, est une défense vigoureuse de la science et la raison.
20) MARIO VARGAS LLOSA
Romancier, politicien – Pérou
Un géant de la littérature latino-américaine, Vargas Llosa a écrit des dizaines d'œuvres de fiction, des pièces de théâtre et des critiques littéraires dans sa longue carrière de plusieurs dizaines d’années. Il est un croyant convaincu dans le pouvoir de la littérature de dénoncer l'injustice et la tyrannie des dictatures, tout en assurant une défense émouvante de la liberté d'expression et de la liberté individuelle. Il écrit fréquemment sur les questions politiques dans des colonnes largement publiées.
07:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Une vie entière...
Des peuples entiers filmés et livrés à eux-mêmes…une folie. Là-bas comme ici d’ailleurs…avec ces millions de chômeurs jetés puis écrasés sur le bord de la route malgré la croissance autrement chiffrée des économies…la violence de ceux qui, dans les « bidonvilles » et les cités, n’ont plus rien à espérer puisqu’on ne leur a jamais rien donné…l’alcool et la drogue et tous ces « nouveaux paradis » pour les emprisonnés en liberté…la prostitution tolérée, banalisée, acceptée.
Qu’est-ce que ce monde ? Une promesse de vie ? Un enfer, déjà, qui ne dit pas son nom ?
Nous pouvons, c’est vrai, jouer aux victimes…nous n’avons pas décidé d’être là, nous subissons mal, très mal, cette réalité…nous ne sommes pas responsables…il y a « quelque part » des gens qui manipulent et qui, de surcroît, ne nous aiment pas…ils passent leur temps à essayer de nous briser. Ils sont « puissants », « intelligents », « très intelligents »…le monde va à sa perte sous leur contrôle : nous sommes démunis. Croyants certes, mais démunis. Les « forces du mal » ont transformé ce monde en une immense tombe : vivants, nous sommes morts. Morts vivants…spectateurs du monde, administrateurs quotidiens de ce qui nous reste de foi. Les gens meurent comme nous sommes morts, le temps passe…un jour viendra, peut-être, inch’Allah, où la foi qui nous fait « fonctionner » fera de nous autre chose que des fonctionnaires de la foi, «victimes et fonctionnaires», le défi consiste désormais à savoir entretenir nos malaises. Nous sommes bien dans « l’air du temps », nous sommes de notre époque….
Et puis… : Ô porteurs de la foi, répondez à l’appel de Dieu et de son Envoyé quand ils vous appellent à ce qui vous fait vivre et sachez que Dieu se place entre l’homme et son cœur…Un message ? Un signe ? Une solution ?
Observer le monde ou son quartier, devenir un spectateur très objectif de ses dérives et finir par porter sa foi comme on porte un livre est un piége. Dieu parle à chacun et dessine le chemin : la vie, la vraie vie est à l’intérieur et Dieu, prés du cœur, octroie la lumière et le discernement à la conscience lucide. C’est l’appel intime de Dieu et l’exemple de son Envoyé : la source, la force, l’énergie et la vigueur naissent du cœur, se forgent dans l’amour et transforment notre regard sur le monde pour que nous puissions enfin le transformer et le réformer. Tel est le sens du verset coranique : Dieu ne change pas ce qui est en un peuple avant qu’ils ne changent ce qui est en eux-mêmes. « Ils » c’est nous, c’est chacun d’entre nous, c’est toi, c’est moi, que faire ? par où commencer ?
Orienter ta lucidité vers l’intérieur. Retrouver le chemin de ta propre fragilité et l’accepter. Retrouver Dieu entre toi et toi : te souvenir de Lui, Lui parler, chercher à accéder à Sa confiance. Loin des êtres humains, prés de Lui…en toi. La route commence toujours au centre même si l’illusion d’optique te donne l’impression qu’elle y mène. Abraham était, à lui seul, une communauté avant d’être le père d’une communauté d’êtres. La conscience de ta fragilité, auprès de Dieu, te fait accéder à une confiance en Sa proximité et en Sa force. Alors tu sens, tu sais, tu comprends que tout est possible. Tout est possible.
Au-delà de la folie des hommes et de leur cupidité, au-delà de leur violence et de leurs trahisons, au-delà du malheur qu’ils répandent…tout est possible et Dieu accompagne et protége ceux qui cherchent Son amour et Sa confiance. Hier tu te sentais victime et spectateur…ton cœur avec Dieu t’offre la liberté de ceux qui agissent. Il ne s’agit pas seulement de «croire» en Lui : âmana ne veut pas dire «croire» mais bien plutôt «accéder à la confiance et à la sécurité». Tu te trompes de route si tu te trompes de définition.
Le meilleur des vêtements sur la terre est celui de la conscience intime de Dieu, at-taqwâ, ce sont le souvenir, l’intensité et la confiance en Dieu qui offrent la persévérance et la certitude que tout Lui est possible. A toi de faire ce que tu peux, tout ce que tu peux, à la limite de ce que tu peux…chaque jour, avec la certitude et la confiance que ce qu’Il veut adviendra. Même si tous les êtres de la terre détruisaient et détruisaient encore, Lui seul est le Maître de la création et attend de toi que tu construises, bâtisses, organises, et réformes…inlassablement, pour Lui, pour les hommes, pour la création.
Par amour, par dignité…pour témoigner : Dieu est l’Unique et Mohammad est son Envoyé.
06:59 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Je dois sûrement me tromper
On nous dit que l'Europe va injecter 1700 milliards d'euros pour sauver les banques, pour garantir les prêts interbancaires. De cette somme gigantesque, la France, elle, s'engage à débloquer 360 milliards d'euros, soit environ le sixième de son PNB.
Mais en France, on nous dit que le gouvernement n'a pas d'argent pour financer tel ou tel projet, come le RSA par exemple. Alors, où va-t-il trouver les 360 milliards d'euros ? Excusez-moi, mais le modeste contribuable que je suis, ne peut que s'inquiéter.
Pas de panique ! On nous rassure tout de suite que le contribuable ne sera pas sollicité et que son argent ne sera pas touché, tout en signalant en petits caractères : « du moins pas dans l'immédiat ». Car en vérité ces 360 milliards d'euros français sont de l'argent virtuel, ils n'existent pas. Ils sont juste destinés à donner confiance aux banquiers pour qu'ils acceptent de se prêter entre eux.
Par conséquent, si je comprends bien, les banques doivent avoir de l'argent dans leurs coffres, seulement en cette période, elles se méfient les unes des autres, comme des charognards se méfieraient entre eux en en cas de disette. C’est pour cela qu’elles ne veulent pas se prêter de l'argent entre elles, et à fortiori elles ne veulent pas prêter de l'argent aux entreprises, et l'économie est à l'arrêt.
Et voilà que notre gouvernement français intervient pour leur dire de ne pas s'inquiéter et de ne pas hésiter à se prêter de l'argent entre elles, car si jamais une banque ne parvient pas à rembourser, l'état va intervenir pour le faire. Chers banquiers, vous pouvez revenir devant vos écrans PC pour jouer à prêter de l’argent et faire du profit, et vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. L'état est là pour vous garantir votre argent.
C'est là que je ne comprends pas ?! Notre gouvernement français n'a pas d'argent. Il dit clairement et les banques le savent, que les 360 milliards d'euros sont de l'argent virtuel. Pourtant, les banques lui font confiance bien qu'il n'a pas un sou, alors qu'elles ne se font pas confiance entre elles, bien qu'elles aient beaucoup de sous ?! Vous avez compris, vous ?
Je me dit alors, que si les banquiers ont foi en notre pauvre gouvernement et n’ont pas foi en leurs richissimes institutions, c'est qu'ils doivent savoir qu'entre riches et puissants, il est très difficile de céder quoi que ce soit, en même temps ils doivent avoir la certitude que le gouvernement qu'ils ont aidé mettre en place, n'hésitera pas à se tourner vers ces contribuables heureux, qui ont voté pour lui, pour qu'ils passent en caisse, de gré ou de force !
Mais non, je dois sûrement me tromper
06:57 Publié dans Pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 octobre 2008
Ceux qui se sentent français, levez le doigt!!!
