31 décembre 2006

Saddam Hussein, Ken Loach et Freeman Dyson... ou "les sphères invisibles"

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Saddam Hussein et « Le vent se lève », ça fait beaucoup pour une seule journée. Je ne suis pas satisfait de la précipitation et des réactions convenues autour de la mise à mort de celui qui a été le président de l’Irak moderne. Tout cela sonne faux. Les crimes de Saddam Hussein sont ceux de toutes les raisons d’état, et les procès qui lui ont été faits pourraient être faits à un grand nombre de chefs militaires de tous les bords, des deux côtés des axes variables du bien et du mal.

Ce n’est pas pour faire de la dentelle que l’on donne des mitrailleuses aux soldats de toutes les armées du monde, et les ingénieurs qui bien au chaud dans des usines de banlieues provinciales comptent le nombre de fragments que peut produire une mine anti-personnel ne doivent pas être dupes quant à leur propre innocence. De Saddam Hussein, je préfère garder les aspects positifs, de l’homme qui a su faire de quelques anciennes provinces turques un pays moderne, et un pays laïc, ce qui était une chose rare dans cette région du globe, jusqu’à l’arrivée des incendiaires professionnels. Ce samedi matin, les exécutants irakiens ont fabriqué un martyr, et très probablement fait définitivement entrer Saddam Hussein dans l’histoire des peuples.

L’après-midi, il fallait viser juste pour trouver dans une toute petite salle d’un cinéma culturel parisien l’une des séances de projection devenues rares du film « Le vent se lève » de Ken Loach, quelques mois seulement après son succès à Cannes et sur tous les écrans. Les sentiers de la gloire semblent vraiment éphémères. J’ai vu le film, dur, primaire, primitif, et comme je ne suis pas critique de cinéma, je me suis demandé en sortant le pourquoi des éloges dont cette toile a bénéficié, et à qui profite le crime…

J’en étais là de mes réflexions désabusées, marchant entre quelques gouttes de pluie tandis que le crépuscule tombait sur la ville, quand dans la vitrine du « Village Voice », l’une des librairies américaines de Paris, mon œil a été attiré par la couverture d’un livre, illustrée avec des belles traces faites par des particules élémentaires qui s'éclatent dans une chambre à bulles, et un nom d’auteur qui ne m’était pas inconnu.

De Freeman Dyson, je connais les « sphères de Dyson », l’hypothèse de civilisations galactiques invisibles parce qu’elles auraient entièrement entouré leur soleil d’une coquille sphérique pour en récupérer la totalité de l’énergie. Le titre « The scientist as rebel » m’a aussi fait un clin d’œil, je suis entré et j’ai ouvert le livre. En le feuilletant à la volée, je suis tombé par hasard, mais est-ce vraiment un hasard, sur le paragraphe où Freeman Dyson parle de ses relations avec Edward Teller, le père de la bombe H américaine, et de Teller qui lui dit son admiration et son soutien pour Andrei Sakharov, le père de la bombe soviétique, en pleine guerre froide, précisément pour que cette guerre reste froide.

Cette lecture, au milieu d’une journée dense qui n’est pas terminée, me conforte dans le sentiment qu’aujourd’hui il ne faut pas « donner » la bombe atomique à l’Iran, mais qu’il faut permettre aux scientifiques et aux industriels de ce pays de la réaliser eux-mêmes, justement pour créer cet équilibre qui conduit à la paix. Le bon usage de la bombe atomique, c’est de savoir la faire, de savoir ne pas s’en servir, et de savoir ne plus la faire. C’est la vie.

C’est la démarche que nous enseignait le professeur Leprince-Ringuet, que j’ai eu la chance d’avoir comme maître quand je faisais mes études d’ingénieur, puis comme parrain lorsque j’ai repris mes études après une première carrière. Faisant fi de tous les tabous et des interdictions officielles, Louis Leprince-Ringuet n’avait jamais cessé d’avoir des contacts suivis avec ses collègues atomistes, des Etats-Unis comme de l’Union Soviétique, et il nous a toujours invités à faire de même.

« Depuis Galilée jusqu’aux astronomes amateurs d’aujourd’hui, les scientifiques ont été des rebelles », dit Freeman Dyson. « Comme les artistes et les poètes, ce sont des esprits libres qui résistent aux restrictions que les cultures locales voudraient leur imposer ». Le livre de Freeman Dyson « The scientist as rebel » a été publié en 2006 par « The New York Review of Books ». Ce livre, je l’ai acheté, et tout en écrivant ces mots j’en picore au vol un paragraphe par ci, quelques lignes par là, avec un étonnement et un plaisir que je ne dissimulerai pas.

Je suis certain que 2007 va bien commencer, et j’aimerais partager cette certitude avec tous ceux qui le voudront bien.

Guy Pignolet
Centre culturel spatial de la Réunion

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