31 août 2008

Va!... Tu reviendras...!

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On finit par revenir à la source, un jour ou l’autre. Toujours les sentiers les plus éloignés nous mènent à l’intérieur, tout à l’intérieur, dans l’intimité, la solitude… entre soi et soi.

Là où il n’est plus que Dieu, et soi…

Paulo Coelho, dans son roman L’Alchimiste , s’est inspiré du Mathnawi de Djalal ud dîn Rûmi et a transposé l’un des plus traditionnels et des plus profonds enseignements du soufisme, de la mystique musulmane : Va, parcours le monde, observe, cherche la vérité et le secret de la vie… tous les chemins te mèneront au sens de cette initiation :la lumière, le secret, se cachent à l’endroit d’où tu es parti(e).

Tu es en route non vers l’horizon du chemin mais vers son origine…aller c’est revenir… trouver c’est retrouver. Va!... Tu reviendras…

L’apparent paradoxe de l’expérience spirituelle est de nous enseigner que l’effort permanent, le Jihad, que nous faisons pour purifier, maîtriser et libérer notre cœur est, au fond, une réconciliation avec la nature la plus profonde de notre être (al-fitra). Là où brille l’étincelle que Dieu a originellement insufflée dans notre cœur, là où notre conscience épouse notre être et accède à la paix (salâm), là où au fond nous accédons enfin à la véritable libération.

Dieu est « Celui qui a crée la mort et la vie pour vous éprouver et savoir celui d’entre vous qui agit le mieux.» La mort, la vie, les expériences, les épreuves, la douleur et la solitude sont autant de leçons sur la route du rapprochement. Les blessures, les séparations, les larmes comme les sourires « disent » quelque chose : si tu vis inconscient, ils t’atteignent…Avec Dieu, ils te guident et t’emmènent…

Où ? Où donc ? Vers Lui, vers toi, prés de Lui en toi…

Telle est la plus belle et la plus difficile des leçons de l’islam : tu ne trouves Dieu qu’en retrouvant ta nature primordiale et l’essence de ta nature peut seule te libérer de son apparence… «Je» doit se mettre en route pour découvrir un autre «Je» : tel est le sens de la vie pour « les êtres qui comprennent.» L’épreuve ne te renvoie pas d’abord à tes limites, mais à ton origine : ici se terre « le besoin de Lui ». L’épreuve te ramène, bon gré mal gré, à ce que tu es, à l’essence dont Il t’a formé(e)…

Un homme apostropha un jour la mystique Rabia al-Adawiya et lui dit : «J’ai découvert milles preuves de l’existence de Dieu.» Elle se désintéressa de lui en répondant en substance qu’elle n’en avait qu’une seule et que celle-ci lui suffisait. « Laquelle?» S’enquit-il. « Si seul dans le désert, tu tombes dans un puit, vers qui te tourneras-tu? « Vers Dieu! » répondit l’homme. « Cette preuve me suffit! »

Etrange réponse, apparemment simple, voire simpliste, qu’un esprit rationaliste et athée comprendrait sans hésiter comme la confirmation de ce qu’il a toujours cru et dit : « Dieu, c’est le refuge des démunis, c’est l’espoir quand il n’y a plus d’espoir… une consolation, une invention qui rassure!» A la surface, à la surface seulement… apparemment l’inconnu et la souffrance poussent la raison à trouver un refuge, une consolation. Telle est la logique que propose notre raison quand elle comprend l’être humain à la périphérie de sa nature.

La tradition islamique dit exactement le contraire : les épreuves de la vie, la tristesse, la rencontre avec la mort des être aimés, par exemple, font revenir l’être humain à sa disposition la plus naturelle, à l’aspiration la plus essentielle : la conscience de la limite le fait revenir au besoin du Transcendant, au besoin de sens. Appeler Dieu ce n’est point se consoler, c’est retrouver l’état originel que Dieu a voulu pour nous : l’étincelle de l’humilité, la conscience de la fragilité.

Devant tes yeux, un enfant… la vie immédiate, la dépendance, la fragilité et l’innocence. Être avec Dieu, c’est savoir protéger cet état : une acceptation humble de ta fragilité, une maîtrise de ta propre dépendance. Revenir à la source c’est revenir à soi : « Connais ton âme, tu connaîtras ton seigneur». Profond enseignement : c’est au dedans de toi que tu dois regarder le dehors…

De fait, la tentation de l’orgueil consiste à penser que l’homme peut se couper de sa nature et atteindre une autonomie intellectuelle totale au point d’assumer rationnellement, et seul, sa souffrance…

L’orgueil, c’est affirmer l’indépendance à la périphérie en entretenant l’illusion de la liberté au cœur de son être.

L’humilité, c’est retrouver le souffle de l’originel besoin de Lui, au cœur de notre être, pour vivre une totale indépendance à la périphérie. Rabia al-Adawiya avait tellement raison : si, à travers tes larmes, ton cœur se tourne vers le Très-Haut, c’est que tu es en route vers la seule vraie preuve qu’Il est et qu’Il t’accompagne.

Autour de toi, d’aucuns y verront le signe de tes illusions, de ta faiblesse et de ta dépendance. Il s’agit très exactement du contraire : tu es en route vers la lumière de la source et de l’origine… revenir à soi, c’est revenir à la source…

Tes larmes et ta souffrance sont une initiation, un chemin qui mènent à toi : ici, tu accèdes au besoin de Lui… ici, tu apprends l’essence de la liberté parmi les êtres humains.

L’inaliénable liberté de celles et de ceux qui ne se prosternent que devant l’Unique...

Va!... tu reviendras… libre! inshAllah…

"Il y a dans le vol des oiseaux des signes pour les êtres doués d'intelligence profonde... (Coran)

Ce mois de ramadan qui nous change ...


A la Réunion, la plupart de nos médias ont pris l'habitude, par ignorance ou volontairement parce que voulu par un certains nombres de "décideurs", de présenter le mois de Ramadan comme une festivité gastronomique. Il suffit de voir chaque année les différents reportages proposés chez des familles indo-pakistanaise. Le pire c'est que des personnes de confessions musulmanes puissent cautionner cette grossière déformation.

La plupart des enseignements religieux classiques concernant ce mois insistent sur les règles à respecter ainsi que sur la dimension profondément spirituelle du jeûne, de privation, d’adoration et de méditation. 73c655faf932a9ced77b1f78a0779714.jpg

En y réfléchissant de plus près, on s’aperçoit que le mois de Ramadan marie des exigences apparemment contradictoires mais qui, au fond, constituent ensemble l’univers de la foi. Alors que ce mois commence bientôt, méditer sur ces différentes dimensions relève de la responsabilité de chaque conscience, de chaque femme, de chaque homme et de chacune des communautés de foi, où qu’elle se trouve.

On ne répétera jamais assez l’importance de ce retour à soi pendant le mois du jeûne. Le mois de Ramadan est un mois de rupture : cela est vrai dans nos sociétés plus que partout ailleurs.

Au cœur des sociétés de consommation où nous sommes habitués à l’accès facile aux biens et à l’avoir et où nous nous voyons emportés par l’individualisme prononcé de nos quotidiens. Ce mois exige de chacun qu’elle/il revienne au centre et au sens de sa vie.

Au centre, il y a Dieu et son cœur comme le Coran nous le rappelle : "Et sachez que [la connaissance de] Dieu se trouve entre l’Homme et son cœur". Au centre, chacun est appelé à renouer un dialogue avec le Très-Haut et le Très-Rapproché... un dialogue d’intimité, de sincérité et d’amour. Jeûner, c’est chercher, avec lucidité, avec patience, avec confiance, la justice et la paix avec soi-même. Le mois de Ramadan est le "mois du Sens".

Pourquoi cette vie ? Et Dieu dans ma vie? Et ma mère et mon père, vivants ou partis déjà ? Et mes enfants ? Et ma famille ? Et ma communauté spirituelle ? Pourquoi cet univers et cette humanité ? Quel sens ai-je donné à mon quotidien, quel sens suis-je capable de vivre ?

Le Prophète de l’islam (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui) avait prévenu : "Certains ne gagneront de leur jeûne que le fait d’avoir eu faim ou soif". Il parlait de celles et ceux qui jeûnent aussi mécaniquement qu’ils mangent. Ils se privent de manger avec la même inconscience et la même légèreté qu’ils se sont habitués à consommer. En fait, ils "consomment" le mois du jeûne et le transforment en tradition culturelle, en mode festive, voire en mois de festins et de mets. Le jeûne de l’extrême aliénation. Un jeûne à contre-sens !

En même temps que, chaque année, ce mois nous invite vers ces horizons profonds de l’introspection et du sens, il nous rappelle le sens du détail, de la précision et de la discipline dans la pratique. Le jour précis du début du Ramadan, qu’il faut chercher avec rigueur ; l’heure précise à laquelle il faut s’arrêter de manger avant l’aube ; la prière "à des moments déterminés" ; l’heure précise de la rupture. À l’heure de la méditation profonde avec Dieu et soi, on aurait pu penser qu’on pouvait se laisser aller, que la quête de sens était tellement profonde qu’elle nous permettait de faire l’économie des détails de l’heure et des règles. L’expérience du mois de Ramadan nous dit exactement le contraire : pas de spiritualité profonde, pas de réelle quête du sens sans discipline et rigueur quant à la gestion des règles à respecter et du temps à maîtriser. Le mois de Ramadan marie la profondeur du sens et la rigoureuse précision de la forme.

Il existe une intelligence du jeûne qui naît très exactement de ce mariage du fond et de la forme : jeûner avec son corps est une école pour l’exercice de l’esprit. La rupture qu’implique le jeûne est une invitation à une transformation et à une réforme profonde de soi, de sa vie qui ne peut se réaliser que par une rigoureuse introspection intellectuelle (muraqaba). Pour réaliser l’ultime but du jeûne, même après le mois de Ramadan, la foi requiert un esprit exigeant, lucide, sincère, honnête et capable d’une saine autocritique.

Chacun doit en être capable pour soi, devant Dieu, dans sa solitude comme dans son engagement parmi les êtres humains. Il s’agit en somme de maîtriser ses émotions, de se regarder en face et de prendre les décisions qui conviennent dans la transformation de son être et de sa vie afin de se rapprocher du Centre et du Sens. Les musulmans d’aujourd’hui ont plus que jamais besoin de renouer avec cette école de la spiritualité profonde et de l’exercice de l’intelligence rigoureuse et critique.

Particulièrement en Occident. À l’heure où la peur s’installe, où la suspicion se généralise, où les musulmans sont tentés par l’obsession d’avoir à se défendre et à s’innocenter, le mois de Ramadan les rappelle à leur dignité autant qu’à leurs responsabilités. Il est urgent qu’ils apprennent à maîtriser leurs émotions, qu’ils dépassent leurs craintes et leurs doutes et qu’ils reviennent à l’essentiel avec confiance et assurance. Il est impératif également qu’ils s’imposent la rigueur et l’honnêteté quant à l’évaluation de leur manière d’agir individuellement et collectivement : l’introspection collective et l’autocritique sont impératives dans toute démarche de transformation des communautés et des sociétés musulmanes.

Au lieu de blâmer "ceux qui dominent", "l’Autre", "l’Occident", il convient de faire sien l’enseignement du mois de Ramadan : vous êtes, au fond, ce que vous faites de vous-mêmes. Que faisons-nous de nous-mêmes aujourd’hui ? Quelle est notre contribution dans les domaines de l’éducation, de la liberté, de la justice sociale, dans la promotion de la dignité des femmes et des enfants ou encore de la protection des droits des pauvres et des marginalisés ? Qu’offrons-nous comme exemples de spiritualité profonde, intelligente et active ? Qu’avons-nous fait de notre message universel de justice et de paix ? Qu’avons-nous fait de notre message de responsabilité, de fraternité humaine et d’amour ?

Toutes ces questions dans notre cœur, en nos têtes. Une seule réponse inspirée du Coran et nourrie par l’expérience du Ramadan : Dieu ne changera rien si tu ne changes rien, en toi…

Nous vivons une époque étrange et difficile. À l’ère de la mondialisation, on a pu penser que les débats idéologiques allaient forcément se concentrer sur la détermination des choix économiques et politiques. On voyait poindre l’opposition frontale et inéluctable entre les partisans d’un capitalisme sans frontière, néolibéral et librement auto-régulé, et les défenseurs d’une économie à visage humain, élaborée au nom d’une autre mondialisation, fondée sur une idée de l’homme et de l’éthique économique et politique. La confrontation existe, il va sans dire, mais nous assistons aujourd’hui à un phénomène qui traverse indifféremment les deux camps et qui a des effets tangibles, patents, quotidiens sur les partisans respectifs.

Pour la première fois à cette échelle, nous assistons à la naissance d’une idéologie qui s’imprime en amont des idéologies politiques et économiques traditionnelles, une idéologie qui a cette particularité de ne se fonder sur aucune élaboration intellectuelle particulière, une idéologie sans "idée" ni idéaux mais qui produit exactement le même effet, quant à la lecture du monde et des événements, que les plus sophistiquées des idéologies politiques.

Nous le disions, les effets de cette idéologie sont transversaux et touchent les intellectuels et les partis de gauche comme de droite, le Sud comme le Nord, l’Occident comme le reste du monde. Elle produit des fractures et des tensions nouvelles et inattendues à l’intérieur des anciennes appartenances, des vieilles filiations politiques, des habitudes partisanes centenaires : la nouvelle idéologie de la peur divise de façon surprenante et redessine la cartographie des adhésions politiques et idéologiques. La peur, de même que la méfiance et le soupçon qu’elle enfante, ne sont ni de gauche, ni de droite, ni athées, ni bouddhistes, ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans. Ils sont humains et viscéraux, jusqu’aux émotions et à l’irrationalité qu’ils produisent. Les réunionnais n'échappent pas à cette nouvelle idéologie.

L'idéologie de la peur !

Le terrorisme global et la guerre globale contre le terrorisme nourrissent de façon égale et pernicieuse l’idéologie globale de la peur. Que l’on visite les pays occidentaux ou les pays du Sud, notamment à majorité musulmane, on s’aperçoit que la peur est partout présente, partout installée, et qu’elle a des effets patents sur la façon dont les êtres humains observent le monde.

On peut déterminer en tout cas quatre effets majeurs sur le terrain : la peur crée de façon naturelle, et parfois inconsciente, un rapport de méfiance et de potentiel conflit avec "l’autre". Une vision binaire de la réalité s’installe qui dessine les contours d’un "nous" qui nous protège et d’un "eux" qui nous menace. Le second effet tient à la prééminence absolue de l’émotion et de l’émotivité dans le rapport à l’autre et aux événements. La peur fixe le cadre et les émotions sœurs déterminent les analyses : on constate des faits, on condamne leurs conséquences, on rejette des individus comme leurs motivations leurs actions, mais le principe de causalité semble avoir disparu de nos analyses.

Nos "bonnes raisons" et nos "justes causes" sont louées par le grand public sans grand discernement alors qu’à l’inverse leurs "mauvaises raisons" et leurs "maléfiques desseins" sont condamnés sans différenciation. La peur nous autorise à faire l’économie de toute explication, de toute compréhension, de toute analyse destinée à comprendre autrui, son univers et ses espoirs. Dans l’ordre de la peur et du soupçon, comprendre l’autre, c’est déjà le justifier ; appréhender ses raisons, serait lui donner raison déjà.