13 h 15, vendredi 17 octobre. C'est cours d'instruction civique et sociale au collège Roger-Martin-du-Gard, à Epinay-Sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Deux heures de "libre" discussion. Pas de jugement, pas d'insultes, juste comprendre pourquoi certains des élèves, présents le 14 octobre au Stade de France, lors du match amical France-Tunisie, ont sifflé La Marseillaise.
"Vous avez le droit à l'erreur, c'est comme cela qu'on se construit, qu'on apprend les uns des autres", rappelle le "prof", Jean-Claude Tchicaya. A 43 ans, il est aussi porte-parole de Devoirs de mémoire, un collectif fondé avec le rappeur Joey Starr et Olivier Besancenot, dont l'un des objectifs est de lutter contre les discriminations à l'encontre des "enfants de l'esclavage et de la colonisation".
"On ne sait pas d'où on vient"
Parmi les élèves - âgés de 12 à 16 ans, de la 6e à la 3e -, un seul Blanc, une Asiatique, les autres sont des Maghrébins et des Noirs. "Moi, j'ai sifflé", assume, avec le sourire, Maher, 13 ans. "Ça ne se fait pas, coupe Laetitia. Et pourquoi ?" "Chais pas, avoue-t-il. Pourquoi Lââm a chanté l'hymne national ? Elle est tunisienne, elle ne devait pas le faire." Le professeur lui répond : "Elle est née ici, où est le problème ?"
"C'est comme (Hatem) Ben Arfa, poursuit Maher, c'est un traître, il aurait dû jouer avec son pays." "Je l'ai eu comme élève dans une autre école, lui répond M. Tchicaya, il est comme toi, il est né ici." Un autre garçon, Ismaël, s'adresse à son camarade : "Et si toi tu étais footballeur et que la France te sélectionnait, t'irais ?" Maher : "Oui ! Mais je ne jouerais pas contre mon pays !" Pourtant, quand Thierry Henry a marqué, Maher s'est levé, a applaudi, sauté, crié de joie : "Ouais, mais ça ne veut pas dire que je suis français." Iptissem enchaîne : "C'est débile ! C'est un peu de toi que tu as sifflé." Anissa, aussi, a hué. Elle ne regrette rien. "Mais ça ne veut pas dire que je suis raciste des Français", clame-t-elle. "Je ne suis pas française, souffle Anissa. Si, de nationalité." Elle hésite, silence dans la classe. "J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je suis. Je veux me considérer comme une Française, mais dès qu'on me traite de sale Arabe, ça me perturbe, ça me travaille." Sahra lui vient en aide. "On se sent plus français quand on est au bled, argue la jeune fille, parce que, là-bas, on nous prend pour des immigrés. Mais, ici, on est des Arabes." Anissa : "C'est vrai, on ne sait pas d'où on vient : t'es d'ici, de là-bas, nous sommes un peu de nulle part."
Toute la classe acquiesce. M. Tchicaya : "Quand vous dites "On nous traite d'Arabe, de sale nègre", qui est-ce, "on" ?" Sahra : "Les Français, les Blancs, qui se croient supérieurs." Sabrina, 16 ans, la plus ancienne, riposte. "Si, en France, on me pointe du doigt en disant que je suis arabe, où est le problème ?, débite-t-elle. Je ne veux pas choisir entre la France et mes origines, et quand on te dit "T'es une Arabe", il ne faut pas le prendre comme une agression. Tu es les deux à la fois !" Yacob : "Je respecte, mais moi j'ai choisi le Maroc." Puis, il médite : "Peut-être que ces sifflets vont créer encore plus de préjugés sur nous." "De toute façon, dit Anissa, les Français pensent que ce sont que les Arabes et les Noirs qui foutent la merde dans ce pays."
15 h 15. La cloche sonne. M. Tchicaya considère ses élèves comme "des petits héros" : "Toutes ces questions qu'ils se posent sur eux-mêmes, c'est dingue ! C'est une souffrance sourde. Ça prouve que la question identitaire est complexe." Il s'indigne, comme ses élèves, que des membres du gouvernement aient pu les traiter d'"imbéciles", de "voyous". "Ils sont où ?", interroge-t-il. M. Tchicaya se dit, comme ses élèves, "écoeuré" par les récents propos de Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la ville, qui, au lendemain du match, a déclaré au journal télévisé de France 2 qu'il fallait donner "un gros coup de Destop" à ces comportements dans les stades. Destop est un produit pour déboucher les canalisations... des toilettes.
Avant de se quitter, le professeur pose une ultime question : "Que ceux qui se sentent plus français lèvent la main." Sur les trente élèves, quatre petits bras se tendent... toujours aussi timidement.
Lilian Thuram : "Combien pensent qu'un Karim est d'ici ?"
Les sifflets pendant La Marseillaise, Lilian Thuram connaît. Qui ne se souvient pas de cette image de l'ancien défenseur des Bleus disant ses quatre vérités à un jeune descendu sur la pelouse du Stade de France (Seine-Saint-Denis) avec une centaine d'autres supporteurs pendant le match amical France-Algérie d'octobre 2001 ?
Quelques années après, le magazine So Foot avait réuni les deux protagonistes pour un entretien croisé. "Le gamin, un Français d'origine sénégalaise, m'a dit : "Je ne suis pas français, car je mange du mafé. Les Français, eux, mangent de la choucroute"", raconte, sept ans plus tard, Lilian Thuram. Le champion du monde 1998 a mis un terme à sa carrière, cet été, pour des raisons de santé. Il a entendu les sifflets de France-Tunisie, mais aussi les réactions outrées de la classe politique. "Ça ne sert à rien de dire que siffler La Marseillaise est un comportement stupide et scandaleux. La seule question à se poser, c'est : "Pourquoi ces jeunes, qui sont nés en France et qui ont grandi en France, avec deux cultures, en arrivent à siffler La Marseillaise ?""
Pour Lilian Thuram, " ce n'est pas un hasard si les sifflets surgissent lors de confrontations contre la Tunisie ou l'Algérie. Ils dénotent que ces jeunes ont malheureusement intégré le discours que leur renvoie la société, basé sur l'apparence : "Vous n'êtes pas d'ici, vous êtes des étrangers.""
"Jeudi, j'ai croisé un gamin de 5 ans. Le gosse, qui est né en France, me dit qu'il est ivoirien et me demande ma nationalité. Je lui réponds que je suis français. Il me rétorque : "Mais non, t'es noir !" Combien de personnes dans la société française pensent spontanément qu'un Karim ou un Zinédine est français s'il ne joue pas en équipe de France ?" L'ancien Bleu juge que les propos de Bernard Laporte, appelant à ne plus disputer de matchs contre les pays du Maghreb à Paris, ne vont qu'" alimenter l'incompréhension, les préjugés. Et peuvent être insultants pour les personnes originaires du Maghreb".
Retiré des terrains, l'Antillais est le parrain de l'opération "Culture Bleue" mise en place par la Fédération française de football pour sensibiliser les joueurs des équipes de France de jeunes aux valeurs civiques. "J'essaie de leur faire partager mon expérience et de leur expliquer qu'on joue au foot avant tout pour le plaisir, et qu'il faut commencer par se respecter soi-même pour respecter ses coéquipiers", résume plus modestement Lilian Thuram.
Mustapha Kessous et Stéphane Mandard - Le Monde
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19 octobre 2008
"Le football est pris en otage du monde politique"

Imaginez les mêmes réponses données par un Tariq Ramadan ou tout simplement un citoyen français de confession musulmane, je vous laisse deviner la suite...
Que pensez-vous du tollé politique qui a suivi les sifflets de La Marseillaise, mardi 14 octobre, au Stade de France ?
Il y a trente ans, quand je jouais avec l'équipe de France, La Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l'époque, les politiques ne s'intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd'hui, c'est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n'a rien à voir avec le sport.
Je ne vois pas dans les sifflets qu'on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d'un soir, en l'occurrence l'équipe de France, que l'on veut battre. Dans d'autres occasions, je suis certain que les mêmes jeunes qui ont sifflé La Marseillaise, mardi soir, chantent l'hymne national quand l'équipe de France dispute un match de l'Euro ou de la Coupe du monde.
