29 septembre 2008
Notable bureaucrate ou être de conscience !

Il ne s'agit pas de se cacher derrière un chapelet de prescriptions techniques ; il ne s'agit pas non plus de sacraliser les limites du permis et de l'interdit et encore moins de se désintégrer au point de ne plus "être" qu'un notable bureaucrate amoureux du pouvoir (1). Non, il s'agit de cette façon d'être qui doit enfanter une lumière, une énergie, un souffle propres à nourrir ta conscience et à lui dessiner sa mission : réformer son coeur et changer le monde.
Quand un musulman devient "paresseux", petit bourgeois, confortablement installé, ami du pouvoir, insouciant des injustices et des opprimés.... alors la colonisation a déjà commencé. Parler de la foi sans aimer être trop dérangé, parler de la spiritualité confortablement installé, parler de l'effort en entretenant une association d'administrés (2), parler des pauvres aprés avoir copieusement mangé... et rêver secrétement de reconnaissance, de pouvoir, de salaire, de voiture, de villa... le tout "à consommer"...
Installés à l'île de La Réunion, nous aurions dû être cette conscience qui rappelle que jamais il ne faut démissionner. Que la justice est une lutte, la fraternité un effort, qu'il faut servir avant de se servir, qu'il faut apprendre à donner jusqu'à "se donner", apprendre à aimer.
A nos frères et soeurs en humanité qui sont exclus, délaissés, maltriatés... à tous ceux qui subissent la violence, l'injustice et la terreur, à tous ceux qu'étouffent notre indifférence, nos silences et nos lâchetés... à toutes ces femmes, à tous ces hommes, que dirions nous? Que fils d'immigrés, nouveaux "citoyens", nous sommes enfin "installés"? Que la vie nous entraine et nous a fait oublier? Que le confort et le pouvoir ont leurs raisons au fond desquelles nos consciences se sont noyées? Ou certainement nous trouverons nous des justifications "islamqiues"... en confondant la sagesse du Prophète (PSL) avec notre paresse, son calme et son courage avec nos lâchetés, son silence circonstanciés avec nos fuites calculées. On a fait tant de choses à nos références, jusqu'à tout justifier... le pire et la pire inhumanité...
Alors me viennent à l'esprit les images de ceux qui nous ont guidés et continuent à nous éduquer : ils étaient avec Dieu, parmi les êtres humains, les laissés pour compte, les opprimés. Confiants en Son Amour, assurés de Sa Justice : ils se sont levés, se sont sacrifiés, ont su donner, ont su aimer.
Libres devant le soupçon des majorités , ils nous ont rappelés les valeurs et la responsabilité.
D'aussi loin que je me souvienne, ils sont notre dignité, sans jamais idéaliser.... Ils peuvent être à côté de nous et chaque jour ils donnent de leur temps, de leur vie, de leur fraternité, de leur amour. Ils peuvent être anonymes et souvent bien aimés... Ils luttent contre l'oubli, l'indifférence, l'indignité. Ils ont cette façon propre à te réveiller : apprends, apprends donc, car chacun de leurs gestes te rappelle que Dieu est l'Ami des êtres dévoués.
Ils marchent dans Sa lumière... suis donc ce sentier... il est le chemin de ta paix, le sens de ta liberté...
(1)Il suffit pour cela de regarder la triste histoire de la consultation des musulmans à l'île de La Réunion
(2) La télé est invité à filmer la prière de l'AÏD à St Denis : la belle affaire...
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28 septembre 2008
Shahada et Sharia : la foi et la voie !
C’est en éliminant le satanique du divin que les « disciples » de Freud ont rendu à la religion (1) un service inestimable, bien qu’on ne puisse s’empêcher de remarquer que la théorie fondamentale de cette « psychologie » semble s’appuyer sur peu de preuves convaincantes. Quoiqu’il en soit, la théorie est en résumé la suivante : durant le processus de notre évolution et adaptation à notre milieu, nous sommes exposés à toutes sortes de « stimuli ».
Nos réponses spontanées, devenant par la force des choses des habitudes instinctives, à ces stimuli se combinent lentement, insidieusement en un ensemble relativement fixe, dont la complexité s’accroît constamment par l’absorption d’impulsions nouvelles et le rejet d’impulsions ne correspondant pas à nos schémas de fonctionnement, plus concrètement notre mental va rejeter les impulsions qui ne cadrent pas avec notre système permanent de réponses (2).
Les impulsions rejetées rétrogradent dans ce qui est appelé la « région inconsciente » du mental, et là elles attendent une occasion favorable pour se manifester et prendre leur revanche sur le moi conscient. Elles peuvent perturber nos projets, déformer nos pensées, créer nos rêves et imaginations, ou nous ramener à des modes de comportement primitifs que le processus de l’évolution a laissés loin en arrière.
Parmi ces comportements primitifs (3) : le conditionnement des masses par des industries qui se font appeler média, qui eux même sont au service de grandes multinationales, formatant les systèmes de réponses des citoyens au nouvel ordre mondial. Dans ce sens on retiendra les manipulations politico-médiatiques, au nom du droit et de l’axe du bien, afin de démontrer au monde que l’Islam et les musulmans sont les ennemis de la liberté (disons plutôt de leurs intérêts).
C’est en amont qu’il faut analyser le problème car sans aucun doute, la plus grande des difficultés pour les musulmans aujourd’hui, est elle de traduire leurs aspirations et leurs espérances en un langage clair, compréhensible, audible. Car enfin tout se passe comme si nous évoluions dans une sorte de nébuleuse, un flou somme toute artistique, dans lequel les pensées sont embrouillées, les concepts peu clairs et les propos divergents, quand ils ne se contredisent pas. On peut reprocher longtemps à nos interlocuteurs leur écoute partielle, leurs interprétations tendancieuses, voire la déformation des propos. Certes, ces attitudes existent, et parfois sciemment, mais il reste que notre responsabilité, quant à l’entretien des approximations qui concernent l’islam, est sans commune mesure : il nous appartient de prendre la mesure des peurs de tous les concitoyens et de tenir un discours audible et clair.
L’un des grands défis de ces prochaines années sera, pour les musulmans, de revisiter leurs références et de faire un travail intense de compréhension. Non seulement de la lettre des prescriptions mais plus profondément de leur sens, de leurs objectifs et de leurs exigences et ce dans une démarche qui ne devra jamais oublier, bien évidemment, le fondement spirituel de leur cheminement vers Dieu.
Réformer l’espace de son intériorité, apaiser son cœur au chevet de la reconnaissance du Créateur et dans la densité d’une action humaine et généreuse, aimer dans la transparence et vivre dans la lumière, l’exigence de se doter d’une force d’être plutôt que de subir l’acharnement despotique d’une vie réduite aux seuls instincts. Le besoin d’une telle étude se fait grandement sentir aujourd’hui non pas seulement d’être mieux compris par autrui mais déjà, essentiellement, parce qu’il est impératif pour les musulmanes et les musulmans se comprennent mieux eux-mêmes et qu’ils aient de leur être et de leurs références une conception un tant soit peu claire.
C’est loin d’être le cas aujourd’hui comme chacun peut s’en rendre compte au quotidien. La nécessité est grande en effet de revenir aux fondements de notre religion et d’en clarifier les principes et les perspectives. La première étape, incontournable, consiste à fixer un certain nombre de définitions qui permettront, au cours d’une lente mais solide élaboration, de construire un discours tout à la fois rigoureux, profond et accessible tant aux oreilles des musulmans qu’à celles de leurs interlocuteurs. Un discours un et unique traduisant la conception et le mode de vie des musulmans et refusant, à chacune des étapes de son élaboration, tant de se reposer sur les apparentes évidences que de se laisser à la tentation simplificatrice et caricaturale. On le voit, le projet est exigeant et demande aux musulmanes et aux musulmans un certain effort de réflexion, d’étude et de clarification. Nous ne saurions rendre clairement une idée si celle ci demeure embrouillée dans nos esprits. Pour les musulmans, qui se doivent de porter témoignage de leur foi, cet exercice est un devoir le sens premier et essentiel de leur responsabilité devant les hommes.