Curieuse et dangereuse réduction qui transforme le réel en une série de faits et l’autre en une série d’actions sans lien causal, sans histoire ni historicité, sans raison ni rationalité. L’émotion ne comprend pas : elle apprécie ou condamne et ce que l’individu "sent" fonde l’argumentaire de ses jugements. La troisième conséquence est paradoxale et déroutante : à l’ère de la communication, les êtres humains semblent de moins en moins informés.

Dans l’exacte logique des deux phénomènes susmentionnés, on assiste à la multiplication des "autoroutes de la communication" qui diffusent un surnombre d’informations en temps réel, saturent les intelligences et les empêchent de mettre les faits en perspective. L’ère de la communication est une ère de non-information : on y subit la réalité et les faits, on semble n’avoir aucune prise sur leur détermination et leur transformation. Emportés par les émotions, enfermés dans des logiques binaires et réductrices, perdus dans le flot des "événements en temps réel" et des "politiques en direct", il devient impossible de voir, de comprendre ou simplement d’entendre l’autre.

L’idéologie de la peur produit une surdité dévastatrice : l’univers et les raisons de l’autre sont inaudibles et chercher à mieux entendre est un indice, au mieux, de son propre mal-être ou, au pire, de viles trahisons. Entre " nous " et " eux " se sont construits des "murs virtuels" qui dessinent les frontières de nos nouvelles identités et appartenances, protégées en deçà, menacées au-delà.

L’entretien de cette "idéologie de la peur" est devenue une arme politique et notamment dans les stratégies opportunistes des grandes puissances économiques de notre époque. Loin des vrais débats politiques, à distance de la critique objective des conséquences de l’ordre économique mondial, on maintient un état de peur et de vulnérabilité qui permet les politiques sécuritaires les plus dangereuses et les plus discriminatoires ; les mesures d’exceptions liberticides (quant aux droits humains et citoyens) les plus alarmantes et les plus graves. Les idéologies du rejet de l’autre ou les multinationales de l’armement voient ainsi naître une idéologie sur mesure qui dit la définitive et intrinsèque culpabilité de l’autre et l’impérative nécessité de s’en protéger par les mesures de sécurité ou par les armes, c’est selon.

Globalisation du syndrome israélien

L’observateur de la société israélienne et de ses gouvernements successifs ne peut être que frappé par la similarité des logiques qui ont parcouru ladite société et ce qui est en train de se produire à l’échelle globale. Depuis les années quarante, l’histoire de la constitution de l’État d’Israël a été nourrie par la peur, par le sentiment de la nécessaire protection et de la méfiance de l’autre. Après les horreurs nazies et les exterminations, après la douloureuse expérience européenne, Israël se présentait pour certains comme, tout à la fois, un refuge et une possible réconciliation avec soi-même en tant que sujets de l’Histoire.

Les années ont passé mais les mêmes logiques ont perduré : les profonds sentiments de méfiance, la perception de soi victimaire, la réalité de l’insécurité, l’inflation permanente des mesures de politique sécuritaire, la perception de l’hostilité, avouée ou non, du monde environnant. Au point d’inverser les rôles et les perspectives : la société israélienne, bien plus riche que la plupart des sociétés alentour, incommensurablement mieux armée que l’ensemble des pays arabes réunis, à la pointe de la technologie et véritable puissance économique régionale et internationale se percevait, et se perçoit encore, comme victime de la velléité destructrice des pays voisins, de leur opposition centenaire et du terrorisme des Palestiniens ou, plus globalement, des musulmans extrémistes. La puissance régionale est devenue "une victime" de "l’horreur" de l’autre, de sa "folie", de sa "haine", de son "irrationalité", de sa "démence meurtrière".

Autant de qualificatifs qui justifient, en aval, une politique sécuritaire qui admet - par nécessité - les infractions aux principes du droit international ou au respect de la vie des civils et des innocents, qui recourt "modérément" à l’usage de la torture et s’arme de législations différenciées et clairement discriminatoires à l’égard de certains citoyens encore "arabes" ou trop engagés en tant que chrétiens ou musulmans. La victime se protège et se défend. Il n’y aurait donc rien d’anormal à cela.

Un zoom arrière nous donne une image globale du monde actuel qui ressemble étrangement à ces considérations et postures. La "guerre" qui a été déclenchée pour réduire à néant le terrorisme s’appuie désormais sur les mêmes logiques à l’échelle globale. Les néo-conservateurs américains, et leurs acolytes européens, entretiennent et nourrissent un sentiment permanent de peur dont ils usent comme d’une idéologie effective. Leurs politiques s’appuient sur le sentiment d’insécurité et une vision binaire du monde : l’impératif est de se protéger au moyen des politiques sécuritaires et liberticides les plus dures, et, pour certaines, clairement discriminatoires, puisque désormais l’Occident est "la première victime du terrorisme". Les pays les plus nantis et les mieux armés de la planète sont menacés et leurs citoyens doivent comprendre qu’il va falloir revoir les lois et, à la baisse, leurs droits. Pour leur propre sécurité. Pour faire face à la menace, et pour apaiser leurs peurs, ils seront désormais mieux contrôlés, très filmés et constamment surveillés.

Le syndrome israélien de l’état de siège et du renversement du rapport de force, sur les plans de la perception et de la symbolique, joue ici à plein : ce ne sont pas nos politiques que l’autre critique, c’est notre existence qu’il nie ; ce n’est pas nos contradictions que son opposition révèle, ce sont nos valeurs et notre civilisation qu’il déteste ; ce ne sont pas nos responsabilités qu’il faut questionner mais bien sa haine, son nihilisme, sa démence et, peut-être, pourquoi pas, ses croyances et sa religion.

Au demeurant, l’idéologie de la peur a comme conséquence dramatique de transformer toutes les sociétés et tous leurs actrices et acteurs en victimes. Au moment même où on entretient en Occident l’idée que notre civilisation est menacée, on voit s’installer dans les sociétés majoritairement musulmanes, et même dans les communautés établies en Europe ou aux États-Unis, les mêmes réflexes émotifs, craintifs et victimaires : "ils" n’aiment pas l’islam et les musulmans, "ils" nous ciblent, nous discriminent et sont clairement racistes et xénophobes. "Leur" guerre contre "le terrorisme islamiste" est "un prétexte pour s’en prendre à l’islam et à tous les musulmans".

De fait, partout le même sentiment, partout la même attitude : nous assistons à l’émergence d’une idéologie qui nous transforme tous en "victimes" incapables de penser "l’autre" autrement qu’en termes de menace potentielle ; colonisés par la peur, il devient impossible d’accéder à la rationalité de l’autre, voire même de l’entendre ou d’appréhender sa souffrance et ses frustrations. Nous sommes tous, chacun d’entre nous, aux prises avec ces mêmes tentations frileuses, fermées et sectaires...

S'il est une réponse adequate...

Il nous faut nous libérer de nos peurs, maîtriser nos émotions manichéennes, renouer avec l’esprit critique, le sens de la complexité et l’écoute. Il faut nous réconcilier avec l’intelligence, la nôtre et celle d’autrui. Il faut que nous redevenions des "sujets", tout simplement. Tout simplement. Et cela est pourtant si difficile.

Les musulmans - qu’ils vivent en Occident ou dans les pays majoritairement musulmans - ne doivent en aucune manière endosser l’idéologie de la peur ou tomber dans le piège des lectures binaires, simplistes et caricaturales du monde. En entretenant l’idée, devenue obsessionnelle, qu’ils sont dominés (ou minoritaires), mal aimés, stigmatisés ou marginalisés, ils font inconsciemment le jeu des propagateurs de cette idéologie de l’émotif qui cherchent à construire des murs, à creuser des tranchées, à propager les préjugés, à nourrir l’insécurité et à créer les conflits.

Ses propagandistes n’ont de cesse de répandre l’idée que l’islam et les musulmans sont les menaces de l’avenir et, en entrant dans la spirale infinie de la justification et de la défense, les musulmans confirment et entretiennent les termes d’un débat tronqué, vicié et, au fond, malsain.

C’est, somme toute, notre conception de l’homme et de la vie qui est en jeu ici. Plus que de simples questions de politique, ce sont des problèmes de conviction, de foi, de compréhension, d’éthique et de comportement qui sont soulevés par cette nouvelle idéologie et les défis de notre époque. S’il est une vision, et une réponse, à développer contre l’idéologie de la peur, c’est d’abord et avant tout de s’en libérer.

Cet acte de "libération" est exactement le sens de l’expérience spirituelle : quand l’émotion invite à se laisser aller, la spiritualité exige de s’éduquer. C’est bien un effort d’éducation qui est requis afin de réussir à marier la quête de sens et de Dieu avec le respect des principes de justice, de liberté et de fraternité humaine. Contre toutes les tentations d’enfermement et de regards manichéens sur le réel, c’est encore un "jihad intellectuel" qui est exigé pour résister (jihâd veut littéralement dire effort et résistance) pour accéder à l’universalité du message, qui transcende les particularismes, et permet de comprendre les horizons des valeurs universelles communes.

C’est cette entreprise de l’intelligence critique et de la compréhension qui nous permettra de revisiter les concepts islamiques que des définitions historiques, contextualisées ou spécialisées ont parfois réduits, étriqués, voire tronqués. Les notions de "sharî’a", de "fiqh", de "’ulûm islamiyya" (sciences islamiques) sont à revisiter, à élaborer à la lumière des principes islamiques qui nous appellent à l’universel et non à travers les prismes étriqués des attitudes de "dominés", de "minorités" ou encore d' "intégristes" ou d'"islamistes"... (d'ailleurs que veulent bien dire ces termes)

C’est cette réforme, au fond révolutionnaire au sens littéral du mot, que nous devons entreprendre pour résister à l’idéologie de la peur. Certaines de nos lectures des sources islamiques sont une aubaine pour les propagateurs de cette idéologie qui entretient la peur pour justifier la guerre, les politiques liberticides et les discriminations institutionnalisées.

La réforme dont nous avons besoin ne nie aucun des principes de l’islam, de ses fondamentaux et de sa pratique, mais elle renoue avec la confiance en soi et, ce faisant, nous fait dépasser la peur de l’autre, l’obsession de l’adversité et la promotion d’identités fermées, réactives et sclérosées. L’esprit originel du message de l’islam nous invite et nous apprend à nous ouvrir sur le monde, à intégrer le bien d’où qu’il vienne, à comprendre que chacun de nous a des identités multiples et en mouvement, que la diversité est une école de l’humilité et du respect et que l’humanité est une comme Dieu est Un.

Les peurs sont transversales comme le deviennent les fractures. Au sein des sociétés occidentales, on perçoit les signes d’une tension entre ceux qui se définissent contre les autres et ne veulent en aucun cas prendre le risque de la rencontre et ceux qui comprennent qu’il existe des valeurs communes à partager et des partenariats à créer.

Les mêmes clivages existent au sein des sociétés et des communautés musulmanes. À celles et à ceux qui revendiquent et acceptent le principe des valeurs communes et sont prêts à dépasser les peurs, il faut conseiller de ne pas se laisser tromper par les extrémismes de l’autre car alors les extrêmes auraient gagné. L’urgence, la priorité aujourd’hui est que se rencontrent les femmes et les hommes de tous les univers, de toutes les convictions et religions au nom des principes universels communs, de la dignité des êtres humains et de l’esprit critique.

Vaincre l’idéologie de la peur et du tout émotif requiert une intelligence critique exigeante et une éthique du débat et de l’écoute. D’aucuns les associent à la foi et à la spiritualité, d’autres à leur seul conscience mais tous les comprennent comme les qualités impératives de leur humanité.

Bon mois de Ramadan...

29 août 2008

Interview d'Alain Accardo



"Dieu ne change rien dans une communauté tant que vous ne vous changez pas ce qu'il y a vous mêmes" (Coran)

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Alain Accardo, votre livre De notre servitude involontaire est une lettre à vos camarades de gauche dans laquelle vous commencez par réfuter l’idée que le capitalisme se définirait par ses seules structures économiques qui s’imposeraient aux individus de l’extérieur d’eux mêmes. Pouvez-vous nous dire en quoi le capitalisme tire sa force « du dedans » de nous-mêmes?

A cette question, on peut donner une réponse générale d’abord, valable pour tous les types d’organisation sociale. Dans la société capitaliste, comme dans n’importe quelle autre, l’ordre social repose fondamentalement et nécessairement sur deux piliers, comme dirait Maurice Godelier : un pilier objectif, celui de la force et des contraintes de toute nature qui s’exercent de l’extérieur sur les agents sociaux, et un pilier subjectif, celui du consentement personnel qui s’enracine dans la psychologie de chacun, au plus intime de son intériorité.

S’agissant du capitalisme actuel, on peut ajouter une réponse plus spécifique : la socialisation des individus dans une société où tout est marchandise et où l’argent est roi tend à façonner un homo oeconomicus porteur de propriétés matérielles et psychologiques – par exemple un certain esprit de lucre et de jouissance – qui l’inclinent spontanément à se soumettre à la domination du capital économique, à la trouver normale et à y participer, par exemple (un exemple entre mille) en confiant son épargne à sa banque pour que celle-ci spécule en son nom et lui serve les intérêts de cette spéculation financière ; spéculation que par ailleurs il condamne peut-être quand elle est le fait des grands investisseurs et des multinationales.

Si la personne qui consomme les « produits financiers » que lui vend sa banque est un homme ou une femme « de gauche », se disant « hostile à la domination du capital », faut-il voir dans la contradiction entre ses actes et ses convictions proclamées une marque de cynisme, ou de tartuferie ?

Pas nécessairement. Ce qui est à incriminer, c’est la pédagogie diffuse et institutionnalisée du système qui a façonné cette personne, qui a structuré chez elle son entendement et son affectivité de telle sorte qu’elle est capable de percevoir, penser, ressentir certaines choses et qu’elle reste aveugle et insensible à d’autres choses. Chaque formation sociale se fabrique les types d’humains dont elle a besoin pour fonctionner et durer.

Si nous participons à notre propre servitude, pourquoi n’avoir pas intitulé votre livre « De notre servitude volontaire », d’autant que vous écrivez que « pour la longévité d’un système, il faut que ceux qui le font fonctionner soient disposés à le faire de leur plein gré, au moins pour l’essentiel » ? Si vous dites qu’elle est involontaire et donc inconsciente, y a-t-il quelque chance pour que les peuples puissent prendre en charge leur destin ?

Je pose en principe que les agents sociaux font ce qu’ils font, de la manière dont ils le font, pour des raisons qui en grande partie leur échappent. De même, en bonne science sociale, il faut postuler qu’en règle générale les agents sociaux sont sincères, qu’ils ne font pas ce qu’ils font par duplicité mais parce qu’ils y croient même si, croyant cela, ils se mettent en contradiction avec d’autres croyances qui les font fonctionner autrement, à un autre moment, dans un autre champ. L’adhésion et la soumission à l’ordre établi peuvent être volontaires, être l’effet d’une décision réfléchie et d’une intention expresse. Je ne ferai pas à Alain Madelin ou à Dominique Strauss Kahn l’injure de penser que leur adhésion – chacun avec sa nuance respective – à l’ordre capitaliste n’est pas de leur part une démarche en grande partie volontaire et mûrement délibérée. Mais un système social peut se passer de ce type d’adhésion.