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a annoncé que les matches seraient arrêtés en cas de sifflets pendant les hymnes nationaux. Cette initiative vous semble-t-elle judicieuse ?
La France perdra 3-0 sur tapis vert! Cela veut dire que si l'équipe de France joue en Azerbaïdjan et que La Marseillaise est sifflée, le président fait arrêter le match? Lors du Mondial 1982, en Espagne, le Cheikh Fahd [président de la fédération du Koweït] était rentré sur le terrain pour faire annuler un but : l'arbitre qui avait accédé à sa demande a été suspendu à vie. Il y a des règles qui régissent le football et elles sont édictées par la FIFA [Fédération internationale de football] et l'UEFA. Le règlement prévoit qu'un match peut être arrêté, et j'y suis favorable, en cas d'acte de racisme par exemple. Mais ce n'est pas à une autorité politique de décider : la responsabilité incombe à l'arbitre et au délégué du match.
Ce n'est pas ce que semble entendre le gouvernement français…
Si on commence à arrêter un match parce qu'il y a des sifflets, dans ce cas-là on arrête aussi dès qu'un joueur se fait siffler ou quand le gardien se fait conspuer après un dégagement. C'est absurde. Et pourquoi pas aussi un policier derrière chaque spectateur. Il faudrait plutôt éduquer les supporters car dans certains pays, les hymnes ne sont jamais sifflés. A l'Euro, on avait fait de la pédagogie avant les matches et les hymnes n'ont pas été sifflés.
Ne pensez-vous pas, comme certains députés, qu'il serait plus simple de ne plus jouer les hymnes nationaux avant les matches pour éviter ce type de débordement ?
Je ne crois pas. Si on suit ce raisonnement, il faudrait aussi jouer sans arbitre pour éviter qu'ils se fassent siffler. L'hymne national, c'est l'histoire d'un pays. Lorsqu'on joue en équipe nationale, on joue pour son pays. Moi, quand l'hymne était sifflé, cela me donnait plus de caractère, plus d'orgueil vis-à-vis de mon pays. Ça n'a jamais vexé ni fait peur aux joueurs d'entendre leur hymne sifflé. Au contraire, ça nous galvanisait, c'était une motivation supplémentaire.
Mais quand vous jouiez, il y a 30 ans, l'hymne n'était pas sifflé par des spectateurs français ?
Il y a 10 ans, quand la France a gagné la Coupe du monde et que tout le monde chantait La Marseillaise et brandissait le drapeau bleu-blanc-rouge dans les rues, on célébrait la France "Black-Blanc-Beur". Aujourd'hui, on explique le contraire. A mon époque, déjà, il y avait des immigrés italiens et polonais. La différence, c'est que maintenant, il y a une récupération politique.
La Fédération française de football (FFF) a décidé d'apprendre aux joueurs les paroles de La Marseillaise depuis qu'une enquête d'opinion a mis en avant que les supporters de l'équipe de France reprochaient aux Bleus de ne pas chanter leur hymne national. Quand vous étiez joueur, le chantiez-vous avant les rencontres ?
Non, je n'ai jamais chanté La Marseillaise. Même si je trouvais que c'était le plus bel hymne du monde, et que je le fredonnais de temps en temps, je n'ai jamais pu me résoudre à le chanter avant un match car c'est un chant guerrier et que pour moi, un match de foot, c'est un jeu et pas la guerre. "Aux armes, citoyens!" : je n'arrivais pas à chanter ces paroles avant une rencontre. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je n'étais pas fier d'entendre La Marseillaise. Ce n'est pas parce qu'un joueur ne chante pas l'hymne national qu'il n'aime pas son pays. Mais aujourd'hui, nous sommes dans un monde du tout-communication : si un joueur a le malheur de ne pas chanter La Marseillaise, il est aussitôt stigmatisé comme quelqu'un qui n'aime pas la patrie française.
Propos recueillis par Stéphane Mandard
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13 octobre 2008
Propagande de haine : 28 millions de DVD anti-musulmans
Ne vous fiez pas aux apparences : l'île de La Réunion n'y échappe pas.
En deux semaines, 28 millions de foyers états-uniens ont reçu gratuitement un DVD du film de propagande Obsession : Radical Islam´s War Against the West.
Les destinataires résident dans les États où les résultats électoraux sont les plus incertains (notamment l´Ohio, le Michigan, la Florida, le Colorado, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et le Missouri). Il s´agit de les convaincre de l´existence d´un péril islamique et de les inciter à voter pour le candidat républicain, John McCain.L´opération, dont le coût est estimé à plus de 50 millions de dollars, a été financée par le producteur du film, le rabbin Ephraim Shore.
On ne manquera pas l'occasion qui nous est donné ici de revenir sur un des premiers numéros du bulletin associatif "Présence Musulmane"
Que voulons nous au juste ? Comment voulons nous être ? Comment voulons nous vivre ? La question est simple, directement ou indirectement, elle nous est posée et il est légitime qu’on attende de nous une réponse explicite. Quelle est notre contribution à la société Réunionnaise ? L’Europe au cœur de l’Océan Indien. Il est impératif que nous ayons une vision claire de nos objectifs répondant aux exigences de notre foi et de notre conscience. Quelle est la finalité de notre engagement au niveau individuel, mais surtout au niveau collectif ? Réflexion difficile, mais impérative car il en va de l’avenir des musulmans dans l’Océan Indien.
Une identité ouverte.
On a beaucoup parlé des musulmans et de leur identité sans prendre le temps de définir ce que l’on entendait par ce concept. Tantôt « l’identité » des musulmans se mélangeait avec leur origine africaine ou asiatique, tantôt on la présentait comme une prison qui empêchait, par nature, les musulmans de « s’intégrer » puisqu’ils étaient différents. Les musulmans eux-mêmes ont employé le terme sans grande précaution. La question est capitale pourtant et de la clarté de son explication dépend l’orientation de notre engagement. Qu’est-ce donc que « l’identité musulmane » ? Quatre éléments fondamentaux apparaissent d’emblée que l’on peut résumer ainsi :
« Être Musulman » c’est :
1) Vivre une foi, une pratique, une spiritualité.
2) Développer une intelligence des textes fondateurs et une intelligence du contexte de vie.
3) Éduquer et témoigner.
4) Agir et participer.
Une musulmane et un musulman, quel que soit son pays, doit pouvoir donner vie et voir s’épanouir les quatre dimensions constitutives de son être. C’est son « droit à l’identité » que toute société respectueuse des libertés octroie à ses ressortissants tout comme aux résidents : ce droit est généralement respecté à La Réunion, département Français. Il faut par ailleurs noter que la définition que nous donnons de l’identité est tout sauf fermée ou sectaire. S’il est clair que les éléments qui fondent la foi et ceux qui fixent la pratique sont déterminés une fois pour toute, il n’en est pas de même pour les trois autres volets qui nous imposent de considérer notre époque et notre société pour mieux comprendre notre contexte de vie, adapter notre éducation, penser au mieux la transmission, savoir agir et parfaire notre participation sociale.
Nous devons dire et répéter que nous voulons, de toute la force de notre être et de notre cœur, pouvoir vivre notre foi, pratiquer notre religion et donner une place à la spiritualité qui donne sens et valeur à notre quotidien. Telles sont les racines, fortes et solides, auxquelles nous sommes attachés; d’elles provient la sève qui nous nourrit et nous oblige à développer une meilleure compréhension de notre environnement afin de parachever l’harmonie de notre être. C’est donc une identité ouverte, dynamique, en constant dialogue avec son contexte et sa société qui, pour rester fidèle, réfléchit et maîtrise son évolution et sa nécessaire adaptation…
Une authentique citoyenneté.
Vivre réellement notre identité de musulmane et de musulman ne peut consister, on le voit, à nous isoler et à développer une attitude de rejet. Bien au contraire, tout commence par la nécessaire compréhension de la société dans laquelle nous vivons : son histoire, sa culture et ses institutions. C’est un passage obligé si nous désirons avoir une lecture actualisée et mieux appropriée de nos propres sources : pour que le Coran et la Tradition du Prophète nous parlent, à nous, dans notre contexte, et orientent notre éthique dans le respect des lois de la société où nous vivons.