L’Attestation à la foi : Ash Shahada
Il faut commencer par le commencement. Parmi les concepts communément employés par les musulmans, les orientalistes, les sociologues et les journalistes, on trouve deux notions : Ash Shahada et Ash Sharia, dont le sens semble apparemment clair et vis à vis desquelles on ne s’embarrassent plus ni d’analyses ni de précisions ni d’aucune autre précaution méthodologique. Ces deux concepts sont pourtant d’une importance fondamentale pour qui veut comprendre l’essence de la religion musulmane, en ses fondements comme dans les modalités de son adaptation à l’espace et au temps. Or, l’analyse des discours actuels nous montre que le sens couramment donné à ces deux notions est très réducteur et très asséchant et qu’il finit par trahir la portée véritable que la source coranique et l’exemple du Prophète leur ont originellement donnés. La Shahada ne serait plus que l’attestation de foi qui, une fois prononcée, fait qu’un être humain devient musulman.
Pilier parmi les cinq piliers, on finit par présenter cet acte de foi comme trop souvent on le fait avec les autres pratiques lorsque l’on enseigne le droit islamique : dans son seul formalisme, voire sa pure technicité. C’est encore plus vrai de la Sharia présentée soit comme la seule expression de la loi islamique ou, plus gravement, comme l’application d’un code pénal atemporel et inhumain… Bien pauvres définitions qui ne rendent pas compte de la richesse et de la portée de ces concepts fondamentaux.
Attester qu’ « il n’y a de Dieu que Dieu et que Mohammad est son envoyé » est effectivement l’expression de ce qui est l’être et l’essence de la musulmane et du musulman. Par ces mots le croyant témoigne de sa foi en un créateur, un et unique, auquel se soumet la création dans sa totalité. Le musulman exprime également la compréhension particulière qu’il a de l’histoire de l’humanité. Celle ci fut jalonnée par les prophéties et les révélations qui toutes donnent un sens à l’histoire et ce jusqu’au dernier livre, le Coran, révélé à Mohammad. C’est dire que cette attestation, la Shahada, traduit une véritable conception de l’univers, de la vie, de la mort et des finalités de l’existence. Elle dit, dans la forme et la profondeur, ce que c’est qu’ « être musulman » au plus intime de l’être, le lien avec Dieu, comme dans l’élaboration de sa compréhension des événements et de l’histoire, le sens de la vie.
C’est de tout cela que le musulman témoigne quand il la prononce. Et ce n’est pourtant pas tout. La Shahada porte en elle deux autres dimensions dont, malheureusement, on fait trop souvent l’économie alors qu’elles révèlent le sens parachevé de l’attestation. Celle ci est d’abord et fondamentalement le témoignage de la fidélité du croyant au pacte originel qui lie l’homme à Dieu : il se sait participer d’un ordre, d’une harmonie, d’une origine à proximité de laquelle la foi est aussi naturelle au cœur que voler l’est à l’oiseau. Le témoignage est enfin l’expression d’une lourde responsabilité devant les êtres humains : témoigner pour le musulman, c’est porter un message dont il lui faut devenir le meilleur des modèles. Intimement, profondément… Pour être devant les hommes, un signe, un souvenir, un rappel… jamais une contrainte.
On le voit, la notion de Ash Shahada est riche et incontournable. En clair, elle traduit ce qui fait le musulman, dans son être, sa conception de la vie et de l’univers, son intime fidélité et sa responsabilité humaine.
La voie : Ash Sharia
Reste alors comment l’on peut, dans sa vie quotidienne comme dans sa société, faire vivre cet être en lui donnant les conditions de son épanouissement. Quelle est la voie qui peut nous permettre de rester fidèle à la Source tout en faisant face aux vicissitudes de la vie, du temps et des cultures. Tel est bien le sens premier et essentiel du concept Ash Sharia qui exprime cette idée de la voie, du chemin vers la source. Si, comme nous l’avons vu, Ash Shahada traduit ce que c’est « être musulman », Ash Sharia nous enseigne « comment être musulman ».
A l’instant même où un être humain a prononcé la Shahada, avec conscience et conviction, tous ses actes sont désormais en soi, l’application de la voie islamique, de la Sharia. Respirer, manger, boire, travailler, fonder un foyer… sont déjà le « comment » de l’être au monde du musulman.
Dire cela n’est pas suffisant, encore faut il mettre en évidence que cette application est tout à la fois intime et globalisante : l’effort que chaque croyant fait pour donner vie à sa spiritualité, comme sa recherche de la proximité avec le Créateur, comme encore l’aménagement de sa vie quotidienne, seul et avec sa famille, comme enfin l’organisation de son espace social sont autant d’expression de cette voie. Cette dernière exige du musulman le profond souci de fidélité marié avec la conviction, la compréhension, l’effort, l’intelligence du contexte, le sens de l’initiative et de l’adaptation sur le plan personnel comme sur le plan social.
Pour le musulman, à la lumière de sa foi, la voie est naturellement universelle. Elle oriente sans jamais dépouiller ou priver le croyant de son intelligence des hommes, des époques, des lieux et des cultures. Clairement, la voie ne peut se concrétiser sans l’intelligence active de l’homme parce qu’il ne peut y avoir de fidélité vraie sans la compréhension profonde des évolutions : celle du cœur comme celles des sociétés. On a souvent réduit la définition de la Sharia à celles qu’en ont données les savants et les juristes selon leur domaine spécifique de spécialisation : on a ainsi laissé croire qu’il y avait plusieurs « islams », l’un du droit, l’autre de la spiritualité, un autre encore de la mystique. Il n’en est rien pourtant, la voie est une et englobe toutes les dimensions de l’être : le cœur et la raison, la spiritualité et les prescriptions, l’intimité et la société.
L’avenir sera fonction de notre capacité à réanimer la source vive de la Révélation dans notre cœur, dans notre famille et dans notre société. La Sharia n’entretient pas la confusion des genres, bien plutôt, elle révèle les principes de leur harmonie.
Bonne fête de l'AÏD
(1) Ensemble de prescriptions dont lobjectif est : d'orienter le cœur vers le Transcendant, de tourner la partie lumineuse de l'âme vers La Lumière (qui est un des noms de Dieu), d'harmoniser l'homme avec La Nature, l'Espace et le Temps (autre noms de Dieu), d'universaliser l'être
(2) L’invasion occasionnelle des impulsions dite « refoulées » dans le champ de notre « moi » tend plutôt à montrer la rupture temporaire de notre système de réponse habituel que leur présence perpétuelle dans quelque recoin obscur de l’esprit
(3) L'interdiction du port du foulard dit "islamique" dans un Lycée de La Réunion sous couvert d'application de la "loi", constitue bien le signe d'un comportement primitif : la barbarie a pris soin de se farder comme il se doit au nom d'une pseudo-laïcité
20:25 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Wall Street, mûr pour adopter les principes de la Charia ?
En 1968, les étudiants écrivaient sur les murs qu’il est «interdit d’interdire». Aujourd’hui, ces mêmes étudiants, dont une bonne partie occupent des postes clés dans les entreprises où l’administration s’inquiètent de la crise financière, déclarent qu’il est «interdit de laisser faire». L’heure est donc au resserrement des contrôles sur toutes les places financières et surtout à la restriction des opérations spéculatives qui ont largement contribué à aggraver la crise.
Lorsque Nicolas Sarkozy monte à la tribune de l’ONU pour réclamer plus de contrôle et une meilleure régularisation des règles du capitalisme, notre Président ne fait que traduire l’exaspération générale de dizaines de millions d’épargnants dans le monde victimes des agissements d’une poignée de banquiers irresponsables.

L’interdiction totale des ventes à découvert sur les valeurs financières de part et d’autre de l’Atlantique et la limitation des opérations à effets de leviers qui permettent de parier sur 100 ou 500 en ne mettant sur la table d’une dizaine de dollars, était sous doute nécessaire. A court terme, il était en effet important d’éteindre l’incendie qui menace de se propager à l’ensemble de la maison. La mise en œuvre de ces restrictions est beaucoup plus délicate.
Les «hedge funds» (1)ne sont jamais à court d’idées pour spéculer
Si nos dirigeants financiers cherchent vraiment à limiter la spéculation, rien de plus simple, il suffit d’appliquer des principes de la Charia arrêtés sept cents ans auparavant : interdit de vendre des actifs que vous ne possédez pas de façon effective ou de réaliser des opérations de prêts d’argent moyennant rémunération. Interdit surtout de spéculer sur les déboires d’une entreprise. Le seul moyen de s’enrichir c’est de participer au développement d’une entreprise et d’en percevoir les fruits en étant présent au capital.