On peut même dire qu’au contraire, plus les sujets soumis à l’ordre établi sont analphabètes en science économique, politique et sociale, c’est à dire moins ils sont armés intellectuellement pour réfléchir et analyser leur propre démarche, et plus il y a de probabilités que celle-ci aille spontanément dans le sens de la soumission, de l’acceptation en profondeur du système, même si momentanément, ponctuellement, en fonction de certains intérêts immédiats, l’individu peut-être conduit à contester et à s’opposer comme par exemple tendent à le faire de plus en plus de jeunes dans l’entreprise ou dans l’école, sans que cela puisse être rattaché à quelque projet collectif de changement social que ce soit.

Nous accordons toujours beaucoup plus au système que nous ne lui refusons. Parce que le système a les moyens de nous extorquer notre assentiment sans même que nous y prenions garde. Pour la raison essentielle que nous lui sommes accordés en profondeur, structuralement et que la logique de son fonctionnement est inscrite en nous sous une forme pratique d’abord, sous forme de dispositions, de tendances, d’automatismes qui nous poussent à agir, concevoir, sentir, comme nous le faisons, de façon compatible et connivente avec le système, sans avoir besoin d’y réfléchir expressément. Il faut beaucoup de temps et de travail d’autoanalyse pour prendre clairement conscience de l’infinité des liens par lesquels nous sommes liés au monde qui nous a façonnés à notre insu même.

Ce travail de socioanalyse est difficile parce que, pour l’opérer, il faut peu ou prou et mieux vaut prou que peu, pouvoir accéder, en y étant socialement aidé et encouragé, à des outils de pensée comme ceux que forgent l’analyse scientifique et la réflexion philosophique, des instruments qui permettent de rendre visible ce qui est caché, et d’expliciter l’implicite. Reste que cet effort individuel et collectif est indispensable. Les idées justes et vraies ne sont pas libératrices par leur seule vertu intrinsèque, mais il n’y a pas de combat libérateur efficace qui puisse se passer de recourir aux lumières.

A cet égard, la sociologie de la domination, qui met en évidence des mécanismes fonctionnant d’autant mieux qu’ils sont plus cachés, apporte une contribution essentielle à la critique sociale, en enseignant aux agents sociaux que ce qui a été construit par certaines conditions sociales peut être transformé par d’autres conditions sociales : ce qui est le contraire d’une attitude de résignation fataliste.

Le système serait capable à vos yeux d’extorquer le consentement de ses victimes « en échange de certaines satisfactions au plan du confort matériel et de l’espérance de réussite sociale ». Ces victimes consentantes seraient les classes moyennes qui constitueraient « la composante essentielle de la population des démocraties occidentales ». En termes sociologiques, que sont ces classes moyennes, où sont-elles et comment peuvent-elles être majoritaires dans la mesure où, dans un pays comme la France, les ouvriers et les employés représentent à eux seuls 60% de la population active ? De plus, la période récente n’a t-elle pas plutôt vu un appauvrissement relatif des couches populaires et même des catégories intermédiaires ?

On peut débattre à perte de vue sur les contours exacts de cette nébuleuse que forment les « classes moyennes ». S’agissant d’apprécier leur importance dans une société comme la nôtre, je ne crois pas qu’on puisse l’appréhender exclusivement ni même essentiellement en termes d’effectifs et de pourcentages, surtout s’ils sont établis à partir de variables telles que les CSP codifiées par l’INSEE.

Au demeurant, cette dimension n’est pas la plus importante. Il me paraît plus pertinent de remarquer que l’un des aspects majeurs du changement social dans la France contemporaine a été le processus de «moyennisation» des populations activé puissamment par la croissance des « trente glorieuses ».

De même que la « prolétarisation » des populations rurales par l’industrialisation et la massification urbaine a fait surgir précédemment dans le paysage sociologique le « prolétariat », un acteur historique de première importance, exerçant au-delà même de sa propre population une grande influence dans les nouveaux rapports de forces entre classes sociales au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe (on se souvient de ce qu’en disait Sartre dans sa préface à la Critique de la raison dialectique), de même la « moyennisation » a fait des classes moyennes (qui existaient déjà, bien sûr) un acteur de premier plan exerçant, bien au-delà de ses propres effectifs, du reste en considérable augmentation, une influence caractéristique sur le corps social, y compris sur les classes populaires qui rêvent désormais de petite bourgeoisie, même quand elles ne peuvent en payer le droit d’entrée.

Ajoutons que les classes moyennes, par la culture spécifique de ses fractions les plus « distinguées » (intellectuels, artistes, cadres, etc.), ont apporté au système capitaliste, qui en manquait furieusement, le supplément d’âme, la touche spirituelle et le vernis humaniste, dont il avait besoin. Il s’agit d’un phénomène extrêmement complexe qui doit se décrire en termes non pas tant quantitatifs que qualitatifs, en termes de rapport au monde et à soi même, de vision de la réalité, de style de vie et de sens de la vie.

Ne pouvant ici caractériser plus précisément cet univers social, mais ayant eu l’occasion de le faire un peu plus longuement dans un article qui paraîtra prochainement dans Le Monde Diplomatique, je me permets de renvoyer à la lecture de cet article. C’est de ce point de vue qu’on peut affirmer, selon moi, que les classes moyennes sont sociologiquement une composante essentielle de notre société. Pour le meilleur et pour le pire.

Vous fustigez cet hédonisme épouvantable qui a gagné tous les esprits. Pensez-vous que la frugalité pourrait devenir une valeur alternative si l’on veut promouvoir un autre type de développement moins gaspilleur, plus économe, plus soutenable ?

Outre que le terme de « frugalité » renvoie essentiellement au régime alimentaire, il connote aussi le caractère plutôt spartiate d’un tel régime. Bien sûr, dans une société comme la nôtre où les excès alimentaires sont devenus proprement la cause de pathologies variées et socialement très coûteuses, on est en droit de se dire qu’un peu plus de frugalité à table aurait certainement des effets bénéfiques sur la santé physique et morale des gens.

Mais, au-delà des méfaits de la goinfrerie, ce qui me paraît devoir être dénoncé dans le style de vie désormais dominant, c’est son hédonisme, c'est-à-dire le fait qu’il subordonne toute l’existence à la recherche inconditionnelle du plaisir sensible, forme la plus tyrannique du plaisir parce que la plus évanescente et la moins spiritualisée.

Dans cette logique, tout effort tend à devenir insupportable contrainte, toute limitation tend à être ressentie comme une mutilation et les fluctuations capricieuses du désir personnel tendent à devenir la norme de toute action. Sans tomber dans le moralisme «chiant», il est permis de rappeler, comme l’ont souligné depuis longtemps tous les bons esprits qui se sont intéressés à la question morale, que faire le bien, ce n’est pas nécessairement faire ce qui me serait personnellement le plus agréable sur le moment.

Comme l’a montré Elias, entre autres, la capacité de s’auto contraindre, de s’obliger à, de s’auto-discipliner, de résister à l’emportement pulsionnel, est la marque d’un haut degré de civilisation. Contrairement à une idée très reçue aujourd’hui, le laxisme des pratiques actuelles, loin de manifester un progrès des individus dans l’ordre de la libération personnelle, est plutôt une manifestation de régression à un stade de moindre évolution. Le manque de tenue et de retenue, au sens de Benda, est devenu dans tous les domaines un des plus sûrs symptômes de la décomposition sociale et de l’aliénation ultra individualiste par le système.

Est ce que vous esquissez par là une critique de l’esprit mai 68 ?Du moins de l’esprit 68 dans ce qu’il a eu d’abusif et de mystificateur.

Il s’agit non pas de condamner par principe tout ce qui relève d’une démarche libertaire, car elle tourne les forces des individus vers la recherche d’une plus grande liberté, ce dont on ne peut que se féliciter, mais de ne pas perdre de vue – ce que l’on sait depuis longtemps – que cette démarche, poussée jusqu’à l’ultra individualisme ouvre la porte à la négation de la liberté.

Ce que ne voient pas toujours la plupart des gens, c’est que la dictature du plaisir des sens est en relation circulaire avec l’exigence capitaliste de la marchandisation généralisée. L’offre et la demande sur le marché du plaisir à tout prix s’entretiennent réciproquement, insatiablement. Mais le degré d’aliénation est désormais tel que le simple fait de critiquer cet aspect des choses, dans le climat du politiquement correct, est perçu paradoxalement comme une menace à la «liberté» de chacun de «s’éclater», «prendre son pied», «jouir comme une bête», etc.

Il faudrait peut-être se préoccuper de réapprendre à jouir comme un humain, car le capitalisme sait parfaitement tenir la bête en laisse tout en excitant ses appétits.

Vous affirmez qu’il faut «changer le monde et se changer». Mais en insistant sur le caractère moral du changement à opérer, ne craignez vous pas que l’on glisse de la nécessité du combat politique collectif à une révolution silencieuse individuelle ? La morale ne relève t elle pas de l’ordre du social ? Peut-on la confiner à l’espace individuel ? Philosophiquement et épistémologiquement, l’articulation entre le social et l’individuel s’apparente souvent à un exercice d’équilibre de haute voltige. Considérez vous que la position matérialiste soit dépassée ou bien que la nouvelle figure du matérialisme intègre «l’incorporation» des représentations idéologiques ?

J’ai souligné dans mon livre que le nécessaire travail de réforme morale non seulement ne s’oppose pas à l’engagement dans les luttes politiques, économiques et sociales visant à changer le monde qui nous environne et qui est celui de la mondialisation capitaliste, mais encore qu’il en est partie intégrante.

Il est la dimension qui manque à ces luttes, lesquelles, à force de reléguer la question morale dans la sphère du « privé », dans l’ordre de la croyance personnelle et de l’opinion strictement individuelle, ont fini par rabattre la revendication de changement social au niveau d’un slogan consumériste. A mes yeux, l’articulation entre le social et l’individuel n’est un exercice difficile que si l’on conserve, consciemment ou inconsciemment, une forme ou une autre de dualisme ontologique au plan de la pensée anthropologique.

Du point de vue d’une anthropologie matérialiste, telle qu’elle s’exprime explicitement chez un Marx, un Elias, un Bourdieu et implicitement chez la plupart des grands sociologues, le collectif et l’individuel ne sont que les deux dimensions d’une seule et même réalité. Le social se présente toujours sous sa double forme d’« histoire faite choses» et d’«histoire faite corps » pour parler en termes bourdieusiens.

Si l’on abandonne cette vision matérialiste de l’homme, par cette brèche s’engouffrent toutes les difficultés dans lesquelles la philosophie pendant des siècles n’a cessé de se débattre pour essayer de concilier l’âme et le corps, le spirituel et le matériel, le sujet et l’objet, la société et l’individu. Mais quand on veut changer le monde, on doit prendre conscience qu’il faut opérer des changements partout où est le monde et que le monde est partout, c'est-à-dire à l’extérieur de soi et au-dedans de soi.

La sociologie de la domination peut elle nous aider à comprendre pourquoi les plus dominés, les plus exploités votent pour leurs maîtres, voire leurs pires ennemis ? Quelle interprétation donnez-vous du premier tour de l’élection présidentielle ?

Une sociologie de la domination, comme celle développée par Bourdieu, met en lumière le fait fondamental que les rapports sociaux de domination sont inséparablement des rapports de force et des rapports de sens. Pour qu’une domination soit durable, il faut qu’aux yeux des dominés, les dominants, qui disposent de tous les capitaux qui font leur force, disposent aussi de ce type de capital symbolique que leur amassent la confiance et la reconnaissance par les dominés de leur excellence et de leur générosité.

La force brute du dominant doit être redoublée par le sens positif que le dominé confère au rapport de domination. Le terme de légitimité résume cette alchimie qui transmute la force en droit et le droit en force.

Même si la soumission des dominés a tendance à prendre une teinture de religiosité et de fétichisme piétiste, les dominants doivent se garder de penser que leur capital symbolique leur est acquis de façon définitive et qu’ils peuvent se permettre de négliger impunément les intérêts de leurs fidèles. Il y a toujours un hérétique qui sommeille chez tout croyant et il ne faut pas lui donner des raisons de se réveiller.

Dans l’Histoire, on a vu constamment les peuples brûler le lendemain ce que la veille encore ils adoraient. La «gauche plurielle», à force d’être si peu plurielle et si peu de gauche, vient d’en faire l’amère expérience.

Entretien avec Alain Accardo - Le Passant ordinaire - Mai 2002

Le président Sarkozy devant le parlement israélien

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Le lundi 23 juin, le président Nicolas Sarkozy s’est adressé au parlement israélien. Ce texte entrera sans aucun doute dans les annales diplomatiques françaises, confirmant le tournant pris. Lors d’une rencontre avec le CRIF, le 21 novembre 2007, David Martinon, à l’époque porte-parole de l’Elysée, avait expliqué que les relations entre la France et Israël étaient revenues à ce qu’elles étaient avant la guerre de juin 1967, c’est-à-dire (c’est moi qui commente) quand la France soutenait l’expédition coloniale pour "récupérer" le canal de Suez et aidait Israël à se doter de l’arme atomique. Je reviendrai plus longuement sur ce virage français dans un article du Monde diplomatique de juillet. En attendant, je me livre à un petit commentaire de texte sur le discours.

Deux éléments principaux peuvent être dégagés :

– une reprise sans aucun esprit critique du récit israélien sur la création de l’Etat d’Israël vécu comme une épopée, dont les Palestiniens sont totalement exclus ;

– un appui au discours israélien sur le terrorisme et sur la sécurité, à l’idée qu’Israël est un Etat menacé ;

– un rappel des positions traditionnelles de la France sur la création d’un Etat palestinien, l’arrêt de la colonisation, etc., (mais sans aucune référence au droit international) et le refus de prendre toute mesure concrète pour forcer le gouvernement israélien a arrêter la colonisation et à appliquer les résolutions des Nations unies.

« Il y a entre Israël et la France une amitié profonde qui a résisté depuis soixante ans à toutes les turbulences de l’Histoire. Cette amitié, elle n’est pas seulement due à la vitalité de la communauté juive de France et à la vitalité de la communauté francophone d’Israël, qui forment comme un pont entre nos deux pays. Cette amitié est due aussi à quelque chose de plus profond. Cette amitié est due à la manière dont le judaïsme a influencé, a nourri, a enrichi la culture française, à l’inspiration que les Pères fondateurs d’Israël ont puisée dans les valeurs de l’universalisme français. Cette amitié est due aux liens étroits économiques, scientifiques, culturels, techniques, intellectuels, mais aussi tout simplement humains que nos deux peuples si bien ont naturellement su tisser ensemble. »

« Cette amitié, je suis venu la renouveler, la renouveler solennellement au nom du peuple français et je me réjouis de voir avec quelle chaleur, avec quel élan fraternel le peuple israélien y répond. »

« Je voudrais vous dire que c’est pour moi une très grande émotion que de prendre la parole aujourd’hui, ici, à Jérusalem, ville trois fois sainte, sainte pour les juifs, sainte pour les chrétiens, sainte pour les musulmans. Je mesure le très grand honneur que vous faites au président de la République française de pouvoir s’adresser à votre Assemblée qui est le symbole, et je l’ai vu il y a quelques instants, d’une des plus authentiques démocraties du monde. Je souhaite que, dans tous les parlements du monde, on puisse interrompre un orateur au nom de la liberté d’expression. C’est cela, la démocratie israélienne. »

« Mesdames et Messieurs les membres de la Knesset, à travers vous, je voudrais m’adresser à tous les Israéliens, les Israéliens dont les ancêtres pendant des siècles ont espéré qu’un jour il y aurait à nouveau une nation juive. Une nation juive qui serait comme toutes les autres nations, libre, libre enfin de choisir son destin, libre enfin de décider par elle-même. »


Première révision de l’histoire. M. Sarkozy semble ignorer que le sionisme politique est une création de la seconde moitié du XIXe siècle et que, avant, il n’existait aucune aspiration à un Etat juif. Les juifs religieux qui le désiraient venaient s’installer en Palestine, souvent pour y mourir et y être enterrés. Rappelons que, jusqu’à la première guerre mondiale, il n’y avait aucune restriction à l’installation juive en Palestine.