C’est armés de l’intelligence de notre contexte que nous pouvons alors, et alors seulement, penser une éducation adaptée aux exigences de la vie quotidienne. Car il s’agit de promouvoir le bien et de témoigner de ce que nous sommes par un engagement permanent pour plus de dignité, de justice et de solidarité. C’est clairement de devenir d’authentiques citoyens ayant compris la nécessité de participer aux dynamiques sociales et politiques de leur société. Il n’y a aucune contradiction à être musulman et français, bien au contraire, mon identité rayonne sur ma citoyenneté et l’enracine chaque jour davantage en lui imposant le sérieux, la vigilance et l’honnêteté.
A ceux qui nous demandent si nous sommes d’abord « musulmans » ou « français », il convient de dire que la question est mal posée, voire qu’elle n’a pas de sens. Si nous parlons de la conception de la vie et de la mort, nous dirons que nous sommes « musulmans ». Mais si l’on nous interpelle sur une question civique et/ou sociale nous répondrons que nous sommes « français », comme le ferait n’importe quel humaniste ou chrétien, ou autre.
Quant à ceux qui craignent le « communautarisme », nous préciserons que la dimension de « communauté de foi » est intrinsèquement liée à la pratique musulmane mais qu’elle doit s’exprimer comme un rayonnement spirituel, jamais comme un enfermement social ou politique.
La tentation « communautariste » qui tracerait les contours d’un ghetto est le modèle exactement opposé à la dynamique pour laquelle nous devons nous engager.
Les consciences musulmanes.
On comprend alors que la responsabilité des musulmans est sans commune mesure et que si chacun prenait la mesure exacte des exigences de son engagement, il arriverait vite à la conclusion qu’il est impératif et urgent de collaborer avec les autres forces sur le terrain. C’est en fait la non conscience des défis réels auxquels nous devons faire face qui entraîne certaines personnes à travailler seules, à s’isoler pour finir par se noyer dans leur propre suractivité alors que la collaboration et la concertation avec d’autres partenaires rendraient leur engagement plus performant. Malheureusement, certains oublient que leur présence est un moyen, un instrument de l’action au service de la communauté et non pas la finalité de leur engagement. Notre communauté a besoin de frères et de sœurs qui lui appartiennent sincèrementrement et qui ont compris qu’ils sont à son service ; elle n’a pas besoin de partisans dont le seul but est d’instrumentaliser « la communauté » pour leur propre compte… Quelque louable qu’il soit.
S’inscrire dans le temps.
Nos défis sont conséquents. Il s’agit de développer, à l’intérieur de la communauté, une meilleure connaissance du contexte national et européen, de reconsidérer la « formation islamique » que nous dispensons aux jeunes en fonction des exigences permettant l’épanouissement de leur identité dans leur environnement. Dans le même sens s’inscrit la nécessité d’adaptation des activités sociales, culturelles et sportives proposées sur le plan local. Rien de tout cela ne peut voir le jour sans un changement de notre état d’esprit qui nous pousserait à comprendre que nous avons besoin les uns des autres et que, plus largement, les sociétés dans lesquelles nous vivons regorgent de compétences disposées à accompagner notre engagement en ce sens. C’est ce dialogue et cette collaboration que nous devons réinstaurer entre nous, c’est cet échange que nous devons proposer à nos partenaires et à tous les acteurs sociaux et politiques.
Notre présence musulmane.
Certains l’ont déjà entendu et d’autres l’entendront encore si nous nous efforçons de dire clairement ce que nous voulons en dessinant aulr
au mieux l’horizon de nos exigences et de nos espoirs. Partie prenante des dynamiques sociales et des processus de réforme, nous pourrons apporter notre contribution intellectuelle et sociale à nos sociétés respectives. En posant la question du sens, de la spiritualité, des valeurs, de la dignité des hommes qui se fondent sur la fraternité humaine et l’impérative solidarité.
Ce message est le nôtre. Il est le témoignage de notre présence, une présence sereine, harmonieuse et lumineuse… une présence musulmane, notre présence musulmane.
Hier un « problème »… Demain une richesse. Insh’Allah…
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12 octobre 2008
Un cheval de Troie… israélien
Ces deux firmes sont israéliennes et elles ont leur siège social en Israël – cela est dû au fait qu’elles ont percé, jusqu’à parvenir à l’excellence, dans le marché des technologies de l’information que ce pays s’efforce de dominer – et aussi au fait qu’elles sont fortement financées par le gouvernement israélien, en relation avec l’armée et les services de renseignement israéliens (les deux firmes ont une longue histoire de conseils d’administration dominés par des militaires et des officiers du renseignement israéliens encore en fonction, ou déjà à la retraite).
Verint est considérée comme le leader mondial en matière d’« interceptions électroniques », et elle est, par conséquent, une candidate idéale du secteur privé pour l’externalisation [du Tsahal boulot] des écoutes téléphoniques par divers gouvernements. Amdocs, quant à elle, est le plus important prestataire de facturation des télécommunications au monde (avec un chiffre d’affaire de quelque 2,8 milliards de dollars au titre de 2007, des bureaux dans le monde entier et des clients incluant les 25 premières compagnies de téléphonie des Etats-Unis, qui, mises ensemble, traitent plus de 90% du trafic téléphonique entre les résidents aux Etats-Unis). Les opérations de cette compagnie, suggèrent des sources spécialisées, ont été infiltrées par des espions « free lance » (indépendants, à leur compte, ndt), qui exploitent les filtres encryptés propres aux technologies mises au point par Verint et Amdocs, et qui récoltent des données sur certains Américains (jugés intéressants), afin de les transmettre aux services du renseignement israéliens, ainsi qu’à d’autres clients intéressés (en particulier, le crime organisé).
« La réalité de la vulnérabilité de notre épine dorsale de télécommunications est indéniable », dit un officier supérieur du renseignement américain qui a évalué les craintes à ce sujet parmi les agents fédéraux. « Comment cela a pu advenir, sans que rien n’ait été fait, qui a fait quoi – telles sont les questions qui tuent ». Si les allégations sont avérées, les communications électroniques rassemblées par le NSA et d’autres agences de renseignement américaines risqueraient de tomber entre les mains de gouvernements étrangers. Après avoir passé en revue les preuves matérielles disponibles, Robert David Steele, un ancien chargé de mission de la CIA, qui est aujourd’hui un des principaux fournisseurs internationaux de « renseignements publics dans l’intérêt général » me dit que « la pénétration par Israël de la totalité du système des télécommunications américaines signifie que les écoutes sans garanties effectuées par le NSA aux Etats-Unis sont tout simplement, en réalité, des écoutes illégales effectuées (aux Etats-Unis) par Israël ».