Des principes simples et de bon sens que tous les détenteurs d’actions ou de contrats d’assurance-vie indexés sur la Bourse auraient voulu voir appliqués plus tôt. Le problème est que ces principes de gestion ne correspondent ni à la tradition occidentale, ni à nos convictions religieuses. Pour que le système fonctionne il faut surtout que tout le monde s’y conforme en même temps. Car dans un monde où la spéculation est reine, aucun titre - fut-il trié sur le volet - n’est à l’abri d’un mauvais coup.
Toute la difficulté pour les régulateurs consistera donc trouver des règles communes à tous les intervenants et surtout applicables à toutes les classes d’actifs. En limitant momentanément des ventes à découvert sur les valeurs financières, les autorités de marché prennent le risque de faire dévier la spéculation sur des titres connexes, comme les biens de consommation ou l’automobile dont on peut penser qu’ils seront eux aussi victimes de raréfaction de l’offre de crédit de la part des banques. L’extrême volatilité du prix du baril de pétrole qui a gagné plus de 15% en quelques heures en début de semaine à New York montre que les «hedge funds» ne sont jamais à court d’idées lorsqu’il s’agit d’alimenter la spéculation.
Pour retrouver son équilibre, le marché a besoin de sanctionner tous les excès commis par les banques. Les mesures partielles mises en place ça et là peuvent retarder la chute des maisons les plus vulnérables, mais elles n’ont aucune chance de la stopper. Ce n’est qu’une fois que la bulle immobilière et financière aura explosé, que le régulateur pourra s’atteler à la mise en place d’une réglementation pus contraignante et applicable à tous sans exception.
Pour l’heure, même si nous avons le sentiment que le dénouement de la crise est proche, il faut reconnaître qu’il est bien difficile de revenir en Bourse en toute confiance.
Roland Laskine, rédacteur en chef à l’hebdomadaire Le Journal des Finances.
(1) Trou noir financier
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21 septembre 2008
Seul avec l’humanité
La force des logiques qui nous étouffent est à son paroxysme lorsqu’elles parviennent à nous habiter. Incroyable et insidieuse efficacité d’une entreprise qui aliène notre volonté et nous trompe sur notre personne, alors même que nous pensons être responsables de nos pensées autant que de nos actes. Le constat est clair : nous courons aujourd'hui le risque de ne plus nous appartenir.
Quand l’avoir l’emporte tellement sur l’être, qu’il semble être devenu la seule condition du bien-être, quand la vitesse de l’information est plus importante que son analyse, quand l’image l’emporte sur le verbe, quand enfin le progrès devient pour lui-même la justification de son bien-fondé… alors il devient difficile de vivre sa foi, de façonner son esprit, de déterminer ses repères, de marquer ses limites. Difficile d’être un homme, difficile d’être libre. J’entends libre de cette vraie liberté au souffle de laquelle l’esprit chemine et fait ses choix à proximité de son cœur, de ses méditations, de son intelligence, de ses espérances.
Seul…
L’Islam est une école. Elle a un objectif et un programme, un cadre et une dynamique, des exigences autant qu’une évaluation nécessairement formative. Son premier principe se fonde sur l’impérative liberté de celui qui s’y forme dés lors que celui-ci se sait et se reconnaît comme un être de conscience et de responsabilité. L’Islam dit une réalité et s’appuie sur un sentiment : tout commence par la solitude devant Dieu. Le premier espace de formation, d’édification, de résistance, de réforme et de liberté est le cœur si naturellement attiré vers le transcendant, si promptement déchiré par l’artifice ou noyé par le superficiel. Il n’y a pas de foi sans liberté, pas de liberté sans pleine possession de son être, cœur et esprit.
Or, notre monde et ses pouvoirs "obscurs", les modes et la vitesse nous amputent et nous perdent. Un être humain qui vit à la surface de ses désirs et dont les besoins ont pour la plupart été fabriqués n’est plus un être humain… ce peut même devenir une bête entretenant l’illusion de son humanité. Un monstre virtuel dont les excès ne tiennent parfois qu’à ce fil de la rationalité qui fait office de laisse. Si la rationalité est humaine, le monstre est dompté, mais si par malheur la rationalité n’est plus qu’économique ou financière, alors la bête se déchaîne et promet le pire, de carnages et de génocides. Nous l’avons trop constaté.
Décolonisation.
Notre religion nous apprend que la première résistance à ces dérives est à l’intérieur. Avec Dieu, dans l’approfondissement de la foi, l’être humain doit s’initier à la maîtrise, à la compréhension, à la pondération, à la nuance. Dans la prière ou la méditation, il doit prendre le temps de se connaître et de se reconnaître, de résister à ses propres violences, à ses colères, à sa volonté de pouvoir. Ainsi son cœur doit devenir une classe dans laquelle il apprend à son esprit, à étudier, à approfondir, à s’éloigner des préjugés, à éviter les caricatures. La lumière du cœur est une des conditions pour s’orienter dans les profondeurs de l’esprit. Elle donne la force de répondre au premier devoir de résistance qui nous habite : contre les fausses idoles, contre la séduction dictature de nos seuls désirs, protéger la lumière de son cœur, construire l’autonomie de son esprit, revendiquer le droit de choisir en conscience son chemin et le sens de sa vie. Devant Dieu, seul, conscient et responsable.
La première résistance est aujourd'hui, très clairement, une entreprise de décolonisation. Il s’agit pour chaque musulmane et chaque musulman de retrouver le chemin de son être le plus profond, de redevenir un être libre.
La vie quotidienne, avec les modes de pensées et de consommation, la gestion du travail et celle du temps libre, la culture cinématographique et musicale, est propre à façonner, presque inconsciemment, une seconde nature qui s’apparente à une prison. Il faut s’en échapper. La spiritualité, profonde et exigeante, est la clé. Il existe un autre espace à « décoloniser ».
Après notre cœur, notre intelligence. Jamais autant qu’aujourd'hui, l’information ne s’est trouvée concentrée en aussi peu de mains. Quelques entreprises et agences gèrent l’outil « média » comme une industrie, « une affaire qui marche ». Tout se passe, en toute banalité, comme si le ton de l’élaboration intellectuelle, du débat de société ou des défis politiques était désormais donné par les médias et, parmi eux, par le support essentiel de l’image. La télévision n’est plus qu’un simple outil, elle est devenue un paramètre, une échelle, presque une valeur au chevet de laquelle les autres valeurs et les références se mesurent. Résister à cette tourmente de l’image et de la vitesse est aujourd'hui impératif : les musulmans, comme tous les citoyens, doivent réapprendre à penser, à analyser, à débattre. La Shura, la concertation, à laquelle les invite leur religion, exige d’eux qu’ils forment leur intelligence et élaborent leur réflexion, en profondeur, avec précision et nuance.
Il ne suffit pas de se dire musulman pour être protégé des caricatures et des simplifications : la communauté musulmane n’est d’ailleurs pas en reste quant aux analyses caricaturales ou aux jugements à l’emporte-pièce. L’Islam exige de nous de libérer nos esprits et de vivifier nos intelligences : résistance intellectuelle active qui devrait être la conséquence naturelle d’une foi ancrée et d’une spiritualité épanouie. Si ceux qui ont jugé le plus justement les erreurs et les insuffisances propres à la mentalité de notre époque s’en sont tenus généralement à une attitude toute négative ou n’en sont sortis que pour proposer des remèdes à peu prés insignifiants et bien incapables d’enrayer le désordre croissant dans tous les domaines, c’est parce que la connaissance des véritables principes leur faisait défaut, tout autant qu’à ceux qui s’obstinaient au contraire à admirer le prétendu « progrès » et à s’illusionner sur son aboutissement final.
Économie,politique et société.
Les ordres ont été inversés et l’on fait chaque jour l’expérience du primat de l’économie dans la gestion des affaires internationales comme des questions de sociétés. L’éthique et la morale ne sont pas, on le sait, les maîtres mots de ce type de gestion, et ce qui compte désormais, c’est le rendement, l’efficacité, le degré de subordination aux logiques du nouvel ordre économique… les dysfonctionnements politiques ou les mauvaises gestions sociales sont relativisés en fonction des profits financiers qu’ils permettent : une dictature qui « rapporte », en matière économique ou sur le plan géostratégique, n’est pas tout à fait une dictature et le critère d’une bonne politique se mesure essentiellement à sa capacité à protéger les intérêts de ceux qui l’appliquent.