« Je veux m’adresser au peuple d’Israël qui a choisi la démocratie et la liberté, et qui ne doit la démocratie et la liberté, peuple si courageux d’Israël, qui ne doit la liberté et la démocratie à personne d’autre qu’à lui-même, à son courage, à son énergie, et à son intelligence. Si vous ne l’aviez pas voulu, personne ne l’aurait voulu à votre place. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de reconnaître cela. »

« Mais, à travers vous, je voudrais m’adresser, à tout le peuple juif, peuple juif si longtemps sans terre, sans institutions politiques, mais peuple juif partageant la même attitude morale, la même conception de la vie, la même tradition, la même foi, la même espérance, peuple juif que ni la violence, ni la haine n’ont pu faire renoncer aux valeurs universelles que les prophètes d’Israël ont enseignées à tous les hommes. »


Existe-t-il, de tout temps, un peuple juif ? Et qui peut affirmer que, même durant le XXe siècle, les juifs du Maghreb, ceux du Yémen et ceux d’Europe centrale ou de l’Est partageaient des "valeurs universelles" ? Et, il suffit de lire la Bible, avec ses appels à l’extermination de tel ou tel peuple, pour voir que les prophètes d’Israël étaient bien loin d’enseigner les valeurs universelles.

« Aucun exil, aucune épreuve n’avait pu arracher du cœur du peuple juif le souvenir de la Terre promise. Et après dix-neuf siècles, chacun au sein de ce peuple dispersé sur toute la terre se disait encore : "Je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi- même". »

Durant le XIXe siècle (et une bonne partie de la première moitié du XXe siècle), le sionisme est un mouvement extrêmement minoritaire. La grande majorité des juifs d’Europe centrale et de Russie qui émigrent choisissent une autre terre promise, les Etats-Unis. Et il est plus que douteux qu’ils aient eu le sentiment d’avoir "perdu" Israël... Dans la minorité politisée juive, les courants socialistes, communistes et le Bund, qui tous rejetaient le sionisme, étaient aussi très puissants.

« Au nom du peuple français, je veux dire mon amitié et mon respect à ce grand peuple d’Israël qui a accompli la promesse que tous les Juifs depuis la dispersion se transmettaient de génération en génération de revenir en "ce lieu où naquit le peuple juif, où se forma son caractère spirituel, religieux et national". »

« Il y a donc soixante ans, il y a donc soixante ans, cher Shimon, des femmes et des hommes dont le caractère s’était forgé au travers des pires épreuves de la vie, proclamèrent "la fondation de l’Etat juif dans le pays d’Israël". Herzl avait dit : "Si vous le voulez ce ne sera pas une légende." Ils le voulurent, et la résurrection d’Israël cessa d’être une légende pour devenir une réalité. »


Que cette fondation se soit faite au détriment des Palestiniens ne semble pas effleurer le président.

« Je veux dire mon admiration pour ces femmes, pour ces hommes d’exception qui voulaient un Etat où seraient assurées "une complète égalité des droits sociaux et politiques pour tous les citoyens, sans distinction de croyance, de race, ou de sexe", "la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture", "la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux saints et des sanctuaires de toutes les religions". »

Pour qui connaît la situation des citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël, victimes d’une multitude de discriminations, cette affirmation des grands principes est étrange.

« Oui, je veux dire mon respect pour l’idéal qui les animait. Le rêve qu’ils poursuivaient était grand, parce qu’il était nourri par des siècles d’attente et par l’horreur qu’on lisait encore dans le regard halluciné des rescapés des camps d’extermination. »

« Croyants ou non croyants, chacun d’entre eux, ce jour-là, ne put sans doute s’empêcher de se remémorer la parole biblique que tous les Juifs du monde n’avaient jamais cessé d’apprendre à leurs enfants : "Et l’Eternel dit à Moïse : Monte sur cette montagne et regarde le pays que je donne aux enfants d’Israël". »


Depuis quand le président d’une République laïque trouve une confirmation historique dans un texte religieux ? Et je rappelle que toutes les études historiques ont prouvé que cette histoire biblique n’avait rien à voir avec ce qui s’est réellement passé.

« Mais l’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement l’accomplissement d’une promesse qui a toujours été au cœur de l’identité juive. L’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement un retour aux sources. L’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement l’expression d’une nostalgie. L’Etat d’Israël, ce n’est pas seulement la tentation de ressusciter un passé révolu. L’Etat d’Israël, c’est un Etat moderne, tourné vers l’avenir. C’est un Etat, permettez à un ami de le dire, à la fois national et tourné vers l’universel. »

Tourné vers l’universel, à condition de ne pas inclure les Palestiniens dans l’universel...

« Car c’est un Etat qui n’appartient pas seulement, l’Etat d’Israël, à ses citoyens, mais aussi à tous ceux qui dans le monde se reconnaissent comme les héritiers du judaïsme. Au milieu du malheur, ils n’ont jamais cessé d’espérer en un monde meilleur. Pour eux, il fut d’abord la preuve que cette espérance n’était pas vaine. »

« "Je ne revendique jamais mon origine juive que dans un cas, disait le grand historien français Marc Bloch : en face d’un antisémite." A ceux qui doutaient du patriotisme de Marc Bloch, ce grand savant, qui mourra assassiné par la Gestapo après avoir été torturé, Marc Bloch répondait simplement, comme auraient pu le faire tant d’autres : "Moi, Marc Bloch, mon arrière-grand-père fut soldat en 1793 ; mon père en 1870 servit dans un Strasbourg assiégé. Moi, Marc Bloch, j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques dont les israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs ; et la France, dont certains conspiraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être – qui sait ? – y réussiront, demeurera toujours pour Marc Bloch, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur." Ainsi parlait ce grand français, ce grand Juif, assassiné par la Gestapo, qui fait honneur à l’histoire de la République française. »

« Ils sont encore des millions, des millions de Juifs aujourd’hui dans le monde qui éprouvent, comme Marc Bloch, un attachement charnel à la patrie dont ils ont appris la langue, la culture, respiré l’air depuis l’enfance. Mais leur cœur ne peut pas rester insensible au destin d’Israël. »

« Parce que le destin de chaque Juif est lié au destin de tous les Juifs. Parce que le fait qu’il y ait un Etat juif dans le monde dont la réussite soit aussi éclatante est pour chacun d’eux une source de fierté et de dignité. Parce que chacun éprouve au fond de lui le sentiment que l’Etat d’Israël est le moyen par lequel le peuple juif peut de nouveau devenir acteur de sa propre histoire au lieu de la subir. »

« Parce qu’en Israël, le judaïsme ne se définit pas par rapport à l’antisémitisme. Parce que pour chacun, Israël est le foyer,où il sait qu’il pourrait se réfugier si par malheur un jour il n’avait plus nulle part où aller. »

« Parce que pour tous, Israël est le seul endroit au monde où il est sûr que l’on n’obligera jamais les Juifs à porter une étoile jaune, où l’on n’interdira pas aux Juifs de prendre l’autobus, de fréquenter les cinémas et les théâtres, d’occuper certains emplois, qu’on ne les obligera pas à habiter des quartiers pour les Juifs, à n’aller que dans des restaurants, des magasins, des écoles pour les Juifs. »


Quelles âneries ! Les juifs des Etats-Unis ou d’Europe sont-ils menacés aujourd’hui ? Un rabbin new-yorkais faisait remarquer dans les années 1980 que le lieu le moins sûr pour les juifs était Israël...

« L’Etat d’Israël est une réponse à l’interrogation angoissée que la petite Anne Frank a noté dans son journal : j’ai espéré que ce pays deviendrait ma patrie, à moi l’apatride ; je l’espère encore. C’est une réponse à la prière de Rutka, la petite juive polonaise : je voudrais attacher des ailes à mes épaules pour m’élever très haut (...), m’envoler vers un endroit où il n’y aurait pas de ghetto. »

« L’Etat d’Israël appartient aussi à tous les hommes. Parce que les valeurs qui le fondent sont des valeurs universelles. Ces valeurs sont des valeurs de justice et de droit. L’Etat d’Israël est une réponse à l’injustice que le peuple juif a subie si longtemps. Et cette injustice, je le dis ici de cette tribune, est un défi, un défi lancé à la conscience universelle. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde qui se soit construit sur autant de douleurs et sur autant d’espérance. »


Cet Etat, rappelons-le, a été créé sur l’expulsion voire le massacre de centaines de milliers de Palestiniens, une souffrance qui n’émeut pas le président français.

« Il n’y a aucun autre Etat dans le monde dont l’existence même fut dès le départ à ce point liée à l’affirmation d’un idéal de justice et d’une volonté de vivre en paix. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde que le vôtre qui, lors de sa naissance, suscita autant d’espoir de la part de tous ceux qui n’avaient jamais cessé d’opposer les forces de l’esprit à la barbarie. On ne peut pas penser à Israël sans penser à l’histoire du peuple juif. On ne peut pas penser à Israël sans se souvenir des pogroms, des wagons plombés, des chambres à gaz. On ne peut pas penser à Israël sans penser au capitaine Dreyfus devant ses juges, aux femmes qui mouraient du typhus dans les camps de la mort, à tous les enfants martyrs de Yad Vashem. »

L’idéal de justice n’a pas empêché l’oppression des Palestiniens, pas plus que la devise de la République française "liberté, égalité, fraternité" n’a empêché le système colonial de survivre pendant des décennies.

« Mais l’histoire du peuple juif n’est pas seulement celle de ses malheurs. Le peuple juif ne s’est pas contenté de subir. Le peuple juif a constamment opposé à tous ceux qui voulaient l’anéantir, la force de son caractère, la puissance de sa pensée, la profondeur de sa culture et la vitalité de sa foi. »

« Le peuple juif n’a pas laissé au monde que le souvenir de sa souffrance. Le peuple juif lui a donné aussi un trésor. Un trésor de savoir et un trésor d’humanité. Où en serait la sagesse du monde sans les prophètes d’Israël ? »

« Où en seraient la philosophie, la physique, la littérature, l’économie, sans les penseurs, les savants, les artistes, les entrepreneurs juifs du monde entier qui ont œuvré à toutes les époques au sein de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les civilisations ? Où en serait le monde sans Spinoza, sans Freud, sans Einstein ? »

« Israël est un pays où chacun vient greffer sur le tronc commun sa propre langue, sa propre culture, sa propre sensibilité, sa propre histoire, où chacun vient donner le meilleur de lui-même pour le bien de tous. En soixante ans, ce que vous avez accompli est prodigieux. C’est dans la diversité, la vitalité, l’ouverture de la pensée, la force de création propre au judaïsme, que se trouve le secret de votre réussite. »


Au même moment, M. Avraham Burg, l’ancien président du parlement israélien, expliquait dans un livre en quoi les idéaux du sionisme et ceux du judaïsme étaient contradictoires.

« Le judaïsme, c’est l’esprit prophétique qui ouvre l’avenir, qui appelle le progrès, qui réclame la justice. Le judaïsme, c’est une manière de penser forgée dans un rapport singulier aux textes bibliques, par des siècles de commentaires, d’interprétations, de dialogue ouvrant l’intelligence à tous les possibles, l’amenant à comprendre qu’il n’y a pas de vérités définitives ni de sens absolu. »

M. Sarkozy semble penser qu’il existe UN judaïsme homogène, ce qui relève du fantasme, tant les courants sont divers en son sein. Et il existe, faut-il le rappeler, un courant et des rabbins pour justifier la colonisation, l’expulsion des Palestiniens, les massacre et le génocide...

« Alors, au milieu des difficultés de tous ordres, les fondateurs de l’Etat d’Israël se sont battus avec toute la force de leur cœur et de leurs bras pour qu’il survive. Le peuple français s’est rangé, dès votre naissance, à vos côtés. Je suis venu vous dire que le peuple français sera toujours aux côtés de l’Etat d’Israël quand son existence sera menacée. Car on ne peut pas accepter la menace sur l’existence de l’Etat d’Israël. »

Mais l’existence de l’Etat d’Israël est-elle vraiment menacée ? Il y a là un renversement des rôles. Les Palestiniens n’ont pas d’Etat, vivent des agressions continuelles et la colonisation, et ce serait Israël qui serait menacé...

« Après ce que l’Europe a connu, après le massacre des Juifs, on ne peut pas accepter que quiconque dans le monde dise qu’il veut rayer de la carte l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, cette menace a pris la forme du terrorisme. Aucun peuple ne peut vivre sous la menace du terrorisme. Le terrorisme ne s’explique pas. Le terrorisme ne se justifie pas. Le terrorisme se combat ! La France est pleinement engagée dans la lutte contre le terrorisme et, Madame la Présidente, quand vous m’appelez à dire que le terrorisme pourrait frapper la France, il a frappé la France. Oui, la France est l’amie d’Israël et la France sera toujours aux côtés d’Israël lorsque sa sécurité et son existence seront menacées. J’ai toujours pensé cela, je l’ai toujours ressenti au plus profond de mon cœur et je ne transigerai jamais avec cela. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse à la destruction d’Israël trouveront toujours la France face à eux pour leur barrer la route. »

« Pour que les choses soient claires et qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je veux dire que le programme nucléaire militaire de l’Iran appelle une réaction d’une extrême fermeté de toute la communauté internationale. Israël doit savoir qu’Israël n’est pas seul ! La France est déterminée à poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions de plus en plus dures jusqu’à l’ouverture, si Téhéran faisait le choix de respecter ses obligations internationales. Mais je veux le dire avec force : un Iran doté de l’arme nucléaire est inacceptable pour mon pays ! »

Mesdames et Messieurs,


On aborde ici la partie qui devrait "équilibrer" le reste du discours. Il n’en est rien, tant M. Sarkozy reste sur des positions de principe sans se donner aucun moyen pour les mettre en œuvre. Tout le monde, y compris les Etats-Unis, sont maintenant en faveur d’un Etat palestinien, mais qui s’oppose concrètement à la colonisation ? Qui prend des sanctions contre les violations du droit international par Israël ? On peut noter que, à aucun moment, le président ne fait référence au droit international, aux résolutions des Nations unies.