Dès 1999, la National Security Agency avait publié une mise en garde sur le fait que des écoutes de conversations téléphoniques diligentées par le gouvernement américain finissaient entre les mains de certains gouvernements étrangers – en particulier israélien. En 2002, le vice-procureur général (Attorney General) américain, Robert F. Diegelman, publia un mémo confidentiel (uniquement à être lu, et en aucun cas photocopié) sur ce problème, à l’intention des officiers des technologies de l’information stratégiques [chief information technology (IT)] près le ministère de la Justice. Les officiers IT supervisent tous les équipements, dont les plus basiques sont les types de téléphones cellulaires utilisés par les agents des télécoms jusqu’aux appareils d’enregistrement des écoutes téléphoniques qu’ils utilisent sur le terrain ; leur mission expresse est d’assurer la sécurité des communications. Le memo de Diegelman était un rappel, sur un ton de réprimande, d’une nouvelle politique en matière d’IT instituée une année auparavant, en juillet 2001, par un ordre interne au ministère de la Justice intitulé « 2640.2D Information Technology Security ». L’Ordre 2640.2D stipulait que des « ressortissants étrangers ne sauraient être autorisés à accéder, ou à assister, à la mise au point, au fonctionnement, au management ou à la maintenance des systèmes de technologies de l’information (IT) spécifiques au ministère (de la Justice) ». Cela ne semblerait pas particulièrement de nature à faire froncer les sourcils, dans le contexte de la réorganisation totale du renseignement et de la sécurité, à la suite des attentats du 11 septembre 2001… Mais cet ordre 2640.2D a été publié bien deux mois AVANT les fameux attentats ! Quel groupe, ou quels groupes de ressortissants étrangers avaient donc un accès privilégié aux systèmes de technologies de l’information du ministère de la Justice américain ? Des Israéliens, disent de hauts responsables spécialisés dans la mise en application des lois [am. : law enforcement]. Un ancien procureur spécialisé dans les crimes informatiques au ministère de la Justice me confie, au détour d’une conversation : « J’ai entendu dire que les Israéliens sont en mesure d’écouter nos conversations téléphoniques… »
L’officier du contre-terrorisme et du contre-espionnage (à la retraite) Philip Girardi que cela correspond au cours de l’histoire des intrusions israéliennes aux Etats-Unis. Il relève qu’Israël occupe avec une régularité lassante une place prééminente dans le rapport annuel du FBI (intitulé « Foreign Economic Collection and Industrial Espionage » - Recueil de renseignements et espionnage industriel commis par des pays étrangers) : Israël arrive immédiatement en deuxième position, après la Chine, en matière de vol de secrets économiques américains. Le rapport 2005 du FBI indique, par exemple : « Israël a un programme actif de recueil d’information classée aux Etats-Unis. Ces activités d’espionnage visent en priorité à obtenir de l’information sur des systèmes militaires et des applications informatiques avancées, susceptibles d’être utilisées dans les industries militaires israéliennes, extrêmement développées. » Une méthode favorite des Israéliens, met en garde le rapport du FBI, consiste en des intrusions (de hackers) dans certains ordinateurs.
Dans le cadre général de l’affaire du gouvernement américain espionnant les citoyens américains, cela nous ramène à la législation adoptée en 1994, appelée Communications Assistance for Law Enforcement Act (ou CALEA)(Assistance des services de communications en vue de l’Acte de mise en application de la loi), qui a introduit un virage à 180° dans les méthodes de surveillance électronique (des citoyens, ndt). Les jours où les écoutes téléphoniques étaient effectuées à partir de bricolages in situ avec des pinces crocodiles en cuivre sont définitivement derrière nous. Le Calea a mis en place de nouveaux pouvoirs de surveillance généralisés, adaptés à l’ère du digital, une surveillance effectuée en reliant des ordinateurs éloignés des sites aux routeurs et aux hubs des firmes de télécom – il s’agit d’un réseau fixe d’espionnage, relié en temps réel et en permanence aux téléphones et aux modems des citoyens américains. Le décret Calea a fait des installations d’espionnage un accessoire indissociable de notre vie hautement ‘téléphonique’. De hauts responsables du FBI ont poussé à l’adoption de cette législation, affirmant qu’elle améliorerait la sécurité, mais de nombreux agents du terrain ont élevé la voix afin de protester contre Calea, au motif qu’il a eu le résultat exactement opposé… Les techniques de sape de données employées par la NSA [National Security Agency] au cours de ses exploits de mise sous écoute téléphonique ne pouvaient de toutes les manières pas réussir sans la technologie imposée par le Calea. On pourrait avancer l’idée que Calea est le cœur, caché, du scandale des écoutes téléphoniques diligentées par la NSA.
La Verint Connection
D’après un ex-officier de la CIA, du nom de Giraldi, et d’autres sources sur les services de renseignement américains, c’et du software produit et entretenu par la Verint Incorporation qui gère la plupart des écoutes téléphoniques diligentées par les services américain de répression des fraudes. Giraldi déclare : « Les appels téléphoniques sont interceptés, enregistrés et transmis à des enquêteurs de la CIA par Verint, qui affirme qu’il doit surveiller en permanence ses équipements afin d’assurer la permanence du fonctionnement du système ». Giraldi relève également que Verint est remboursé à hauteur des 50 % de ses dépenses de recherche et développement par le ministère israélien de l’Industrie et du Commerce. D’après Giraldi, l’importance de l’utilisation des technologies Verint est considéré « classifié défense », mais certaines sources ont lâché le morceau, et elles ont fait part à Giraldi de leurs inquiétudes au sujet de la sécurité des systèmes d’enregistrement des écoutes téléphoniques produits par la firme Verint. Le principal souci, dit Giraldi, c’est le risque qu’un « troyen » n’ait été implanté dans le software…
Un ‘troyen’, implanté dans un hardware ou un software de sécurité de l’information, c’est une porte de derrière, à laquelle peuvent avoir accès, à distance, des parties qui, normalement, ne devraient en aucun cas avoir accès à un quelconque système sécurisé. Des allégations d’espionnage massif au moyen de troyens ont secoué le milieu israélien des affaires, ces dernières années. Un article d’Associated Press, en 2005, indiquait que des « entreprises israéliennes high tech produisant des ‘blue chips’ (il s’agit des tranches de silicium servant à confectionner les circuits électroniques, ndt)… sont soupçonnées d’utiliser du software de surveillance illicite afin de voler de l’information à leurs sociétés rivales, et ennemies. » Plus de quarante entreprises ont fait l’objet d’enquêtes, à ce sujet. « C’est la plus grosse affaire de criminalité électronique de toute l’histoire d’Israël », m’a dit Boaz Guttmann, un enquêteur vétéran en matière de crimes cybernétiques de la police nationale israélienne. « L’espionnage au moyen de chevaux de Troie fait partie de la vie ordinaire des firmes israéliennes. C’est une culture de l’espionnage… »
C’est bien entendu de cette ‘culture’ que dépendent les Etats-Unis en ce qui concerne le plus gros de leurs softwares sécurisés pour l’encodage des données et la sécurité des transmissions téléphoniques. « Il y a eu un tas de débats sur la question de savoir à quel point nous devrions faire confiance aux appareils de sécurité produits par les firmes israéliennes de téléphonie », explique Philip Zimmerman, un des pionniers légendaires de la technologie du cryptage (Zimmerman a inventé l’authentification cryptographique personnalisée connu sous le nom de Pretty Good Privacy [privauté vraiment excellente, ndt], ou PGP, qui est aujourd’hui un des standards fondamentaux de l’encryptage des communications.) « De manière générale, je ne ferais pas confiance, personnellement, à du matos fabriqué à l’étranger, dès lors qu’il s’agit de sécurité des données », explique Zimmerman. « Un type de NSA InfoSec – la division de la sécurité informatique de la National Security Agency américaine – « m’a dit un jour : « La crypto fabriquée à l’étranger : voilà notre cauchemar ! ». Mais, soyons juste : notre industrie électronique nationale devenant de plus en plus faible, l’importation de matos étranger est inévitable. » Zimmerman poursuit : « Visez un peu où se trouve l’expertise : au sein de l’International Association for Cryptological Research [Association internationale de la recherche en cryptologie], qui tient un congrès annuellement, il y a un pourcentage d’Israéliens bien supérieur à ceux de toutes les autres nationalités. La firme à capital majoritaire et à direction israéliens Verint est, aujourd’hui, le fournisseur de tous les systèmes d’interception de télécommunications déployés dans plus de cinquante pays ! »
Carl Cameron, correspondant politique en chef de la Fox News, est un des rares journalistes à mettre son nez dans le désarroi qui va s’approfondissant des agents fédéraux, au sujet de la possibilité que des chevaux de Troie aient été inclus de manière subreptice [am. ‘embedded’] dans la technologie Verint. Au cours d’une vaste investigation (diffusée en quatre épisodes au mois de décembre 2001) sur l’espionnage lié à Israël, Cameron a fait un certain nombre de découvertes époustouflantes sur le compte de la firme Verint, connue alors sous la raison sociale de Comverse Infosys. Certaines sources ont indiqué à Cameron que « bien que diverses enquêtes sur la firme Comverse Infosys aient été diligentées par le FBI, durant plusieurs années, ces enquêtes ont été stoppées, avant même que les appareils de cette firme en service eussent été soumis à des tests exhaustifs, afin d’en rechercher les « fuites » éventuelles. Cameron a également relevé un document interne du FCC, daté 1999, indiquant que « plusieurs agences gouvernementales [américaines] avaient exprimé leur profonde préoccupation au sujet du fait que de trop nombreux personnels non habilités, et n’appartenant pas à la police judiciaire, pussent accéder au système d’enregistrement des écoutes téléphoniques. » Pour l’essentiel, ces accès indus étaient facilités par le système de « maintenance sans fil » [am. ‘remote maintenance’].