Les aliénations, au sens propre et premier, se multiplient et s’additionnent : l’économie qui devait être un instrument au service d’une politique est devenue une finalité en soi : la société des citoyens qui devait être la finalité et donc, au premier chef, bénéficier de la gestion politique est insensiblement devenue un moyen, un simple instrument. Au cœur du nouvel ordre économique, l’être humain, ancien sujet de son histoire, a la curieuse sensation d’être devenu un objet, un moyen, un jouet. Pour les musulmanes et les musulmans, il s’agit de remettre les choses à leur place, dans le bon ordre.
Que l’homme, devant le Créateur et avec ses semblables, redevienne une fin et non plus un moyen. Il s’agit de réinvestir, avec le cœur et avec l’intelligence, toutes les sphères dans lesquelles ce changement peut s’opérer. Sur le plan social, le devoir de résistance commence avec l’énoncé du clair refus que des sociétés industrialisées enfantent des milliers de chômeurs et tant d’autres millions de laissés pour compte. La question ne relève pas des seuls moyens financiers mais bien de la sournoise préservation de l’intérêt de quelques uns et de l’absence de volonté politique. C’est à dire qu’il faut s’engager dans des projets locaux, des projets de proximité, par lesquels on doit lutter contre le chômage, l’exclusion, la marginalité et l’ensemble des fractures sociales.
Ce refus ne peut s’exprimer, comme c’est encore souvent le cas pour les musulmans, par la seule mise en place de projets fondés sur le bénévolat ou de la solidarité. La justice est un droit, non un cadeau, ni une charité. A terme, la résistance passe nécessairement par l’engagement citoyen et politique. Refuser les passe-droits, exiger que des volontés politiques soient explicitées, demander des comptes, questionner les choix de politique sociale, sont autant d’attitudes qui doivent permettre aux citoyens de confession musulmane de participer avec les autres à réformer leurs sociétés. A tous les niveaux, des initiatives sont attendues qui permettent des gestions économiques alternatives et, surtout, un retour de la politique à sa véritable vocation fondée sur le débat et la participation citoyenne. Pour les musulmans comme pour tous les êtres humains, pas de résistance sans participation.
Reprendre possession de son cœur, construire son intelligence et s’engager à promouvoir des projets alternatifs de proximité sont autant de manifestations de ce devoir de résistance qui est le nôtre. Nous n’oublierons pas non plus que la justice exige de nous que, du cœur de l’Océan Indien, nous devenions autant de voix qui ne craignent pas de dénoncer les dictatures, les tortures, les hypocrisies et les dérives inhumaines, qu’elles soient ou non perpétrées au nom de l’islam. Quand le silence complice étouffe, notre dignité est la dénonciation… L’emprisonnement de tant d’innocents de par le monde pourrait bien finir par nous rendre coupables de si mal gérer nos libertés. Aucun intérêt économique ne peut justifier notre silence.
A moins que ce ne soit la crainte ? La peur ? La paresse ? Le confort et la luxure ? Que dirons-nous le jour où il n’y aura d’ombre que Son ombre ? Que nous craignons pour nos vies ? Pour notre « réputation » ? Que nous ne pouvions pas ? Que nous étions seuls ?…. Seuls…?
Alors qu’à chacune de ses pages, la Révélation nous rappelle que Dieu aime les pieux qui prient comme les justes qui résistent. Au demeurant, nous ne sommes pas seuls et tant d’autres consciences sont amies de ce même combat, de cette même résistance.
Dieu exige de nous la fidélité et notre foi nous commande la dignité. Le devoir de résistance est l’exacte réalisation de cette fidélité digne, consciente que l’on n’est jamais aussi prés de Dieu que lorsqu’on lutte contre l’inhumanité des hommes.
Avec cœur, au nom du droit.
Farouck ISSOP (Association Présence Musulmane Ile de la Réunion)- Tariq RAMADAN (Professeur de Philosophie à OXFORD sur invitation du Gouvernement de la Grance Bretagne) - Mahmoud KHALKOUL(Président Jeunesse Musulmane Française)
08:35 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Tariq RAMADAN à L'Expression !
Il enseigne à l’université d’Oxford en Angleterre. Il milite pour un Islam ouvert sur l’universel. Il sillonne le monde pour, comme il aime à le dire, construire des passerelles de dialogue entre le monde musulman et le reste du monde. Il venait d’Australie et repartait pour la Suisse, son pays de résidence.
Entre ces deux escales, il a animé deux conférences à Bruxelles. Avec un tel agenda, et malgré la fatigue visible sur son visage, Tariq Ramadan a pu trouver le temps pour nous accorder cet entretien...c’était dans la voiture qui l’emmenait vers l’aéroport.
Nous sommes le 8 mars, c’est la Journée internationale de la femme. Avez-vous un commentaire ?
Tariq Ramadan : Le fait de penser à la question de la femme d’un point de vue islamique est fondamental. Là-dessus, l’Islam a deux problèmes majeurs et il faut qu’il les résolve. Ces deux problèmes sont la réduction et la projection. La réduction, c’est la lecture littérale du Coran qui ne tient pas compte du contexte historique dans lequel le Coran a été révélé et encore moins de l’orientation de l’ensemble du message.
L’autre, la projection, c’est un déni culturel sur le texte coranique. C’est-à-dire la confusion entre ce qui relève de la culture et de ce qui est réellement islamique. La culture arabe par exemple n’est pas la culture, au sens large du terme, de l’Asie. Par exemple, un certain nombre de pratiques et de problèmes comme l’excision, le mariage forcé, la violence, le libre choix de la femme dans le mariage...sont très liés à des lectures culturelles. Ce sont des projections culturelles sur le texte coranique. D’où la nécessité d’un vrai travail de fond, de réforme, d’Ijtihad...(1)
Question certainement classique, mais combien d’actualité, je veux parler du rapport de l’Islam à la démocratie occidentale. Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’Islam est incompatible avec la démocratie ?
TR : Ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas de contradiction entre les principes de l’Islam et les principes de la démocratie. Et je fais une différence entre les modèles démocratiques occidentaux. D’autres modèles démocratiques, ailleurs dans le monde, peuvent-ils être meilleurs ou pas ? Les principes fondateurs de la démocratie sont l’Etat de droit, la citoyenneté égalitaire, le suffrage universel, la séparation des pouvoirs.
Les principes de l’islam attestent que nous n’avons aucun problème avec ces principes. Ce sont des principes.
Maintenant quel modèle historique une société va-t-elle se donner pour pouvoir respecter ces principes ? On voit par exemple en Europe des modèles différents. Le modèle français n’est pas celui de l’Angleterre ou celui de la Belgique. Dans les sociétés majoritairement musulmanes on aura la même chose. Les mêmes principes et des modèles variant en fonction de la culture, de la psychologie, de l’héritage sociétal etc.
Ce que je dis à l’Occident, c’est de cesser de nous imposer des modèles, d’être cohérents avec leurs propres principes. Dernier élément important, c’est celui de permettre le développement de la critique de la démocratie pour l’améliorer. Aujourd’hui, quand on voit le pouvoir des médias, quand on voit la désaffection des gens pour le fait politique, excepté lors de grandes messes électorales comme l’élection présidentielle, et quand on voit que tout passe par les sondages...je dis que nous sommes dans la politique spectacle.
Aujourd’hui la réflexion sur le rapport de l’islam à la modernité est prise en charge plus par les philosophes et penseurs occidentaux que par ceux des sociétés musulmanes. Pourquoi ?
TR : Il faut regarder les choses en face. Les 24 pays à majorité arabo-musulmane produisent ou traduisent moins d’ouvrages venus d’Occident que le seul Brésil par exemple. C’est Régis Debré qui me disait ça, la semaine dernière. Il a raison, il y a dans les pays musulmans un vrai problème de curiosité, d’implication dans le débat intellectuel international, de réconciliation avec l’universel. Nous sommes enfermés dans nos certitudes. Nous avons le message (coranique) et il n’y a pas lieu de débattre...
Nous sommes dans des situations de victime, c’est-à-dire que tout le monde nous déteste et nous ne faisons que réagir (ex : sur les caricatures du Prophète QSSSL). Il nous faut une vraie attitude de confiance critique qui allie la foi profonde à l’esprit critique et créatif. Ça, c’est un manque réel dans les sociétés musulmanes, en Afrique du Nord comme ailleurs. Aujourd’hui, il faut qu’il y ait une émergence de cette conscience chez les musulmans dans les pays occidentaux, sans qu’ils soient coupés des pays musulmans. Il faut que l’on réussisse à développer ce débat.