« On doit la vérité à ses amis, sinon on n’est pas un ami. La vérité, c’est que la sécurité d’Israël, sur laquelle la France ne transigera jamais, ne sera véritablement assurée que lorsqu’à ses côtés on verra un Etat palestinien indépendant, moderne, démocratique et viable. Voyez-vous, Mesdames et Messieurs, je serais un piètre ami d’Israël si je pensais que dans cette démocratie israélienne on n’était pas capable de dire ce que l’on ressent profondément au fond de son cœur. »

« Et donc, la France amie d’Israël, intransigeant sur sa sécurité, la France se veut l’amie du peuple palestinien, aussi. La France veut dire au peuple palestinien la vérité. Et la vérité, c’est que nul ne peut espérer rétablir les droits du peuple palestinien en niant ceux du peuple israélien et en appelant à la destruction d’Israël. La vérité, c’est qu’il faut que ce conflit sans fin s’arrête. La vérité, c’est qu’il faut que cette violence cesse. La vérité, c’est qu’il faut que cette haine qui dresse les peuples les uns contre les autres s’éteigne. »

« Il le faut, parce que les seuls gagnants de la violence et de la haine sont le fanatisme, le fondamentalisme, le racisme et l’antisémitisme. Il faut que la paix arrive parce que vous avez trop souffert. Il faut que la paix arrive parce qu’il y a eu trop de morts et trop de douleurs. Parce que Juifs et Musulmans, Israéliens et Palestiniens, au fond, vous partagez la même souffrance et la même douleur pour vos enfants. »

« Nous savons tous qu’il ne peut y avoir d’issue que dans la compréhension et dans le respect de l’autre. Nous savons tous que l’avenir, votre avenir et celui de vos voisins, ne pourra se construire que sur le pardon et pas sur la vengeance. Nous savons tous que la reconnaissance mutuelle des droits de chacun est la condition de la paix. »

« Je suis le représentant d’un pays qui a dû pardonner à ses voisins. Je suis le représentant d’un pays qui a dû se réconcilier avec ses voisins. Chez moi, mon grand-père, qui m’a élevé, qui était juif, n’appelait jamais les Allemands des Allemands, et pourtant, quand le général de Gaulle et le chancelier Adenauer ont dit aux Français et aux Allemands : il faut se réconcilier, maintenant, tout de suite, les Français l’ont fait. »

« Alors, comme tous les peuples, le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité dans des frontières reconnues et garanties. Comme tous les peuples, le peuple palestinien a le droit d’avoir un Etat et d’y exercer sa souveraineté. Comme tous les peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien vivront en paix le jour où chacun aura le sentiment que justice lui est rendue et où leurs rapports seront fondés sur le droit et non plus sur la force. Alors, bien sûr, c’est plus facile à dire pour moi, qui n’ai pas peur quand je m’endors dans mon appartement le soir. Bien sûr, c’est plus facile à dire pour moi qui n’ai pas peur quand je me promène, mais en même temps, ces grands efforts que vous avez faits pour construire un Etat démocratique et puissant, faites-les, faites les mêmes pour construire la paix dont vos enfant seront les bénéficiaires. »


Qui se sent plus en sécurité aujourd’hui ? Un Israélien ou un Palestinien qui vit à Gaza ou dans un camp de Cisjordanie ? Il suffit de comparer les pertes humaines des deux côtés ; il suffit de compter le nombre de points de contrôle en Cisjordanie ; il suffit de mesurer l’état de misère où le blocus israélien tient la population de Gaza...

« Alors, c’est vrai, il ne peut y avoir de paix sous la menace du terrorisme. Il ne peut y avoir de reconnaissance mutuelle quand des roquettes tombent tous les jours sur des victimes innocentes. Mais il faut avoir le courage de le dire, je le dis, sans vouloir offenser personne, je le dis tout simplement : il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt total et immédiat de la colonisation. Une proposition existe, soutenue par de nombreux membres de votre Knesset, pour l’adoption d’une loi qui inciterait au départ les colons de Cisjordanie, moyennant compensation et relogement en Israël. Je vous dis une chose : créez les conditions du mouvement ! »

« Il ne peut y avoir de paix si les Palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme. C’est aux Palestiniens de le faire, chacun a sa part de travail à faire. Mais pas de paix non plus, permettez de le dire, si les Palestiniens sont empêchés de circuler ou de vivre sur leur territoire. »


Il ne peut y avoir de paix sans que soit résolu le problème des réfugiés palestiniens dans le respect de l’identité et de la vocation d’Israël.

Il ne peut y avoir de paix, même si je sais combien le sujet est douloureux, sans la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de deux Etats et la garantie de la liberté d’accès aux Lieux Saints pour toutes les religions.

« Il ne peut y avoir de paix sans une frontière négociée sur la base de la ligne de 1967 et des échanges de territoires qui permettront de construire deux Etats viables. »


Cette dernière phrase, M. Sarkozy n’a même pas eu le courage de la prononcer ! Elle figure pourtant dans le texte officiel...

« Mes chers amis, je veux vous dire une chose. Je n’ai à aucun titre à donner des leçons et je ne veux pas en donner. Quand cela ira mal pour l’Etat d’Israël, vous verrez qui seront vos amis et je ne suis pas du genre à trembler quand cela va mal, mais je veux vous dire, puisque vous m’avez fait l’honneur de me permettre de m’adresser devant vous, que je suis venu parler avec le cœur et non pas simplement avec la malice politicienne. Je suis venu parler non pas pour les quelques jours qui viennent, je suis venu parler pour l’avenir,et l’avenir est que vous êtes condamnés à vivre côte à cote. L’avenir, c’est qu’on ne change pas d’adresse comme cela. L’avenir, c’est qu’il faudra faire la paix un jour. Le plus tôt vous ferez la paix, le mieux cela sera pour vous et pour le monde. »

Donner des leçons ? Il ne s’agit pas de morale, mais de violation du droit international. Ce que l’on comprend, c’est que, en dehors de pieux conseils, M. Sarkozy laisse le gouvernement israélien poursuivre sa politique de colonisation et d’expansion.

« Alors, mes chers amis, beaucoup de ces efforts seront difficiles et douloureux, et je remercie d’ailleurs chacun des membres de la Knesset d’avoir eu le courage d’écouter ce que j’avais à dire, quand cela leur plaisait et quand cela leur plaisait moins. Ce sera difficile et douloureux mais bien moins douloureux que tout que le sang versé dans un affrontement sans fin. La paix est douloureuse mais parlons de la guerre. Combien vos familles en ont payé le tribut ? En me promenant tout à l’heure, je voyais la jeunesse de vos soldats, belle jeunesse, mais je me disais aussi : est-ce qu’un jour il ne leur serait pas plus utile d’entrer toute de suite dans la vie active qu’à devoir défendre l’identité et la survie de leur Etat ? Et cela, personne d’autre ne le donnera que si, vous les Israéliens et vous les Palestiniens, vous vous comprenez. »

« Depuis soixante ans, des hommes et des femmes de bonne volonté comme votre président ont essayé de trouver le chemin de la paix et certains, comme Itzhak Rabin, l’ont payé de leur vie. Mais chacune de leurs initiatives, chacun de leurs gestes a permis de progresser. La paix est faite avec l’Egypte, avec la Jordanie. Israël s’est retirée du Sinaï, du Liban et de Gaza. Il n’y a pas de geste inutile en faveur de la paix et peut-être sommes-nous plus près du but puisque, désormais, tout le monde se parle. »

« Et puisque la violence semble être suspendue, depuis quelques jours, à Gaza, je veux exprimer l’espoir de la libération du soldat Gilad Shalit, retenu en otage depuis près de deux ans, comme de tous les prisonniers. Annapolis a relancé une dynamique de paix, une année de négociations qui peuvent être décisives. Ne laissons pas échapper cet espoir de paix ! Je mesure toutes les difficultés qui doivent encore être surmontées. Mais je vous le dis : la paix est possible ! Elle est possible maintenant ! C’est ce que veulent, dans leur immense majorité, Israéliens et Palestiniens. Ne laissons pas vaciller, une fois de plus, la flamme de l’espoir ! »


Comme de tous les prisonniers ? Parle-t-il des 10 000 prisonniers politiques palestiniens ? On ne le saura pas.

« La France que tant de souvenirs lient à cette région du monde, la France qui aime et qui respecte tous les peuples du Moyen-Orient, la France veut apporter sa contribution à la paix. Elle est prête à organiser sur son sol tous les pourparlers qui pourraient y conduire, qu’il s’agisse de la négociation israélo-palestinienne, du dialogue syro-israélien ou des discussions qui devront reprendre, un jour prochain je l’espère, entre Israël et le Liban. »

« Sur ces trois volets du processus de paix, la France est prête à apporter sa garantie, prête à mobiliser sa diplomatie, ses ressources, ses soldats, comme elle le fait déjà, avec d’autres partenaires européens, au Sud-Liban. C’est dans cet esprit qu’elle exercera à partir du 1er juillet la présidence de l’Union européenne, qu’elle travaillera au rehaussement des relations entre l’Union et Israël et participera au Quartet. »


Lors du conseil Union européenne-Israël, les demandes israéliennes de rehaussement des relations entre les deux parties ont été repoussées. Pour ne pas nuire à la participation arabe au sommet de l’Union pour la Méditerranée du 13 juillet ? Ira-t-on après vers le rehaussement, et donnera-t-on une prime au gouvernement israélien pour la poursuite de sa politique de colonisation?

« Vous pouvez faire confiance à la France. Je sais bien qu’en Israël on écoute les conseils que de ceux dont on a vraiment l’amitié et la confiance. Et je sais bien que, par le passé, vous vous êtes parfois demandé si l’on pouvait faire confiance à la France. Je vous demande de nous faire confiance, parce que nous voulons vous aider. »

« Encore une fois, je ne suis pas venu ici pour donner des leçons. C’est aux dirigeants du peuple d’Israël et aux Palestiniens qu’il appartient de faire la paix. Mais vous, les partenaires de la paix, vous devez savoir que vous pouvez compter sur l’Europe pour vous aider à aller vers un accord final : sécurité pour les deux Etats, compensation et relogement des réfugiés, appuis à la construction d’un Etat de droit en Palestine, soutien économique et financier général à la paix. C’est dans cet esprit que la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire aboutir le projet d’Union pour la Méditerranée qu’elle a proposé à tous les peuples de l’Europe et de la Méditerranée. Et, à ma connaissance, Israël est un peuple méditerranéen. »

« C’est dans cet esprit, aussi, que la France fera tout ce qui est dans son pouvoir pour faire aboutir le projet d’Union pour la Méditerranée qu’elle a proposé à tous les peuples de l’Europe et de la Méditerranée. L’enjeu est capital puisqu’il s’agit d’offrir un destin partagé à tous ces peuples. Le 13 juillet prochain, le Sommet de Paris pour la Méditerranée donnera peut-être l’espoir que ce qui nous sépare finira par devenir un jour moins fort que ce qui nous rassemble. Il exprimera la volonté commune de tisser entre tous les peuples des liens de solidarité de plus en plus étroits, témoignant ainsi que le vieux rêve de l’unité du monde méditerranéen n’est pas mort mais qu’au contraire il est assez vivant pour pouvoir encore soulever le monde. Israël, comme l’Autorité palestinienne, comme le Liban, comme la Syrie y trouveront leur place aux côtés de l’Egypte, de la Jordanie et de tous les pays du Maghreb arabe. Alors, mes chers amis, peut-être pourrons-nous espérer qu’un jour les enfants de la Méditerranée cesseront de se haïr, car il n’y a que de la haine, il faut que cela cesse, et de vouloir dès la naissance venger les malheurs de leurs pères, on ne doit pas apprendre cela à ses enfants. »

« C’est dans cet esprit aussi que la France soutiendra tous les projets de développement économique régional chers au président Shimon Péres. Oui, nous avons besoin de la "Vallée de la Paix" ! Quel plus beau symbole de paix que ce partage de l’eau, source de toute vie, entre les trois peuples d’Israël, de Palestine et de Jordanie ? »

« Au Moyen-Orient se mélangent et s’affrontent depuis des millénaires des peuples qui ont donné à l’humanité tout entière ce qu’il y a de plus élevé dans la pensée, de plus beau dans la religion, de plus important dans le savoir. Mais, au Moyen-Orient, tous les peuples, tous, dans leurs prières, parlent d’amour, de justice et de paix. Au Moyen-Orient, tous les peuples aiment la vie. Tous sont les enfants d’Abraham. Tous ont la Bible en partage. Et avec cela, on va continuer à avoir une guerre millénaire ? »

« Ayant bu à la même source, car vous avez bu à la même source, ayant partagé si souvent la même histoire, les peuples du Moyen-Orient ont tout pour se comprendre et s’entendre. Et cette terre pour laquelle ils se battent avec tant de désespoir, cette terre qui les a vus naître, cette terre où reposent vos morts, cette terre dans laquelle s’inscrit le souvenir de vos souffrances et de vos joies, pardon de vous le dire, où vous vous ressemblez tant, cette terre dont on pressent, en regardant ce qui a été accompli ici, en Israël, ce qu’elle pourrait donner à force d’intelligence, de travail et de courage, cette terre, la vôtre, pourrait devenir un paradis pour tous et grâce à laquelle la misère pourrait être vaincue si elle n’était si souvent ruinée par la guerre, cette terre, la vôtre, qui pourrait être si féconde si tous la travaillaient ensemble au lieu de verser sur elle le sang des innocents, cette terre, elle est si belle qu’elle devrait unir les peuples au lieu de les opposer. »

« En allant au fond d’eux-mêmes, en s’interrogeant sur leur histoire, leurs croyances, leurs valeurs, en regardant ce monument qui va être construit à Jérusalem par deux artistes français, ce livre de la paix pour les peuples du Livre, dans la ville du Livre, un jour prochain, j’en suis sûr, les femmes et les hommes de cette terre magnifique trouveront davantage de raisons de se parler pour faire la paix que de se haïr pour continuer à s’affronter. »

« Juifs, chrétiens ou musulmans, ils se rappelleront la parole du Prophète Isaïe : "Je ferai de Jérusalem mon allégresse. Et de mon peuple ma joie. On n’y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris. Ils bâtiront des maisons et les habiteront. Ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne travailleront plus en vain et ils n’auront plus des enfants pour les voir périr." »

« Je veux vous le dire du fond du cœur et c’est un ami cher et indéfectible d’Israël qui vous le dit, quand on est fort, on doit tendre la main, quand on a fait le chemin que vous avez fait depuis soixante ans, triompher de toutes les guerres, alors, on doit être les triomphateurs de la paix, on doit la vouloir plus que tous les autres. On doit montrer le chemin, et qu’il me soit permis de vous dire, du fond du cœur, que la France ne vous abandonnera pas sur ce chemin, qu’elle sera votre amie, que la France vous admire, que la France vous respecte. »

« Vive la France, Vive Israël. Vive la paix pour Israël et pour la Palestine qui est une nécessité pour la paix du monde. Je vous remercie. »


Alain Gresh

24 août 2008

Un appel à résister contre la machine à abêtir !

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Les médias disposent des moyens d’entretenir l’illusion d’une équivalence entre liberté et liberté de la presse, alors que cette dernière signifie surtout liberté des industriels qui possèdent la presse. Sous l’apparence du « débat public », les journalistes dominants ont réussi à imposer leurs normes à des militants et à des intellectuels. Le satiriste Karl Kraus fustigeait déjà ces formes de « bêtise » dans les années 1930.

Ceux qui auront l’occasion de se plonger dans la lecture des Derniers Jours de l’humanité et de Troisième nuit de Walpurgis, deux ouvrages majeurs de Karl Kraus (1874-1936), partageront sans doute le jugement que le philosophe Jacques Bouveresse porte sur l’oeuvre du satiriste autrichien : « Peu d’auteurs sont susceptibles de nous apporter une aide aussi précieuse dans les combats que nous avons à mener aujourd’hui. »

Aucune introduction à la lecture de ces ouvrages ne peut mieux que la préface de Bouveresse à Troisième nuit de Walpurgis aider les lecteurs à comprendre exactement ce que fut le rapport de Kraus à la société de son époque, et plus précisément le sens et la portée exacts de l’incomparable satire qu’il en donne. Ces ouvrages, élaborés quasiment « à chaud », dans un esprit militant, l’un dans le contexte de la première guerre mondiale pour stigmatiser la guerre et le bellicisme, l’autre dans le contexte de la montée du nazisme en Allemagne et en Autriche pour en dénoncer la folie criminelle, ont encore quelque chose d’important à dire aux Européens de ce début de XXIe siècle célébré à l’envi comme une « ère de paix, de prospérité et de liberté pour tous ».