Immédiatement après la diffusion du reportage de Cameron, la société israélienne Comverse Infosys changeait de nom, devenant Verint, au motif que la compagnie était en train d’accéder à « sa maturité ». (La firme n’a publié aucune réponse aux allégations de Cameron, et elle ne l’a pas non plus menacé de poursuites judiciaires). Pendant ce temps, des officiers de sécurité au DEA, un service rattaché au Département de la Justice, commençaient à examiner les relations de cette agence avec Comverse/Verint. En 1997, le DEA transforma son infrastructure d’écoutes téléphoniques grâce à la fourniture, pour 25 millions de dollars, par Comverse/Verint, d’une technologie appelée « T2S2 » - cet acronyme signifie « translation and transcription support services », c’est-à-dire, en français : « services d’aide à la traduction et à la transcription » - Comverse/Verint devant, d’après le contrat, fournir le hardware [= les machines] et le software
[= les programmes informatiques], plus « des services de soutien, de formation, des mises à jour, des versions supérieures et des options durant toute la durée de validité du contrat », d’après la notice « contrats et acquisitions » affichée sur le site ouèbe du DEA. C’était sans aucun précédent. Avant 1997, le personnel du DEA avait toujours utilisé des équipements mis au point et entretenus strictement en interne.
Mais désormais le reportage de Cameron avait soulevé d’horribles questions de vulnérabilité en matière de T2S2. Le directeur des programmes de sécurité du DEA, Heidi Raffanello, fut suffisamment ébranlé pour publier un communiqué interne à ce sujet, en date du 18 décembre 2008, soit quatre jours après le début de la programmation de la série documentaire de Cameron. Faisant référence au reportage de la chaîne Fox News, elle manifestait son inquiétude liée au fait que « la maintenance en ligne assurée par Comverse n’était pas traitée dans le procès-verbal relatif aux contrats et acquisitions de C&A ». Elle faisait également allusion à des inquiétudes au sujet de l’ordre 2640.2D du Département de la Justice, et elle relevait que l’ « Administrateur », c’est-à-dire le chef du DEA, à l’époque, Asa Hutchinson – avait été mis au courant. Et puis, il y avait cette phrase stupéfiante : « La question demeure peu claire de savoir si le personnel de Comverse est habilité en matière de sécurité, et si tel est effectivement le cas, de qui s’agit-il, et quelles sont les garanties dont on dispose à ce sujet ?... Résultat des courses : on aurait dû découvrir le truc… » Pour dire les choses crûment : le mémo Raffanello est un aperçu effrayant d’une bureaucratie surprise avec ses pantalons baissés…
La police judiciaire ne fut pas la seule à suspecter l’équipement T2S2 acquis chez Comverse/Verint. En novembre 2002, des sources du milieu du contre-espionnage bataves commencèrent à diffuser ce qu’elles affirmaient être « la preuve irréfutable du fait que les services secrets israéliens disposaient d’un accès incontrôlé aux données ultraconfidentielles d’écoutes téléphoniques diligentées et collectées par la police et par les services secrets danois », d’après la radio hollandaise Evangelische Omroep (EO). En janvier 2003, une revue hollandaise de technologie et d’informatique réputée, intitulée « c’t », publia le scoop de la radio EO, qu’elle intitula « La chambre des écoutes téléphoniques hollandaise n’est pas cachère ». L’article commençait ainsi : « Tout l’équipement d’écoutes téléphoniques des services de renseignement hollandais et la moitié de l’équipement d’écoutes téléphoniques de la police nationale… ne sont pas sûrs, et sont en train de refiler des infos à Israël. » Paul Wouters, l’auteur de l’article en question, examine ensuite le matériel d’écoutes T2S2 « livré au gouvernement, ces toutes dernières années, par la compagnie israélienne Verint », et il cite plusieurs experts ès cryptographie, à propos de la viabilité d’un contrôle à distance de la « boîte noire » qui renferme les données encryptées. Wouters utilise d’ailleurs cette expression de « cryptographie de la boîte noire. »
… un aspect très important d’une cryptographie ‘costaud’, c’est une bonne source de randomisation. A défaut d’un générateur de randomisation approprié, ou pire, avec un générateur de randomisation intentionnellement saboté, le décodage et l’interprétation du texte encrypté (ciphertext) qui en résulte deviennent d’une facilité triviale. S’il y a ne serait-ce qu’une seule puce inconnue qui soit impliquée dans la génération de la randomisation, tout devient possible… Si vous pouvez faire confiance au hardware et si vous avez accès au code-source, alors il devient en théorie possible de vérifier le système. Cela, toutefois, ne peut tout simplement pas être fait si l’on ne connaît pas le code-source.
Reste que, comme Wouters a pris soin de l’ajouter, « quand l’équipement a été acheté aux Israéliens, il avait été convenu que personne, mis à part le personnel de chez Verint, sauf une, ne serait autorisée à toucher aux systèmes… Le code source n’aurait jamais dû être accessible, pour personne. »
Le pionnier de la crypto, Philip Zimmerman, met en garde sur le fait qu’ « il est impossible de faire confiance à la crypto, dès lors que le code source n’est pas publié. Un code ‘open source’, cela signifie deux choses : s’il y a des « portes de derrière » délibérément ménagées dans le crypto, un examen par des pairs les révèleront. S’il y a des bugs par inadvertance dans le crypto, ces bugs, eux aussi, seront découverts. Que les faiblesses soient délibérées ou accidentelles, elles seront découvertes. Si la faiblesse est délibérée, ils ne voudront pas publier le code source. Certains des meilleurs produits que nous connaissions ont été soumis à un examen en open source : Linux et Apache, notamment. Les produits crypto les plus respectés ont été testés en open source. Vous avez vu cette petite icône en forme de bloc-notes, dans le coin de votre écran, quand vous visitez un browser ? Il veut dire que vous passez par un protocole, appelé Secure Socket Layer. Firefox, qui a été testé en open source et qui est un standard Internet, vous savez, ce browser très populaire et hautement sécurisé ? Il est entièrement open source. »
La Calea Connection
Aucun des problèmes de la police judiciaire américaine avec Amdocs et Verint n’aurait pu se produire sans les changements apportés par le Communication Assistance for Law Enforcement Act [dont l’acronyme est CALEA] de 1994 [décret relatif à l’assistance en matière de communications à l’usage de la police judiciaire], lequel, comme cela a été relevé, visait à installer des logiciels d’espionnage dans les réseaux de télécommunications. Le Calea, pour citer la littérature, requiert que les transports terrestres, les services de téléphonie mobile et d’autres entités de télécommunications permettent au gouvernement d’intercepter « toutes les communications filaires et orales acheminées par le routeur, en même temps qu’il les transmet ». La technologie T2S2 remplit parfaitement ce contrat : branché sur le réseau, le T2S2 dérive la ligne sans interrompre le moins du monde le flux de données (une bifurcation T2S2 est considérée virtuellement indétectable). Une moitié de la ligne ainsi dédoublée est enregistrée et stockée dans un centre d’écoutes éloigné ; l’autre moitié continue son petit bonhomme de chemin, depuis votre bouche ou votre clavier jusqu’à ceux de votre copain. (Qu’est-ce donc que ce « T2S2 » ? Pour simplifier : un ordinateur, S2, collecte les données et il les encrypte ; quant à l’ordinateur T2, il les reçoit, et il les décrypte.)