Comment convaincre l’Occidental moyen que l’Islam est un message de paix, d’amour et de tolérance lorsqu’il voit la guerre meurtrière que se livrent sunnites et chiites en Irak par exemple ?
TR : Parler de l’Islam comme message de paix (de salam), se donner entièrement à Dieu, être à la recherche de la paix intime (intérieure), de la paix sociale...c’est cela notre idéal. Maintenant, il ne faut pas confondre le message (coranique) et ses objectifs, avec des réalités socio-politiques qu’il faut étudier pour ce qu’elles sont. Je veux dire que le conflit sunnite-chiite est circonstanciel, et politique. Il y a un occupant qui a besoin de diviser pour régner. Il tire sur les ficelles. Il ne faut pas que l’on soit naïfs. La colonisation a toujours utilisé la division des sociétés pour régner. On le voit aussi en Palestine où les deux factions qui résistent à Israël sont divisées, manipulées...On ne peut pas passer sur le politique et dire : ça c’est l’Islam. Non, ce sont des questions politiques, géostratégiques, socio-économiques...qui sont en jeu dans ce cas-là.
Certains vous qualifient de porte-parole de l’Islam intégriste, radical.
TR : Ils disent deux choses. Que je suis le porte-parole des intégristes et que j’ai un double langage. Je leur réponds qu’ils ont une double audition et qu’ils ne veulent pas d’une présence musulmane assumée qui vit avec son temps. Ils disent qu’ils veulent la réforme de l’islam, mais ils veulent, en fait, la « désislamisation ».
Nous disons que l’on est ce que l’on est. On l’assume. L’Islam a les moyens de s’offrir des réponses pour aujourd’hui. Mais c’est à nous de développer un esprit critique, créatif pour des solutions à nos défis. Il y a ceux qui ne veulent pas entendre cela, comme la dimension du discours universel de l’Islam. Ils ne veulent pas qu’on crée des ponts entre nous. Ils ont envie de polarisation et ils gagnent. Leur agenda politique et idéologique c’est deux choses : la peur et la polarisation ; le « nous » contre « eux ». C’est donc normal qu’ils trouvent mon discours dangereux, puisqu’il va à l’encontre de tous leurs desseins, notamment celui de mettre en évidence qu’il y a une fracture (entre pays musulmans et Occident).
Pour me contrer ils parasitent mon discours. Ils mettent une espèce de nuage de suspicion autour. Vous allez sur le moteur de recherche « Google », sur Internet, vous trouverez les mêmes informations sur moi, publiées 30.000 fois ! Je leur réponds sur le long temps. Notre cohérence aura raison de leurs fausses accusations.
Ce n’est pas aussi par rapport à votre grand-père maternel, Hassan El Bana, le fondateur de la confrérie des Frères musulmans en Egypte, et de votre père fondateur de la même confrérie en Palestine ?
TR : Il y a ceux qui utilisent ça. Autrement dit, je suis coupable par association. En plus, ils font dire à mon grand-père des choses qu’il n’a jamais dites. J’ai écrit sur mon grand-père. Il y a des choses que je soutiens et d’autres que je relie au contexte de l’histoire des années 1930-40. Il était contre la colonisation. Pour moi, c’est digne d’être anticolonial.
Il était contre la fondation de l’Etat d’Israël parce qu’il voyait où cela mènerait. Il a créé 2000 écoles dont la moitié pour les femmes. Maintenant, il faut faire la critique historique des slogans de l’époque. En plus, mes contradicteurs créent l’amalgame entre Islam et terrorisme. L’Islam est aussi divers que le christianisme. Dans le christianisme politique il y a des différences entre les théologiens de la libération et les fondamentalistes ou la démocratie chrétienne en Italie par exemple. Dans le monde musulman, c’est pareil.
L’Islam s’intéresse à la gestion de la cité, de la société au même titre que le politique. N’est-ce pas cette proximité, cette rencontre des deux sur le terrain social qui provoque des rapports, souvent, violents ?
TR : Si nous ne clarifions pas ce type de rapports on tombe dans ce que vous dites. C’est-à-dire la violence potentielle. Les enseignements islamiques pour tout ce qui concerne la « aquida » et la pratique, soit le credo et la pratique, sont clairs. Il faut faire ce que les textes disent. Mais pour tout ce qui est des affaires sociales, du fait politique...la méthodologie de l’Islam dit que tout est permis sauf ce qui est interdit.
Donc, c’est un autre rapport. Le problème est que certains savants et mouvements sont entrés dans le champ politique avec la mentalité de la « aquida » et de la « ibada » (la fois et l’adoration) de façon dogmatique. Et ça, ce n’est pas islamique. C’est une confusion des genres extrêmement grave. Par contre, nous avons pour le domaine social une éthique à proposer. Nous proposons une éthique pour l’économique, le politique...mais nous n’avons pas d’Etat, une structure déterminée, une autorité figée une fois pour toutes.
Nous avons une autorité qui se négocie, et qui ne s’impose pas. Il faut affiner et clarifier tous ces concepts pour ne pas tomber dans l’excès que l’on voit. Comme ceux qui veulent dupliquer, historiquement, le modèle de Médine, ou Hizb Ettahrir qui nous parle de Khalifat, ou d’Etat islamique et quand on leur demande comment, ils reviennent à des modèles très lointains dans l’histoire. Nous n’avons pas de modèle d’Etat, par contre, nous avons des principes éthiques qu’il faut respecter, et qui font partie de l’autorité négociée, du débat que l’on doit avoir dans la société civile qui se démocratise.
Mais ce débat démocratique est-il possible dans les pays musulmans ?
TR : C’est le cercle vicieux. L’absence de liberté politique, de démocratie, l’absence de société civile, l’absence d’espace de dialogue et de débat...appauvrit de plus en plus une évolution saine et moderne de l’Islam d’une manière générale. C’est évident.
Est-il vrai que vous étiez le conseiller pour les affaires islamiques de l’ex-Premier ministre britannique, Tony Blair ? Et l’êtes-vous toujours ?
TR : C’est encore l’intox de certains milieux politiques et intellectuels, notamment français. Je suis, comme un certain nombre d’autres professeurs et chercheurs, dans une commission d’études et de recherches, spécialisée dans les questions de l’Islam en Europe. Rien de particulier.
(1) Effort intellectuel de contextualisation du Coran
12 mars 2008, par Entretien avec M’hammedi BOUZINA - Source : L'Expression
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20 septembre 2008
Pourquoi l'armée française doit se retirer d'Afghanistan

Le Parlement et le Sénat français doivent débattre, le lundi 22 septembre, de la situation en Afghanistan. Ils auront à se prononcer par un vote nominatif sur l’engagement de la France dans une guerre qui risque d’être longue et coûteuse. Il aurait été important que les chambres puissent examiner les arguments avancés et en mesurer la pertinence. Mais le temps de parole a été limité et le débat sera clos en une demi-journée. Est-ce ainsi que l’on débat de l’engagement de la France dans une guerre qui fera encore de nombreuses victimes, d’abord en Afghanistan mais aussi dans les rangs de l’armée ?
Lors de son allocution devant les ambassadeurs français, à la fin août (et après la mort de dix soldats), le président Nicolas Sarkozy avait expliqué les raisons de la présence française. Il reprenait les arguments déjà développés lors de l’annonce de sa décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan (sommet de l’OTAN, Bucarest, avril 2008).
Nous pouvons les résumer ainsi :
La France participe à une action collective approuvée par l’ONU ; elle doit être aux côtés de ses alliés de l’OTAN ;
nous devons aider le peuple afghan dont le sort s’est amélioré à éviter le retour d’un régime barbare ;
nous luttons là-bas contre le terrorisme international, pour protéger les Français de la menace directe du terrorisme.
Examinons un à un chacun de ces arguments :
La présence militaire étrangère en Afghanistan a deux composantes : la force internationale d’assistance à la sécurité, ou International Security and Assistance Force (ISAF), opère en Afghanistan sous l’égide de l’OTAN (environ 50 000 hommes de 37 pays) ; elle est mandatée par les Nations unies ; et des forces pour l’essentiel américaines (18 000 sur un total de 36 000 soldats américains) déployées dans le cadre de l’opération Liberté immuable, dont l’état-major est sur la base de Bagram, et qui en réfèrent directement au Central Command américain. Au total, les Etats-Unis fournissent environ 75% des troupes étrangères présentes dans ce pays.