Justement, une démarche dont on pourrait dire qu’elle est d’inspiration krausienne consisterait à dénoncer le règne du faux semblant généralisé dans lequel sont installées les puissances occidentales. Contrairement aux apparences, ce monde « développé » moderne ne connaît ni la paix, ni la prospérité, ni la liberté pour tous, sinon en trompe l’oeil comme privilèges de minorités dominantes, masquant une réalité fondamentalement faite de violence, d’inégalité et d’oppression. La barbarie moderne n’a pas diminué, mais elle a appris à se farder davantage.

On fera remarquer que cette dénonciation est déjà, de façon de plus en plus explicite, à la base du refus que beaucoup de gens opposent au système établi. Il n’est pas douteux, en effet, que des personnalités, voire des petits groupes militants, font preuve d’une lucidité, d’une rigueur de pensée et d’un courage intellectuel et moral qui pourraient être qualifiés de krausiens, même si ces qualités ne s’accompagnent pas nécessairement d’un égal talent de satiriste. Mais l’existence d’un courant de critique radicale ne saurait faire oublier la persistance massive de ce qui constituait la cible centrale de Kraus et qu’il désignait globalement du terme de « bêtise ». Pratiquement tous les ingrédients de l’effarante stupidité qu’il stigmatisait sans relâche dans sa revue Die Fackel « Le Flambeau » et dans ses livres sont encore agissants dans le monde actuel, et souvent se sont renforcés.

Kraus ne s’attaquait pas à une idée métaphysique de la bêtise, mais à ses manifestations et incarnations concrètes dans la société de son temps. En démontant ses multiples formes environnantes, il en dégageait des aspects essentiels, parfaitement reconnaissables à notre époque encore, dont le trait commun est l’incapacité d’analyser rationnellement la réalité et d’en tirer les conséquences. La doctrine hitlérienne, par exemple, était pour Kraus un fatras d’insanités idéologiques et de mensonges éhontés qui n’auraient su résister à un examen de la saine raison. Mais ce qui rendait ce délire irrésistible, dans l’Allemagne des années 1930, c’est que les nazis étaient passés maîtres dans l’art de soumettre l’intellect aux affects, de rationaliser des émotions viscérales, de faire passer la bêtise, qui a remplacé la raison, pour de la raison, de transformer l’impair en effet, bref dans ce que l’on appelait autrefois : abrutir. Cette entreprise de « crétinisation caractérisée », commente de son côté Jacques Bouveresse, a eu pour résultat de faire « perdre tout sens de la réalité, aussi bien naturelle que morale », aux individus soumis en permanence au pilonnage de la propagande.

C’est très exactement l’état dans lequel la propagande, telle qu’elle est actuellement développée, systématisée et euphémisée sous les espèces de la communication et de l’information, tend à mettre les populations, au bénéfice des grands exacteurs de l’ordre établi. L’honnêteté oblige à dire qu’aujourd’hui comme hier, et peut être plus encore, le processus d’abrutissement par l’évacuation de la réflexion critique, par le martèlement des slogans exaltant le vécu immédiat, le pulsionnel et le fusionnel, par la réduction du langage au boniment publicitaire et par l’appauvrissement intellectuel qui l’accompagne, a pénétré profondément l’ensemble de la culture et de la vie sociale et provoqué de terribles dégâts.

Lorsque le discours public ne sert plus qu’à masquer le vide de la pensée, à proférer avec aplomb des arguments spécieux ou controuvés, à habiller d’une apparence de bon sens le déni de toute logique rationnelle, à rendre admirables et honorables des actes ou des idées ignobles et méprisables, lorsque parler et écrire ne sont plus, pour beaucoup, que des moyens, non pas de chercher vérité et justice, mais de séduire et de mentir aux autres comme à soi même, bref quand le langage n’est plus que le véhicule d’une manipulation démagogique et un instrument de domination parmi d’autres, mis au service des puissants par des doxosophes de tous acabits, alors c’est une tâche primordiale pour ceux qui savent encore ce que parler veut dire et refusent de s’en laisser conter de mettre méthodiquement en lumière, comme faisait Kraus, le fonctionnement de la machine à abêtir.

Si Kraus pourfendait la bêtise sous toutes ses formes, ce n’était pas tant la bêtise puérile et honnête, si l’on peut dire, celle des esprits simplets, que celle des intelligents, la bêtise chic et distinguée, instruite et éloquente, spécialement chez ceux des intellectuels qui utilisent la culture et le raisonnement pour rendre acceptable, par eux mêmes et par les autres, la démission intéressée de l’entendement en face de certaines situations réelles.

Ainsi, pour n’en donner qu’un exemple particulièrement significatif, Kraus fustigeait il « ces hommes de main qui font dans la transcendance et proposent dans les universités et les revues de faire de la philosophie allemande une école préparatoire aux idées de Hitler ». Parmi eux, il s’en prenait particulièrement à Heidegger, dont les nazis avaient fait un recteur de l’Université et qui alignait ses fumeuses idées bleues sur les brunes en appelant ses étudiants au culte du Führer et au « service militaire de l’esprit ». Sans aucun égard pour la réputation de philosophe éminent que s’était acquise Heidegger, Kraus décocha ce trait, qui n’était pas chez lui simple banderille : « J’ai toujours su qu’un savetier de Bohême est plus proche du sens de la vie qu’un penseur néoallemand.»

Plus généralement, Kraus excellait à souligner l’incohérence de tous les faiseurs de démonstrations s’ingéniant à bricoler des prémisses rationnellement acceptables pour justifier des conclusions dictées d’avance par des croyances affectives et des intérêts partisans, tels que les préjugés racistes ou nationalistes, ou, davantage encore, à tourner en dérision ceux qui, abdiquant toute exigence intellectuelle, se félicitaient de faire partie des gens qui, ainsi que l’écrivait un éditorialiste, « ont appris, comme nous, à renoncer à tout degré dans l’ordre de l’intellect pour non seulement vénérer un tel Führer mais l’aimer tout simplement ».

Parmi les différentes catégories intellectuelles qui, de plus ou moins bonne foi, se complaisaient à prendre la nuit pour le jour, et travaillaient à croire et à faire croire que l’ordre nouveau nazi était, sinon toujours absolument irréprochable, du moins contrôlable, amendable, et donc acceptable, il y en avait deux en particulier qui fournissaient une cible de choix à Kraus : les partisans de la social démocratie et les journalistes, chez qui cécité et surdité au réel composent une forme de bêtise proche de l’autisme.

L’aptitude des sociaux démocrates à emboîter le pas aux nationalistes et bellicistes lors de la première guerre mondiale avait édifié Kraus sur leur inaptitude politique et morale à faire front. Où trouveraient ils la force de résister, demandait il, « alors que chaque fibre de leur être incline à pactiser » avec le monde comme il va ? Aussi ne les croyait il pas en mesure de s’opposer à la barbarie montante. Pour Kraus, l’essence même de la « bêtise » social démocrate, c’était le réformisme de principe, l’illusion de croire qu’on peut dîner avec le Diable, le refus systématique de l’affrontement, la volonté forcenée d’intégration, le désir éperdu d’être bienséant, de mener une vie bien tranquille dans une jolie petite opposition sécurisante, et l’irrémédiable naïveté de penser que les bandits d’en face, ceux aux cols blancs, allaient respecter ces beaux sentiments et être assez raisonnables pour entendre raison.

Si on peut dire aujourd’hui que les partis sociaux démocrates et ceux qu’ils influencent n’ont pas su tirer de l’expérience d’un siècle d’histoire d’autre enseignement que celui d’un acquiescement encore plus délibéré à la dictature du « réel » (ennoblie de nos jours en « logique de marché »), que dire alors de l’activité de la presse et de ses journalistes, de cette journaille libérale pour laquelle Kraus éprouvait une exécration à la mesure du rôle essentiel qu’elle jouait dans l’entreprise d’abrutissement généralisé des populations ?

Une grande partie du travail de Kraus, pendant des lustres, a consisté à lire attentivement la presse de son époque et à en démonter savamment, méticuleusement, le discours, pour en montrer toute l’imposture, à partir de l’usage qu’elle fait du langage, de la déformation du sens et de la valeur, de la façon dont sont vidés et déshonorés tout concept et tout contenu. A ses yeux, le penchant naturel de la presse était de se prostituer à l’ordre établi. Il prenait soin d’ailleurs de préciser : « Je mets la fille publique, du point de vue éthique, au dessus de l’éditorialiste libéral et je tiens l’entremetteuse pour moins punissable que l’éditeur de journal. »

Sa critique s’adressait alors essentiellement à la presse écrite. Il n’aurait rien à rabattre de sa sévérité aujourd’hui, bien au contraire. Tout au plus, compte tenu de l’évolution sociologique de ce secteur, de sa croissance explosive, de la concentration des titres, stations et chaînes entre les mains d’un petit nombre de groupes capitalistes, admettrait il peut être de faire une distinction entre la caste dirigeante et éditorialisante du monde journalistique, quasi tout entière acquise à l’économie libérale et au maintien de l’ordre idéologique, et l’armée des simples exécutants, dont beaucoup connaissent les affres de la précarité et dont quelques uns se battent courageusement, seuls ou avec leurs syndicats, contre l’arbitraire patronal privé ou public et contre la tendance, plus prononcée que jamais, à la prostitution de la presse au pouvoir économicopolitique de l’argent.

Kraus, qui est mort en 1936, n’a pu voir le règne nazi de la force s’effondrer sous l’assaut d’une force extérieure plus grande encore. Mais, bien qu’on puisse supposer dans toute posture satirique un appel à se battre, l’espoir d’être compris et le projet au moins implicite de corriger ce que l’on dénonce, il semblerait que, comme la plupart des esprits très acérés, en particulier chez les moralistes, Kraus n’ait pas été excessivement optimiste sur les dispositions de ses contemporains à faire preuve de lucidité et de courage.

Peut être est ce là, peut on penser, un « travers » d’intellectuels que leur vaste culture et, de surcroît, la lecture intensive des journaux inclinent à discerner le tragique dans toute farce et la farce dans toute tragédie, et à prendre leurs distances avec les illusions communes.

Il n’en reste pas moins que le cours historique des choses réserve bien des surprises. Le pire n’est pas toujours le plus probable et, s’agissant des luttes sociales, elles ne sont vraiment perdues, on le sait, que lorsqu’on se refuse à les livrer. Nous venons de l’expérimenter une fois de plus. Quand, en mai 2005, les Français ont porté le premier coup d’arrêt à l’étouffante bêtise qui croyait avoir assuré son empire en Europe.

La pensée de Karl Kraus

Un musulman nommé Jésus

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On sait la place éminente que tient, en tant que Prophète de Dieu, le personnage de Jésus dans le Coran. Mais le contenu même de la tradition musulmane concernant le "fils de Marie" avait été peu étudié.

Le lecteur de confession musulmane trouveras dans ce livre de Tarif Khalidi, Directeur du Collége de Cambridge, l'occasion de réflechir à un élément majeur de sa propre foi. Le lecteur chrétien sera maintes fois surpris par la lumineuse profondeur de ce musulman nommé Jésus (de son vrai nom Issa, traduit du latin Iessus en Jésus), différent par son propre statut mais en communion spirituelle avec celui des Evangiles.

Quant à tous ceux qu'intéresse le dialogue des cultures, ils seront passionnés par cette brillante analyse d'un phénoméne unique dans l'histoire des religions : la figure centrale d'une tradition, assimilée et réinterprétée, aujourd'hui objet de foi fondamentale d'une étonnante fécondité spirituelle.

Voici un court extrait :

Jésus passa près d'un groupe de gens qui lui lancèrent des insultes, et il répondit par des bénédictions. Il passa près d'un autre groupe qui l'insultérent et il répondit de la même façon.

Un des disciples demanda : "Qu'est-ce à dire? Plus ils t'insultent, plus tu les bénis, comme si tu les invitais à continuer..."

Jésus répondit : " Une personne ne peut produire que ce qu'elle porte en elle"

Un musulman nommé Jésus - Tarif Khalidi aux Editions Albin Michel 2003

Casseurs de Pub !

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Les publicitaires, c'est comme les dealers, ils attendent les enfants et les ados à la sortie des écoles et des lycées. Ils savent très bien que plus ils prennent les jeunes tôt, plus il sera dur après pour eux de se désintoxiquer de la consommation.

A cause de la publicité, de plus en plus d'enfants sont malades de l'obésité. C'est ça le métier des publicitaires : rendre les jeunes accros aux marques et à la conso pour servir de grosses entreprises qui exploitent d'autres enfants à l'autre bout de la planète.

La publicité est interdite à l'école, ça n'empêche pas les publicitaires de chercher par tous les moyens à y entrer. Alors, en avant la chasse à la pub ! Placarde cette affiche dans ton école. Organise des débats avec tes copains, tes profs, tes parents. La pub il faut lui résister.

Le Mouvement pour une rentrée sans marques appelle chaque année depuis dix ans les parents, enseignants et jeunes à réagir contre le racket commercial dont les élèves et leurs familles sont victimes à l’occasion de chaque rentrée scolaire et invite l’ensemble des citoyens à se mobiliser contre l’introduction de la publicité à l’école au nom de la défense d’une conception de l’enseignement fondée sur l’accès à l’autonomie et à la citoyenneté. Nous refusons tous les intégrismes politiques, religieux ou économiques car ils enferment, chacun à leur façon, les jeunes dans des « marques » et « identités » et empêchent l’école d’instituer ces jeunes en élèves.

Non à la dictature des logos

Le Mouvement pour une rentrée sans marques invite les jeunes et leurs familles à boycotter les marques notamment identitaires et produits logotypés et à leur préférer systématiquement des produits génériques. Nous revendiquons une dotation en matériel scolaire, notamment pour les élèves de l’école primaire et du collège. Nous soutenons les jeunes qui osent dire « non » à la dictature des logos en refusant de devenir des hommessandwichs. L’expérience des années passées prouve que chacun peut agir concrètement contre la surconsommation en limitant au nécessaire ses achats de fournitures scolaires et parascolaires. Il sera d’autant plus facile de résister à la culpabilisation de ceux dont les choix personnels ou les moyens financiers les conduisent à refuser cette dictature des marques ou cette surconsommation que nous serons nombreux à revendiquer cette attitude comme étant un choix de nous dé-marquer.

Contre toutes les marques


Le Mouvement pour une rentrée sans marques exprime son refus de la dictature des marques, de toutes les marques.

1) Les marques commerciales sont le symbole et le vecteur d’une soumission au marché mondial. Elles véhiculent des « valeurs » et des comportements qui ne sont pas ceux de l’école puisque fondés sur une logique de l’« avoir » et du « paraître » contraire à la primauté de l’« être » que tout enseignant devrait tendre à développer. Comment le maître pourrait-il aider l’élève à acquérir son autonomie et lui faire aimer le savoir si son autorité, fondée sur sa compétence pédagogique, est sans cesse concurrencée par le pouvoir de l’argent et la logique de consommation ? Comment l’école pourrait-elle assumer sa mission de faire des enfants des citoyens si elle accepte de participer à leur gavage par une monoculture de la consommation que déverse déjà la télévision ?