Calea fut salué comme un triomphe de la légalité, comme l’œuvre de décennies de lobbying du FBI. Son directeur, Louis Freeh, alla jusqu’à le qualifier de « plus haute priorité législative » du « bureau ». De fait, Calea était l’expansion la plus étendue des pouvoirs de surveillance électronique du gouvernement depuis le Crime Control and Safe Streets Act de 1968 [Décret sur le contrôle des armes et la sécurité urbaine], qui imposait des conditions définies avec un soin extrême aux écoutes téléphoniques. Aujourd’hui, le gouvernement pourrait user de pouvoirs coercitifs pour ordonner aux opérateurs téléphoniques d’ « inventer des solutions » aux « problèmes générés par les technologies émergentes » auxquels la police judiciaire pourrait être confrontée (en imposant notamment une pénalité de 10 000 dollars par jour aux opérateurs récalcitrants). La main du gouvernement serait en permanence insérée dans le réseau de l’infrastructure des télécommunications du pays. Le professeur de droit Lillian BeVier, de l’Université de la Virginie, écrit des analyses très développées sur les problèmes inhérents à ce décret Calea.
« Le scénario idyllique imaginé par les législateurs ne sauraient survivre à un instant de réflexion », observe Mme BeVier. « Bien qu’il soit présenté de manière conventionnelle comme rien d’autre que « le dernier chapitre dans l’histoire longue de trente ans de la législation fédérale des écoutes téléphoniques », Calea n’est pas simplement la banale installation d’une évolution statutaire motivée technologiquement. Non, en termes de nature et d’ampleur des intérêts que ce décret a tendance à « servir » et de l’industrie qu’il vise à réguler, en termes de degré avec lequel il a tendance à imposer des solutions du secteur privé à des problèmes du secteur public, et en termes de l’emprise qu’il donne au gouvernement, qui lui permet de contrôler le tracé des réseaux de télécommunications, cet Acte représente un glissement paradigmatique. De plus, si on l’examine de près et de manière objectivement désintéressée, le décret Calea apparaît comporter des sacrifices potentiellement abusifs des principes de la vie privée, ainsi que des conceptions viciées et incomplètes des fins et des moyens de la police judiciaire, ainsi qu’une appréciation imparfaite des intéressements incompatibles des acteurs dans le jeu qui serait inévitablement joué dès lors qu’on le mettrait en œuvre ».
La réelle innovation – et le danger – de Calea réside dans le fait que les réseaux de télécommunications, de nos jours, sont configurés de telle manière qu’ils sont vulnérables à l’espionnage ou au flicage. « Nous avons délibérément affaibli les réseaux téléphoniques et internet, les rendant bien moins sûrs, bien plus vulnérables à la fois à la surveillance légale et aux intrusions (hacking) illégales », dit le procureur spécialisé dans les crimes cybernétiques du DOJ [Department of Justice] Mark Rasch.
« Tout le monde est plus ou moins sûr, dans ses communications, depuis l’adoption du décret Calea. Alors, comment allez-vous faire pour avoir des communications sécurisées ? Vous devrez sécuriser les communications elles-mêmes, puisque vous ne pouvez pas sécuriser le réseau. Pour ce faire, vous avez besoin de la technologie d’encodage (encryptage). Ce que Calea force désormais les boîtes et les individus à faire, c’est d’aller chez des tierces-parties pour acheter de la technologie d’encryptage. Quel est le principal pays outre-océan auquel les Etats-Unis achètent de l’encryptage high-tech ? J’aurais tendance à vous aider en vous disant que c’est une petite démocratie du Moyen-Orient. Ce que nous avons fabriqué, c’est le pire de tous les mondes possibles. Nous nous sommes arrangés pour que la plupart de nos communications soient soumises à des immixtions (hacking) et à des interceptions de sales types. En même temps, les méchants – le crime organisé, les opérations terroristes – peuvent très facilement encrypter leurs communications »… Il est notable que les premiers systèmes de télécom conformes au décret Calea à avoir été installés aux Etats-Unis aient été offerts, au titre d’échantillons, par la firme (israélienne) Verint Incorporation…
L’Amdocs Connection
Dès que vous composez un numéro de téléphone aux Etats-Unis, il y a de fortes chances qu’Amdocs Limited ait un enregistrement de ce numéro, qui comporte l’identité de qui vous avez appelé, et combien de temps vous avez parlé. Cela est connu sous le nom de « donnée d’appel transactionnel ». Les plus grands clients d’Amdocs, aux Etats-Unis, sont AT&T et Verizon, qui ont collaboré dans une large mesure avec les programmes d’écoutes téléphoniques sans garantie de l’administration Bush. Les données d’appels transactionnels ont été identifiées comme étant un élément clé de la pêche aux données pratiquée par la NSA [National Security Agency], à la recherche de « séquences suspectes» dans les communications.
Durant la décennie écoulée, Amdocs a été visée par plusieurs enquêtes pour savoir si des individus, appartenant à cette compagnie, avaient ou non partagé des données sensibles du gouvernement américain avec des éléments du crime organisé et/ou avec les services de renseignement israéliens. A partir de 1997, le FBI a mené une enquête de grande envergure sur l’espionnage allégué qu’aurait pratiqué un employé israélien d’Amdocs, qui travaillait sur un programme de facturation téléphonique acheté par la CIA. D’après Paul Rodriguez et J. Michael Waller, du magazine Insight, qui a révélé cette histoire en mai 2000, l’Israélien visé par l’enquête avait également facilité la mise sur écoute de lignes téléphoniques à la Maison-Blanche, sous Clinton (vous vous rappelez, ce témoignage de Monica Lewinsky, devant Ken Starr : le président, affirmait-elle, l’avait avertie qu’une « ambassade étrangère » écoutait leurs conversations téléphoniques torrides, bien que Clinton ait démenti avoir dit cela, par la suite, sous serment). Plus de deux douzaines de responsables du renseignement, du contre-renseignement, de la police judiciaire et d’autres instances ont déclaré à la revue Insight qu’une « opération audacieuse », effectuée par le renseignement israélien, avait « permis d’intercepter des conversations téléphoniques ainsi que des communications plus modernes (électroniques), sur certaines des lignes les plus sensibles du gouvernement américain, et ce, de manière assidue. »
Le principal journaliste d’investigation de la revue Insight, Paul Rodriguez, m’a dit, dans un mél, que l’histoire de mise en examen d’un espion, en mai 2000, « était (et reste, à ce jour) une des plus étranges sur lesquelles j’ai eu à travailler, étant donné l’état d’alarme, de préoccupation et de sidération » parmi les agents fédéraux. D’après le reportage d’Insight, les enquêteurs du FBI étaient particulièrement ulcérés de découvrir que le sous-traitant israélien visé (par l’enquête) avait, en quelque sorte, mis la main sur les numéros de téléphones du FBI les plus sensibles, y compris les lignes « noires » du célèbre Bureau, utilisées à des fins d’écoutes téléphoniques. « Certains des numéros énumérés », ajoutait l’article d’Insight, « correspondaient à des lignes que le contre-espionnage du FBI utilisait afin de remonter la piste de l’opération de l’espion israélien suspecté. Dans cette affaire, c’est le gibier qui suivait le chasseur à la trace ! » Rodriguez a confirmé la panique que cela avait provoqué dans les milieux américains du renseignement. « C’est un énorme cauchemar, du point de vue de la sécurité », lui a dit un haut responsable américain. « Les implications sont très graves », a dit un autre haut responsable. « Tout ce que je puis vous dire, c’est que nous pensons savoir, désormais, comment cela a été fait », a déclaré un troisième responsable à Rodriguez. « C’est déjà en soi extrêmement grave, mais c’est ce que nous ne savons toujours pas qui a des conséquences terriblement profondes. » Aucune charge, toutefois, n’a été rendue publique, dans cette affaire. (Ce qui s’est produit, en coulisses, dépend de la personne à qui vous parlez, dans les services de la police judiciaire : le service de contre-espionnage du FBI ayant cherché à obtenir une garantie de la part du sous-traitant israélien, le Département de la Justice, étrangement, refusa de coopérer et, en fin de compte, aucune garantie ne fut émise. Les enquêteurs du FBI, découvrant cela, étaient sciés.)