De quel poids, dans ces conditions, pèse la présence française ? Quand le président Bush décide, en 2003, d’envahir l’Irak et de diminuer le nombre de soldats américains en Afghanistan, qui consulte-t-il ? Quand il donne le feu vert aux forces terrestres américaines pour mener des incursions au Pakistan, en informe-t-il la France ? Quand les bombardiers de l’opération Liberté immuable ou de l’ISAF mènent des raids qui font des dizaines de morts civils, consultent-ils la France ? Qui peut croire un instant que la stratégie de Washington dépend, même dans une mesure limitée, des avis de la France ?
L’armée française doit se retirer parce que la France ne peut peser sur le cours des événements. Et que le mandat de l’ONU pour l’ISAF n’a, en réalité, aucune signification concrète, les Etats-Unis décidant seuls...
La situation du peuple afghan, depuis des décennies, est terrible. Il a vécu, depuis la fin des années 1970, la guerre soviétique, les affrontements entre les différentes fractions de moudjahidin après la chute du régime communiste, la prise de pouvoir des talibans en 1996 ; et enfin la guerre menée par les Etats-Unis après le 11-Septembe, guerre qui se poursuit et s’intensifie.
La fin du régime des talibans a été incontestablement positive, même si la population les avait bien accueillis à leur arrivée au pouvoir : ils avaient mis un terme à l’anarchie et à l’insécurité provoquée par les combats entre les différentes organisations de moudjahidin.
Nicolas Sarkozy explique : « Mesurons les progrès accomplis : des institutions démocratiques avec de nouvelles élections en 2009/2010 ; la scolarisation de près de 6 millions d’enfants contre 800 000 en 2001 ; un système de santé qui a permis de réduire la mortalité infantile d’un quart : ce sont 40 000 enfants sauvés chaque année ; dans tous les domaines, un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes ; des infrastructures restaurées ; 4 000 kilomètres de routes construites… Qui croira que tout ceci aurait été possible sans notre présence militaire ? »
Ces chiffres sont tirés d’un rapport publié à l’occasion de la conférence internationale de soutien à l’Afghanistan (Paris, 12 juin), Report on the Implementation of the Afghanistan Compact by the joint coordination and monitoring board (JCMB) co-chairs.
Ils appellent une remarque générale sur leur fiabilité. A-t-on vraiment les données sur ce qui se passe dans un pays qui, pour l’essentiel, échappe à l’autorité centrale ? Qui peut croire un instant que le pourcentage de femmes recevant des soins prénataux est de 73% ? Si la mortalité infantile a diminué d’une manière qui a permis de sauver 40 000 vies humaines par an, comment expliquer que les chiffres de l’OMS disent que le taux de mortalité des enfants avant cinq ans est resté stationnaire entre 2000 et 2005 ?
Parlons du droit des femmes. « Un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes » ? Si on compare quelle situation à quelle situation ? Quelle époque ? Dans quels lieux ? Rappelons que l’époque où les femmes ont disposé du plus de droits, à Kaboul au moins, a été la période communiste. L’Occident n’a-t-il pourtant pas préféré aider les moudjahidins ? De son côté, George Marchais, secrétaire général du PC, justifiait l’intervention soviétique en Afghanistan au nom de la lutte contre « le droit de cuissage ».
Il est incontestable que, du point de vue juridique, la situation des femmes afghanes est meilleure aujourd’hui que sous les talibans. Au moins, elles ne sont pas exclues des écoles. Mais ce gouvernement soutenu par l’OTAN garde en prison des femmes « coupables » d’avoir été violées.
Un rapport de la commission afghane indépendante des droits de la personne rapporte que le nombre de femmes qui tentent de mettre fin à leurs jours en s’immolant est en augmentation rapide (« Afghanistan : Self-immolation on the rise among women ») : au moins 184 cas en 2007 contre 106 en 2006, et le nombre devrait augmenter encore en 2008.
Un autre rapport du ministère des affaires féminines, « Women in Afghanistan : Deprived of basic necessities », explique que le niveau de la violence contre les femmes en Afghanistan est le plus élevé du monde. Et que 57% des filles sont mariées avant l’âge légal.
On pourrait multiplier les exemples... Tirons-en trois leçons :
1) Dans un pays en guerre, les femmes sont une cible particulièrement vulnérable. Jamais la guerre n’a apporté des droits supplémentaires aux femmes ;
2) Malgré les lois adoptées sous pression internationale, le gouvernement réel est aux mains de chefs de guerre qui ont peu de respect pour les droits des femmes, parfois aussi peu que les talibans ;
3) Faire évoluer une société ne dépend pas seulement des lois. La société afghane est particulièrement conservatrice. Faire avancer les droits des femmes ne peut se faire de l’étranger.
Cela est également vrai dans d’autres domaines. Ainsi de l’éducation. Il y a eu de vrais progrès depuis 2001, mais ceux-ci sont remis en cause par la guerre. Ainsi, dans la province d’Helmand, le nombre d’écoliers est passé de 111 000 en février 2007 à 54 000 en mai 2008 (« School Attendance Plummets in Helmand », Institute for war and peace reporting).
Mais, dira-t-on, cette guerre est provoquée par les talibans. C’est une vision réductrice du conflit. Le gouvernement mis en place par l’intervention américaine s’est révélé incapable de répondre aux besoins les plus urgents de la population. En dehors de Kaboul, le pouvoir est resté aux chefs de guerre qui, grâce à l’argent de la drogue et de l’aide internationale, ont installé des fiefs où ils font régner leur loi. Malgré les milliards de dollars déversés sur le pays, la situation concrète des gens s’est peu améliorée. D’autre part, ce gouvernement profondément corrompu a aussi été incapable d’intégrer véritablement la communauté pashtoune qui représente la majorité de la population.
Quand les talibans ont repris du poil de la bête, l’action de l’armée américaine a été perçue comme celle de forces étrangères. L’armée afghane, peu motivée, mal équipée, est restée en seconde ligne. Imagine-t-on un moment ce qu’est une descente de Marines dans un village du fin fond de l’Afghanistan ? Sans compter les bombardements indiscriminés, dans la plus belle tradition des guerres coloniales.
« La Haut-commissaire de l’ONU aux droits humains a, selon l’AFP (16 septembre), condamné les pertes humaines parmi les civils en Afghanistan, alors que le mois d’août a été le plus meurtrier depuis la chute des Talibans à la fin 2001. Trois cent trente civils ont été tués le mois dernier en Afghanistan, dont plus de 90 dans une attaque aérienne par la force internationale à Shindand (ouest), a déploré Mme Navi Pillay dans un communiqué. “C’est le plus grand nombre de civils tués en un seul mois depuis la fin des plus fortes hostilités et la chute des talibans à la fin de 2001”, a souligné la Haut commissaire. Au total, 1 445 civils ont été tués depuis le début de l’année, soit 39% de plus que durant les huit premiers mois de 2007, selon les statistiques de l’équipe chargée du suivi des droits de l’homme auprès de la mission de l’ONU en Afghanistan.
La responsabilité de plus de la moitié de ces morts — 800 tués, soit 55% — est attribuée aux talibans ou à d’autres forces rebelles, ce qui représente près du double des 462 victimes qui leur avaient été attribuées du 1er janvier au 31 août 2007. »
Mais les morts provoqués par des étrangers n’ont pas le même poids que des morts provoqués par des combattants locaux. La longue histoire de l’Afghanistan le prouve.
L’extension de la guerre et de la résistance à l’occupation étrangère ne peut que se poursuivre. Et il est douteux que le sort du peuple afghan s’améliore par une escalade de l’intervention occidentale.
Troisième argument, nos soldats se battent contre le terrorisme. Si nous ne triomphons pas en Afghanistan, le combat aura lieu en Europe.
Et si le contraire était vrai ? Si c’était l’intervention croissante des forces américaines et occidentales dans le monde musulman qui provoquait un rejet nationaliste ? C’est ce dont est convaincu Richard Barrett, chef du bureau des Nations unies de surveillance d’Al-Qaida, selon un article de l’hebdomadaire britannique The Observer (« UK campaign in Afghanistan ’aids al-Qaeda’ », Mark Townsed, 14 septembre).