2) Les marques religieuses ou idéologiques sont contraires aux principes de neutralité et de laïcité si elles introduisent une soumission à une autorité et à des valeurs contradictoires à celles de l’école. L’école a besoin pour instituer l’enfant en élève, c’est-à-dire pour garantir son accès à l’autonomie, qu’aucune autorité extérieure ne vienne l’enfermer dans une identité quelconque. Un enseignant doit avoir face à lui de futurs citoyens et non de bons consommateurs ou croyants.

Pour des enfants libres

Le combat du Mouvement pour une rentrée sans marques n’a rien de passéiste ni de nostalgique. Nous ne partageons pas le mythe de l’âge d’or d’une école républicaine qu’il faudrait restaurer. Nous poursuivons une longue tradition de luttes pour faire de l’école un véritable lieu d’émancipation. C’est pourquoi nous rejetons, comme contraire à la tradition nationale, la fausse bonne solution de l’uniforme scolaire. Le combat pour l’accès à l’autonomie vise une autolimitation et non une limitation imposée.

Nous appelons les professeurs, parents d’élèves et élèves à organiser des débats en classe ou dans leurs établissements pour porter cette question auprès des plus concernés et ne pas laisser les enfants devenir des panneaux publicitaires à chaque rentrée.

Lettre à adresser à son député

Les associations Casseurs de pub et Résistance à l’agression publicitaire ont alerté à plusieurs reprises les députés au sujet de la publicité à l’école. La législation actuelle (circulaire Lang du 28 mars 2001) permet en effet la marchandisation de l'école. Le président Sarkozy, pourtant champion de la réforme, se garde bien de remettre en question cette circulaire Lang. Nous vous encourageons à copier cette lettre et à l’envoyer au député de votre circonscription.

Pour l’abrogation du « Code de bonne conduite des entreprises en milieu scolaire »
Pour une initiative parlementaire protégeant les enfants des agressions publicitaire

Madame la Députée, Monsieur le Député,

L’Assemblée nationale avait dès 1936 proclamé l’interdiction absolue de toute publicité à l’école. Ce principe protecteur de l’enfance a été sans cesse réaffirmé témoignant ainsi de l’existence d’un véritable consensus national sur cette question. Le ministère de l’Education nationale a publié, au BOEN n° 14 du 5 avril 2001, la circulaire n°2001-053 intitulée «Code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire». Ce texte qui introduit la notion contestable de «neutralité commerciale» a permis de multiplier les interventions des marques dans les écoles : kits pédagogiques, jeux-concours, sponsoring, etc. Beaucoup de députés de droite comme de gauche ont interrogé les ministres successifs sur le risque de violation du principe de «neutralité scolaire» que crée le flou de cette circulaire administrative. Le Conseil d’Etat a cependant conclu à sa légalité (2 novembre 2002).

Seul le dépôt d’un nouveau texte de loi permettrait de créer un vaste débat national sur la meilleure façon de protéger les enfants des agressions publicitaires notamment à l’école. Veut-on que les élèves français soient obligés demain comme aux Etats-Unis de regarder tous les matins un programme de publicité dans les classes ? Acceptera-t-on que l’on fixe des objectifs de vente de boissons ou autres produits sous prétexte de réalisme économique et de partenariat avec des entreprises ?

L’école doit rester un lieu d’apprentissage à l’autonomie et à la citoyenneté ce qui suppose que l’on protège les enfants des appétits des firmes mais aussi de leurs propres pulsions consommatrices qui les conduisent à s’enfermer dans des «identités de marques» et à surconsommer des produits dangereux.

L’école n’a pas à se faire le vecteur d’une monoculture de la consommation en tolérant en son sein la présence de marques et de publicités. Ces dernières véhiculent des «valeurs» et des comportements qui ne sont pas ceux de l’école puisqu’ils sont fondés sur une logique de l’«avoir» et du «paraître» contraire à la primauté de l’«être» qui régit encore l’école. Nous sommes convaincus que la façon dont la société répondra à la menace que représente l’introduction des marques et de la publicité à l’école déterminera sa capacité à défendre une conception républicaine de l’enseignement.

Dans l’espoir que la représentation nationale légifère au plus vite pour assurer la protection des élèves face à toutes les formes d’agressions publicitaires en milieu scolaire et péri-scolaire, nous sollicitons votre appui pour notre demande d’abrogation de la circulaire du 5 avril 2001 et de retour à l’application de la note de service n° 99-118 du 9 août 1999.

Rentrée sans marques 2000 - 2001 - 2002 - 2003 - 2004 - 2005 - 2006 - 2007 - 2008

16 août 2008

Pourquoi les USA ont perdu en Irak !

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On rapporte que la résistance en Iraq grandit et étend sa capacité à opérer dans un nombre croissant de provinces, se développant dans de nouvelles parties du territoire iraquien.
Selon les Etats-Unis ceci est dû à l'intervention de combattants étrangers. C'est en réalité le renouveau du nationalisme et de la dignité iraquienne.

Alors que l'occupation et ses gouvernements fantoches continuent leurs campagnes d’arrestations et d'incarcérations de façon indiscriminée et massive des citoyens iraquiens "soupçonnés" de liens avec la résistance, ils semblent incapables de briser les différentes expressions de celle ci qu'elle soit armée, politique ou populaire et tout aussi incapables de briser la sympathie dont elle jouit auprès de la population. Tous les jours des mouvements d'opinion de plus en plus larges expriment leur rejet de l'occupation et de son gouvernement fantoche. Malgré des dépenses par centaines de milliards en financements de guerre et de propagande, comment le plan impérial américain a t'il échoue en Iraq?

Son échec est tout d'abord dû à l'incapacité de l'administration américaine à reconnaître l'impossibilité de démanteler l'Iraq en plusieurs petits états conflictuels. L' aventure et l'erreur de calcul des néo-conservateurs découle de plusieurs facteurs : prise de leurs désirs pour des réalités, dépendance aveugle au seul recours à la force militaire pour atteindre leurs objectifs, collecte d'informations auprès d'exilés irakiens marginaux et exclus, manque d’étude et de connaissance des caractéristiques historiques, culturelles et sociales du pays qu'ils étaient sur le point d'envahir et qu'ils visaient à contrôler. Avant l'invasion, et tout au long de ces quatre années désastreuses d'occupation, les États-Unis ont sous-estimé la force et le caractère profondément enraciné du nationalisme et de la culture Iraquiens qui allaient inévitablement faire face à leurs plans impérialistes avec une résistance ferme, émanant de toutes les couches de la société iraquienne y compris de la prétendue base de leurs propres alliés.

Les États-Unis ont naïvement pensé qu'ils pourraient utiliser la richesse de la société iraquienne, caractérisée par son cosmopolitisme et multi-confessionalisme historiques, dans la tentative de la diviser selon des lignes sectaires afin de contrôler l'ensemble de la société. C'est courir après un mirage. L'Iraq a été pendant des milliers d'années composé de nombreuses ethnies et confessions religieuses vivant en solidarité les unes avec les autres indépendamment de leurs différences: les chrétiens, les Sabieens, les Yezidis sont autant attachés à l'Iraq que les musulmans, et sont tout aussi iraquiens que leurs frères musulmans. Tous les Iraquiens, quelle que soit leur origine ethnique, leur religion, secte ou appartenance sociale, sont héritiers de toutes les civilisations successives iraquiennes et de leur histoire. Ce sont les valeurs d'une vie commune dans une zone géographique appelée Iraq ou Mésopotamie qui les unifient.

Ceux qui connaissent l'Iraq, son identité arabo-musulmane unificatrice et son histoire, sont conscients du fait que quiconque souhaite diviser l'Iraq et le soumettre à la volonté de puissances étrangères seront confrontés à la force de milliers d'années d'une société unie, ainsi qu’aux intérêts géopolitiques unifiants de ses régions et de ses composantes sociales. Jamais dans l'histoire deux états n'ont pu cohabiter dans le bassin qu'on appelle aujourd'hui l'Iraq. Il a toujours été dans l'intérêt du peuple installé dans ce bassin, tout au long des civilisations successives, de s'unir dans un avenir géopolitique commun. Si, dans le passé, les deux cours d'eau étaient les facteurs d'unification de tous les aspects de la vie dans cette entité que l'on appelle l'Iraq, à présent la culture, les intérêts géopolitiques et la propriété commune de la terre nationale et de ses richesses s'y sont rajoutés.

Il est vrai qu'il y avait en Iraq plusieurs groupes politiques opposés au leadership du gouvernement iraquien d'avant l'invasion et la destruction de l'Iraq. Ils ont, comme toutes oppositions, le droit de s'opposer à leur gouvernement national. Mais certains se sont proposés comme collaborateurs des impérialistes Etats-Uniens et de leurs alliés avec leur plan criminel de division de l’Iraq, soit par ignorance, avidité ou à des fins personnelles ou pour des raisons sectaires. Ils seront jetés avec le plan de leurs patrons dans les poubelles de l'histoire. Ils ont ignoré le rapport ancien et complexe de l'Iraq à son identité, ses relations communes avec ses voisins, ainsi que son expérience contemporaine des politiques impérialistes empechant son progrès et son développement, en particulier celles des États-Unis qui l’ont soumis à 13 ans de sanctions dévastatrices. Contrairement à ces groupes sectaires, la population, elle, quelle que soit sa confession ou son affiliation politique ou ethnique n'est pas opposée , comme cela a été prouvé par sa résistance héroïque face aux tentatives de briser et de diviser l'Iraq, à l'unité et à l'intégrité de l'Etat iraquien.

L'Iraq est la région que l'on appelait historiquement la Mésopotamie. Tous les Iraquiens sont les filles ou fils de l’histoire de cette région et sont les héritiers de toutes les civilisations successives qui ont émergé dans ce pays. Là où les Sumériens ont inventé l'écriture, les Babyloniens la loi, les Assyriens ont unifié la région suivis des Abbassides qui ont introduit l'idée de "l'état de tous ses citoyens» et de la solidarité sociale dans la société, ouvrant ainsi la voie à la civilisation arabo-musulmane unificatrice qui survit fièrement jusqu'à ce jour. Depuis lors, être iraquien n'est pas fondé sur l'appartenance ethnique, religieuse ou sectaire, mais sur être iraquien. Le peuple iraquien est l'expression de ce patrimoine, indépendamment de sa religion ou de son origine ethnique. Chaque fois que l'Iraq a pu vivre en paix et avoir un état stable, il s'est avéré capable de participer à la mise en valeur de la culture humaine et du développement et de créer de grandes civilisations et des ordres régionaux stable. Bagdad est le berceau de la civilisation arabo-musulmane. Le destin de l'Iraq continue à être un des marqueurs qui décidera le destin Arabe. Pour les Iraquiens et les Arabes en général détruire Bagdad est en fait une tentative de détruire leur mémoire, leur identité et leurs intérêts.

Les caractéristiques géopolitiques de l'Iraq ont eu et auront toujours une grande influence sur l'histoire de l'Iraq. Il n'est pas surprenant que les États-Unis aient choisi d'occuper l'Iraq pour essayer d'assurer leur domination régionale et mondiale. En occupant l'Iraq, les États-Unis pensaient pouvoir contrôler l'ensemble de la région et par extension maintenir leur hégémonie unipolaire. Tout d'abord, l'Iraq est un pays riche en ressources naturelles, que ce soit dans les domaines du pétrole, du gaz ou de l'eau. En second lieu, il bénéficie d'une position géographique médiane dans la région. Cette position a toujours été le centre des ambitions extérieures. Aucune puissance régionale n'a pu être considérée comme telle sans essayer soit de contrôler soit d'affaiblir l'Iraq. En effet l'Iraq est un carrefour. Son territoire est le passage incontournable de l'Iran pour toute relation avec la Syrie, la Jordanie et la Méditerranée ; de même pour la Syrie et la Jordanie lorsqu'ils regardent vers l'Iran et le bassin du golfe Arabe. Il est également le chemin naturel de la Turquie vers le Golfe, et vice versa. Par conséquent, tout en étant le centre de convoitises étrangères, la sécurité, la stabilité et l'unité de l'Iraq sont également une nécessité pour tous ces pays. En effet, la moindre détérioration dans les relations entre l'Iraq et l'un de ses voisins est automatiquement un revers pour la coopération dans toute la région, pendant que, d'un autre côté toute hégémonie d'un voisin sur l'Iraq est contre les intérêts de l'Iraq et de tous ses voisins.

La seule équation qui sert les intérêts de l'Iraq est l'insistance sur son appartenance arabo-musulmane et l'entretien de bonnes et fraternelles relations avec la Turquie et l'Iran. Si l'Iraq rompait ses relations avec n'importe quel état voisin, cela réduirait sa capacité à profiter de sa position médiane, et donc de la coopération régionale et du développement des infrastructures. Cela pénaliserait son industrie et son agriculture et le couperait du commerce régional nécessaire à sa croissance et à son progrès. Plus ses voisins s'épanouissent et progressent, plus l'Iraq peut acquérir des occasions de se développer en coopérant avec chacun d'entre eux. Le mythe selon lequel le développement économique, social et politique de la Turquie et de l'Iran pourrait constituer un danger pour l'Iraq repose sur une analyse superficielle et ignorante des relations entre ces états et des lois qui régissent le développement entre pays voisins. En fait, plus l'Iran et la Turquie se développent et plus riches ils deviennent, plus ils ont besoin d'un Iraq stable, prospère et unifié car un tel Iraq représenterait à la fois un pouvoir d'achat pour leurs biens et une source de facteurs de production.

Nul ne peut extraire l'Iraq de sa matrice géopolitique et culturelle. L'Iraq ne peut avoir des relations avec les États-Unis, la Russie, l'Europe ou Israël en ignorant sa concrète appartenance arabo-musulmane et ses intérêts. Il est contraire à l'intérêt de l'Iraq et des Iraquiens d'être un simple protectorat de l'Iran ou de tout autre pays. C'est un rêve impossible de soumettre l'Iraq à une co-occupation Etats Unis-Iran. La libre volonté de l'Iraq et du peuple iraquien refuse et refusera, par culture et intérêts, d' être soumis à un État étranger, qu'il soit régional, une superpuissance ou les deux combinés. L'histoire l'a prouvé. En fait, les plans des Etats-Unis de destruction de l'Iraq en tant que Nation et État ne sont pas seulement contre les intérêts de tous les Iraquiens, mais aussi contre ceux des pays voisins. C'est une illusion, un plan non viable. Il est combattu par toutes les couches de la société iraquienne. Il crée tellement d'instabilité qu'il est impossible de contrôler, d'investir ou même d'exploiter les ressources de l'Iraq. En ouvrant la porte à toutes sortes d'ingérences étrangères, l'occupation n'a pu se traduire que par un inqualifiable crime contre l'humanité et une catastrophe militaire, économique, politique et morale pour l'occupation elle-même.

Ce que l'occupation américaine et ses alliés ont fait à l' Iraq ne constitue pas seulement des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité; on s'en rappellera toujours comme le premier génocide du 21ème siècle. Le fait que le monde, en raison de la partialité des médias internationaux, ne soit actuellement pas au courant de cela ne change pas la réalité que tous les Iraquiens et les Arabes connaissent. En perpétrant un génocide civilisationnel, les États-Unis ont commis un suicide moral. Sans tenter ce génocide les plans américains ne pouvaient réussir. Tout en perpétrant ce génocide, les États-Unis ont annoncé leur ruine morale et leurs plans ne réussiront pas.