Le reporter du Sunday Times (de Londres) Uzi Mahnaimi cite des sources, à Tel Aviv, disant que durant cette période, des méls du président Clinton avaient également été interceptés par les services israéliens du renseignement. Un article de Mahnaimi publié en mai 2000 révèle que l’opération avait comporté un « hacking à l’intérieur des systèmes informatiques de la Maison-Blanche, durant une période d’intense spéculation autour de la direction qu’allait prendre le processus de paix [au Moyen-Orient] ». Les services israéliens auraient infiltré une entreprise appelée Telrad, soumissionnée par Nortel pour développer un système de communications pour la Maison-Blanche. D’après le Sunday Times, « les managers de cette compagnie n’étaient pas au courant du fait que des puces virtuellement indétectables, installées durant la fabrication des appareils, permettaient à des agents extérieurs de s’immiscer dans le flux des données provenant de la Maison Blanche ».
En 1997, des détectives de la police de Los Angeles, travaillant en tandem avec les services secrets FBI et DEA, furent confrontés à un effondrement comparable et inexplicable de la sécurité de leurs communications. La police de Los Angeles était en train de mener une enquête sur le crime organisé israélien : trafiquants de drogues et escrocs aux cartes de crédit, basés en Israël et à Los Angeles, avec des tentacules à New York, à Miami, à Las Vegas et en Egypte. Le nom de ce groupe mafieux et ceux de ses membres restent non-communicables et classifiés dans des documents d’ « évaluation de la menace » que ce reporter a obtenu de la police de Los Angeles, mais ces documents déclinent, avec quelque détail, l’ampleur et le caractère varié des opérations de ce groupe : 1,4 millions de dollars volés à Fidelity Investments, à Boston, au moyen d’une fraude informatique sophistiquée, extorsions de fonds et kidnapping d’Israéliens à Los Angeles et à New York, deal de cocaïne en coordination avec les crimes organisés italien, russe, arménien et mexicain, blanchiment d’argent et assassinats.
Le groupe avait, par ailleurs, accès à des technologies et à des données extrêmement sophistiquées en matière de technologie de la contre-surveillance, ce qui était un véritable désastre, pour le LAPD [Los Angeles Police Departement]. D’après des documents internes dudit LAPD, le groupe du crime organisé israélien avait obtenu numéros de téléphone fixe, de téléphone cellulaire et de pagers totalement secrets de non moins de cinq-cents enquêteurs de la brigade des stup’ de Los Angeles, ainsi que les informations fournies par des indics à des dizaines d’agents fédéraux – informations au noir, numéros de téléphone inconnus y compris des enquêteurs les plus proches. Les Israéliens avaient même installé des écoutes sur les lignes des enquêteurs du LAPD, espionnant leurs conversations par téléphones cellulaires et par téléphones fixes avec d’autres agents – essentiellement du FBI et du DEA – dont les noms et les numéros de téléphones furent également recherchés, et trouvés.
Le LAPD était horrifié, et tandis que l’on commençait à parler de plus en plus de ce qui était apparemment un effondrement total de la sécurité, le choc se propagea à des agents du DEA, du FBI et même de la CIA, qui, ensemble, décidèrent de lancer une investigation. Il s’avéra que la source de l’essentiel de cet espionnage clandestin pouvait être attribué à une compagnie, appelée J&J Beepers, qui obtenait ses [nouveaux] numéros de téléphone d’un service de facturation qui s’avéra être une filiale d’Amdocs…
Une source très au fait des enquêtes menées à l’encontre d’Amdocs m’a fait part de plusieurs théories, en ce qui concerne les allégations d’espionnage formulées contre cette firme. « Déjà, au début des années 1970, quand il devint évident qu’AT&T allait être dissoute et qu’il allait y avoir une révolution informationnelle et technologique imminente, Israël comprit qu’il disposait d’une population hautement éduquée et hautement cosmopolite, et il fait un certain nombre de découvertes économiques et diplomatiques calculées », dit cette source. « L’une d’entre elles, c’était que les télécommunications étaient à leur portée : elles ne requièrent pas de ressources naturelles, mais seulement de l’intelligence, de la formation et du cash. Les Israéliens furent donc, très vite, impliqués dans les télécommunications. Per capita, Israël est probablement le pays le plus avancé et puissant au monde, en matière de télécom. L’éclatement d’AT&T se produisit en 1984 ; la technologie Internet explose, et Israël voit toutes ces compagnies acheter de manière agressive des contrats, sous la forme de filiales telles Amdocs. Amdocs a commencé comme une minuscule PME et aujourd’hui, c’est la plus importante firme de facturation des télécommunications au monde. Ils commencent à mettre sur pied leur réseau massif de télécommunications. Comme pratiquement tout, en Israël, il s’agit d’une entreprise sponsorisée par le gouvernement.
« Ainsi, il a été dit qu’Amdocs utilisait ses listes de facturations comme un exercice de collecte de renseignement, parce que son conseil d’administration, au fil des années, avait été lourdement peuplé par des membres actifs et à la retraite du gouvernement israélien et de l’armée israélienne. Ils utilisaient ces fonctions comme une opportunité de collecter de l’information sur les conversations téléphoniques du monde entier. Tant qu’à faire, en matière de phénomène de collecte du renseignement, un analyste diplômé du MIT aurait préféré disposer d’une liste de cinquante pages de noms de qui a appelé qui, plutôt que cinquante heures de conversations téléphoniques effectives. Pensez à toutes ces conversations téléphoniques échangées avec des amis, avec des maris, avec des épouses… Cette information brute ne saurait servir à grand-chose. Mais s’il y a un pattern de trente conversations téléphoniques passées durant une journée, cela peut signifier énormément de choses. C’est un algorithme infiniment plus simple. »
Une autre source – un ancien agent de la CIA – me dit que les agents du renseignement américain qui ont diffusé les soupçons pesant sur Verint et Amdocs ont été attaqués de toutes parts. « Une fois qu’il a été connu qu’un individu est en train d’investiguer là-dessus [l’affaire Verint/Amdocs], il ou elle est typiquement identifiée peu ou prou à un(e) fouteur/se de merde, à un enquêteur, et il (elle) est roué(e) de coups sans pitié », dit l’ancien agent de la CIA. « De manière typique, ce qui arrive, c’est que l’individu se trouve dans un scenario où sa retraite est menacée – voire pire. Le fait que, simplement parce que vous avez jeté un coup d’œil à cette question, tout soudain vous devenez un arabisant ou un antisémite – c’est de la pure connerie, parce que je vais vous dire, de première main, que ces gens, dont l’héritage est enraciné dans ce pays, ont travaillé très dur, à ce sujet. C’est un genre de vocation qui ne s’achète pas. » L’ancien agent de la CIA ajoute : « Il n’y a pas de politique définie, à ce jour, quant à la manière de traiter ce genre de choses [les questions de sécurité aux Etats-Unis impliquant Israël], mis à part celle consistant à les endiguer, à les maintenir à distance, à les contrôler. Mais ça ne marche plus ! Pas après les attentats du 11 septembre 2001 : impossible ! Le bûcher funéraire qui a continué à brûler durant des mois au fond du tas de décombres [du Ground Zero] ont appris à des millions de personnes qu’elles n’avaient plus à être « politiquement correctes ».
Les immixtions en matière de communications [du type Amdocs/Verint] ne datent pas d’hier ; elles ont commencé il y a bien des années. Et c’est là une cause d’embarras majeure pour des organisations qui aimeraient bien pouvoir dire qu’elles dominent la situation et qu’elles ne sont ni cooptées, ni compromises. Dès que vous commencez à bosser sur cette question, vous découvrez très vite que beaucoup de gens ont soit détourné pudiquement le regard, soit ont été cooptés en chemin. Certains, quand ils se rendent compte de ce qu’il s’est produit, prennent conscience à leur grande honte qu’ils se sont fait avoir. Beaucoup parmi eux étant des bureaucrates, ils ne veulent pas qu’on les fasse paraître aussi stupides qu’ils le sont dans la réalité. Alors, ils font comme si de rien n’était. Parfois, c’est aussi simple que cela… »
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