« La présence des forces étrangères apporte de l’eau à leur moulin, et ils (Al-Qaida et Ben Laden) ont été très habiles à exploiter la peur des forces étrangères. On peut dire que la peur des forces étrangères donne de l’oxygène dans la région, et amène les chefs tribaux à mettre de côté leurs divisions pour s’unir contre les forces étrangères. » Selon ce journal, Barrett a affirmé que les troupes occidentales avaient aidé Al-Qaida à se renforcer le long de la frontière afghano-pakistanaise et que ces troupes offrent un objectif pour les groupes terroristes.
On peut ajouter que l’Afghanistan est devenu depuis plusieurs mois, notamment après l’affaiblissement d’Al-Qaida en Irak, le point de ralliement de tous les combattants qui rêvent d’en découdre avec les Occidentaux. Et donc à renforcer le poids de l’organisation au sein des groupes armés, dont la plupart des combattants sont mus par des sentiments nationalistes et non par l’idée d’un djihad mondial.
Il est évident que les bombardements – qui reposent souvent sur de mauvaises ou de fausses informations liées au caractère même de la guerre – et leur cortège de morts civils radicalisent aussi les oppositions.
Dans un entretien à l’Agence France Presse, le 5 septembre 2008, deux chercheurs français, Mariam Abou Zahab, (CERI-Sciences Po) et Bernard Dupaigne (professeur au musée de l’Homme), notaient les dangers de l’amalgame. « Qualifier de “terroristes” tous les combattants anti-occidentaux en Afghanistan est un amalgame erroné qui condamne à ne pas comprendre les menaces et les enjeux, préviennent ces experts français de la région. Selon eux, la plupart de ceux qui mènent des attaques contre les forces américaines, canadiennes ou européennes sont soit des nationalistes pashtouns, soit des extrémistes religieux, soit des guerriers tribaux — souvent un mélange des trois —, qui luttent contre ce qu’ils considèrent être des armées d’occupation. Et s’ils peuvent côtoyer par endroits et par moments, surtout dans l’Est du pays, des groupes proches ou affiliés à Al Qaïda, ils ne s’inscrivent pas dans la mouvance du “jihad global”, assurent-ils. »
Abou Zahab : « Vous avez, surtout dans le Sud, des combattants extrêmement jeunes qui sont avant tout nationalistes. Leur discours est basique mais efficace : des troupes non-musulmanes (ils disent “infidèles”) ont envahi mon pays. C’est mon devoir de les combattre. Point. »
Dupaigne : « Nombre de ceux qui tapent sur les armées occidentales sont les mêmes ou les fils de ceux qui tapaient sur les Russes, simplement parce qu’ils étaient là. Si les Russes n’avaient pas été là, ils seraient restés garder leurs chèvres. C’est pareil aujourd’hui. »
L’escalade des combats suscite aussi une radicalisation au Pakistan, comme le montre un sondage réalisé en juin 2008 par The New America Foundation, qui montre que 52% des Pakistanais considèrent que les Etats-Unis sont les principaux responsables de la violence dans leur pays (contre 15% qui considèrent que ce sont les groupes islamistes radicaux). 50% pense qu’il faut négocier avec Al-Qaida. Et les opinions favorables à l’égard d’Al-Qaida ont augmenté cette année, principalement parce que l’organisation est perçue comme s’opposant à la politique américaine.
Mais si les troupes françaises se retirent, que se passera-t-il ? Faut-il un retrait immédiat ? Quelle est la solution politique ? Je reviendrai sur ces questions dans un prochain envoi, mais je voudrais rappeler la déclaration de la membre de la chambre des représentants américaine Barbara Lee, qui fut la seule du Congrès à voter, le 14 septembre 2001, contre l’Authorization for the Use of Military Force Against Terrorists (AUMF). Elle s’explique en disant qu’elle vote non, « non parce qu’elle est contre une action militaire, mais parce que l’AUMF dans sa formulation donne des pouvoirs de guerre exagérés au président, alors même que les informations sur la situation ne sont pas claires. C’est un chèque en blanc permettant au président d’attaquer quiconque est impliqué dans les événements du 11-Septembre, où que ce soit, dans n’importe quel pays, sans considération des intérêts à long terme de notre nation dans les domaines de la politique étrangère, de l’économie ou des intérêts nationaux de sécurité, et ce sans limite de temps. (...) Le Congrès aurait dû attendre de connaître les faits et d’agir ensuite en plein connaissance de cause. » (Cité par Helena Cobban sur son blog Just World News, « September 11 and the war in Afghanistan », 10 septembre.)
Alain GRESH
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17 septembre 2008
Invitation
Bonjour à tous,
Jean-Marie Pernelle et moi-même vous invitons à la projection en avant-première de notre documentaire "Mayotte, où va la République" .
Vendredi 19 septembre au Séchoir , 20h30.
Entrée Gratuite.
Pour Cimendef - Fred Lambolez

07:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14 septembre 2008
Le pape ou le Coran!
André Comte-Sponville, philosophe, nous l'a redit à satiété : le capitalisme ne peut pas être moral, ni contre la morale. Il est tout simplement amoral. L'économie et la morale relevant, au sens pascalien, de deux ordres différents, tenter de conjuguer les deux ensemble relève du «barbarisme», rappelle l'auteur de l'excellent essai Le capitalisme est-il moral ? (éditions Albin Michel). Mais même pour ceux qui ne croient pas à l'ordre divin, quelle tentation, au moment où le pape est en visite en France, de chercher quelques repères sur l'économie dans les textes du Vatican.
Notre chroniqueur Robert Rochefort, qui cache derrière ses fonctions de directeur du Crédoc un attachement à la tradition des chrétiens sociaux, n'a pourtant rien trouvé de très récent en provenance de Rome (lire page 61). Rien en tout cas de très important depuis 1991, quand Jean-Paul II s'était essayé à l'économie dans son encyclique Centesimus annus, et qu'il y avait donné une justification du profit du bout de la crosse : la pierre angulaire du capitalisme y était reconnue tout au plus «comme un bon indicateur du fonctionnement de l'entreprise».
En réalité, et Benoît XVI nous pardonnera, au moment où nous traversons une crise financière qui balaie tous les indices de croissance sur son passage, c'est plutôt le Coran qu'il faut relire que les textes pontificaux. Car si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n'en serions pas là. Il ne faut pourtant pas voir la finance islamique comme un exercice de troc moyenâgeux, car les pays du Golfe nous ont montré combien leur mentalité entrepreneuriale savait épouser le XXIe siècle. Simplement, leurs banquiers ne transigent pas sur un principe sacré : l'argent ne doit pas produire de l'argent. La traduction de cet engagement est simple : tout crédit doit avoir en face un actif bien identifié. Interdits, les produits toxiques; oubliés, les ABS et CDO que personne n'est capable de comprendre.
Autrement dit, l'argent ne peut être utilisé que pour financer l'économie réelle. Il n'y a donc pas de hasard : si les banques du Golfe sont sorties indemnes de la crise du subprime, c'est qu'elles n'y sont pas entrées. Le respect de ce principe du Coran est également fort utile dans la relation que chacun entretient avec l'argent, qu'il s'agisse des entreprises ou des particuliers : les personnes morales n'ont ainsi pas le droit de s'endetter au-delà de leur capitalisation boursière; quant aux personnes physiques, elles ne peuvent de facto souffrir de surendettement.
Voilà des règles qui ne peuvent pas nuire. Et même si elles reposent sur un texte qui date du VIIe siècle, Benoît XVI aura du mal à faire des sermons davantage puisés dans l'actualité.
Beaufils Vincent
"Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit. [...] L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain."
Napoléon Bonaparte (1769-1821), Empereur Français
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07 septembre 2008
Ta liberté !
Comment rester « soi-même »? Comment prétendre à la vraie vie si nous sommes tellement perturbés à l’intérieur. Comment retrouver un peu de la « nature pure et originelle »? Sommes-nous bien sûr de vouloir payer le prix de l’initiation ?
Leçon d’humilité : Il est vain de se gargariser de grands mots si l’on ne se situe pas à un certain seuil d’équilibre humain, tout simplement humain. La voie, comme décapage lent et implacable de notre conscience. Perdre ses conceptions étroites, ses attaches à la surface des choses, se départir de ses illusions, se départir de toute prétention… tel est le prix de la liberté. Pour un être de conviction, une soudaine détresse est la clé des dons spirituels.