Afin de diviser l'Iraq - une société ancienne existant depuis des milliers d'années- en trois ou plus protectorats faibles et conflictuels, les États-Unis doivent détruire tout ce qui unit les Iraquiens ; en d'autres termes mener une politique de table rase. Cette destruction intentionnelle comprend nécessairement la destruction de: l'État, la culture, l'histoire, le patrimoine matériel, la société, la durabilité économique, les institutions, l'armée, le système éducatif, le système de santé, le système judiciaire, les infrastructures, les moyens de communication, l'identité nationale, en fait l'essence même de l'Iraq. Ils doivent perturber et détruire l'existence des gens et leurs valeurs morales. Ils doivent les ruiner pour des générations à venir si ce n'est pour toute l'histoire. Ils doivent même détruire les formes physiques des villes. L'occupation n'a rien offert au peuple iraquien sauf un projet d'extermination organisé fondé sur la folie du «chaos créatif».

Aucune statistique ne peut incarner la destruction que les États-Unis ont infligée à l'Iraq. Ils ont décimé l'Etat iraquien et l'ensemble d'une classe populaire : la classe moyenne progressiste de l'Iraq qui avait fait preuve de sa capacité à gérer les ressources iraquiennes de manière indépendante et au profit de tous, sauvant ce faisant les Iraquiens de la pauvreté, la maladie, l'arriération et l'ignorance. Les Etats Unis ont repoussé les libertés civiles des hommes comme des femmes de 50 ans en arrière en détruisant les garanties sociales; ils ont tué plus d'un million d’êtres humain tout en envoyant des millions d'autres en exil; ils ont orchestré des escadrons de la mort, le pillage et inventé de nouvelles horreurs dans la torture et le viol; au nom de la démocratie, ils ont apporté la destruction matérielle à grande échelle à un peuple, en vue aussi d'effacer son psychisme, sa culture, sa mémoire, son tissu social, ses institutions et formes d'administration, son commerce et vie quotidienne; ils ont même attaqué des générations d'iraquiens à venir avec les 4,7 milliards d'années de radiation de l'uranium appauvri. L'occupation a entraîné la rupture complète des services publics y compris les plus essentiels comme l'eau et l'électricité. Dans un pays avec un patrimoine naturel de plus de 210 milliards de barils de pétrole, sous occupation, les Iraquiens souffrent de pénuries de carburant. Ils ont créé un état de terreur dans lequel les familles sont confinées à la maison, attendant d'être enlevées ou tuées à tout moment. Les gens sont sommairement exécutés parce que leurs parents les ont nommé Omar, Hussein ou Jean.

Avant l'invasion et la destruction de l'Iraq, la majorité des Iraquiens subvenaient à la vie en travaillant dans les institutions publiques. L'Iraq était un Etat-providence fondé sur la compréhension culturelle commune à tous en Orient, selon laquelle la terre et ses richesses sont la propriété de la nation. Soutenue par les ressources naturelles de leur terre, une grande partie de la population était employée dans les systèmes d' éducation et de santé, les industries nationalisées, l'armée nationale et la fonction publique. Depuis la réforme agricole de 1959, suivie par les nationalisations de 1964, la classe moyenne guidait l'État et la société. Soixante-dix pour cent de la population iraquienne vivait dans les villes. La nationalisation du secteur pétrolier en 1971 a conduit à l'élargissement de la classe moyenne et a élevé le niveau de vie des couches les plus pauvres de la population. Le plan d'extermination des États-Unis visait à détruire cette classe moyenne qui est naturellement l'héritière de la culture, de la science, de l'unité et de la dignité iraquienne et qui lutte pour la liberté, le progrès et le développement. Ils ont essayé de la soumettre à une cabale et à une classe féodale de nouveaux et anciens voleurs, violeurs, politiciens marginaux, extrémistes religieux arriérés, gangs criminels, et seigneurs de guerre qui sont apparus ou réapparus dans la situation créée par l'occupation.

Il est évident que les États-Unis et leurs alliés courraient après une illusion avant même l'occupation. Pourquoi le peuple iraquien accepterait et accueillerait-il un plan qui les priverait et ne bénéficierait qu’à certains? Les pauvres , les marginalisés, la classe moyenne instruite, la classe ouvrière qui ont perdu le bénéfice des services nationaux, les femmes et les jeunes qui souffrent du chômage et de l'absence de libertés civiles, tous rejettent la politique américaine en Iraq. Ceci est la source de ce qui aujourd'hui et dans l'avenir sera une lutte sociale sans fin contre l'occupation et éventuellement sa défaite et la défaite de ses politiques. Sans la classe moyenne les États-Unis ne peuvent pas construire un État viable; la classe moyenne iraquienne, toutes composantes confondues, et avec elle les classes laborieuses rejettent l'occupation américaine et ses plans.

Le peuple iraquien résiste et continuera de le faire. Si,en raison de leur supériorité militaire les États-Unis peuvent continuer à contrôler des bases comme la «zone verte», les Iraquiens eux continueront à vivre en résistance à cette occupation. Parallèlement, plus longtemps les États-Unis continuent à occuper l'Iraq, plus ils payeront par le sang de leurs jeunes soldats, plus d'argent ils gaspilleront afin de répondre aux besoins de leur machine de guerre mortelle, plus leur image et leur réputation seront méprisées dans le monde entier pour leurs politiques génocidaires et plus ils porteront atteinte à leur avenir et à l'avenir de leurs enfants.

Pourquoi tout ce gaspillage? Les stratèges américains, tout en construisant leur modèle pour l'Iraq, ont négligé ou méconnu le fait que les mouvements sociaux sont fondés sur des réalités solides, l'expérience vécue et ne peuvent être créés juste par le caprice d'une décision politique, par le biais de formes de pression insidieuses ou par une agression militaire massive sur une population pauvre. En pensant qu'ils pourraient gagner en Iraq, les administrateurs des États-Unis, les think tanks, les stratèges et tacticiens ont seulement fait preuve de leur simple arrogance et ignorance. Ils devraient lire l'histoire et analyser les réalités objectives. Aucune puissance étrangère n'a jamais été en mesure de contrôler l'Iraq. L'Iraq est un petit pays avec une grande dignité, un héritage civilisationnel ancien et sophistiqué et un mouvement patriotique national très expérimenté. Les États-Unis ne peuvent pas briser la volonté de ce peuple de vivre libre et souverain sur sa terre et sur ses ressources, comme tous les autres peuples dans le monde. Ils auraient dû tirer leçon de l’expérience de leurs amis Britanniques.

Abdul Ilah Albayaty - Analyste politique résidant en France.
Hana Al-Bayaty - Membre du Comité exécutif du B Russell s Tribunal.


PETITION

Paix Stabilité et Démocratie en Iraq

En vain, les États-Unis tentent de dissimuler l'occupation génocidaire de l'Iraq en l'appelant «processus politique».

En vain, les États-Unis tentent de masquer leurs politiques meurtrières sectaires contre le peuple iraquien et leurs changements d'alliances perpétuels avec les milices et les seigneurs de la guerre en les appelant «réconciliation nationale».

Toujours en vain, les États-Unis tentent de cacher leur défaite stratégique en menant de nouvelles batailles et escalades contre des villes iraquiennes et la population civile.

L'Iraq, du nord au sud, est victime des opérations militaires des États-Unis et du bain de sang. Les dernières villes assiégées sont Bassora et Sader City et les prochaines seront Mossoul et Kirkuk.

L'Iraq, du nord au sud, résiste et rejette - chacun selon les moyens disponibles - l'occupation, ses plans et ses politiques.

Les États-Unis tentent de déclancher la guerre civile en divisant l'Iraq en sectes et groupes ethniques, afin de supprimer la notion de citoyenneté - la base de tout Etat moderne et de la démocratie – dans le but de piller ses ressources par la signature d'accords, de contrats et de traités avec les chefs de guerre qu'ils ont installés. Ces chefs de guerre n'ont aucune légitimité et ne peuvent pas en acquérir. Les traités qu'ils signent sont nuls et non avenus, conformément au droit international et conformément à la volonté du peuple iraquien.

Les États-Unis, appellent ces chefs de guerre "gouvernement", et appellent les autres gouvernements de l'appuyer. Sous leur régime de chefs de guerre, leur «processus politique» et leur «réconciliation nationale», plus d'un million d'Iraquiens sont morts violemment, et, à ce jour cinq millions de citoyens de l'Iraq ont été déplacés de force, rendus réfugiés à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iraq.

Au moins 400000 Iraquiens sont soit emprisonnés ou ont disparu et des millions d'autres sont mutilés, veufs ou orphelins. Les quartiers des villes iraquiennes sont devenus des prisons à ciel ouvert entourés par des murs et des points de contrôle. Tous les services publics se sont effondrés dans tout le pays et l'Iraq était classé au 3ème rang parmi les Etats les plus corrompus dans le monde en 2006. En réalité, il n'existe pas d'État en Iraq ; l'occupation ne peut pas construire un État.

La seule solution en Iraq est la souveraineté du peuple iraquien sur le cours de sa vie, ses terres et ses ressources via le retrait de toutes les forces d'occupation étrangères.

Tous les peuples du monde aspirent à la démocratie censée être l'expression de leur volonté. Il n'y a pas de démocratie sous occupation. La volonté du peuple iraquien est opprimée par la force pour la sixième année consécutive. La résistance iraquienne est démocratique, par définition, parce que c'est l’expression de la volonté populaire ; elle est progressiste , par définition, parce qu'elle défend les intérêts du peuple.

Seule la résistance iraquienne nationale et populaire est capable et habilitée, à la fois comme une réalité objective et en vertu du droit international, à déterminer une voie pour la paix et la stabilité en Iraq et mettre fin à cette occupation illégale. Seule la résistance peut construire, après la libération, un État démocratique.

Nous devons anticiper les tentatives américaines d'imposer ce gouvernement lacquais, ses institutions, ses plans et ses politiques sur la population iraquienne en reconnaissant la résistance comme le seul représentant de la volonté du peuple iraquien.

Retirez la reconnaissance de ce «gouvernement» arriéré imposé par l'étranger et reconnaissez la résistance iraquienne!

Pour joindre votre signature à cette déclaration, veuillez écrire à: info@brusselstribunal.org

La nuit d'Al Quadr !

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L’histoire est un long cimetière, silencieux et triste, vide et froid, génération après génération. Tout y est répétition, imitation. Vies, pensées, espoirs n’y sont que tradition et hérédité. Culture, civilisation, art et mœurs n’y sont qu’autant de cailloux morts.

Soudain, dans l’obscurité glacée et immobile d’une de ces nuits qui se succèdent, un tumulte, une secousse, un battement qui réveillent tout, qui troublent les sommeils et qui font s’effondrer les toits en ruine, les cœurs morts. Une révolution au fond des âmes, un bouillonnement au cœur des consciences dociles et tranquilles, au cœur des intelligences liquéfiées, anesthésiées, conditionnées, formatées…

Tout est réveillé : peine, souffrance, vie, espoir, effort et résistance, amour et révolte, foi et don de soi. Signes annonciateurs d’une « nouvelle naissance », nuit porteuse d’un « sauveur », esclavage physique et/ou intellectuel engendrant sa délivrance ! De toutes parts, soudain « vie et mouvement », une autre vie s’annonce… C’est la nuit où les anges de Dieu conduisent l’Ame, jusqu’au ciel le plus bas : la terre, au pays du sombre cimetière en ruines, où les hommes sont tous devenus des squelettes.

C’est la nuit du Quadr, la nuit de la destinée, nuit précieuse revificatrice de toute vie, nuit qui porte le destin d’un homme nouveau. Elle conduit à l’aube d’une nouvelle histoire. Cette nuit vaut plus que mille mois, c’est la nuit des signes sacrés.

L’histoire est la répétition de ces mois qui sont leur propre répétition de ces années vides et stériles, de ces siècles qui ne créent rien et ne soufflent aucun message. Le temps passe et ne fait que nous vieillir puis au bout d’une longue et silencieuse succession de nuits, parfois une qui crée l’histoire, qui engendre un homme nouveau.

Une nuit où il pleut des anges ! Une nuit où cette Ame là souffle dans le cadavre du temps : la nuit du Quadr. Cette nuit où il pleut sur le désert sec et brulé, dans le cœur de chaque graine, sur le corps d’un buisson desséché ou d’un arbre brulé et dans l’âme assoiffé d’une prairie, chaque goutte de pluie est un ange qui descend pour annoncer des pousses et la fraîcheur d’un jardin fleuri.

Chacun de nous est une histoire. La vie de chaque homme est sa propre histoire. Dans cette courte histoire individuelle où les mois, tous semblables, passent dans le froid et souvent dans le non-sens, il y a parfois une nuit de Quadr. Alors de toutes parts dans l’univers existentiel de l’homme, il pleut des anges ! Et cette âme là, sacrée, descend sur l’homme pour le sortir de son isolement, de ses rituels de pensée, de ses conditionnements et de ses peurs !

Salam à cette nuit plus précieuse que mille mois ! Jusqu’à ce que le soleil déchire soudain le cœur de ce pays pierreux, jusqu’à ce que la rose rouge de l’aurore s’ouvre sur les lèvres glacées de l’horizon, jusqu’à ce que la rivière du soleil coule sur la sombre terre ainsi que dans notre conscience anesthésiée, à cette nuit : Salam jusqu’au matin !

Hommage à Shariati

15 août 2008

Réflexions

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Il faut que les choses soient claires : si nous nous reconnaissons en tant que musulmanes et musulmans, si c’est à l’Islam que nous adhérons, alors il est normal que nous réfléchissions dans et à partir des références musulmanes parce que ce sont ces dernières qui, naturellement, donnent sens à nos choix.

Ce qui est déterminant pour un musulman, ce n’est pas de relativiser l’universalité de son message mais bien de considérer comment le message, qu’il reconnaît comme universel, appréhende la pluralité des croyances, des cultures, des opinions et plus largement des contextes humains et sociaux. En ce sens, une étude plus approfondie des principes universels de l’Islam, nous intime l’ordre non pas seulement de tolérer rationnellement la diversité, mais de la respecter avec notre cœur et notre intelligence, car elle est un des signes (1) de la volonté du Créateur : Il a voulu nos différences de couleurs, de langues, de croyances, d’opinions et d’organisations humaines et sociales. De plus, Il nous enjoint de prendre et de faire nôtre le bien où que nous le trouvions, quel qu’en soit l’auteur, d’où qu’il vienne…

L’universalité de l’Islam impose aux croyants une posture intellectuelle dynamique et active, sans conditionnement ou formatage, une attitude intellectuelle responsable, adulte et libre leur permettant d’intégrer tout ce que les sociétés ont produit et produisent de mieux pour assurer la justice et le respect des êtres humains et de la vie.

La première mission du croyant sera donc de décoloniser l’espace intellectuel de toute manipulation, conditionnement, afin d’assurer une réflexion qui soit juste et utile pour le bien être des êtres. Le Prophète Mohammad (paix et salutation sur lui) n’a-t-il pas dit à ce sujet « le meilleur d’entre vous est celui qui est le plus utile au bien être des hommes »

Vivre la réalité de la vraie révolution intellectuelle ne peut s’accomplir sans spiritualité : plus concrètement c’est permettre de marier une foi intime et respectée, une identité affirmée, un rapport confiant à notre environnement et un partenariat exigeant et actif avec nos concitoyens.

Etre musulman, vivre une foi, suivre le chemin de la fidélité, intégrer le bien d’où qu’il vienne et promouvoir le bien où que nous soyons. Une présence intimement lumineuse et spirituelle, socialement citoyenne, devrait être ce témoignage devant les hommes, encore faudrait-il savoir l’exprimer avec cœur.


(1) Ayat = de l'arabe : signe

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