Leçon d’exigence et de lucidité, leçon de présence :«Même si tu vois l’Heure du jugement arriver, plante ton arbre.» disait le Prophète.
Mon frère, ma soeur....
Il y a dans la rupture quelque chose de bon, d’utile, de nécessaire. L’habitude, quand elle s’empare de ton esprit et de ton corps, finit par t’endormir, par t’émousser, par te faire oublier… C’est une sorte d’ivresse sans ivresse… qui agit pourtant sur ta lucidité et ta sensibilité. Ce qui est habituel devient lentement, très doucement, « normal » et il arrive souvent que la négligence de la répétition endorme insensiblement ta conscience.
Insensiblement, dangereusement…
Tu t’habitues vite, très vite et tu oublies tout aussi vite. Tu es ainsi, comme tous les êtres humains, et inconstant, et négligent, et finalement bien fragile. Le Créateur connaît les secrets de Sa création et, dans sa Bonté, Il a dessiné, pour toi comme pour chacun, les chemins de la persévérance, de la force du cœur et de l’esprit.
Au cœur de la tourmente, de la vitesse, de la routine et du rendement, Il nous a enseigné les vertus de savoir s’arrêter… faire une pause, un pas en arrière, méditer, évaluer, penser, prier. Seul et habité.
Tu vis un moment privilégié et béni de l’année… pendant un mois lunaire, un jour après l’autre, Dieu te demande de prendre du temps, de t’approcher, de Sa parole, de Ses signes, de ton cœur fatigué.
Ceux que tu rencontres sur ta route pensent que le jeûne consiste à se priver… de boire, de manger, de plaisir… Cela, tu sais l’expliquer.
Pourtant, à la source de la Révélation et du chemin de ton intimité, tu sais aussi, et tu dois te rappeler, que jeûner, c’est se libérer… de la prison des habitudes, de la consommation, de la vitesse, de la fonctionnalité… de la vie aveugle, où l’on a des yeux qui ne voient pas, où l’on a des oreilles qui n’entendent pas, où l’on a un cœur qui ne comprend pas, qui ne comprend plus… «Ce sont les cœurs, au fond des poitrines, qui deviennent aveugles…»
Ma soeur, mon frère, il faut te consacrer de toute la force de ton intelligence, de ton affection et de ta foi, à accéder à ces moments de vraie liberté. La liberté n’est pas, comme beaucoup le croient, de faire ce qui te plaît, n’importe quand, n’importe comment, alors que d’autres décident de tes goûts, de tes plaisirs et de ton errance.
La liberté, ta liberté, c’est être, être au cœur de ton être, à proximité de ton cœur et de la lumière. Du profond de ta solitude, voir se dessiner ton chemin. Ta liberté est un don de la proximité.
Dieu, son amour, ta spiritualité…
Alors que le monde court, s’oublie, s’enivre de boisson, de télévision, d’artifices et de bruits, prépare toi au silence, au calme, à la prière. Sans manger, sans boire, apprends à mieux observer le monde, à mieux lire les signes. Parle peu, parle moins et vis de ta vie intérieure…
Ce changement, cette rupture est un réveil. Le sens du mois de jeûne est dans cet effort. Intime, profond, intense.
Apprends à ton cœur à jeûner comme tu l’exiges de ton corps et cherche la lumière de Sa proximité : « Il répond à l’appel de qui appelle quand il appelle »… Parle-lui, demande-lui… dans le silence, invoque le Très Haut, durant la nuit, prie le Très Rapproché et retrouve la force du sens et de la spiritualité…
Peut-être sauras-tu être, seul et entouré, un signe, une lumière…. De ces témoins sur la route, que l’on respecte, que l’on aime… que l’on aime si fort… parce qu’ils aiment Dieu, et donnent, donnent sans compter. De leur cœur, de leurs biens… Par amour, par fidélité…
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02 septembre 2008
Richard Labévière, en lutte contre la censure !

Il a franchi le Rubicon. A ses risques et périls. Richard Labévière, ancien rédacteur en chef à RFI, licencié par la nouvelle direction du holding France Monde, s’en est pris avec véhémence au "lobby sioniste" pour expliquer sa mise à l’écart. Etat des lieux d’une bataille politico-médiatique permanente.
Journaliste arabisant reconnu , auteur estimé pour l’originalité de ses enquêtes, expert militaire de sensibilté gaulliste et compagnon d’une diplomate anti-Kouchner : Richard Labévière était nécessairement dans la ligne de mire des nouvelles équipes dirigeantes au Quai d’Orsay et dans l’audiovisuel extérieur.
Sans revenir sur la genèse de ’l’affaire Labévière", il est néanmoins judicieux de s’y arrêter en cette veille de rentrée générale. La polémique relative à son licenciement, qui fut initialement discrète et seulement repérée par les connaisseurs attentifs à la couverture médiatique du Moyen Orient, va sans doute prendre une autre ampleur dans les prochains jours.
Entre la visite de Nicolas Sarkozy en Syrie, début septembre, et l’examen aux prud’hommes, à la fin du mois, des conditions juridiques de l’éviction de Labévière, le débat rebondira dans les éditos des journaux et les forums du Net.
La cause du regain d’intérêt ? La conférence de presse tenue par le journaliste à Beyrouth, ce mardi 26 août. Déjà révolté lors de sa première vidéo accusatoire, au lendemain du licenciement, Labévière enfonce le clou, avec colère : il réitère sa dénonciation d’un "lobby sioniste, néo-conservateur et atlantiste" qui serait à l’origine de son éviction. Il va encore plus loin en accusant formellement certains responsables et autres confrères de France Monde de "faux témoignages" à son encontre. Cerise sur le gâteau, il souligne l’obstruction, selon lui, par l’Agence France Presse, dirigée par l’ex-balladurien Pierre Louette, d’informations faisant état du soutien de syndicats de journalistes dont il bénéficie.
Un nouvel adhérent du "club des pestiférés"
Dans le ton général de sa conférence, il ressort que Labévière déplore avec vigueur l’absence de la liberté d’expression, en France, sur les questions relatives au Moyen Orient, et plus spécifiquement au fameux et sempiternel "conflit" israélo-palestinien. Il va même jusqu’à prétendre que cette liberté d’expression est plus grande au Liban qu’à Paris.
Evidemment, des internautes et journalistes tel Luc Rozensweig, proches de la ligne BHL, se sont empressés de s’emparer de cette phrase discutable pour attaquer Labévière , son "antisionisme et son américanophobie obsessionnelles" ainsi que sa "victimisation autoproclamée". La ligne de partage semble claire sur la polémique : d’un côté, de sites altermondialistes ou critiques des médias, plutôt favorables à Labévière ; de l’autre, des sites "anti-communautaristes" tels le Causeur d’Elizabeth Lévy ou Marianne2, plutôt sarcastiques à son encontre ; enfin, à côté ou au dessus, les mass media, silenceux au profil bas.
Une chose est désormais certaine : l’homme qui fut régulièrement l’invité d’émissions TV pour son expertise géopolitique, comme "C dans l’air" d’Yves Calvi, rique de se retrouver purement et simplement tricard. Qui se souvient qu’il était l’un des rares spécialistes à mettre en lumière les liens de connivence entre le terrorisme islamiste et les Etats-Unis ou à affirmer à l’antenne que le "réseau" Al-Qaeda n’existait pas ?
Quelque soit le bien fondé ou la pertinence de son accusation principale - l’occultation planifiée et contrôlée par les responsables médiatiques français de tout élément d’information susceptible de nuire à l’image d’Israël et, dans une moindre mesure, à celle des Etats-Unis-, le chercheur, jusqu’alors reconnu et respecté, va rejoindre la cohorte des "excommuniés" du paysage audiovisuel hexagonal.
Sans qu’il y ait d’équivalence dans leur carrière ou leur personnalité, ces hommes partagent le même lot : celui des pestiférés contraints de s’exiler ou de s’exprimer essentiellement à travers le Web pour continuer leur travail. Ils sont légion : Dieudonné, Soral, Nabe, Meyssan, Ramadan, Ménargues, Siné et d’innombrables anonymes des sphères artistiques, politiques, médiatiques, militaires et universitaires.
Bienvenue au club , Richard.
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